CATHÉDRALE DE BONN
petits murs d’angle de la galerie supérieure et l’absence complète des modillons qui supportent la corniche et le toit de celle qui termine le chœur. N’oublions pas de signaler la singularité des baies qui éclairent les nefs latérales et dont les arcs sont formés de sept lignes courbes , particularité que nous devrons encore observer, pour d’autres combinaisons, dans plusieurs monuments de cette époque; enfin, il convient aussi, pour achever notre examen, de mentionner la petite porte septentrionale, ouverte en ogive, qui date probablement du treizième siècle , comme celle du Sud, reproduite sur notre plan, qui met en communication le cloître avec la cathédrale. Reste la grande tour dont les proportions se développent avec tant de majesté ; elle appelle d’autant plus notre attention, que nous croyons y voir l’expression d’une pensée mystique, celle de placer, au milieu de la croix, la tour la plus élevée. L’ensemble de ce clocher, affectant une forme octogone, est assis sur les quatre parties centrales de l’église, et se compose de deux éléments distincts : la flèche et la lanterne; cette dernière est encore divisée en deux étages , qu’éclairent et décorent de grandes fenêtres ogivales , subdivisées elles-mêmes en deux arcades de même style à la partie inférieure, et eu trois au-dessus. Une flèche élancée, servant de toiture, surmonte un couronnement de petits pignons ou frontons qu’on retrouve particulièrement en Allemagne , mais notamment au dôme d’Aix-la-Chapelle, dans les absides de l’église Sinzig et de la cathédrale de Lund (Suède), aux tours de l'église des Saints-Apôtres à Cologne, etc., et qui terminent en général les tours carrées ou polygonales des monuments religieux des bords du Rhin.
Cet exemple de clocher n’est point le premier et le seul qui existait alors, puisque, déjà quelques siècles auparavant, on remarquait celui de l’église de Saint-Martin à Cologne. Néanmoins, s’il faut en croire l’église représentée sur les monnaies de l’archevêque, où nous lisons l’inscription : moneta bonens, et où l’on reconnaît qu’une semblable partie décorait l’ancien édifice, on acquiert la preuve que, lorsqu’elle a été reconstruite au treizième siècle, on prit pour modèle celle qui s’élevait auparavant, sauf, bien entendu, le changement de style. Ajoutons que l’église de Schwarzheindorf , bâtie par l’évêque Arnold, de 1 151 à 1156, pour un couvent de religieuses, situé sur la rive droite du Rhin, vis-à-vis de Ronn, présente aussi une tour centrale plus haute que les autres; enfin que, vers 13 l(f, un clocher semblable fut également construit sur l’église de Limburg.
Depuis le douzième siècle , on voit généralement se prononcer d’une manière toujours de plus en plus évidente , la tendance de l’architecture à varier la forme et la disposition des tours (*) , et celle du milieu devenir la plus importante; mais si, d'une part, on l’élevait plus haute que les autres, comme dans les édifices que nous avons mentionnés , on cherchait en même temps à donner à la coupole, encore en usage , la forme d’une tour ou d’un clocher, parce que, en conservant ses proportions primitives, elle fût toujours restée basse, ainsi qu’on en voit des exemples dans les églises de Neuss, Sinzig, Hcimersheim , Gelnhausen , de Saint- André à Cologne, etc. Lorsque le style ogival se fut complètement développé, on adopta assez souvent, dans les grands édifices religieux , la construction de trois tours ; en France et en Allemagne , ou en plaçait deux grandes sur le devant et une autre plus petite au point d’intersection ; en Angleterre, au contraire, on préféra élever la plus élancée sur le milieu de la croix, et deux autres plus basses sur la façade.
Les impressions qu’on éprouve dans l’intérieur de la cathédrale de Ronn ne sont pas moins saisissantes que celles produites par la vue de son aspect extérieur ; ici, aucun luxe exubérant d’ornementation, connue dans les monuments d’un autre âge, mais une grandeur, une sévérité de lignes exprimées par des formes graves et majestueuses qui portent l’àme au recueillement et à la prière. Trois nefs d’inégales largeurs, une grande et deux petites, sont formées par deux files d’arcades plein-cintre, portées sur huit piliers assez massifs , mais où l’on
(*) La rigueur du climat fut probablement la cause première qui détermina les architectes d'en deçà les Alpes à réunir le clocher à l’un des côtés de l’église, comme dans la cathédrale d’Angouléme. Le besoin de symétrie le lit ensuite placer au milieu du portail, comme dans Saint-Apollinaire à Valence, dans Saint-Pierre à Vienne, dans l’église des Apôtres à Cologne, dans Sainte-Radegonde à Poitiers , etc. Enfin le clocher s’élança du centre même de l’église; le couronnement carré ou octogone qui s’élevait au-dessus du chœur, au lieu d’être surmonté par un dôme, comme en Lombardie, fut destiné, dans les contrées plus septentrionales, à supporter un énorme clocher; nous en connaissons de cette espèce à Vercelli , près de Turin, à Mayence, a Honn et à Gelnhausen. La mode des clochers devint telle que, outre le clocher central, on en éleva deux autres pour flanquer l’église à l’orient, ainsi à Vercelli, à Tours, à Sainte-Croix de Liège, aux Saints-Apôtres de Cologne et dans beaucoup d'autres endroits. On en plaça même deux a chaque extrémité, non-seulement dans les cathédrales d’Allemagne qui avaient deux autels et deux chœurs, comme celles de Mayence et de Worms, mais aussi dans des églises où un semblable motif ne pouvait justifier cette profusion de clochers, comme dans la cathédrale d’Andernach et dans l’église de Saint-Castor à Coblentz. Il ne faut pas oublier que je ne cite point ici une foule d’exemples de la même espèce, que l’on retrouve ensuite dans les édifices du style ogival; je ne note que ceux qui existaient avant l’introduction de ce style. ( IIopf, Histoire de l'architecture
— STYLE ROMAN
remarque un bel exemple de ces colonnes engagées qu’employèrent souvent les architectes du moyen âge lorsqu’ils voulaient dissimuler les masses, colonnes et pilastres qui s’élancent du sol à la voûte pour former la séparation de chaque travée, que décorent, au-dessus des arcades, deux étages d’élégantes galeries ; la galerie inférieure, de style roman , est surmontée d’une autre, de forme ogivale, présentant la singulière disposition, non rare à cette époque , de cinq arcades en ogive, renfermées dans une plus grande que forme chaque sommet de travée en se fermant dans les pénétrations de la voûte; l’ogive principale occupe le milieu, tandis que les quatre autres diminuent de chaque côté en suivant la courbe de l’arc. Un jubé, clôture qui précède le chœur, situé en face de la nef centrale, où l'on admire deux belles chaires, mérite aussi notre attention ; ces trois meubles, quoique d'une date évidemment bien postérieure aux dernières constructions, complètent la décoration intérieure de l' église. Enfin , à la partie occidentale de la grande nef se trouve encore un dernier monument ; il est destiné à rappeler la mémoire de l impératrice Hélène , la pieuse fondatrice du temple élevé en l’honneur des saints Cassius etFlorentius. Cette œuvre, aujourd’hui gâtée par les mutilations et réparations de plusieurs époques, conserve cependant quelques belles parties ; une statue en bronze représente cette princesse à genoux , et dans une attitude fort noble, adorant le signe vénéré de la Rédemption, qu’elle soutient de la main gauche.
Après avoir décrit en détail les diverses parties tant extérieures qu’intérieures de la cathédrale de Bonn , il nous reste à examiner, sous le rapport esthétique, quelles remarques intéressantes on y peut faire pour l’histoire de l’art. Les éléments principaux de l’édifice présentent, en général, un caractère évident de style byzantin modifié, qu’on retrouve, à cette époque, dans presque toutes les églises des bords du Rhin et ailleurs ; ce caractère s’observe particulièrement dans le surhaussement des arcades et dans certaines parties de l’ornementation de pierre. Cependant, nous devons ajouter que cette analogie de style, ou, pour mieux nous exprimer, cet emprunt ou influence byzantine, n’y est pas tellement pure, qu’on ne reconnaisse de suite les modifications particulières que nos architectes du Nord lui ont fait subir dans les monuments qu’ils ont élevés.
La cathédrale de Bonn , de même qu’un grand nombre de constructions religieuses des onzième et douzième siècles, ne fut point bâtie d’un seul jet , c’est-à-dire, avec cette unité de style qui fait toujours la beauté d’un édifice , puisque nous y voyons partout , soit à l’extérieur, soit à l’intérieur, le mélange permanent de la vieille arcade avec la jeune ogive; néanmoins, cette alliance, qui s’explique au reste par l’emploi général de l’ogive dès le treizième siècle, se trouve, en quelques endroits , combinée d’une manière si heureuse que , loin de nuire à son effet , on pourrait presque dire qu’elle lui prête un certain charme.
Pour compléter la série des monuments religieux, tant anciens que modernes, de la ville de Bonn, nous devons mentionner une vieille église circulaire, très-curieuse, qui fut ravagée par le temps; et ajouter qu’on remarquait aussi, avant la dernière occupation française, si fatale aux édifices de l’Allemagne, un baptistère du plus haut intérêt sous le rapport archéologique , dont Boisserée, qui nous en a heureusement conservé le plan et une vue générale , croit pouvoir faire remonter la construction au septième ou au huitième siècle ; nous ne nous étendrons pas davantage dans cette notice sur un monument qui trouvera plus naturellement sa place ailleurs : nos lecteurs pourront l’étudier dans tous ses détails au chapitre : Baptistères romans .
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