‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 39 sur 62 · CRYPTES DE LASTINGHAM, D’OXFORD ET D’ISSOIRE · texte numérisé non relu

CRYPTES DE LASTINGHAM, D’OXFORD ET D’ISSOIRE

On appelle crypte une construction souterraine voûtée, placée sous une église ou chapelle, et destinée à un service religieux ou funéraire. Le mot de crypte est dérivé du grec xpûirrw, je cache, étymologie qu’explique l'usage et la position des cryptes.

Il existait dans les environs de Rome et de quelques autres villes de l'Italie des carrières de pouzzolane exploitées depuis longtemps, et dont les nombreuses galeries formaient d’inextricables détours. C’est là que les premiers chrétiens se réfugiaient pour célébrer leurs cérémonies; c’est là qu’ils enterraient leurs morts; mais parmi ces morts se trouvaient bien souvent de courageux confesseurs de la foi , dont le front était ceiut de l’auréole du martyre, et dont les cendres devaient ainsi être l’objet d’une vénération toute particulière. A ceux-là donc on éleva des tombeaux qui furent bientôt employés comme autels pour le sacrifice. Les lieux où ils se trouvaient furent conséquemment transformés en véritables chapelles, qu’on munit de tous les objets nécessaires au culte, et qu’on se plut à orner avec magnificence. Or, plus tard , lorsque le christianisme n’eut plus à redouter les persécutions , et qu’il fut permis aux fidèles d’élever des églises , ils voulurent , dans ces monuments du triomphe de leurs croyances, rappeler l’époque glorieuse où ces mêmes croyances étaient punies des plus affreux supplices; ils y construisirent donc des cryptes, images des catacombes (*) dans lesquelles avaient grandi et s’étaient fortifiées ces doctrines qui devaient changer la face du monde.

Les cryptes, d’ailleurs, tirent aussi, et peut-être encore plus directement, leur origine de ces hypogées que renfermaient les basiliques, et que l’on nommait confessions. Lorsqu’un chrétien avait subi le martyre , on élevait, soit sur le lieu il avait été inhumé, soit sur celui où il avait été supplicié, soit enfin dans sa maison, une sorte de petit monument que l’on désignait des mots de p.ap9upiov, martyrium , teslimonium , memoria , confessio (**), et ce monument pouvait devenir comme le germe d’une église. Ainsi la confession située audessus du maître-autel de l’église Sainte-Praxède, à Rome, se trouve être une partie de la maison qu’habitait la sainte. Une particularité semblable existe dans l’église de Sainte-Prisca, aussi à Rome ; la crypte placée à l’extrémité de la nef est la chambre même de la sainte, et renferme son tombeau devenu un autel. La même circonstance se présente dans plusieurs autres églises.

En France, c’est au commencement du XIIIe siècle que, sans que l’on en sache le motif, on a abandonné l’usage d’établir des cryptes ; il n’y a qu’un très-petit nombre d’exceptions à cette règle; et il est remarquable que l’abandon de cette coutume coïncide avec l’époque où l’on a cessé de fréquenter les catacombes en Italie. Nous ne possédons ainsi que des cryptes romanes et latines ; mais de celles-ci on peut à peine citer quatre ou cinq exemples. Les cryptes romanes sont au contraire nombreuses; au reste, la multitude d’églises importantes qui n’en ont pas , prouve que l’usage n’en a jamais été général.

Les cryptes sont ordinairement creusées sous le chœur, et leur véritable place est celle qui correspond au maître-autel. Quelques-unes n’ont qu’une étendue fort restreinte ; telle est celle de l’église de Royat en Auvergne. Mais généralement elles s’étendent sous tout le chœur, dont elles reproduisent la forme; souvent même elles se prolongent sous le pourtour du chœur et offrent une répétition des chapelles apsidales. Dans ce cas, elles sont ordinairement éclairées par des barbacanes ébrasées qui s’ouvrent presque au niveau du sol, et quelquefois plus haut, comme lorsque le terrain, en s’inclinant vers l’orient, laisse à découvert les murs extérieurs de la crypte, ainsi qu’on le remarque à Bourges et dans d’autres églises.

La crypte de la cathédrale de Canterbury s’étend sous tout le monument, et répète complètement l’église supérieure. En France, aucune église n’offre une crypte dans des conditions semblables (***). La plus vaste qu’on y connaisse, celle de Chartres, s’étend seulement sous les bas côtés de la nef et du chœur et sous les chapelles

(*) Le mot de catacombe, dérivé de xavà, proche, et tup .6oç, cavité, ou xûp. 6oç, sépulture, se trouve pour la première fois employé par le pape Grégoire le Grand. Les anciens donnaient aux catacombes le nom d earenariæ, carrières. Les premiers chrétiens les appelaient de plus arcæ , cimæteria, et enfin cryptæ. Du temps de du Cange, le mot crouptes était employé en certaines provinces de France.

(**) L’étymologie de ces mots s’explique d’elie-même ; quant au mot confessio , qui vient sans doute de ce que dans la crypte se trouvait le corps d’un confesseur de la foi , Macri dit qu’il est dérivé de ce que c’était dans la crypte que, avant d’étre couronné solennellement, l’empereur faisait sa profession de foi. (Macri, Hierolexicon, voc e Confessio). Le mot confessio a encore été employé dans le sens de reliquaire.

(***) Les cryptes en élévation sur le sol ont quelquefois des fenêtres ordinaires. 11 faut observer de ne pas confondre avec les cryptes certaines églises basses qui forment l’étage inférieur de monuments qui en ont deux, comme la Sainte-Chapelle de Paris.

— STYLE ROMAN

apsidales ; mais elle ne pénètre ni sons la nef, ni sous le chœur ; celles de Saint-Eutrope , de Sillé-le-Guillaume, s’étendent jusque sous les transsepts.

Il n’y a qu’un petit nombre d’exemples de cryptes rectangulaires; on cite celui de l’église de Yic en Bourbonnais, qui offre de plus cette singularité , que la voûte est plate. Ordinairement les voûtes sont d’arète et soutenues par un grand nombre de colonnes trapues, disposées soit en quinconce, soit en hémicycle. L’ornementation sévère de ces colonnes contribue à rendre imposant l’aspect des cryptes; l’obscurité qui y règne, et qui, quelquefois, serait complète sans la lumière des lampes, ajoute encore au recueillement quelles inspirent.

Il y avait toujours un autel dans les cryptes, et il peut même s’en rencontrer plusieurs dans celles qui sont vastes. On y découvre aussi fréquemment des tombeaux de diverses espèces, et plusieurs cryptes ne paraissent avoir été construites que dans le but de servir aux sépultures. C’est à cette destination que sont consacrées les cryptes supplémentaires que renferment quelques églises, et dont, pour cette raison, l’accès n’est pas toujours facile. Au reste, en certains cas, les cryptes principales ont pu avoir leur entrée disposée de façon à être rendue facilement impraticable; on sait en effet que, pendant les invasions des barbares, les prêtres et les moines cachaient souvent leurs trésors dans ces souterrains, dont leurs ennemis ne connaissaient pas toujours l’existence.

On remarque encore, dans quelques cryptes , des puits à l’existence desquels se rattachent presque toujours des légendes.

Page 1