‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 4 sur 62 · ÉGLISE DE GROTTA FERRATA · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE GROTTA FERRATA

Au pied du Monte Cavo, le Mons Albanus des anciens, situé à quatre lieues au Sud de Rome, et à peu de distance de Frascati , on voit une belle abbaye qui appartient aux religieux grecs de Saint-Basile ; elle fut fondée à la fin du Xe siècle par saint Barthélemi Nilo (saint Nil le jeune) , abbé de Rossano en Calabre , qui vint s’établir en ce lieu lorsqu’il fuyait sa patrie envahie par les Sarrasins. Cette abbaye, entourée de fortifications du moyen âge et de l’effet le plus pittoresque , renferme une ancienne église célèbre par les belles fresques dans lesquelles le Dominiquin représenta les principaux traits de la vie du saint fondateur. L’intérieur de l’édifice a perdu ses dispositions primitives par les nombreux changements opérés à diverses époques ; mais la porte en marbre blanc que nous publions sur la planche jointe à cette notice , est du temps de la fondation du monastère ; son ensemble remarquable , le style de ses ornements, la mosaïque qui la surmonte , en font un des plus beaux exemples de cette période de l’histoire de l’architecture.

La forme de cette porte est latine ; son riche chambranle s’encadre d’abord d’une ligne de mosaïques ea émail qui règne sur le premier filet des moulures externes ; une doucine qui vient ensuite, est décorée de feuilles imitées de celles que les anciens sculptaient à pareille place dans leurs encadrements ornés. Au-dessous, une suite de denticules de peu de saillie limite les moulures, qui font place à un large champ plat sur lequel s’enlacent des rinceaux empreints du caractère aigu et souvent peu gracieux de la sculpture d ornement des Xe et XIe siècles. L’arête interne est découpée en chapelet de perles.

Sur la partie du chambranle qui forme le linteau et au milieu des feuillages qui le décorent , le sculpteur a placé trois têtes de lion très -saillantes ; elles avaient probablement ici une signification analogue à celle des lions placés comme gardiens auprès des portes d’églises ; le dessous de la même pièce de marbre est taillé eu entrelacs rectilignes imitant une natte.

Au-dessus du chambranle , une frise très-étroite contient une inscription grecque digne de figurer sur cette belle porte ; nous la reproduisons ici :

OIKOY 0EOT MEAA0NTE2 EI2BAINE1N IIYAHN, EZQ TENO1I0E THI ME0H2 TÜN 4>PONTIAi2N , LV EVMENÜ2 ETPOITE TON KPITHN EZQ.

Domus Dei ingressuri, januam extrà deponite ebrietatem curarum , ut benigne inveniatis judicem intùs.

« Si vous voulez franchir la porte de la maison de Dieu, laissez au dehors vos pensées mondaines, afin de trouver à l’intérieur un juge bienveillant. »

Au-dessus de l’inscription règne un rang de perles ; il est imité de l’antique , mais il offre dans ses détails , ainsi que celui que nous avons déjà mentionné , les vives arêtes et l’aigreur de ciseau qu on retrouve dans toutes les productions dues aux artistes guidés par l’école byzantine.

La porte est couronnée d’une large doucine très-saillante, ornée de grandes feuilles aiguës , que séparent des culots dans le même style ; le filet supérieur est divisé en deux parties égales par un rang d’oves d’une fonme particulière : elles sont complètes et encadrées dans toute leur circonférence ; les flèches qui les séparent offrent une pointe en haut comme en bas , ce qui les différencie de celles qu’on exécutait dans l'architecture antique.

Les vantaux de la porte ne sont pas moins intéressants que les diverses parties que nous venons de décrire , ils sont en bois, et se divisent chacun en dix compartiments ou panneaux carrés, peu profonds et sans ornements. Sur les montants et les traverses qui forment les cadres , de grosses tètes de clous placées d une manière régulière fixent des ornements découpés en fer, et qui, dessinés dans le même style que les sculptures du chambranle , harmonisent parfaitement la clôture mobile de l'édifice avec la décoration fixe qui lui sert de support.

On peut voir sur la planche jointe à cette notice, que les montants auxquels sont fixés les gonds portent u t ornement courant composé d’une tige ondulée à laquelle sont fixés des fruits et des feuilles ; les traverses du haut et du bas ont été ornées de feuillages en forme de culots. Toutes les autres ferrures présentent des réseaux ou losanges renfermant des fleurons qui occupent le centre de la figure géométrique, ou décorent seulement ses angles.

Dans les premiers siècles du christianisme, il était d’usage de surmonter les portes des églises de peintures en mosaïques représentant le Christ accompagné du saint patron auquel était dédié le temple , ou de quelque autre sujet religieux; c’est ainsi qu’Anastase le bibliothécaire nous apprend qu'étaient décorées les portes de

— STYLE LATIN

ia basilique de Saint-Paul hors les murs de Rome, et plusieurs autres. Les voyageurs qui ont vu Constantinople à une epoque où les églises étaient moins endommagées qu’aujourd hui, en citent plusieurs exemples, parmi lesquels étaient les portes de Sainte-Sophie. Maintenant ces peintures sont détruites à Rome, ainsi que dans la capitale de l’empire orientai, celle qui surmonte la porte de Grotta Ferrata, est peut-être le seul exemple qui reste de cette disposition curieuse, ce qui ajoute encore à l’intérêt qu'elle présente d’ailleurs.

Le tableau, dans son ensemble, est un peu plus large que la porte elle-même. Deux pilastres figurés en mosaïque forment ses limites latérales ; Us sont divisés par des perles encadrant des compartiments carrés dont «ne grosse pierre de couleur occupe le centre ; des chapiteaux fort simples surmontent ces pilastres, et semblent supporter une architrave ornée de denticules, qui aujourd'hui se perd daDS le plafond du narthex ou vestibule de l’église.

Sur un fond d'or se détacheut trois figures principales, et une quatrième de proportions plus petites ; celle du centre est un Christ assis sur son trône ; la tète est ornée d'un nimbe crucifère , la main droite est levée pour donner la bénédiction , la gauche s’appuie sur un livre. La robe est rouge et le manteau de couleur d’azur; le siège, qui est fort riche, présente de nombreuses pierreries et un treillis d’or et de pourpre. Le coussin est violet. Les pieds du Christ reposent sur un tapis. Le sol qui porte toute la composition représente une espèce de pavage contenant des quatre-ieuüles.

A la droite du Sauveur est sa mère vêtue d'une robe rose et d'un manteau bleu : il enveloppe la tête, qui est nimbée. A la gauche on voit un personnage dont les mains sont dirigées vers le Christ en suppliant ; il porte une longue barbe , son manteau est violet; un A (alpha) majuscule et le nimbe qui entoure sa tête indiquent que c’est un saint; mais deux lettres initiales, IR, qui sont tracées vers le cadre du tableau, laissent du doute sur son nom. Il est probable que c’est un Grec qu’on a voulu peindre, puisque tout le monument est grec; il n’y aurait que saint Isidore de Peluse , père de l’Eglise , mort au Ve siècle, qui, par la première et l’avant-dernière lettre de son nom, pourrait s'appliquer au monogramme tracé ici. Mais pourquoi ce saint? C’est ce qu’il est difficile d’expliquer, à moins d’admettre une dévotion particulière de Barthélemi Nilo , ou une mutation opérée lors de quelque restauration de la mosaïque. La figure de petite proportion placée entre le Christ et la Vierge, représente probablement le fondateur, qui, non encore canonisé, puisqu'il avait fait exécuter la porte et la mosaïque , s’y serait fait représenter. Sa tète est mitrée , et des croix grecques sont figurées sur son étole. L’aspect et le costume oriental de ce personnage doivent faire admettre qu’il représente saint Barthélemi Nilo, puisque la grande Grèce, aujourd’hui la Calabre, était sous la dépendance de l’empereur de Constantinople, lorsque le saint la quitta pour venir fonder- l’abbaye des religieux de Saint-Basile à Grotta Ferrata ; que par cette raison les costumes religieux adoptés dans cette contrée devaient être orientaux. De nos jours, après tant de siècles, on en trouve encore de nombreux souvenirs dans les provinces méridionales de l’Italie.

Wutibi^jkUlUi

1 ©Mil BE ©E© TFA- EEEEÂTA .

IÔlesia de Grota-Ferrata ■

J ta/ ui /

Page 1