BASILIQUE DE ST GEORGES AU VÉLABRE, A ROSIE
Entre ie Tibre et le Capitole, dans un lieu nommé ad Vélum aureurn , ad Vélum auri, et par corruption Veiavrum , Velabrum , au milieu de monuments qui, par leur architecture ou leur construction, se rapportent pour la plupart aux premiers siècles de Rome, s’élève une petite église construite au septième siècle, par le pape Léon II , aux dépens des ruines de la basilique civile que Titus Sempronius avait établie sur l’emplacement de la maison de Scipion l’Africain. L’église fut consacrée dans l’origine à saint Sébastien et à saint Georges martyr, comme nous l’apprend Anastase le bibliothécaire, dans la vie du fondateur. Fila sancti Léonin papoell. Ilujus almi pontificis jussu ecclesia juxta Vélum aureum in honorem beali Sebastiani œdificala est, nec non in honorem martyris Georgii ( page lvii). Yasi, Ugonio , Piazza et Panvini pensent , malgré ce texte positif, que cette église existait déjà du temps de saint Grégoire le Grand , que ce fut lui qui en fit le titre d’un car dinal diacre, et qu’il la fit restaurer par l’abbé Mariniano.
En 745 , le pape Zaccharie, qui était Grec d’origine et qui avait une grande vénération pour le saint patron de cette église , y fit des restaurations et y transporta processionnellement la tète, la lance et le casque de sain., Georges , trouvés dans le palais de Latran avec une inscription grecque qui en constatait l’origine positive. L e glise possède encore ces précieuses reliques. Au commencement du neuvième siècle, l'édifice ayant déjà beau coup souffert des injures du temps, le pape Grégoire IV refit le portique et l’orna de peintures; l’abside fut reprise depuis ses fondations; le sanctuaire endommagé reprit son antique disposition, Grégoire, comme le dit le Bibliothécaire, non content de ces preuves de sa munificence envers cette basilique, offrit des vêtements sacerdotaux ornés de représentations du Sauveur du monde et des saints Sébastien et Georges ; il enrichit la cou fession de coussins brochés d’or et d’argent, donna six voiles brodés de gammadœ ou croix grecques dans leur pourtour; il joignit encore à ces présents une couronne d’argent portant douze dauphins, et du poids de six livres { c était probablement une lampe) , un voile alexandrin orné de douze faisans brodés , des voiles devant les portes. Ugonio pense que l’église appartenait très-anciennement à des Grecs , parce que de son temps on lisait de nombreuses inscriptions grecques sur son pavé ; elles étaient si effacées alors par les pieds des fidèles, qu’on pouvait à peine les lire. Cette opinion est d’autant plus probable, que saint Georges, d’origine orientale, est en grande vénération parmi les Grecs , qui le qualifient de grand ordonnateur des combattants , twv aQlrjwv 5 [Asyaç raçiap^ç, et qui de tout temps lui ont élevé des temples. Une cérémonie qui avait lieu tous les ans à 1 église du Yélabre , indique que les Latins lui attribuaient les mêmes fonctions militaires comme dispensateur de la victoire , victoriarum largitor. Le 23 avril , jour de la fête de saint Georges , le gonfalonier de Rome , à la tête des magistrats , portait solennellement l’étendard du peuple à l’église , le faisait bénir pendant la messe et le reportait au Capitole.
Dans le siècle dernier, l’église de Saint-Georges au Vélabre appartenait aux Augustins déchaussés; Pie VU la donna depuis à la congrégation des enfants de Saneta Maria del Fianto , à laquelle elle appartient encore.
Les riches présents du pape Grégoire IV n’existent plus depuis longtemps; l’église de Saint-Georges au Vélabre est aujourd'hui une des plus pauvres de Rome , mais elle n’a rien perdu de l’intérêt qu’elle présente comme édifice religieux des premiers siècles du christianisme ; c’est à ce titre que nous essayerons de la faire connaître dans tous ses détails.
La forme du plan est celle des basiliques latines, ses proportions sont peu allongées; il offre, au midi, un défaut de parallélisme qu'on a peine à comprendre ; divisé en trois nefs , celle du milieu seulement se termine , à l'orient, par une abside ou tribune semi-circulaire ; un porche orné de quatre colonnes et largement ouvert à scs extrémités précède l’édifice; au nord, il est appuyé, ainsi que le clocher, sur un des piliers du petit arc que les orfèvres de Rome élevèrent à Septime Sévère.
La façade est surmontée d’un fronton portant une croix; il indique la double pente du toit qui , au milieu du quinzième siècle , sous le règne de Sixte I V , fut refait par les soins du cardinal Riario ; au-dessous du fronton est une ouverture circulaire ou oculus , qui donne du jour à la nef du milieu . Le porche occupe la plus grande partie de la façade ; il se compose de quatre colonnes monolithes portant des chapiteaux ioniques assez bien exécutés, et de deux forts piliers d’angle couronnés de moulures et de fragments de sculpture antique faisant une frise réticulée. Toute cette ordonnance règne sur un stylobate simple et continu qui ne s’interrompt que devant la porte de l’église et aux extrémités du porche. L’entablement qui surmonte les colonnes est en proportions pesantes. L’architrave , couronnée d’une doublemoulure (voir la planche de détails), porte une ins-
— STYLE LATIN
cription . Sous les soffites , entre les chapiteaux, on voit encore de nombreux anneaux qui servaient à fixer les voiles suspendus dans les entre-colonnements , pour préserver des ardeurs du soleil les pénitents qui se tenaient sous le portique jusqu’à ce qu’ils fussent admis dans le temple.
La frise est nue , excepté à ses extrémités que décorent deux tètes de lion , rappelant l’usr.ge de rendre la justice à la porte de l’église , inter leones, entre les lions. La corniche supérieure , composée de briques , de modillons en marbre et d’enduits appliqués sur de la terre cuite , est lourde et contribue avec la frise , qui est trop haute , à donner à l’ensemble l’aspect pesant que nous signalions précédemment. Un vaste toit couvre le portique ; la charpente en est apparente à l’intérieur.
Le porche de l’église , tel qu’on le voit aujourd’hui , n’est pas celui que fit construire Grégoire IV et qu’il orna de peintures ; il a été refait par un des prieurs nommé Étienne , qui vivait sans doute vers le douzième siècle , si l'on en juge par la forme des lettres d’une inscription qui fut gravée alors sur l’architrave et que nous reproduisons ici , en donnant sur la planche de détails le premier mot, afin de faire connaître le caractère de l’écriture de cette époque.
Stephanus ex Stella cupiens captare superna. — Eloquio rarus, virtutum lumine clarus. — Expendens anrum sludwt renovare pronaulum. — Sumptibus ex propriis te fecit , sancte Georgi. — Clericus hic cujus prior ecclesiœ fuit hujus.—Hic locus ad Vélum prœnomine dicitur auri. Ce portique ayant éprouvé depuis des avaries , Clément IX le fit restaurer.
Comme nous l’avons dit en décrivant le plan , un des angles du porche repose sur l’arc de Septime Sévère ; il en est de même du clocher, qui, par la grande analogie qu’on remarque entre les corniches par lesquelles il est divisé en cinq étages, et celle qui couronne le portique, semble devoir être attribué à peu près à la même époque. La plupart des clochers de Rome datent du douzième siècle , avant lequel l usage en était encore peu répandu; on peut donc déterminer ainsi approximativement la date de celui de cette église. Tous les arcs percés dans les étages sont à plein cintre; les retombées de ceux du haut reposent sur des colonnes de marbre portant de lourds chapiteaux , dans le style de ceux qu’on exécutait à la date que nous croyons pouvoir assigner à cette construction.
Le porche de Saint-Georges au Yélabre est pavé en briques disposées en opus spicatum ; une large porte s’élève au milieu pour donner accès à la nef principale; trois beaux fragments de sculpture antique forment son chambranle ( voir la planche de détails). Un bâtis en menuiserie supporte les deux vantaux. Seize colonnes disposées sur deux rangs séparaient autrefois les trois nefs; quatorze seulement se voient aujourd’hui, parce que la construction du clocher et celle d’une petite sacristie , établie du côté opposé , en ont fait disparaître deux dans la maçonnerie; dix colonnes sont en granit gris, et quatre en marbre de Paros. Un grand désordre règne dans les chapiteaux, qui sont corinthiens à gauche et ioniques pour la plupart à droite de la nef principale; quelques-uns d’entre eux, plus étroits que le mur qu’ils supportent, ont nécessité une coupure en biseau à la retombée des arcs. Des fenêtres placées avec symétrie au-dessus des entre-colonnements éclairent l’intérieur de l’église ; plus haut , sur une corniche fort simple , repose un plafond en planches sans aucun ornement.
Les nefs latérales ont été décorées de petits autels de mauvais goût. Au milieu de celle du midi , est une porte qui conduit à un jardin fort étroit où vont jouer les jeunes enfants de la congrégation. La nef du nord était ouverte de même d’une porte qui a été murée. Ces deux entrées, placées ainsi dans l’axe transversal de l’édifice, confirment l’opinion d’Ugonio, rapportée précédemment. En effet, les églises des Grecs sont généralement ouvertes de la sorte , sur leurs deux faces latérales.
On voit encore aujourd’hui une grande tablette de marbre blanc qui a été incrustée dans le mur de la petite nef septentrionale; elle est taillée de manière à figurer des croisillons , comme les Romains en plaçaient aux fenêtres et aux clôtures à hauteur d’appui. Celle-ci, assez grossièrement sculptée, est certainement d’origine chrétienne ; comme elle n’est pas percée à jour et n'a pu servir à clore une ouverture, nous pensons quelle a fait partie d’un chancel situé de manière à former un chœur, ou peut-être seulement une enceinte sacrée en avant du sanctuaire ; dans ce dernier cas on pourrait fixer sa place au-dessous de deux traces de scellements de barres de fer , qui se voient encore dans deux colonnes de la grande nef, placées en regard l’une de l’autre et à égale distance de 1 autel; ces trous de scellement pratiqués à une grande élévation indiquent les extrémités et les points d attache d une clôture sacrée placée devant le maitre-autel , à l’instar de celles que les Grecs y établissent encore de nos jours en souvenir du temple de Jérusalem où Salomon en fit placer une devant le Saint des Saints. Le voile alexandrin que nous avons mentionné précédemment comme un présent du pape Grégoire 1Y à 1 église de Saint-Georges , aurait été suspendu à cette clôture , de manière à pouvoir être relevé ou tiré sur le