ÉGLISE SAINT- JACQUES DES ÉCOSSAIS A RATISBONNE
tement à donner un aspect imposant et éminemment architectural à l’ensemble général du portail , qui , ainsi que l’église, se distingue particulièrement par la hardiesse et la vigueur de la conception et du travail d’exécution, le soin apporté à la taille et à la pose de la pierre, dans laquelle on a employé très-peu de mortier , les matériaux ayant été dressés avec une grande précision.
La tendance universelle qui se manifeste dans tous les pays de s’efforcer de vieillir autant que possible les monuments anciens, afin de leur attirer une plus profonde vénération , n’a pas fait défaut non plus à être appliquée au portail de l’église Saint-Jacques des Écossais de Eatisbonne. Selon bon nombre d’historiens et d'archéologues allemands , notre portail actuel ne serait autre que celui de l’église bâtie par Charlemagne ou son fils Louis, et dédié à saint Pierre; il aurait été démoli au XIIe siècle, et ensuite replacé sur un des côtés latéraux de la nouvelle église consacrée à saint Jacques et à sainte Gertrude. Cette opinion ne vaut pas la peine d’être sérieusement discutée , quand on est tant soit peu instruit des usages pratiqués par les architectes de cette époque en fait de construction de monuments. Si l’on avait élevé la nouvelle église sur l’emplacement de l’ancienne, l’on pourrait comprendre jusqu’à un certain point qu’on ait conservé notre portail , et qu’il ait été encastré dans le monument nouveau. Mais le démolir et l’emporter ailleurs pour le réédifier ensuite , c’est ce qui est tout à fait inadmissible. On prétend encore que lorsqu'en 1552 le comte Philippe d’Eberstein se rendit maître de Eatisbonne , il fit démolir l’église dont le portail faisait partie. L’abbé Alexandre , contemporain du comte Philippe, aurait fait relever le portail contre l’église où il est actuellement (*). Nous ne discuterons pas davantage ce fait.
Cherchons donc les moyens d’éclaircir l’obscurité qui enveloppe l’âge et l’origine du portail de Saint-Jacques, et interrogeons l'histoire avec une sage critique : aidé par elle , nous parviendrons peut-être à découvrir la date de notre monument.
Des historiens dignes de foi rapportent qu’en l’année 1 153 un grand et effrayant incendie ravagea entièrement la ville de Eatisbonne. L’église de Saint-Jacques est nommée parmi celles qui furent le plus fortement endommagées. Les chroniques rapportent encore que vers le commencement du XIIIe siècle , notre église fut démolie en grande partie par George , son troisième abbé. Nous pensons que notre portail date évidemment de cette époque, car il en porte tous les caractères. Comparé à la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Worms, de l’année 1 107, au château de la Wartbourg , à l’église abbatiale de Paulinzelle en Thuringe (**), à certaines parties du dôme de Bamberg, tous monuments du commencement du XIIe siècle, on pourra se convaincre que le portail de Saint-Jacques de Eatisbonne ne leur est pas contemporain , qu’il est d'un roman plus avancé et plus élégant, plus riche et plus délicat. On n’v observe à la vérité encore aucun des caractères distinctifs de la transition, et surtout de la transition française ; mais il ne faut pas oublier que f Allemagne est toujours d un demi-siècle au moins en arrière sur nous dans les transformations du caractère des styles d’architecture, et que ses monuments du commencement du XIIIe siècle ressemblent encore à ceux élevés chez nous cinquante ans auparavant Témoin l’église de Saint-Georges de Limbourg sur la Lahn , élevée en 1213 et terminée vers 1242, et l'église de Gelnhausen, achevée vers 1220. Les deux édifices que nous venons de citer ont une analogie frappante avec Notre-Dame de Noyon, bâtie vers 1 180.
Si l’on compare notre portail de Saint-Jacques des Écossais de Eatisbonne aux parties romanes et si curieuses de la cathédrale de Saint-Étienne devienne en Autriche, commencée en 1144, on pourra se convaincre de la date postérieure du monument de Eatisbonne. Le portail de Saint-Jacques a infiniment plus d’élégance et de légèreté, de hardiesse et de finesse que les parties romanes de Saint-Étienne , de son portail occidental surtout. Son ornementation est aussi plus fleurie, et semble se rapprocher du style qui forme en Allemagne la transition entre le roman fleuri et le style à ogive du XIIIe siècle.
Le caractère architectonique des parties romanes de Saint-Étienne de Vienne offre bien la mâle vigueur , et jusqu’à un certain point même cette sorte de barbarie du style du commencement du XIIe siècle en Allemagne. Mais ce style est encore marqué d une imperfection et d’une incohérence de détails qui s’effacent déjà vers le milieu de la même époque. Le caractère général du portail de Saint-Jacques des Écossais de Eatisbonne, au cou. traire , présente aux connaisseurs une grande harmonie d ensemble et de détails , un affranchissement complet et bien prononcé de l’archaïsme, et une tendance marquée vers cette indépendance , cette liberté, qui carac-
(*) Voyez Vues originales des villes les plus célèbres de l’Allemagne , par L. Lange. Darmstadt. 1832, 1er vol. in-4o, chapitre sur Ratisbonne.
(**) Voyez le bel ouvrage de M. G. G. Kallenbacb, Chronologie de l'architecture germanique au moyen âge , in-folio, 1844 et 1846. 96 planches et texte en allemand.
STYLE ROMAN
térisentdéjà puissamment les monuments de la transition et ceux du XIIIe siècle. Dans l’archivolte de la porte de Saint-Étienne de Vienne, le plein cintre est démesurément surbaissé , ce qui l’écrase d’une manière désagréable. On n’aperçoit pas ce défaut capital dans l’archivolte du portail de Saint-Jacques, où le plein cintre est léger et élégant. Là son point de centre est placé sur la ligne horizontale de sa naissance, et l’archivolte forme véritablement la moitié du cercle, tandis qu’à la porte de Saint-Étienne de Vienne l’archivolte ne semble pas être un plein cintre réel, mais bien un arc surbaissé, non formé par un seul et même rayon.
Quant au style archaïque des figures de notre portail, il n’est pas inadmissible qu’elles aient été exécutées par un moine artiste et âgé, qui, vers l’an 1 200, suivait encore les traditions sacerdotales des écoles plastiques.
— BIBLIOGRAPHIE
î" Original - Ansichten der vornehmsten Stadte in Deulschland, ihrer wichtigsten Dôme, Kirchen, und sonstigen Baudenkmalev aller und muer Zeit nach der Natur aufgenommen von Ludwig Lange, in Stahl gestochen von Ernst Raucli mit einem artistisch - topographischen Text begleitet von Dr Georg Lange. Darmstadt, 1832 à 1846, cinq volumes in-4° avec planches.
2= Kunstwerke und Künstler in Deulschland von DT G. F. Waagen- Zweiter Theil. Kunstwerke und Künstler inBaiern, Schwaben, Basel , dem Elsass und der Rheinpfalz. Leipzig, 1845, l vol. in-8°.
3° Handbuch der Kunstgeschichte von Dr Franz Kugler. Stuttgart, 1842, 1 vol. in-8°.
4° Die Architectur des Mittelallers in Regensburg . Dargestellt durch den Dom, die Jacobshirche, die alte Pfarre und einige an der e Veberreste deutscher Baukunst\von Justus I’opp. Regensburg, 1834 à 1841, 1 vol. in-folio.
5° Chronologie der deutsch-mitlelalterlichen Baukunst in geometrischen Zeichnungen mit hurzer Erlàuterung von G. G. Kallen bach. Munich, 1844, lre division, pl. 6, in-folio.