‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 45 sur 62 · CATHÉDRALE DE BOURGES (PORCHES · texte numérisé non relu

CATHÉDRALE DE BOURGES (PORCHES

inutile de faire subir ce mauvais traitement. La dernière espèce de porche est le porche auvent , construction légère, ordinairement en charpente, et d'une date moderne, destinée à préserver une porte des injures de l’air. Ce porche, presque toujours sans intérêt, est fort commun dans les campagnes (*), où il masque fréquemment, d’une manière désagréable, la porte devant laquelle il est placé.

Suivant un usage fort ancien, les porches ont souvent été surmontés de salles destinées à différents usages. Dans les basiliques, ces salles s’appelaient catéchuménies ( catechumeniœ ), et vraisemblablement elles servaient surtout de lieu d’instruction pour les catéchumènes. Par un hasard qu’on n’explique pas, le porche de la grande église de Yézelay a retenu le nom de catéchumène. Au moyen âge', les étages supérieurs des porches servaient d’écoles, de chartriers, de logements, etc.

Dans les premiers siècles de l’Église, les portes étaient l’objet d’un respect particulier, lequel devait naturellement s’étendre aux porches eux-mêmes, dont Guillaume Durand dit qu’ils représentent le Christ, au moyen duquel on arrive à la Jérusalem céleste. « Atrium ecclesiœ signi/icat Christian per quem in cœlcstem « Jérusalem palet ingrcssus , quod et porticus clicitur. » Le cardinal Baronius nous apprend que c’était une coutume pour les fidèles, avant d’entrer dans l’église, de se prosterner sur le seuil, de baiser les portes et de faire des prières. « Moris eral adcunlibus basilicam ante ejus ingressum ad limina procumbere, portas dcoscu- « lari ac preces fundere. » Ce respect venait sans doute principalement de ce que les portes étaient quelquefois consacrées avec des reliques, comme le prouve ce passage d’une ordonnance de Louis le Débonnaire : « Si in « alrio ecclesiœ cujus porta rcliquiis sanctorum consccrala est , hujuscc modi homicidium perpeiralum fuerit, simili « modo emendalur vel componatur. Si vero porta ecclesiœ non est consccrala..., etc. » lien résultait que l’atrium était considéré comme un lieu saint , où l’on ambitionnait d’être enterré. Les conciles permettaient, en effet, qu’on inhumât dans les porches, mais défendaient qu’on le fit dans les églises mêmes. Un décret du concile de Trente s’exprime ainsi : « Prohibendum etiam secundum majorent insliluta ut in ecclesia nullatenus « sepelialar , sed in alrio, aul in porticus, aut in exedra ecclesiœ. » L’empereur Constantin ne fut enterré que dans le porche de l’église des apôtres. Ordinairement les galeries de l’atrium étaient réservées pour les évêques ou les personnages étrangers, et le préau pour le peuple. C’est ainsi que cela eut lieu aussi plus tard dans les grands charniers, comme ceux des Innocents de Paris. L’usage d’enterrer dans une cour précédant l’église s’est conservé longtemps, et il en reste des traces dans les campagnes. Il a donné naissance à la synonymie du mot atrium avec celui de cimetière; de ce même mot atrium, on a fait ceux de atrie, aislre, ai Ire , estre, dire, qui s’employaient pour désigner l’espace circonscrit entre les murs ou galeries d’un lieu destiné aux sépultures.

Aux porches était également attaché le droit d’asile; un décret de Clotaire, que confirme un autre de Charlemagne, contient ce passage: « Nullus, latronem vel quemlibel culpabilem de alrio ecclesiœ trahere « prœsumat », et d’autres textes viennent à l’appui de celui-là.

Tous les auteurs qui ont eu à parler des porches ont répété que ces constructions servaient souvent de tribunaux ou l’on rendait la justice, et ils rappellent à ce sujet que certains actes portent la formule, Inter leones, à la porte du moutier. Nous n’avons pas su trouver de renseignements sur ces formules célèbres, qu’on se borne toujours à citer sans les accompagner de commentaires, et nous le regrettons beaucoup, parce que nous ne doutons pas qu’on en ait tiré des conséquences exagérées. En Italie, on rencontre assez souvent, il est vrai, des portes ou des porches, au bas des colonnes ou des pieds-droits desquels se trouvent des animaux offrant plus ou moins de ressemblance avec des lions. Ainsi , à la basilique Saint-Laurent à Rome, à la cathédrale de Plaisance, à celles de Modèue, de Parme, etc. (**). Mais en France, les quelques lions qu’on voit sculptés sur les façades, souvent en compagnie d’autres animaux, ne paraissent pas avoir été placés là où ils sont avec une intention particulière (***). On pourrait en conclure que les formules « Domino N. abbale sedenle « inter leones, aclum ou datum inter duos leones », que l’on trouve dans quelques actes de la justice ecclésiastique, s’étaient conservées après que les motifs qui leur avaient donné naissance n'existaient plus. Quoi qu’il en soit, l’usage de rendre la justice à la porte des églises a certainement existé au moyen âge : il en est plusieurs preuves ; mais ce n’était que la justice ecclésiastique qui avait droit d’y siéger, car des conciles de toutes les époques ont défendu qu’on y tint les plaids civils; celui de Mayence, tenu eu 888, dit qu’il y aura ainsi

(*) Dans quelques provinces de l’Ouest on lui donne le nom de balai.

(**) M. deCaumont dit qu’il résulte des recherches de M. Lopès, conservateur du musée d’antiquités de Parme, que les lions de la cathédrale de cette ville ont été donnés en 1281 pour honorer la Vierge et garder l'église des malins esprits.

(***) Il faut en excepter peut-être l’église Saint-Porchaire de Poitiers : sur le chapiteau de gauche de la porte se trouvent des lions; on serait assez embarrassé de dire à quelle famille d’animaux ils appartiennent, et d’ailleurs, tout en distinguant leur in-

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d'autant moins de querelles, « quantà minus rixœ et contcntiones. >< Au reste, ces décrets de nombreux conciles, et l’arrêt du parlement de Paris, daté du 28 avril 1673, qui défend de rendre la justice sous les porches et dans les cimetières, prouvent que l’abus qu’on voulait détruire et qui, après tout, puisait sa source dans un sentiment pieux, n’avait jamais pu être complètement déraciné des habitudes des populations.

Nous croyons que l’usage de rendre la justice à la porte des églises a beaucoup moins contribué à l’érection des porches qu’on ne le croit généralement. Indépendamment de ce que, dans une multitude de cas, l’exiguïté de leurs dimensions ne permet guère d’admettre qu’ils aient servi de tribunaux, il existe divers motifs qui, en expliquant la présence des porches, leur donnent une autre destination. Ainsi, plusieurs cérémonies avaient lieu à la porte des églises, les mariages, par exemple-(*). Or, il était utile que les acteurs de ces cérémonies fussent à l’abri des injures de l'air, but qu’atteignaient parfaitement les porches. Le peuple aimait d’ailleurs à s’assembler sous les portes des églises et à y causer (**); de nos jours encore, dans les campagnes, on voit souvent les habitants stationner sous les porches avant que l’office ne soit commencé, et s’y entretenir. C’est également là qu’assistent au service divin ceux qui ne peuvent trouver place dans l’église même. Aussi les porches-auvents sont-ils extrêmement communs dans les villages. Nous ne doutons pas que les motifs que nous venons d’indiquer ne doivent être comptes tout d’abord parmi ceux auxquels on doit la construction des porches.

Si , dans les églises peu considérables, les porches se trouvent souvent situés à la façade principale, au contraire, dans les églises importantes, c’est plutôt aux façades latérales qu’ils sont accolés. Les porches de la cathédrale de Bourges sont dans ce cas. Ces porches forment un avant-corps carré, percé sur ses trois fac?s de grandes arcades ogivales, et voûté d’arête. Ils datent du XIIIe siècle, comme la presque totalité du magnifique vaisseau de l’église, une des plus majestueuses constructions que le moyen âge ait élevées; mais les portes qu’ils abritent, dont nous donnons l’élévation, et dont on ignore la date de fondation, ont certainement été construites vers le milieu du XIIe siècle.

Le porche nord est dit de N.-D. de Grâce , parce qu’avant la prise de Bourges par les protestants , au XVIe siècle, il existait, accolée à un trumeau, une statue de la Vierge; il est surmonté d’une pièce qui servait de chartrier; les archives qu’il contenait ont été brûlées dans un incendie considérable qui a ravagé cette partie de l’église le 16 mars 1559, en produisant d’énormes dégâts. C’est vraisemblablement peu de temps après que furent faits les curieux vantaux que l’on voit aujourd’hui. On croit qu’ils furent exécutés aux frais d’un chanoine de Bourges, conseiller au parlement de Paris, nommé Leroy. Ils portent son écusson sculpté en relief et un grand nombre de lettres R alternant avec des tierce-feuilles qui, au nombre de neuf et placées sur un champ de sable , formaient les charges de ses armoiries.

Sur le haut du vantail droit du porche sud, on remarque les armes de Jean Cœur, archevêque de Bourges et frère de l’argentier ; elles sont accompagnées d’un semis de ses initiales enlacées; elles indiquent que c’est lui qui a fait faire les vantaux , achevés seulement après sa mort. Sur le vantail de gauche, on lit aussi cette inscription écrite en gothique : « Orale pro defunctis et benefactoribus ecclcsiœ. Reginaldus Buisille. » Ce Réginald Boicelli ou Boisseau , dont les initiales forment également, un semis, était aumônier de Jacques Cœur; il présida à la construction de la porte, qui fut exécutée aux dépens de la succession de ce dernier.

dividualité, on pourrait y attribuer d’autant moins d’importance que le sujet de Daniel dans la fosse se trouve sculpté sur le chapiteau de droite , s’ils n’étaient surmontés de cette inscription en onciales : « Leones , » qui, il faut le reconnaître, semble être autre chose qu’une leçon d’histoire naturelle. On a également cité les lions du porche de l’église Saint-Severin à Paris, comme conlirmation de l’usage dont nous parlons; mais c’est par suite d’une énorme bévue ; car, pour que ces lions prouvassent quelque chose, il faudrait qu’ils fussent anciens, et ils remontent tout au plus a la fin du XVIe siècle. Ces lions rampants ne sont autre chose que des supports d’armoiries, et ils étaient affrontés dans l’origine. Ils ont d’ailleurs été très-évidemment relancés dans le mur actuel, et Lebeuf fait observer que 1 inscription qui était gravée sur le collier de ces lions était en caractères romains.

(*) Un passage cité parSainte-Foix, et relatif aux fiançailles d’Élisabeth de France, lillede Henri II, le prouve effectivement. Il y est dit que les épousailles se firent au portail de Notre-Dame de Paris, selon la coutume de notre mère Sainte Église. ( Essais sur Paris , tom. I, pag. 117.)

(**) Cette circonstance y attirait et y devait attirer des marchands. Ils y étaient quelquefois tolérés; mais ils en étaient souvent chassés aussi. Tliiers a fait un ouvrage sur les porches pour prouver qu’on ne devait pas les y souffrir. M Renouvier a cité une inscription de la cathédrale de Lucques, portant la date de 1 1 1 i , qui défend aux marchands de vendre sous le portique.

l" J- B. Tliiers. Dissertation sur les porches des églises. Orléans, 1079, 1 vol. in-12.

2“ Lebeuf. Dissertation sur la reine Pédauque. Mémoires de l’Académie des belles-lettres, t. xxm.

3” Chapuy et Jolimont. Cathédrales de France. Paris, in-4°, pl.

Ronielot. Description historique et monumentale de l’église patriarcale, primatiale et métropolitaine de Bourges. Bourges, 1829, in-8°. Delaborde. Les Monuments de la France classés chronologiquement. Paris, 181G-30, 2 vol. in-f°, pl.

6° Magasin pittoresque, 3e vol.

— BIBLIOGRAPHIE

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