‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 46 sur 62 · ÉGLISE · texte numérisé non relu

ÉGLISE

DE HADISCOE.

En Angleterre, comme partout , l’histoire de l’architecture a une corrélation intime avec l’histoire politique et religieuse. Avant donc que nous essayions d’indiquer les principaux caractères des styles architectoniques anglais répondant à nos périodes latine et romane , il nous faut rappeler les grands événements qui ont modifié la nationalité et les croyances de la Grande-Bretagne au moyen âge.

On ignore par qui le christianisme fut réellement introduit en Angleterre ; on sait seulement d’une manière certaine qu’au commencement du IVe siècle il y avait fait de nombreux prosélytes. Un moment comprimé à cette époque par la persécution de Dioclétien , bientôt après il put continuer ses progrès par l’avénement de Constantin au trône impérial. Pendant le IVe siècle et une partie du Ve, la Grande-Bretagne eut sa part des maux produits par les hérésies d’Arius et de Pélage ; ils furent suivis par un événement bien plus funeste encore pour le christianisme, l’invasion des Saxons. L’Angleterre fut en effet affreusement ravagée par ces barbares qui , livrés à l’idolâtrie, et d’ailleurs féroces et ignorants, en changèrent complètement l’aspect. Massacrant les prêtres, démolissant les églises et brûlant les monastères, ils réussirent, dans toutes les contrées qu’ils avaient conquises, à substituer presque entièrement à la religion de l’Évangile le culte sanguinaire de leurs divinités.

A la fin du VIe siècle , le pape Grégoire le Grand résolut de convertir les Anglo-Saxons. Une circonstance favorable dont il profita habilement, lui permit de réaliser son projet : Berthe , princesse chrétienne, fille de Caribert, roi de Paris , ayant épousé Éthelbert, roi de Kent , Grégoire envoya vers ce dernier le moine Augustin qui , aidé par l’intercession de la reine , parvint à décider le monarque saxon à embrasser la religion du Christ. Cet événement eut lieu en 597, et amena promptement la conversion des sujets d’Éthelbert ; elle fut suivie par celle des peuples de Northumbrie, du royaume deMercie et des Saxons du centre. Les habitants de l’île de Wight et les Saxons du Sud n’abandonnèrent le paganisme que vers la fin du VIIe siècle.

Dans l’origine, l’étendue de pays sur lequel un évêque exerçait sa juridiction s’appelait sa paroisse, et il ne s’y trouvait généralement qu’une église, d’où le prélat expédiait dans les contrées environnantes les prédicateurs ambulants destinés à instruire les peuples. Vers l’an 664 , Théodore, nommé par le pape Vitalien archevêque de Canterbury , non-seulement effectua la division des grands évêchés en plusieurs diocèses , mais encore la subdivision de ces diocèses en plusieurs paroisses. Sur le territoire de ces dernières, on fut obligé , dans la suite, d’élever des oratoires dont un grand nombre finirent par obtenir les privilèges inhérents aux églises paroissiales.

Les premiers monastères fondés en Angleterre suivaient la règle de Saint-Grégoire, de Saint-Colomban et de quelques autres ; mais celle de Saint-Benoit, introduite par le célèbre Wilfrid, les remplaça toutes promptement. Presque anéanti à la suite de l’invasion des Danois, le monachisme se répandit de nouveau, quand Alfred eut délivré son pays de ces pirates. Menacé dans son existence par le roi Edwy , le monachisme fut au contraire favorisé par son successeur Edgar , et le zèle de saint Dunstan le rendit plus florissant que jamais. A partir de cette époque , les fondations pieuses de toute espèce se multiplièrent tellement, qu’on suppose qu’à la mort d’Édouard le Confesseur, plus d'un tiers des terres de l’Angleterre était en la possession du clergé. Mais c’est après la conquête des Normands quelles furent le plus nombreuses. « Vous eussiez pu voir , dit « William de Malmesbury, des églises et des monastères magnifiques s’élevant dans chaque village, dans « chaque bourg , dans chaque cité ; en un mot, le zèle religieux était si ardent en ce pays, qu’un homme •< riche aurait pensé qu’il avait vécu inutilement s’il n’avait laissé quelque monument de sa pieuse muuifi- <• cence(*). » En effet, quoique les plus grands monastères, tels que ceux de Westminster, de Glastonbury, de Croyland, etc., eussent été fondés avant la conquête, pendant les cent cinquante années qui suivirent ces événements, on éleva ou on ne rétablit pas moins de 476 abbayes et prieurés ordinaires et de 8 1 prieurés étrangers. C’est seulement à dater du commencement du règne de Henri III (1220) que ces fondations devinrent moins communes , ce qui fut le résultat de l’introduction et de l’influence des ordres mendiants.

L’architecture du moyen âge, en Angleterre, se divise en trois grandes périodes : 1° la période anglosaxonne ; 2° la période anglo-normande ; 3° la période ogivale. La première, dans laquelle on aurait lieu sans doute d établir des subdivisions, si elle n’était pas presque entièrement inconnue, comme celle à laquelle elle correspond en France; la première, disons-nous, commence à l’établissement des Saxons au Ve siècle, et s étend jusqu’en 1066 , année de la conquête des Normands. La seconde commence à l’année 1066 et s’étend jusqu’à la seconde moitié du XIIe siècle, époque à laquelle commence à apparaître le style ogival. Ce style,

(*) JVill. Malmesb., De Pontif. , lib. III.

— STYLE ROMAN

que les Anglais nomment style pointu ( pointed style) , seteint dans le courant du XVIe siècle ; nous n’avons point à en parler ici.

Lorsque les Romains firent ïa conquête delà Grande-Bretagne, les peuples qui l’habitaient n’avaient point d’architecture ; ils s’abritaient dans des espèces de cabanes construites en osier, dit César; et les seuls monuments qu’ils élevaient étaient de ceux qu’on nomme druidiques, et qui consistent dans l’assemblage de quelques grosses pierres non taillées (*). Les Romains introduisirent en Angleterre, comme ils firent dans les Gaules, le style et le système de construction qui caractérisent leurs œuvres architecturales; aussi, à part peut-être un moindre degré d’habileté qu’ils accusent, les édifices romains de l’Angleterre sont-ils semblables à ceux qui existent sur le Continent. Les constructions romaines sont, dans les îles Britanniques, rares, mais elles le sont encore moins que celles de la période anglo-saxonne, dont il n’existe qu’un excessivement petit nombre de spécimens, tous plus ou moins mutilés, et conséquemment ne pouvant que médiocrement élucider la phase de l’art à laquelle ils appartiennent.

Les premières églises élevées en Angleterre furent , suivant toutes les probabilités , imitées de celles qu’on construisait en Italie ; il y a tout lieu de croire quelles en reproduisaient le style et la disposition , mais généralement avec une exécution plus barbare. Sous la domination saxonne cette barbarie dut augmenter. Mais les traditions romaines , surtout celles relatives à la construction, durent se continuer, comme cela eut lieu en France , car les Saxons , moins civilisés que les peuples qu’ils subjuguaient , ne purent pas modifier les arts de ces derniers. C’est l’inverse qui aurait eu lieu si les Saxons avaient eu des arts qui leur fussent propres. C’est d’ailleurs un fait appuyé sur des témoignages historiques, que l’usage où l’on était de désigner de cette locution, bâties à la manière romaine (**), les églises d’une construction soignée. Les Anglo-Saxons savaient construire en pierre , mais ils le faisaient mal, et étaient souvent obligés d’avoir recours à des artistes étrangers; il est vraisemblable que la plupart de leurs monuments étaient en bois. La construction en charpente , naturelle aux peuples du Nord, n’était pas encore entièrement abandonnée en Angleterre au XIIe siècle, comme le prouve l’érection d’une église en bois à Bedricesworth, cinquante ans après la conquête. On a supposé que dans les premiers siècles du moyen âge, période infiniment barbare dans la Grande-Bretagne, on éleva des églises en osier, ou au moins d'un travail analogue à celui qu’on exécute avec les branches de cet arbrisseau. Ou a tiré cette conséquence de ce fait, que Dowel Dha , roi du pays de Galles, avait un palais en clayonnage appelé la Maison Blanche, parce que les baguettes qui formaient les claies servant de murailles, étaient dépouillées de leur écorce. Ces claies étaient sans doute consolidées par des planches , clouées elles-mêmes à des poteaux. On employait encore des murailles en planches de chêne recouvertes d’une sorte de chaume composé de roseaux. Telle était l’église bâtie à Lindisfarne par l’évêque Fina en 635. A la fin de ce siècle et au commencement du siècle suivant, l'architecture, favorisée par les talents de l’évêque Wilfrid, qui était un constructeur habile pour son temps , fit quelques progrès. Ce prélat , ainsi que Benedict Biscop , fondateur du monastère de Wermouth, firent venir des artistes du Continent, qui propagèrent sans doute les principes de l’art de bâtir. C’est peut-être sous leur direction qu’on réussit, en 716, cà élever le monastère de Croyland sur pilotis, opération qui présentait d’assez grandes difficultés. C’est aussi à Biscop que l’on doit la première verrerie qu’ait possédée la Grande-Bretagne : des ouvriers français la dirigèrent.

Il résulte, des différentes descriptions qu’on possède des églises anglo-saxonnes, qu’elles étaient ornées de colonnes et de peintures; qu’il s’y trouvait des piliers , des arcades, des cryptes , un grand arc à l’entrée du sanctuaire , et de nombreux portiques. On ignore malheureusement le sens précis de cette dernière expression ( porticus ) dont les anciens auteurs ecclésiastiques font si souvent mention. Quoi qu’il en soit, les renseignements historiques établissent , comme nous l’avons dit , qu’il existait une grande ressemblance entre les dispositions des églises anglo-saxonnes et celles des basiliques latines de la France et de l’Italie. C’est dans l’ornementation, dans le style proprement dit, que la différence devait consister principalement. En effet, dans les quelques monuments authentiquement anglo-saxons qui sont connus , il se trouve des détails bizarres dont les analogues ne se voient nulle part, et qui sont par conséquent fort caractéristiques. Parmi ceux-ci, les plus singuliers sont certaines colonnes courtes , renflées dans le genre des balustres, et annelées. Il y en a de cette espèce à l’église de Barton-upon-llumber, à celle de Earl’ s-Barton et à celle de Brixvvorth. Ces trois monuments sont fort curieux. L’église de Brixworth , qui paraît la plus ancienne , se composait primitivement

(*) Voyez, dans le présent ouvrage, le chapitre des Monuments celtiques.

'**) More romano vel Romanorum. La même expression était employée en France a la même époque.

— ÉGLISE DE HADISCOE. —

d’une nef flanquée de collatéraux étroits, terminée à son extrémité occidentale par une tour carrée, à laquelle est accolée une tourelle semi-cylindrique qui contient un escalier hélicoïde. Par cette tour, percée de portes sur ses faces latérales , on pénétrait dans la nef, séparée des bas côtés actuellement détruits , par des arcades plein cintre, appareillées en briques et offrant une identité parfaite avec les constructions romaines! Au-dessus des arcades de la nef était une suite de fenêtres formant claire-voie, et exécutées dans le même système, ainsi que le grand arc, imitation des arcs triomphaux des basiliques latines, qui se trouve placé à l’entrée du sanctuaire. Celui-ci est rectangulaire et d’un tiers moins large que la nef ; il y a des traces de fenêtres dans ses murailles, malheureusement remaniées comme celles de la nef. L’édifice avait de longueur totale 36m50 , et de largeur 20m environ.

La tour de l’église d’Earl’s-Barton est surtout remarquable par sa barbarie, qui en fait un monument unique; elle se compose de quatre étages en retraite dont la construction et l’ornementation semblent être dues à des ouvriers exclusivement habitués à bâtir en charpente. Chaque étage présente, sur ses angles, de grossiers bossages en pierre de taille, et sur ses faces des compartiments formant des espèces d’arcatures en plein cintre ou angulaires, qui rappellent les pans de bois des vieilles maisons, formant comme eux une ossature dont les interstices sont remplis par du blocage. Les trois premiers étages sont entièrement massifs , à l’exception de deux petites fenêtres, surmontées d’une sorte d'archivolte où figure une croix, et d’une ouverture informe qui dénote la plus complète ignorance des procédés stéréotomiques. Le quatrième étage est percé sur chaque face de cinq ouvertures, dont les pieds-droits sont ornés de colonnettes annelées et renflées , et dont la fermeture est formée d’une seule pierre creusée en forme de plein cintre.

La tour de l’église Saint-Pierre, à Barton-upon-Humber, présente une assez grande analogie avec celle d’Earl’s- Barton pour prouver que cette dernière n’est pas une construction accidentellement bizarre ; mais qu’elle caractérise positivement un style dont d’autres spécimens existent d’ailleurs en plusieurs endroits.

La conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, fut pour l’architecture de ce pays le commencement d’une ère nouvelle et magnifique. Il paraît, au reste, que la transformation du style saxon était déjà commencée lors de l’invasion des Normands, car William de Malmesbury, auteur du XIIe siècle, rapporte que le roi Édouard le Confesseur, mort en 1066, « fut enterré dans l’église de Westminster, qu’il avait fait « construire dans un nouveau genre d'architecture , dont le premier il fit usage en Angleterre, et , ajoute le « chroniqueur, que presque tous s’efforcent, à grands frais, d’imiter aujourd’hui. » Ce témoignage est d’ailleurs confirmé par celui de Mathieu Paris, qui n’est pas moins explicite; mais l’immense et heureuse influence de la domination des Normands , grands bâtisseurs d’églises , comme on sait , n’en est pas moins certaine et évidente.

On a beaucoup discuté pour déterminer d’une manière positive les différences existant entre le style anglosaxon et le style anglo-normand. La principale consiste dans la grandeur des proportions, la régularité des plans et la supériorité d’exécution qui caractérisent les édifices construits après la conquête. Les traits caractéristiques de ces derniers ont été résumés ainsi : colonnes cylindriques et massives , avec bases et chapiteaux réguliers supportant des arcs en plein cintre ; murs très-épais , généralement consolidés par des contre-forts larges et plats. Quelquefois les colonnes sont de forme prismatique rectangulaire, ou octogonale, ou sont en tourées de colonnettes ; parfois leurs fûts sont ornés de cannelures hélicoïdes , ou d’un travail réticulé dans le genre des pointes de diamant. Les portes et fenêtres sont à plein cintre, et ces dernières sont pour la plupart hautes et étroites. Les petites arcades sont dépourvues d’ornements , mais les principales sont au contraire chargées d un grand nombre de moulures , parmi lesquelles on remarque surtout le chevron, la frette crénelée, les têtes à bec, les billettes et les tètes de clou. Les églises anglo-normandes sont souvent couvertes par une simple charpente ; mais on rencontre fréquemment aussi, soit dans les cryptes , soit dans de petites glises, et même dans quelques cathédrales, des voûtes d’arêtes en pierre, dont quelques-unes sont soutenues par des nervures, mais beaucoup plus simples que dans le style ogival. Les tours anglo-normandes sont massives, carrées, et ne s’élèvent qu’à peu de hauteur au-dessus du toit de l’édifice dont elles font partie. Le aarement extérieur des murailles est généralement uni ; les portails sont quelquefois ornés de figures en basrelief; les façades occidentales sont, dans quelques cas, décorées de rangées d’arcatures en plein cintre , soit entièrement indépendantes les unes des autres, soit entrecroisées de manière à produire des formes ogivales. C est cette disposition qu’on retrouve au prieuré de Castle-Acre (Norfolk), à l’abbaye de Croyland (Lincolnsbire), à celle de Malmesbury (Wiltshire), etc., qui a inspiré à Bentham et à Milner l’absurde système qu’ils ont soutenu relativement à la naissance du style ogival.

— STYLE ROMAN

Le nombre des édifices de style anglo-normand qui existent encore en Angleterre est considérable. Parmi les plus beaux, il faut compter les cathédrales d’Exeter, de Norwich, d’Oxford , de Petersborough et de Durham; une partie de celles de Glocester, de Rochester, de Canterbury et deWorcester ; les églises paroissiales de Saint- John (comté de Chester), de Saint-Germain (comté de Cornwall), de Winborne et de Sherborne (comté de Dorset), de Romsey dans le Hampshire, de Southwell dans le Nottinghamshire, etc, etc.. Le spécimen que nous donnons est une porte de l’église de Hadiscoe, dans le comté de Norfolk. C’est un type fort pur de l’art anglais du milieu du XIIe siècle. Sa ressemblance avec les monuments normands de la France est très-grande ; comme dans la plupart de ces derniers, on n’y trouve que des moulures géométriques. Ainsi, l’archivolte est formée de dents de scie, d’un tore chevronné, de nébules, d’un tore simple, et de chevrons ordinaires. Chaque pied-droit est 01 né de pilasties dont le fut est couvert d étoiles , et d une colonne adossée à un redan qui correspond à celui qu’offre l’archivolte. La base de cette colonne n’est autre chose que la corbeille de son chapiteau renversée. Celui-ci , en forme de cube arrondi, comme il s’en trouve si souvent dans l’est de la France, est surmonté d’un tailloir à chanfrein, qui couronne aussi le pilastre et fait ressaut sur le tableau de la baie. Au-dessus de la porte est une niche en plein cintre, dans laquelle se trouve une statue d’homme barbu très-fruste , laquelle est assise sur une sorte de trône , et lève les deux mains de manière à faire penser quelle bénit. Cette figure porte une sorte de pallium qui ressemble à celui dont se revêtaient jadis les évêques ; mais elle n’a ni manipule ni mitre ; au-dessus de sa tète est un fragment qui semble être un livre ouvert : ce qui pourrait faire penser qu’elle représente le Christ; mais l’absence de nimbe rend cette hypothèse douteuse.

L’histoire de la serrurerie au moyen âge est encore presque inconnue. Ce qui rend surtout intéressante la porte de l’église de Hadiscoe, ce sont donc les curieuses ferrures dont ses vantaux sont couverts. Rarbares de motif, et grossières d’exécution, elles indiquent sans doute un art encore dans l’enfance, mais elles indiquent également des efforts faits dans le but de rendre cet art élégant et riche , et cette tendance vers le progrès, nous l’avons trouvée écrite dans toutes les ferrures , malheureusement en petit nombre, que nous avons rencontrées, et qui dataient aussi du XIIe siècle. Elles se composent en général de pentures, d’où se détachent des enroulements dont souvent l’extrémité forme un fleuron à pétales pointus, offrant de l’analogie avec des fleurs de Iis. Ces ferrures, toujours exécutées en fer battu, sont quelquefois ornées de stries, de petits cercles ou autres figures imprimées en creux avec un instrument du genre des em porte-pièces, appliqué pendant que le fer était chaud. De gros clous saillants attachent les différentes pièces aux planches du vantail. Au XIIIe siècle, l’art de la serrurerie atteignit une grande habileté, et permit de faire prendre au ferles formes souples, riches, larges et gracieuses qui caractérisent l’ornementation sculptée de l’époque; les pentures si justement célèbres de Notre- Dame de Paris sont un des plus beaux chefs-d’œuvre de ce genre qu’on puisse citer ; elles prouvent une perfection qui ne fut sans doute pas dépassée au XIVe siècle. Au XVe, l usage des ferrures ornées devint assez peu commun, remplacé qu'il fut par la sculpture en bois ; la serrurerie d’alors fut presque confinée dans la fabrication des serrures qui reproduisaient les formes contournées du style flamboyant, et dans les crêtes et les épis qui servaient d’amortissement aux combles et aux pignons. Au XVF , au XVIIe, et même au XVIIIe, la serrurerie a produit un grand nombre d’ouvrages fort remarquables en France. Aujourd hui cet art n’existe plus : l’emploi de la foule l’a tué.

— BIBLIOGRAPHIE

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