‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 47 sur 62 · PORTES EN BOIS DE S™-MARIE DU CAPITOLE A COLOGNE · texte numérisé non relu

PORTES EN BOIS DE S™-MARIE DU CAPITOLE A COLOGNE

L’étude consciencieuse de l’histoire des beaux-arts a pris de nos jours un développement considérable. Elle est devenue une branche spéciale et pour ainsi dire essentielle des études historiques , et elle n’est plus seulement astreinte d'une manière absolue à l’antiquité grecque et romaine. Les investigations de l’archéologie se sont portées sur les antiquités de tous genres des divers pays de la terre, et encore de toutes les époques. En un mot, elle n’est plus exclusive comme elle l’était depuis Winckelmann. Aussi nos connaissances sur les arts au moyen âge y ont-elles considérablement gagné. Les monuments historiques d’architecture de cette époque tant dédaignée par une certaine classe de savants, époque cependant si curieuse et si remarquable > ont été étudiés, dans leur ensemble et leurs détails, avec une scrupuleuse exactitude et une grande intelligence. On est enfin parvenu à rendre à chaque peuple, dans chaque siècle, ce qui lui appartient, et plus nos études sur les diverses périodes du moyen âge ont été entreprises avec succès, plus aussi l’intérêt du public a augmenté en proportion des beaux et grands résultats de ces mêmes études. De l’ensemble imposant de nos édifices, nos investigations se portent maintenant sur leurs détails : et ceux-ci offrent à l’artiste, à l’archéologue, à l’historien et à l’amateur, une source abondante d’observations curieuses et instructives, des sujets infinis à développer au profit de l’histoire, et qui serviront puissamment à faire connaître par les beauxarts le génie des peuples qui ont créé les origines de notre civilisation moderne.

Parmi les détails intéressants à observer et que nous offrent les vastes monuments du moyen âge, il faut sans contredit ranger les grandes portes en bois ou en métal, si richement ornées de sculptures curieuses, et qui semblent avoir eu pour but d’offrir, aux fidèles qui ne savaient pas lire, l’abrégé de l’histoire primitive du christianisme. Ces portes semblent devoir refléter encore l’ensemble des mystères célébrés à l’intérieur du temple, lorsque le sanctuaire est fermé après la célébration de l’office divin.

Le temps nous a heureusement conservé un assez grand nombre de portes en bronze du moyen âge. Il serait facile d’en énumérer une centaine dans les différents pays de l’Europe, en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie et en Russie. L’Angleterre ne possède pas ce genre de monuments. Mais ce que l’on rencontre bien plus rarement, ce sont des portes en bois , ornées magnifiquement de sculptures, telles que figures, arabesques, entrelacs, rosaces, encadrements, etc., etc.; et celles-là ont un très-grand prix pour les études de l’archéologie et de l’architecture, parce qu’on en compte un nombre infiniment limité , ainsi que nous l’avons dit plus haut.

C’est donc une bonne fortune pour l’artiste et l’antiquaire lorsqu’ils peuvent étudier une de ces portes. Celle que nous offrons à nos lecteurs dans notre planche, se trouve à l’extrémité circulaire du transsept septentrional de l’église paroissiale de Sainte-Marie du Capitole, à Cologne. Jusqu’à ce jour, elle n’avait été publiée que d’une manière très-imparfaite : nous pouvons même dire hardiment qu’elle est inédite. Notre planche la rend avec une grande exactitude, et l’artiste s’est appliqué surtout à bien saisir le caractère de la sculpture et à n’omettre aucun des innombrables détails qui la composent.

La porte à deux vantaux de Sainte-Marie du Capitole a 5m,44 de hauteur sur 2m,88 de largeur et 0m,20 d’épaisseur environ. Toutes les sculptures et les ornements sont rapportés sur un châssis en bois formant porte. Chaque panneau est encadré de tores (n° 6 de la planche de détails), qui eux-mêmes s’enchâssent dans des bordures variées, telles que les rapportent les nos 2, 3, 4, 5 et 6. Les nos 7, 8, 9, 10 et 11 sont le détail en grand des clous en bois qui ornent cette porte, et qui sont au nombre de cinquante-quatre. Leur diamètre moyen est de 0m,09, etilsen ont 0m,13 de saillie. Ils sont fixés par une branche en fer dont l’extrémité s’arrondit et forme le bouton du fleuron. Elle est encadrée d’un tore très-saillant et orné d’entrelacs, de fleurs et de feuilles, représentés par le n° 1 de notre planche de détails. Chaque vantail contient treize panneaux représentant des sujets sculptés en ronde bosse. De ces treize panneaux il y en a trois grands et dix petits. Ils offrent tous des sujets tirés de l’Évangile et non de l’Ancien Testament, ainsi qu’on le voit à d autres portes du même genre.

Le premier sujet du haut, à gauche, offre dans le même cadre deux compositions distinctes. D’abord l’Annonciation, et ensuite la Visitation. Dans le premier, l’ange Gabriel (*) est représenté tenant dans ses deux mains, non le lis consacré, mais la croix , qui se rapporte sans doute déjà à la Mater Dolorosa. Marie est debout

(*) Évangile selon saint Luc, ch. I, v. 26 et suivants.

— STYLE ROMAN

devant l’ange, la main gauche appuyée sur son cœur, et la droite étendue vers l'envoyé céleste. La figure de femme qui est placée derrière la Vierge Marie est probablement sa mère, sainte Anne. A droite de ce premier panneau, l’on voit la Visitation. La figure placée à l’angle, est sainte Élisabeth ; l’autre est la Vierge Marie. Sainte Élisabeth appuie sa main droite sur le cou de la Vierge ; les deux saintes femmes se donnent la main et s'embrassent. L’artiste a choisi le moment où sainte Élisabeth dit à Marie, sa cousine : Benedicta tu inter mu~ heres, et benedictus fructus ventru tui (*). L’ange, la Vierge et sainte Élisabeth sont nimbés. Le premier sujet en dessous de l’Annonciation, représente l ange annonçant la naissance du Christ aux bergers. L’on voit deux figures levant la main ; elles expriment l’étonnement. Au-dessus d’elles , effectivement , nous voyons un ange qui leur annonce la bonne nouvelle : « Ne craignez point ; car je vous viens apporter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie (**). « Entre ces deux personnages l'on voit un bélier et deux brebis, afin de ne pas laisser de doute sur leur profession et le motif du sujet.

Le second petit panneau en dessous de la Visitation, nous offre l’adoration des trois rois mages Gaspard, Balthazar et Melchior, qui, tous trois couronnés , portent des présents qu’ils viennent offrir à l’enfant Jésus, que la Vierge tient sur ses genoux et son bras gauche. La Vierge a un nimbe, l’enfant Jésus n’eu a pas. Au centre du sujet l’on voit l’étoile à six branches qui a guidé les rois de l’Orient dans leur voyage pour venir trouver le sauveur du monde (***).

Le troisième sujet à gauche en dessous de l ange qui annonce la naissance du Christ, représente cette naissance elle-même. L’enfant divin est couché dans une crèche, au-dessus de laquelle l’on voit le bœuf et l’âne. Au centre, tout en haut, est l’étoile qui a indiqué le lieu où le fils de Dieu devait venir au monde. A la gauche est la Vierge Marie , la tète appuyée sur la main gauche, qui elle-même est soutenue par la droite. De l’autre côté est saint Joseph assis , tenant un morceau de pain et un couteau. La Vierge a un nimbe, saint Joseph n’en a pas.

A côté de ce dernier sujet, et au-dessous de l’adoration des mages, est un quatrième sujet représentant Hérode sur son trône, le sceptre à la main droite, et tenant sa barbe dans la main gauche. Derrière lui est placé un garde , une lance au poing. Devant Hérode, on voit les trois princes étrangers questionnés par le tétrarque d’Israël. « Alors Hérode ayant fait venir les mages en particulier, s’enquit d’eux avec grand soin du temps que l’étoile leur avait paru. Et les envoyant à Bethléem, il leur dit : Allez, informez-vous exactement de cet enfant ; et lorsque vous l’aurez trouvé , faites-le-moi savoir, afin que j’aille aussi l’adorer moi-même (*****). »

Le grand sujet central (n° 15 de la planche de détails) du vantail de gauche offre, comme le premier du haut, deux compositions distinctes. D’abord le songe de saint Joseph (*****), dans lequel il reçut l'ordre de fuir en Égypte avec la mère et l’enfant. La Vierge est couchée dans un lit, un bras replié sous la tète, et la tète couronnée d’un nimbe ou auréole. Saint Joseph dort accroupi à la tête du lit. Sur le fond, l’ange apparaît avec un bâton, qui a toujours été en tous lieux et en tout temps l’insigne de la puissance et du pouvoir; il lève la main droite et apporte à saint Joseph le commandement de Dieu. Cet ange est nimbé. La même composition nous offre un second sujet : c’est la fuite en Égypte. La Vierge tient l’enfant dans son manteau : elle est montée sur un âne conduit par saint Joseph. La tête de ce dernier est enlevée, mais elle avait un nimbe, ainsi que celle de la Vierge.

Le premier sujet à gauche, en dessous du grand panneau central représentant la fuite en Égypte et le rêve de saint Joseph, représente, pensons-nous, ou le centenier de Capharnaüm, qui vint demander à Jésus-Christ la guérison de son serviteur (*YY*YY), ou la conversation de Nicomède, sénateur des Juifs (YYYYYYY). Celui de droite, à côté de ce dernier, représente Jésus et les Pharisiens lui demandant s’il faut payer l’impôt à l’empereur (*****♦**). Le Sauveur est assis et représenté de face ; à sa droite, deux personnages lui présentent une monnaie.

Le septième sujet représente encore Hérode assis sur un trône, la couronne en tète, remettant une lance à un personnage. Hérode donne ici l’ordre du massacre des Innocents. Le huitième petit panneau, sur le même niveau que le septième et précédent, représente le massacre des Innocents.

Le troisième grand panneau du bas (n° 12 de la planche de détails) contient encore, comme les deux du haut, deux sujets distincts. A gauche, la Présentation au temple et la Purification. La Vierge Marie est debout devant un autel sur lequel elle a placé l’enfant Jésus ; saint Siméon le prend de ses mains et bénit Dieu de lui avoir

(*) Évangile selon saint Luc, ch. I, v. 42. — (**) Idem, ch. II, v. 10. — (***) Évangile selon saint Matthieu, ch. II, v. 2.

(**“) Idem , ch. II, v. 7 et 8. — (***“) Idem, ch. II, v. 1 8. — (***“*) idem, ch. VIII, v. 5

(**“***) Évangile selon saint Jean, ch. III, v. I et 2. — (****“**) idem, ch. XXII, v. 17.

Page 1