PORTES EN BOIS DE SAINTE -MARIE DU CAPITOLE
fait la faveur de voir son Christ (*). Derrière la Vierge, on aperçoit un jeune lévite qui tient deux pigeons ou tourtereaux. C’est le sacrifice de la purification que la Vierge venait offrir dans le sanctuaire , ainsi que l’or-! donnait la loi de Moïse (**). Les quatre figures de ce sujet sont ornées de nimbes.
Le second sujet du même panneau représente le baptême de Notre-Seigneur. A sa droite est saint Jean-Baptiste, la main droite levée et versant de l’eau sur la tète du Christ. De l’autre côté , l’on voit un ange tenant un drap destiné à enlever l’eau du corps de celui qu’on vient de baptiser. Au-dessus de Jésus-Christ , on voit la colombe qui descendit du ciel et qui se plaça sur sa tête au moment où l’on entendit ces paroles : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, dans lequel j’ai mis toute mon affection (***). » Le Christ a ses pieds placés sur un dragon , qui , selon saint Jean (Apocalypse, ch. XII, v. 9), est le symbole du diable, du principe du mal , du paganisme vaincu par le christianisme.
Nous ne tenterons pas d’expliquer les deux derniers médaillons du bas : ils sont trop mutilés pour que nous essayions de deviner ce qu’ils représentent.
Le grand panneau du haut du vantail de droite nous montre Jésus-Christ entrant à Jérusalem. Le Sauveur est monté sur un âne, et il lève la main droite pour bénir les personnes qui viennent au-devant de lui , qui , dans notre composition, sont au nombre de trois : une à genoux, l’autre offrant de la nourriture à la monture de Jésus-Christ, et une troisième, dans le fond, qui se prépare à détacher une branche d’arbre pour en orner le passage du Sauveur (****). Cinq disciples suivent leur maître, pour entrer avec lui à Jérusalem. Le Christ seul est nimbé dans ce sujet.
Le premier petit panneau à gauche, en dessous de l’entrée à Jérusalem, nous montre le Christ un livre dans la main gauche , et le bras et la main droite levés : il semble expliquer quelque chose à deux personnages qui sont devant lui. Les trois tètes de cette composition sont nimbées. Jésus-Christ porte la barbe , ainsi qu’une des figures auxquelles il semble parler. La troisième figure est imberbe. Il explique sans doute sa doctrine à ses disciples.
Le second petit sujet en dessous de l’entrée à Jérusalem , nous montre l’ascension. On voit cinq figures, quatre d’hommes et une de femme au centre, qui lèvent les mains au ciel et semblent y fixer la vue. Aucune des tètes n’est nimbée.
Le troisième sujet nous représente Jésus au mont des Oliviers. Quatre disciples sont couchés dans les rochers et dorment la tête appuyée sur leurs mains. L’artiste a suivi ici la narration de saint Matthieu, de saint Luc et de saint Jean, qui disent que ses disciples suivirent Jésus au mont des Oliviers. Saint Marc est le seul évangéliste qui ne parle que de trois disciples que Jésus prit avec lui , Pierre, Jacques et Jean. Le Sauveur est représenté prosterné le visage contre terre , priant et disant : « Mon père, s’il est possible, faites que ce calice s’éloigne de moi ; néanmoins que ma volonté ne s’accomplisse pas, mais la vôtre (*****). »
Le quatrième sujet représente la résurrection de Lazare (******). Ici nous voyons un tombeau, au-dessus duquel s’élève un corps enveloppé de linge et soutenu par deux figures nimbées, qui sont des apôtres. A gauche est le Christ touchant le mort de la main droite. A ses pieds nous voyons Marie, sœur de Lazare, qui s’est écriée : « Seigneur, si vous eussiez été ici , mon frère ne serait pas mort ( * *¥****). »
Le grand sujet central nous représente la Cène. Au centre est Jésus-Christ ; de chaque côté l’on voit quatre disciples. Ceux à la droite du Seigneur sont nimbés; ceux à sa gauche ne le sont pas. Saint Jean, l'apôtre, le disciple bien-aimé de Jésus , est assis à sa droite et très-près de lui. On le reconnaît à sa figure de jeune homme. L’artiste l’a représenté plus petit que les autres apôtres.
Le premier sujet à gauche, en dessous de la sainte Cène , représente le Christ victorieux dans sa gloire. Sa figure prend le milieu du panneau ; elle est entourée de la vesica piscis , telle que nous la voyons représentée si souvent pendant le XIIe siècle. Sa tête est nimbée cruciforme. Il tient à la droite le signe victorieux de la croix, et de la gauche un livre. A la droite de Jésus, nous apercevons une figure vue de derrière, et qui semble le contempler. Nous pensons qu’elle représente la religion chrétienne. Elle a un sceptre entier dans sa main droite. A la gauche du Christ est une seconde figure qui représente, sans aucun doute , la religion juive. Elle tient dans sa main droite un sceptre brisé. Elle est placée, semblerait-il, derrière le Christ , tandis que la religion chrétienne est placée devant lui.
Le second panneau sous la Cène représente le crucifiement. Jésus-Christ a les cuisses ceintes d’une sorte
(*) Évangile selon saint Luc, ch. II, v. 8. — (**) Genèse, ch. XV, v. 9. — Lévitique, ch. V, v. 8; ch. XII, v. 6.
'***) Évangile selon saint Matthieu, ch. III, v. 16 et 17. —(****) Évangile selon saint Marc, ch. XI, v. 8
(*****) Évangile selon saint Matthieu, ch. XXVI, v. 39.— (*****•) Évangile selon saint Jean, ch. XI, v. 44.— (***kl"*)Idem, v. 32,.
— STYLE ROMAN
de jupe à plis, nouée autour de son corps, et dont le nœud se voit sur le devant. De chaque côté , l'artiste a placé un soldat. L’un est Longin, suivant la tradition, qui perça le flanc de Jésus d’un coup de lance; l’autre lui présente l’éponge imbibée de vinaigre.
Le troisième panneau (n° 14 de la planche de détails) représente la guérison de l'aveugle (*). Nous voyons à droite une petite figure, un bâton à la main gauche, et levant en l’air la droite : c’est l’aveugle. Jésus occupe le centre de la composition, et pose sa main droite sur les yeux de celui qui lui demande la vue. Derrière Jésus, nous voyons deux de ses apôtres. Dans le fond, à droite , est une espèce de toit en forme de cloche. C’est peut-être la couverture de la piscine de Siloé.
Le huitième panneau (n° 13 de la planche de détails) retrace l’histoire de la Samaritaine , à qui Jésus demande de l’eau. Il est assis sur le bord du puits de la ville de Sichar ou Sichem, et l’artiste a représenté Jésus- Christ sous les traits d’un jeune homme imberbe. Devant lui est la Samaritaine, tenant dans sa main droite une sorte de cruche de forme sphérique, à petit goulot. Cette cruche est fixée à une corde à poulie. C’est peutêtre l’ustensile dont on se servait, du temps de la confection de ces bas-reliefs, pour tirer de l’eau des puits, et sous ce rapport il est d’un grand intérêt historique. Derrière la Samaritaine est une autre femme, la tête drapée comme cette dernière elle-même. Les trois figures de ce groupe sont placées sous une sorte d’auvent ou parasol , tel à peu près qu’on en rencontre en Orient pour abriter les personnes qui viennent puiser de l’eau dans les puits. Au-dessus de cet auvent ou parasol orné, se trouvent, dans les angles supérieurs du panneau, deux anges endormis.
Il se présente dans cette composition un fait curieux. L’artiste a figuré Jésus-Christ avec deux ailes. Cette manière de le représenter est fort rare en Occident, mais assez fréquente en Orient, surtout en Grèce. Sur un des panneaux de la belle porte de bronze du dôme de Pise , Jésus-Christ est représenté ailé , sortant du tombeau. Cette porte est de la fin du XIIe siècle. Une sculpture du XIVe siècle, du couvent de Cimier, près Nice, nous fait voir Jésus crucifié et portant' des ailes (**).
Le dernier grand panneau du bas représente la Pentecôte , ou descente du Saint-Esprit sur les apôtres. L’artiste a placé Jésus-Christ au centre de sa composition. Il est orné d’un nimbe cruciforme, la main droite est levée ; dans la gauche, il tient un livre. Il a à ses côtés les douze apôtres, dont Judas ne faisait plus partie. Saint Matthias fut élu à sa place (***), et il forma ainsi le nombre des douze apôtres que nous voyons ici rassemblés auprès du Christ , et sur la tête desquels l’artiste a figuré de petites flammes pyramidales.
Quant aux deux derniers panneaux du bas, ils sont complètement mutilés.
Le style de la sculpture de cette belle et curieuse porte de Sainte-Marie du Capitole est sévère , grandiose et surtout élégant. Le caractère général en est au plus haut point hiératique et religieux. Les draperies sont simples et mâles. L’expression un peu fixe des têtes, certaine disposition conventionnelle des draperies, et une grande naïveté dans la pose des figures , rappellent sous plus d’un rapport le style archaïque et les peintures des anciens vases grecs improprement appelés étrusques. Cela se conçoit facilement; car les artistes du XIIe siècle étaient encore presque tous des prêtres, qui tenaient essentiellement aux anciennes traditions. Les compositions sont éminemment plastiques, et les traditions antiques s’y manifestent d’une manière frappante et certaine. Elles ont été conçues cependant avec une entière liberté par un génie puissant et créateur. La plupart des figures ont une vie remarquable : l’artiste a su leur inculquer le cachet qui convenait à l’action qu’elles consomment ; elles sont empreintes d’une noblesse de caractère fort remarquable. Nous ferons remarquer aussi avec quelle habileté l’artiste a disposé ses compositions. Rien n’est forcé, rien n’est superflu; et cependant les figures remplissent le cadre donné, couvrent la superficie de l’étendue matérielle qui leur a été assignée. Tout dans les compositions est en équilibre : rien n’est boiteux, rien n’est gauche, rien ne traîne. Ce qu’on ne saurait trop admirer dans ces panneaux, c’est la naïveté avec laquelle l’artiste a su rendre sa pensée. On y aperçoit de la délicatesse et une grande fidélité aux traditions et aux textes de l’Évangile. Nous recommandons l’étude de ces sculptures aux gens de goût, aux artistes appelés à en créer de nouvelles pour les monuments religieux qu’on élève de nos jours. Cette étude leur serait plus profitable que l’inspiration qu’on va chercher dans des monuments italiens de la Renaissance , où la forme a toujours cherché à briller aux dépens
(*) Évangile selon saint Jean, ch. IX, v. I et 6.
(**) Voyez la description d’un Christ ailé, découvert en 1842 dans les combles de l’église de Margny près Compiègne, dans le Bulletin archéologique , publié par le comité historique des arts et monuments du ministère de l’Instruction publique, IXe numéro, deuxième volume, 1843, page 640 et suivantes.
P**) Actes des Apôtres, ch. 1, v. 20.