‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 49 sur 62 · PORTES EN BOIS DE SAINTE-MARIE DU CAPITOLE · texte numérisé non relu

PORTES EN BOIS DE SAINTE-MARIE DU CAPITOLE

du fond. Nous ne prétendons pas qu’il faille copier, mais il y a certains ajustements de groupes et de figures dans le monument historique qui nous occupe, dont un artiste habile pourrait profiter avec un grand succès. 11 y trouvera certaines choses de convention dont l’art est autorisé à faire son bénéfice, sans nécessité toutefois de tomber dans une froide imitation ou un pastiche heureux. Les ornements divers des encadrements sont également fort élégants, variés, et d’un goût parfait. On y aperçoit visiblement des réminiscences antiques, métamorphosées néanmoins par le temps et surtout par le génie puissant du Nord.

Les costumes, le caractère des tètes, l’élégance des draperies, composées d’une manière si large et si facile, nous induisent à penser que ces sculptures ont été faites en Occident par des artistes nationaux. Les costumes, les ornements, et surtout le caractère de l’ensemble de l’œuvre, doivent assigner comme date de ce monument la fin du XIIe siècle.

L’église à laquelle appartient cette porte est sous 1 invocation de Marie : aussi la série des sujets représentés sur les deux vantaux ne retracent-ils pas la chute de l’homme. Dans d’autres monuments du même genre , nous voyons presque toujours deux cycles distincts : l’un pris de l’Ancien Testament , l’autre de l’Évangile. Le premier se termine par l’introduction du péché, qui fut puni par la mort : c’est ce qui nous est appris par Caïn, qui tue son frère Abel.

Le second cycle commence toujours par V immaculée conception, et se termine par la mort volontaire du Juste, du second Adam, et par la résurrection à la vie éternelle. Le second cycle seul a été représenté à la porte de Sainte-Marie du Capitole de Cologne. Vers l’époque où cette porte a été faite, les faits retracés dans l'Ancien Testament commençaient à ne plus être aussi généralement reproduits jpar les arts. Le cuite de la Vierge prit une nouvelle force , et les artistes choisissaient de préférence les sujets où ils pouvaient la faire entrer. C’est sans doute cette circonstance qui est la cause de la représentation sept fois répétée de la figure de la Vierge dans les panneaux de notre porte.

Nous devons ajouter cependant que l’ajustement irrégulier de cette porte dans la baie de maçonnerie semble prouver quelle n’avait pas été exécutée dans l’origine pour l’édifice ou la place où elle est adaptée aujourd’hui.

M. Sulpice Boisserée a publié la porte de Sainte-Marie du Capitole (*). Une faible lithographie ne la reproduit que très-incorrectement; l’ordre des sujets même est interverti. Ainsi l’Adoration des rois-mages est à la place du sujet qui représente Hérode interrogeant ces princes ; la Résurrection de Lazare est à la place de l’Ascension. La première bordure d’encadrement des sujets est trop étroite et ne ressemble pas à celle qui existe. Au centre, les deux tores se joignent dans la planche allemande, tandis qu’il reste un petit champ entre eux pour la battue de la porte. Les clous 11e sont pas exacts et de pure invention. L’auteur allemand a placé quelquefois enfin plus de figures dans les compositions qu’il n’y en a, et il en a oublié où il s’en trouve. Le caractère général de l’ensemble est faux, complètement faux. A juger par la manière dont l’artiste a rendu le contour des figures, l’on pourrait croire qu’elles sont très-frustes et fort abîmées par l’âge. Notre planche de détails, qui donne quatre panneaux en grand, prouvera l’état parfait de conservation de ccs figures. Il manque quelques parties saillantes , telles que des tètes, des bras, etc. Mais le contour de ce qui reste est ferme et facile à saisir. Il est fâcheux que nous soyons obligé de faire une critique aussi sévère de l’ouvrage des monuments du Bas-Rhin; mais il faut, dans l’intérêt de la science, que la vérité se fasse jour, et qu’on n’attache pas plus d’importance à certains ouvrages renommés qu’ils 11e méritent.

Dans son texte (**), l’archéologue allemand se trompe également sur l’âge de la porte de Sainte-Marie du Capitole. Il pense qu elle est du XIe et môme du Xe siècle ! Et cependant il s’agit seulement de la comparer aux portes en bronze de la cathédrale de Hildesheim, du commencement du XIe siècle, et de celle d’Augsbourg, du milieu du même siècle, et qu il cite de plus toutes deux, pour apercevoir de suite l’énorme différence d’àge et par suite de style. Les portes de Hildesheim et d Augsbourg nous montrent la barbarie dans l’art, son enfance et ses tentatives pour s’en émanciper. Ce n’est plus le cas à Cologne , où nos sculptures offrent une grande perfection de conception et de faire, de forme et de fond. Il est fâcheux , en outre, que l’auteur allemand ne nous ait pas donné , dans un livre aussi volumineux qu’est celui des monuments du Bas-Rhin , une description détaillée de notre porte, avec une explication du sujet que représente chaque panneau. Nous espérons avoir comblé, par ce travail, une lacune dans les documents à consulter pour les sujets représentés sur

(*) Monuments du Bas-Rhin. Munich, 1833, in-fol., pl. IX.

(**) Denkmale der Baukunst vom 7teD bis zum 13tcn lalirhundert am Nieder Rhein ; Munich, 1833, in-folio, page G.

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— STYLE ROMAKf. —

les grandes portes de nos imposants monuments du moyen âge ; et , exempt de cette manie à n’accorder de beauté et d’intérêt qua ce qui est ancien, nous pensons avoir fixé la date approximative et vraie du monument intéressant qui vient de nous occuper.

En publiant et en étudiant , comme on commence à le faire de nos jours , les monuments de sculpture du moyen âge, de tous les genres et de toutes les époques, on pourra se convaincre qu’il y a eu une grande et belle école nationale de sculpture au sein de chaque nation de l’Europe depuis le siècle de Charlemagne jusqu a Louis XIY, et qu’il n’est pas vrai, comme l’ont prétendu les académiciens de tous pays, qu’il n’y ait eu de sculpture depuis les Antonins jusqu’à François Ier. Il s’est formé une belle et puissante école de sculpture au moyen âge, qui avait accueilli les procédés et les traditions antiques, qu elle sut développer et adapter d’une manière heureuse aux sujets que le christianisme, autrement poétique que toutes les mythologies réunies des temps qui ont précédé notre ère, lui donnait à traduire dans le marbre, la pierre, le fer, l’or, l’argent et le bois. Il ne faut pas avoir d’yeux pour ne pas reconnaître le mérite des sculptures des portails de Notre-Dame de Reims, de Notre-Dame d’Amiens, de Notre-Dame de Chartres, de Notre-Dame de Bourges et de Paris. Et cependant telle a été la puissance du préjugé accrédité depuis plus d’un siècle par toutes les académies, préjugé qui enveloppait dans un même dédain et dans un égal mépris et les monuments d’architecture et la statuaire du moyen âge, et qui a fait qu’on ne s’est pas même donné la peine de regarder les œuvres dont nous venons de parler, pour étudier leurs beautés et leur mérite; ce n’est que de nos jours qu’on est enfin arrivé à secouer le joug humiliant d’idées toutes de convention, très-fausses et par conséquent mauvaises et pernicieuses pour les arts. Chose curieuse! c’est précisément au moment où les belles traditions conservées par les écoles de sculpture du moyen âge ont été oubliées que le style ennuyeux , et classiquement ennuyeux , a commencé à régner. En même temps s’ouvre aussi l’ère des académies, qui semblent avoir pris à tâche de décrier tout ce que nous avions de national en fait d’art , et qui l’ont fait déchoir pour l’amener à l’état déplorable où il se trouve actuellement. Mais la vérité fait justice à chaque instant des faux jugements académiques, et, en dépit des vieilles routines des académies, on étudie plus que jamais notre statuaire des règnes de Philippe-Auguste, de saint Louis, de Charles Y et de Louis XL

Nous ne terminerons pas notre travail sur cette œuvre d'art rare et précieuse, sans déplorer l’abandon dans lequel on semble la laisser. Elle est exposée journellement aux plus fâcheuses dégradations, continuellement exposée aux chocs des pierres que les enfants d’une école voisine lui lancent pendant leurs jeux. L’absence totale de toute serrurerie pour mouvoir ces vantaux fait que toutes les personnes qui entrent dans l’église sont obligées de s’accrocher aux sculptures pour les ouvrir et les fermer. La disparition des quatre has-reliefs du bas n’a pas d’autre cause,

- BIBLIOGRAPHIE

i° Denfonale der Baukunst vom Vllten bis zum XII lien Jahr- 2° Kunstwerke und Künsller in Deutschland von D' G. F. Waahundert am Nieder-Rhcin , herausgegeben von Sulpiz Bois- gen ; 2e volume, Leipzig, 1845, in-8°,page 172. serée. München , 1833. l volume in-folio.

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