‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 50 sur 62 · AUTEL DE L’ÉGLISE DE COMBOUIIG · texte numérisé non relu

AUTEL DE L’ÉGLISE DE COMBOUIIG

Le monument historique dont nous allons donner la description représente la face principale d’un autel en bronze qui se trouve dans l’église collégiale et bénédictine de Combourg, près de Schwàbisch Hall, dans le royaume de Wurtemberg. Cette église date de la fin du XIe siècle : car elle a été fondée en 1079, et consacrée en 1088 par Àdelbero, évêque de Wurzbourg. Mais l’autel représenté par notre planche ne date pas de la même époque que l’église, comme nous le verrons plus loin.

C’est principalement à partir du Xe siècle qu’on employa les œuvres d’orfèvrerie à l’ornement et à l’embellissement des monuments sacrés, et cet usage continua jusqu’au XIIIe siècle. Il faut que les Allemands aient excellé dans ce genre de travail, puisque Philippe Béroalde l ancien 'né en 1453) chante encore leur supériorité au XVe siècle.

O Germania gloriosa , salve :

Tu vasa ex au richalco et apparatum

Mensarum nitidum ære . Vî

Ad nos subinde mittis, etc.

(Hendccasyllabon Germaniæ prœconium continens, v. 13.)

L’autel chrétien eut dès le principe un tout autre but et une autre destination que l'autel païen. On consommait sur ce dernier toutes sortes de sacrifices matériels, et il avait différentes formes suivant les divers cultes auxquels il appartenait. L’autel chrétien n’était primitivement qu’une espèce de table carrée ou oblongue autour de laquelle venaient se placer indistinctement tous les fidèles, pour y célébrer le sacrifice solennel de l’Eucharistie ou de la sainte Cène. D’après cette destination, les autels chrétiens primitifs n’étaient que fort simples : on les construisait en bois, et quelques auteurs prétendent qu’on choisit de préférence cette matière pour symboliser la rédemption, le sauveur du monde ayant subi la mort sur une croix en bois. Ce qui est certain, c’est que pendant longtemps on employa cette matière pour la confection des autels catholiques. L’usage des autels en pierre est dû, pense-t-on, au pape saint Sylvestre, qui occupa le siège pontifical de l’année 314 jusqu’en 335. Ce qui semble plus positif toutefois, c’est que depuis le règne de l’empereur Constantin les autels en pierre devinrent d’un usage plus fréquent et plus général, et enfin, il est certain qu’ils furent ordonnés comme indispensables au commencement du VIe siècle. Saint Grégoire deNysse et saint Jean Chrysostome font tous deux mention d’autels en pierre, et cela comme d’une chose tout à fait habituelle. Le concile d’Épone (*), tenu sous le pape Symmaqueen 509, ordonna particulièrement l’usage des autels en pierre dans les monuments du culte.

C’est surtout au XIIe siècle que la décoration de l’autel chrétien devint d’une richesse dessus recherchées.

C’est principalement vers la fin de ce même siècle qu’il fut orné avec un goût et une convenance parfaite. Le style des sculptures de l’autel de Combourg, les ornements en mosaïque qui le décorent, enfin la composition générale de l’ensemble ne nous permettent point de faire remonter ce monument plus haut que la fin du XIIe siècle ou aux premières années du XIIIe. Nous avons donc devant nous une œuvre d’art d’une des plus belles et des plus grandes époques du moyen âge.

L’ouvrage en bronze représenté par notre planche a environ 2m 1 0 de longueur sur 0m 80 de hauteur.

Au centre est placée la figure du Christ, haute d’environ 0m 40, les pieds sur une calotte sphérique, représentant le monde, tenant dans la main gauche l’Évangile, le livre de vie, et le bras droit levé pour bénir. Le Sauveur a un nimbe ovale cruciforme, plus large en haut qu’en bas, et offrant la forme d’un œuf; et il est inscrit dans une auréole elliptique, nommée vesica piscis par quelques antiquaires. Dans les angles à l’extérieur de l’auréole, l’on voit les attributs des quatre évangélistes. Les deux grands champs qui restent à gauche et à droite de la figure du Christ sont divisés en deux étages, et offrent chacun six compartiments rectangulaires formés par des bordures en mosaïque, relevées par des pierres fines. Dans ces douze compartiments sont placés en demi-ronde bosse les douze apôtres. Ils sont encore représentés, selon la coutume ancienne, avec des banderoles et des livres à la main, au lieu de leurs attributs. Mais chaque apôtre, haut d’environ 0m 30, a son nom inscrit dans la partie supérieure du compartiment qui le contient.

En haut, à gauche, est saint Jacques; ensuite viennent dans la même rangée saint Jean et saint Pierre. En suivant la même ligne et à la gauche du Christ, sont saint Paul, saint André et saint Philippe. Eu dessous de saint Jacques et dans la rangée inférieure, dans le premier compartiment de gauche, nous voyons saint Thaddée, saint Jacques (mineur?) et saint Barthélemy ; de l’autre côté, saint Simon, saint Matthias et saint Thomas. Ces douze

(*) Conc. Epaunens, can. 2G. Altaria, nisi lapidea, infusione chrismatis non sacrentur.

STYLE ROMAN

apôtres ainsi que le Christ portent une barbe moyenne. Saint Paul, saint Thaddée et saint Barthélemy tiennent un livre dans la main gauche : les neuf autres apôtres tiennent des banderoles, les unes ouvertes, les autres roulées. Saint Matthias a les pieds placés sur une calotte sphérique semblable à celle sur laquelle se tient le Sauveur.

Les treize figures qui décorent l’autel de Combourg sont bien proportionnées, sévères et nobles. Les draperies sont flottantes et belles, simples et dégagées de ces plis de convention, symétriquement comptés et ajustés, tels que les offrent la plupart des statues du XIIe siècle. S’il existe une transition entre l’architecture à plein cintre du XIIe siècle et celle à ogive du XIIIe, il en existe aussi une semblable entre la statuaire des deux époques. Nous rangerons dans la catégorie de cette dernière les statues de notre autel : elles ont conservé encore quelque chose d'archaïque ; mais elles ont déjà aussi un léger sentiment de cette liberté pleine de charmes qui saisit les artistes dans leurs ouvrages au XIIIe siècle.

La grande auréole qui entoure le Christ est formée de mosaïques à fond alternant, blanc et azur. Dans le fond bleu, il y a de petites croix grecques blanches; dans le fond blanc, l’on voit des quarts-feuilles de vermillon. Huit pierres fines divisent cette auréole en autant de parties. Les pierres du haut et du bas et les deux placées au milieu de chacun des arcs sont rouges ; deux autres sont d’azur, et deux autres sont blanches. Nous ne déciderons pas si ces trois couleurs blanche, azur et rouge ont été choisies à dessein; mais ce qu’il y a de certain, c’est qu elles représentaient, au moyen âge, la charité, la foi et l’espérance. La bande horizontale est blanche et bleue. Les mosaïques perpendiculaires ont quatre dessins différents. La première du haut à gauche se compose d’une bande verte centrale contenant des rosaces rouges cerclées de bleu; au milieu du rouge est une étoile blanche à six branches. Au bas de cette bande verte et entre les rosaces, il y a la moitié d’une étoile jaune à quatre branches. De chaque côté de cette bande verte , il y en a une autre bleue infiniment plus étroite, chargée alternativement de la moitié d’une croix grecque blanche. Une bordure jaune encadre le tout.

La seconde bande du haut se compose d’un ruban bleu chargé de cœurs rouges à bordure blanche. Au centre du chœur on voit un ornement blanc qui ressemble à la partie supérieure d’une fleur de lis. De chaque côté du ruban bleu est une bande noire, chargée alternativement de demi-croix grecques d’azur et rouges. La première bordure se répète quatre fois, la seconde seulement deux.

La première bordure du bas à gauche est formée de grands carreaux bleus, séparés les uns des autres par des bandes étroites composées de petits carreaux verts, bleus, rouges et blancs. Ces petits carreaux courent longitudinalement en hauteur de chaque côté des grands carreaux bleus. Sur les deux diagonales de ces carreaux bleus, est posée une croix blanche, dont les extrémités, placées dans les angles du carré, représentent encore le sommet à trois tiges de la fleur de lis; au centre des croix est un disque bleu. Les grands carreaux bleus en contiennent de plus petits de couleur rouge bordés de jaune. Les angles de ces carrés rouges sont pointés sur les côtés des carrés bleus.

La quatrième bande a la même disposition que la troisième. Il y a seulement moins de petits carrés blancs dans la bordure intérieure. La couleur bleue remplace le blanc longitudinalement. Les carrés bleus du centre contiennent un cercle rouge dans lequel est placée une petite croix grecque blanche. Dans les angles du carré bleu, l’on voit des points jaunes.

Les différentes couleurs de ces mosaïques sont séparées les unes des autres par une lame de métal formant un filet brillant. Les trois dernières bordures sont encadrées, comme la première, d’une face de métal doré.

L’inscription qui entoure la figure du Sauveur est incomplète : il y manque plusieurs mots. Le vers ad solium cœli dum formant transfero servi, n’en forme que la moitié. Alors vient une lacune et le mot pis avec la fin du vers terrestria jungo. La grande inscription qui chantourne le monument entier se rapporte aux apôtres et contient ce qui suit : IIi. sva. spe. vitae. linqvervnt. omnia — seqve. sectantes. christi. eactis. precepta.

MAGISTRI. — PRO QVOOVE. MACTATI. VIVVNT. SINE. FINE. BEATI — QVI. RESERANT. DIGNIS. CAELVM. CLAVDVNT-

qve. malignis. — et. cvm. DisTRiCTo. RESiDEBVNT. ivDiCE. christo. Ici manquent quelques mots, probablement qvi. cvncta; ensuite viennent ceux de digne, rediens. examinât, igné.

— BIBLIOGRAPHIE

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