BASILIQUE DE SAINT-CLÉMENT A ROME
Dans la grande rue qui, du Colysée , conduit à la basilique de Saint-Jean de Latran , on voit une église peu étendue dans ses dimensions , mais qui , par son antiquité et par les dispositions primitives qui s’y remarquent , est un des monuments les plus curieux de la métropole chrétienne. Érigée , suivant la tradition, sur l’emplacement même de la maison de saint Clément , l’un des successeurs immédiats de saint Pierre , elle existait déjà au commencement du cinquième siècle, puisqu’en 417 le pontife Zozime y condamna l’hérétique Célestius, disciple de Pélage. Sous saint Léon le Grand, en 449 , elle fut ornée par Jean II, et en 592, saint Grégoire le Grand y établit des processions de pénitence dans lesquelles on demandait à Dieu des grâces et des marques de clémence en faveur de Rome. Pendant les huitième et neuvième siècles , les papes Adrien Ier et Nicolas Ier restaurèrent cette basilique; Jean VIII y refit le chœur (872) , et Pascal II y fut élu pontife en 1099. Peu après , l’an 1112, l’église fut nouvellement restaurée par le cardinal Anastase, qui y fit faire les mosaïques de l’abside et le siège épiscopal en marbre , et en 1299 par le cardinal Cajetan , neveu de Boniface VIII. Sous le pape Pie II , le cardinal Roverella y consacra la chapelle de Saint-Jean- Baptiste , et du temps de Paul III , le cardinal Jean Alvaro de Tolède , dominicain , agrandit le portique ; enfin, la dernière restauration de cette basilique a été faite sous Clément XI (1700) , par Stefano Fontana , qui a rétabli aussi le monastère contigu des religieux dominicains, auxquels, depuis Urbain VIII, cette église appartient.
Le plan de l’église de Saint-Clément , gravé sur notre planche de détails , a la forme d’une basilique , et rappelle , dans presque toutes ses parties , la distribution des édifices civils des Romains auxquels on avait donné cette dénomination , et qui ont été décrits par M. Léon Vaudoyer. Un parallélogramme allongé , que divisent en plusieurs nefs des lignes de colonnes , un lieu élevé et de forme semi-circulaire , situé à l'une des extrémités , telles sont les dispositions principales que les chrétiens imitèrent des basiliques païennes.
Le sanctuaire ou sanctuarium de l’église de Saint-Clément se compose, comme celui de tous les temples chrétiens des premiers siècles , d’un hémicycle que surmonte une demi-coupole , et d’un espace assez vaste , environnant l’autel. Dans la partie courbe A , que les italiens nomment tribune, en souvenir sans doute du tribunal de la basilique romaine qui occupait cette place , et qu’on désigne plus généralement par le mot abside (d”A<jàç, voûte, parce que c’est la seule partie de l’édifice qui soit voûtée), est un siège en marbre, B élevé sur plusieurs marches; il servait de trône à l’évêque ou au prêtre titulaire qui officiait ; les auteurs le nomment cathedra. Reproduit dans de grandes dimensions sur notre planche, fig. i , on peut y voir sa forme et 1 inscription qui indique le nom du cardinal prêtre titulaire de l’église , qui le fit exécuter. Des bancs en exèdre s’étendent des deux côtés du trône , et sont destinés au clergé ; Anastase le bibliothécaire donne à l ensemble de ces bancs le nom de presbyterium , lieu destiné aux prêtres.
Au-dessus de cette partie importante du sanctuaire , le mur courbe qui porte la voûte et forme I abside, se divise en plusieurs zones décorées de marbres et de peintures ; la plus large est occupée par une représentation du Christ entouré des douze apôtres , et peint de grandeur naturelle. Une corniche , qui règne dans tout l’intérieur de l’édifice, sépare cette fresque d’une mosaïque dont le fond du temple est entièrement tapissé et qui s’étendait, sans doute, sur toutes ses parois supérieures Dans la voûte, la partie basse de cette mosaïque forme d’abord une ligne d’attique dans laquelle est figuré , sur un fond bleu, un agneau au nimbe d’or, emblème de Jésus ; douze agneaux l’environnent et représentent les apôtres. Tout le fond de la coupole est d’or ; du milieu partent de riches enroulements de feuillages dans lesquels sont distribués des groupes de saints , des oiseaux et des fleurs ; une grande croix , sur laquelle est attaché le Christ accompagné de douze colombes, occupe Taxe de la demi-coupole. Au pied de la croix, sous d’abondantes et larges feuilles qui lui servent de base, sont figurés des paons, des oiseaux aquatiques, et des cerfs se désaltérant dans le fleuve de vie , qui , selon l’Apocalypse, coule du trône de Jésus-Christ. Toute cette peinture de la voûte est du treizième siècle.
La mosaïque placée verticalement sur le mur dans lequel s’ouvre la demi-coupole , est plus ancienne que la précédente. Au sommet , dans un cercle bleu encadré par des étoiles , apparaît un Christ colossal et en buste, dont le manteau estd‘or, ainsi que le nimbe crucifère qui orne sa tète. L’ange, l’aigle, le lion et le taureau, emblèmes des évangélistes , sont auprès de lui ; au-dessous de cette région supérieure , et près du grand arc qui termine la voûte , sont groupés , d’un côté saint Paul et saint Laurent foulant un gril , de l’autre 9eint Pierre et saint Clément appuyés sur un navire ; des inscriptions les désignent. Plus bas sont figurés les prophètes Isaïe et Jérémie. Ces mots écrits en lettres d’or , Gloria in excelsis Deo sedenti super thronum et in terra pax hominibus bonæ voluntatis, décorent l’archivolte du grand arc; les angles inférieurs de la mosaïque sont occupés par deux représentations de la Jérusalem céleste.
— STYLE LATIN
Au centre du sanctuaire de l’église s’élève l’autel C, que les auteurs nomment sacrificatorium , sainte table; le soubassement qui le supporte contient un petit caveau voûté renfermant les reliques de saint Clément , patron de la basilique , et celles de saint Ignace , évêque d’Antioche. Cette voûte ou cave placée sous l’autel est désignée dans les écrivains sacrés par le nom de martyrium, parce qu’on y déposait les restes des martyrs (*) ; des portes en argent , et quelquefois même en or, fermaient le martyrium. Au-dessus est la sainte table, dirigée de telle sorte que relativement aux assistants , le prêtre officie derrière , regardant eu même temps l’Orient et le peuple ; cet autel à la romaine est formé de marbres précieux et de porphyre. Un baldaquin, porté par quatre colonnes et nommé ciborium par Anastase, décore et protège la sainte table ; il rappelle les petits édicules ou mémoires qu’on éleva dans l’origine du christianisme sur les tombeaux des martyrs , celui de saint Clément semble d’autant plus être une tradition de ces antiques tombeaux , qu’il est couronné de deux frontons et d’un toit. Entre les chapiteaux des colonnes on voit encore des barres de fer et des anneaux auxquels étaient fixés des rideaux qu’on tenait fermés au moment le plus sacré du sacrifice divin. Un autre anneau, placé au centre du ciborium, servit , dans l’origine, à suspendre le Saint-Sacrement , et plus tard une lampe.
À gauche de l’autel , au point D, vers l’angle septentrional de l’abside , on remarque une petite table nommée prothesis ou de proposition sur laquelle on préparait le service divin ; du côté opposé est l’armoire aux saintes huiles, D , dont la décoration est une œuvre du quatorzième siècle.
Du sol élevé où se trouvent placés l’autel et le ciborium, on descend trois marches pour arriver à la clôture du sanctuaire EE, qui s’étend sur toute la largeur de l’église, et se compose de pilastres soutenant des tablettes de marbre, décorées de mosaïques et de sculptures ; le monogramme de Jean VIII, qui s’y voit en plusieurs endroits, indique que ce pape fit refaire cette partie importante. ( Voyez la fiy. n de notre planche de détails.)
La clôture du sanctuaire était complétée dans sa partie supérieure par des voiles que soutenaient des pilastres de bois ou de bronze dressés sur les tablettes de marbre désignées plus haut, et sur lesquelles on voit encore les trous de scellement de ces étroits supports ; tout le sacrarium était ainsi masqué aux regards des fidèles, usage que les Grecs ont conservé jusqu’il nos jours dans leurs églises, et qui n’est qu’une transmission de la clôture légère que Moïse fit autour du tabernacle , et de celle que Salomon établit devant le Saint des Saints du temple de Jérusalem.
Une ouverture F, pratiquée dans la clôture devant l’autel et nommée Porte sainte , établissait une communication entre le sanctuaire et les autres parties du temple ; c’était devant cette porte que l’empereur prenait place pour assister aux cérémonies religieuses.
Des deux côtés de la grande tribune A s’élevaient deux absides secondaires qui ont été remplacées par des chapelles GG', mais qui, dans l’église primitive, avaient une destination tout autre qu’aujourd’hui : l’une d’elles, appelée vestiarium, secretarium , thésaurus, servait à renfermer les vêtements des prêtres et les vases sacrés ; ce fut F origine des sacristies et des trésors ; l’autre abside , nommée evangelium , recevait les livres sacrés, les diplômes, les Chartres, et donna naissance aux chartriers et aux bibliothèques. Chez les Grecs modernes , on retrouve encore cette disposition ancienne ; dans le sanctuaire de l’église de San Dimitri , à Smyrne, on voit deux petites absides fermées seulement par des rideaux, elles ont l’une et l’autre les diverses destinations indiquées précédemment.
Devant le sanctuaire et la clôture, 1 église de Saint-Clément se divise en trois nefs d’inégales largeurs , séparées par des lignes de colonnes et de pilastres. La nef du milieu , destinée particulièrement aux processions qui précédaient et suivaient la célébration des saints mystères, contient le chœur HH (x°p^, chorus), où se plaçaient les acolytes , les exorcistes et les autres fonctionnaires des ordres mineurs ; il consiste en un parallélogramme plus bas que le sanctuaire qu’il précède, et plus élevé d’une marche que le pavé de l’église; son enceinte ou chancel est formé de tables de marbre dressées , qui offrent la plus grande analogie avec celles qui fixent les limites du sacrarium ; décorées de même de croix sculptées et de mosaïques, on doit en attribuer l’érection au pape Jean VIII.
Le chœur servait à chanter les hymmes , les psaumes et les louanges du Seigneur ; un banc règne tout autour pour placer les clercs , qui recevaient les ordres émanés du sanctuaire par des treillis en marbre , cancelli , qu’on voit aux deux côtés de la porte sainte, et dont tous les détails sont gravés sur notre planche, aux numéros 3, 4 et 5. Au milieu du chœur s’élèvent deux chaires ou pupitres M, N, nommés vAp.6o>v£<; par les Grecs, ambones par les Latins ; ils étaient destinés à la lecture des épitres et des évangiles ; à l’angle de l’ambon M. qui peut servir aux prédications et auquel on monte par un double escalier, s’élève une colonne torse, décorée de mosaïques , et sur le chapiteau de laquelle se plaçait le cierge pascal. (Voir la vue perspective et la coupe.)
(*) Vidi sub altare animas interfectorum propter verbum Dei, j’ai vu sous l’autel les âmes de ceux qui ont souffert la mort pour la parole de Dieu. Saint Jean, Apocalypse, chap. vi, ÿ 9.