BASILIQUE DE SAINT - CLÉMENT A ROME
L’ ouverture qui , de la nef principale , donne accès dans le chœur, est nommée par les écrivains anciens porta speciosa, belle porte ; elle était ordinairement close par deux riches battants en métal ; une grille fort simple ferme aujourd’hui le chœur de l’église de Saint-Clément. Les pilastres anciens qui supportent cette grille sont ornés de mosaïques en émail; tout le devant du chancel offre plus de richesse que ses faces latérales ; on y a sculpté des couronnes et des feuillages accompagnés de marbres incrustés et d’une marqueterie ie porphyre rouge et vert à laquelle on donnait le nom d’opus Alexandrinum.
Le pavé du chœur est formé de même d’une riche combinaison de marbres précieux et de porphyres ; le dessin en est à peu près indiqué sur notre plan (voyez planche de détails). C’est ainsi qu’est fabriqué celui de la grande nef. Dans l’espace compris entre le chœur et la porte principale de l’église, nommée par Anastase porta basilica, porte royale, et porta mediana, ou du milieu , I , se plaçaient, pendant les cérémonies , d'abord les communiants auprès du chancel, puis les pénitents, les catéchumènes initiés, et auprès de la porte du temple les catéchumènes novices.
Au nord et au midi de la partie centrale de l’église de Saint-Clément, sont deux nefs secondaires ou collatérales dont les dimensions en largeur sont différentes. Lorsqu’on supprima, dans les basiliques primitives, les galeries du premier étage , qui , à l’instar de celles des synagogues et des basiliques civiles des Romains , étaient destinées aux femmes, afin quelles n’eussent aucune communication avee les hommes, la même pensée de division des sexes les lit placer dans le collatéral du nord, et ces derniers dans celui du midi. C’est encore ainsi que sont distribués les fidèles dans un grand nombre d’églises de la Grèce , où de légères clôtures en bois, placées entre les colonnes du temple, y maintiemient , comme dans l’origine du christianisme , la même division durant toute la cérémonie. Des voiles suspendus dans les entre-eolonnements interceptaient toute communication entre les deux sexes.
Dans le collatéral des hommes, les premières plaees fixées da*rs un espace nommé senalorium étaient réservées aux sénateurs et aux dignitaires; derrière eux se plaçaient les moines et les congrégations religieuses; l’extrémité de la nef était occupée par les simples citoyens et les artisans.
Le collatéral du nord offrait d’abord le matroneum destiné aux dames de qualité; les vierges consacrées au* Seigneur venaient ensuite; puis, après elles, les femmes des classes secondaires de la société.
On a dit plus haut que les nefs latérales de Saint-Clément sont de largeurs différentes; il est difficile de déterminer d’une manière certaine si eette disposition singulière date de la fondation de l’édifice ; la régularité de l’atrium semblerait démontrer le contraire et fixer l’ancienne largeur de la basilique. Quoi qu’il en soit, on sait que dans certaines circonstances les nefs latérales du nord, consacrées exclusivement aux femmes, furent construites sur des dimensions moins vastes que celles du midi qu’occupaient les hommes , et même dans les églises de quelques congrégations religieuses, où la présence des femmes était rigoureusement interdite, la nef latérale du nord manquait complètement.
Les parties supérieures de Ja nef principale de l’église de Saint-Clément sont percées d’un grand nombre de fenêtres , qui sans doute étaient dans l’origine environnées de peintures en mosaïques , ainsi qu’on en voit encore dans plusieurs édifices religieux de l’Italie ; les trumeaux de ees croisées sont aujourd’hui décorés de peintures modernes et d’encadrements de mauvais goût, qui, dans la coupe géométrale gravée sur notre planche de details , ont été supprimés pour ramener l’édifice à son style primitif; on a fait de même relativement au plafond peu ancien qui surmonte la grande nef. La charpente , qui fréquemment était apparente dans les basiliques, a seule été figurée.
Quelques églises des premiers siècles du christianisme ne présentent dans leur distribution rien de plus que les trois nefs et le sanetuaire; plus fréquemment, un porche étroit occupe toute la largeur de la façade du temple; mais la basilique de Saint-Clément, plus complète que beaucoup d’autres, est précédée d’une cour qu'environnent des portiques soutenus par des colonnes et des piliers. Cette cour, nommée atrium par les auteurs chrétiens , présente , comme on peut le voir sur la coupe , et dans la petite vue perspective placée au-dessous du plan , deux galeries parallèles à la face du temple et décorées d’arcs en plein cintre, puis deux autres portiques formant ses limites latérales et composés de colonnes portant seulement des architraves , suivant le système de la construction antique.
La destination de l’atrium offre de l’intérêt, parce quelle complète la pensée qui présida à la construction de l’édifice. Sous la galerie L, voisine du temple et qui lui sert de porche, étaient des fontaines de purification , usage transmis par l’antiquité juive et païenne ; elles furent plus tard placées dans la nef principale sous Je nem de bénitiers. Devant la porte de l’église, souvent décorée de deux lions en marbre, on rendait la justice inter ieones, et sous ce même portique principal se tenaient, durant les cérémonies religieuses, les pénitents et les pécheurs qui sollicitaient dans la prière et dans les larmes leur participation au sacrifice divin ; des rideaux suspendus entre les colonnes les mettaient à l’abri du soleil ou de la pluie. Le porche de Saint-George au Yélabre a conservé les anneaux destinés à soutenir ces voiles-.
— STYLE LATIN
À Rome, ainsi que dans la plupart des villes de la chrétienté , les premières églises furent construites en dehors des murailles, sur les catacombes ou dans le lieu qui servait à la sépulture commune, parce que les martyrs avaient été enterrés extra muros , suivant la loi romaine. Cette première position des temples chrétiens auprès des sépulcres dut, lorsque la législation antique tomba en désuétude, donner l’idée d’enterrer les chrétiens auprès des basiliques , lors même quelles furent construites dans les villes ; on les plaçait ainsi dans une terre sanctifiée par le voisinage du temple , et on ne les éloignait point du lieu de la prière , lors même qu'ils avaient payé à la nature le tribut commun. L’atrium, qui n’était d’abord qu’un parvis , une cour sacrée , devint alors un cimetière. Rome et nos villes du moyen âge en conservent plus d’un souvenir, et l’atrium de Saint- Clément ne laisse aucun doute à cet égard , quoiqu’on n’y enterre plus , puisqu’aux angles de la façade extérieure on voit encore aujourd’hui deux têtes de larves en marbre, arrachées à quelque riche sépulture antique, restes de la superstition païenne consacrés par la chrétienté , emblèmes non équivoques et preuves incontestables de l'ancienne destination de l’atrium.
Sous les portiques P , on ensevelissait les évêques et les personnages de distinction , comme le prouve l’inscription funéraire d’une femme du temps de Théodose qui se voyait à Trieste et que publie Daniel Tomitano; elle est ainsi conçue :
PORTICIBUS SACR1S JAM NUNC TUMULATA.
De riches tombeaux sont placés sous les portiques de l’atrium de l’église de Saint-Grégoire le Grand à Rome , ainsi que dans les galeries qui entourent celui de la basilique de Saint-Ambroise à Milan.
Enfin sous le sol même de l’enceinte O , dans la partie découverte qu’enveloppent les galeries , on ensevelissait le commun des fidèles , soit dans des caveaux , comme on le voit à l’atrium de Sainte-Praxède à Rome , selon le mode usité en Italie, soit dans la terre elle-même, comme on le fit en France dans les parvis de nos églises.
Pour terminer la description de la basilique de Saint-Clément , il nous reste à dire un mot du petit porche extérieur qui précède l’entrée de î’atnum (voir la petite vue perspective reproduite sur notre planche de détails); quatre colonnes de granit portant une oûte d’arête composent le porche secondaire qui met à l’abri le perron et la porte de la cour sacrée ; un toit à trois pignons le surmonte ; une barre de fer, scellée dans les chapiteaux ioniques qui décorent les deux colonnes antérieures , porte encore de nombreux anneaux destinés autrefois à soutenir un voile qui protégeait des importunités de la rue, les fidèles en prière dans l’enceinte. Le chambranle de la porte est en marbre , un ornement courant d’un assez bon style l’enrichit dans toute son étendue. Nous offrons un fragment de cette décoration au n° 6 d’une de nos planches.
Le petit porche de l’atrium s’élève au milieu d’une façade basse par-dessus laquelle on aperçoit celle de la basilique ; elle est construite en moellons et en briques alternés. De petites ouvertures en barbacanes paraissent avoir été pratiquées autrefois dans cette façade , sur laquelle on voit encore aujourd’hui en plusieurs endroits des restes d’enduits anciens qui portent des traces de peinture à fresque.
L’analogie que présente le plan de l’église de Saint-Clément avec ceux des basiliques romaines , le système d’architraves employé au ciborium ainsi qu’à deux galeries de l’atrium , le caractère des moulures qui décorent tout l’édifice , et particulièrement la clôture du sanctuaire et du chœur, tout semble concourir à démontrer que fart qui présidait à la construction des premières églises n’était qu’une conséquence de l’architecture antique ; mais cependant comme on y remarque des innovations faites par les chrétiens, 1° dans la disposition des arcs intérieurs qui portent sans intermédiaires sur les chapiteaux des colonnes , 2° dans tous les détails de sculpture qui présentent des feuilles aiguës , refouillées en bizeaux , caractère distinctif de l’ornementation du moyen âge , o ni peut dire que les artistes , architectes et sculpteurs , se plaçaient déjà dans une voie nouvelle.
BIB2.XOGBABHIE.
r Joannis Ciampini , Vetera monimenta, in quibus prcecipué musiva opéra sacrarum, profananmque œdium structura, etc., iconibus illustrantur. Romœ, 1690-99, 2 vol. in-fol., fig.
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7° De Gaumont, Cours d’antiquités monumentales. — 4e partie, Architecture religieuse du moyen âge; Caen et Paris, 1831, 1 vol. in-8° et atlas.
8° Les plus belles églises de Rome, gravées par Giacomo Fontana; Rome, 4 vol. in-fol., fig. (Encours de publication.)
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ÉGLISE DE SAVENIÈRES.
Si les monuments carolingiens sont en très-petit nombre en France, les monuments mérovingiens sont tellement rares qu’on n’en a encore signalé que cinq ou six d’une authenticité certaine. Aussi en est-on réduit , lorsqu’on veut esquisser l'histoire de la période architecturale à laquelle ils appartiennent , à s’aider surtout des descriptions nombreuses, mais peu instructives, des chroniqueurs, et des renseignements que fournissent les basiliques d’Italie, dont l’âge, presque toujours problématique, et le style étranger ne donnent en résultat qu’une somme assez mince de notions exactes. Pour les esprits sincèrement désireux de faire avancer la science , cette absence presque complète de monuments est sans doute faite pour affliger, mais elle ne doit pas être un motif de découragement. Nous le croyons au moins, parce que nous sommes convaincu que lorsque les principes archéologiques seront plus généralement répandus, de nouvelles découvertes viendront combler la plupart des lacunes devant lesquelles on est forcé de s’arrêter aujourd'hui.
L’église de Savenières passe pour avoir été construite sous la première race ; c’est un type qui dessine trèsnettement une des faces de l’art à cette époque. Elle constitue en effet un spécimen très-curieux de l’architecture polychrome , qui paraît avoir été commune alors , et s’être déployée avec magnificence dans les basiliques au moyen des marbres et des mosaïques de verre. L’église de Savenières est de plus un type , malheureusement fort incomplet, d’église de campagne, de ces temps où le christianisme commençait à peine à être général. Elle répond d’ailleurs parfaitement à cette idée. C’est un édifice très-simple, rustique plutôt que somptueux, et tel qu’on peut s’imaginer qu’il a été élevé par des ouvriers d’une capacité médiocre , inférieure certainement à celle des constructeurs du baptistère de Poitiers et des cryptes de Jouarre ; car il est évidemment plus aisé de monter un mur en maçonnerie irrégulière que d’appareiller avec quelque symétrie une façade , et il est plus facile de disposer des chaînes de briques que de sculpter des chapiteaux ou des moulures. Or tout porte à croire que dans l’église de Savenières il n’y a jamais eu d’ornementation sculptée.
La pénurie de documents que nous signalions, à propos de l’église de Saint-Martin d’Angers, est encore plus grande pour l’église de Savenières, car on ignore absolu ment la date de sa fondation, et aucun des détails de son histoire primitive ne nous est parvenu. On sait seulement que le bourg de Savenières est fort ancien ; on y a trouvé de nombreux et antiques cercueils de pierre, qui ont fait penser qu’il avait existé jadis un grand cimetière sur son territoire. On ne peut donc se prononcer sur l’âge du monument que par induction. Nous croyons, suivant l’opinion générale, qu’on peut en reporter la construction du VIe au VIIIe siècle. Mais la façade et une portion du mur latéral de droite appartiennent seules à cette époque ; la porte latérale est romane et contemporaine du chœur, sinon un peu antérieure ; le chœur est certainement du XII* siècle ; le collatéral gauche est du XVe, et la porte principale seulement du XVIe.
La façade, dégagée de ses additions modernes, a environ 10m 50 de hauteur sur 9" 95 de largeur. Le pignon, obtus comme ceux de toutes les constructions élevées sous l’influence des traditions romaines, formait un angle d’environ 1 12 degrés; la nécessité d’offrir aux eaux pluviales des plans inclinés qui leur permissent de s’écouler aisément, l’a fait considérablement exhausser dans la suite (*), ce qui a eu lieu par un travail que l’œil le moins exercé distingue sur-le-champ. L’appareil ancien est fort remarquable : il se compose de petites pierres de formes irrégulières et de dimensions différentes, réunies par des couches plus ou moins épaisses de mortier. Ces pierres sont des morceaux de silex, de marbre noir et d’une sorte de granit des environs, qui donnent un aspect très-sombre au monument et font ressortir les chaînes de briques d’un rouge assez vif, qui, disposées en épi ou à plat, divisent la façade en zones de diverses hauteurs. Vers le sommet de l’ancien galbe, on remarque un triangle, emblème de la trinité, fait aussi avec des briques, et qui indique sans doute la destination chrétienne de l’édifice. Deux fenêtres sont placées à peu près à la moitié de la hauteur totale de l’élévation ; elles sont ornées d’une archivolte formée de briques et de claveaux en tuffeau blanc ingénieusement combinés. Sur le mur latéral, deux fenêtres exactement semblables à celles de la façade, et dont l’une est beaucoup mieux conservée (fig. 2), existent encore ; il est probable qu elles sont le reste d’une rangée qui se prolongeait jusqu’à l’apside et se trou vait reproduite sur l’autre mur latéral. Les dimensions de ces trois fenêtres sont les mêmes : elles ont 1 m 10 de hauteur et 0* 59 de largeur à l’extérieur ; à l’intérieur, elles sont fortement ébrasées, et leur arc est en fer a
(*) Cet exhaussement des toitures primitives est commun dans les monuments restaurés pendant la période ogivale. Les artistes de cette époque avaient le bon sens de construire des édifices qui satisfaisaient aux exigences des climats. Il est vrai qu’ils ne connaissaient pas Vignole, et qu’ils eussent trouvé très-impertinentes les lois que son absurde rigorisme a formulées.
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— STYLE LATIN»
cheval (voy. fig. 3). Cette forme ne peut être que le résultat d’un remaniement; mais il n’est pas aisé de constater ce qui l'a motivé.
La porte ancienne, nous n’en doutons pas, devait offrir une grande ressemblance avec celle de Saint-Martin d’Angers. La porte actuelle est bizarre et rappelle involontairement l’architecture mauresque. Elle forme avantcorps, et offre une baie dont les pieds-droits sont garnis de colonnettes élevées sur un soubassement, et dont l’arc, en forme de segment de cercle, est décoré d’une archivolte qui continue les moulures formant le fût des colonnettes. Au-dessus est un arc en talon, dont les moulures , en se prolongeant , deviennent l’encadrement de deux niches latérales. Au sommet de l’avant-corps est un larmier. Toute cette construction, élevée sur des fondations en ardoises, est bâtie en tuffeau, pierre dont la friabilité ne permet pas qu’on la taille avec finesse: aussi les profils de la porte sont-ils singulièrement lourds.
On observe au-dessous des fenêtres les traces d’une litre recouverte maintenant d’un grossier crépissage. Les armoiries de la famille de Serran, à qui la tradition attribue la fondation du collateral gauche, y étaient peut-être représentées. L’église est sous l’invocation de saint Pierre et de saint Paul; l’orientation en est à peu près régulière, et conséquemment l’édifice n’est pas tourné du midi au nord, comme on l’a dit.
Le bourg de Savenières, appelé Saponnières dans d’anciens écrits, et dont le nom latin est Saponeriœ, est situé à 12 kilomètres sud-ouest d’Angers, sur la rive droite de la Loire.
- BIBLIOGRAPHIE
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2“ P. Mérimée. Notes d’un voyage dans l’ouest de la France. Paris, 1 vol.
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