ÉGLISE NOMMÉE LA MARTORANA A PALERME
noms écrits en caractères grecs. Les cintres qui soutiennent les voûtes des bas côtés sont ornés d’arabesques. De grandes figures de saints , représentés en pied , se trouvent dans les absides , sous les grandes voûtes de l’atrium et sur les parois des murailles; tous sont accompagnés de leurs noms en grec, et tracés de haut en bas , c’est-à-dire que les lettres ont été placées les unes au-dessous des autres , et se lisent dans ce sens (Voir les dessins ci-joints). Ce qui reste des voûtes de la nef principale porte aussi des figures sacrées; mais là ce ne sont plus des saints en pied : cette partie du temple étant la plus importante et précédant le sanctuaire, des sujets de l’histoire de la Vierge y dominent ; les saints n’occupent dans ces peintures que les places secondaires. La coupe de l’église fait voir, vers l’orient , un archange s’inclinant vers l’autel et tenant à la main un étendard sur lequel est une croix; au delà du dôme, la peinture principale est la représentation de la mort de la Vierge. Le Christ, debout auprès de son lit , présente son âme à deux anges qui vont l’enlever au ciel.
Le dôme offre aussi ses peintures. Au sommet de la coupole , le Christ est figuré dans de grandes proportions; une inscription grecque l’environne (*). La zone tracée plus bas contient des anges portant la croix et les attributs sacrés; viennent ensuite les évangélistes, puis les apôtres, qui se relient aux sujets religieux et aux représentations qui décorent les voûtes du monument, pour compléter la hiérarchie céleste. Au-dessous du dôme, sur le riche pavé de l’église, s’élève un candélabre portant un phare ou couronne octogone, destiné à recevoir les lampes et les cierges dans les jours de cérémonie.
Le fondateur de l’église avait complété la décoration intérieure en faisant exécuter en mosaïque le portrait du roi Roger et le sien , représentés en pied : ces deux peintures de personnages célèbres dans l’histoire de la Sicile ont été heureusement conservées lorsqu’au XVIe siècle la partie occidentale de l’église fut modifiée pour le service du couvent de la Martorana. Situées originairement dans les constructions qui furent démolies à cette époque , on les a fait transporter aux extrémités des deux petites nefs latérales qui ont été formées par l’élargissement de l’église au nord et au midi ; deux petits autels s’élèvent auprès de ces portraits. Le roi porte de longs cheveux et la barbe ; une couronne ornée de croix grecques est sur sa tète; son manteau royal, chargé aussi de croix grecques, rappelle le costume des empereurs d’Orient tel qu’on le voit figurer sur les ivoires byzantins ; on lit ces mots tracés sur le fond du tableau auprès de sa tète : POI’EPIOC PUS.
Paruta, auteur du commencement du XVIIe siècle, a publié ce portrait de Roger dans sa collection des médailles de la Sicile. Quant à George d’Antioche, il est représenté aux pieds de la Vierge, à laquelle il avait consacré son église. On voit dans les archives de la chapelle Palatine l’inscription sépulcrale de ce célèbre amiral de Roger; elle est en grec : on y trouve la mention de ses exploits maritimes, de ses vertus publiques et privées, et enfin la date de sa mort, qui arriva en 1151.
Après la description qui vient d’ôtre faite de ce monument , on peut juger de l’intérêt qu’il présente pour l’histoire de l’art, puisqu’il offre dans ses proportions peu étendues les trois styles caractéristiques de nations bien différentes, les Ryzantins, les Arabes et les Normands ; il résume en quelque sorte l'histoire de la Sicile au moyen âge, puisque ces derniers conquérants eurent à vaincre successivement les Grecs et les Sarrasins. Il nous apprend , en outre , que des artistes de ces deux nations restèrent à la disposition des vainqueurs , lorsqu’elles formèrent la masse principale de leurs sujets. On sait que plus tard les Grecs retournèrent en grand nombre à Constantinople, et que les derniers restes de la population musulmane furent transportés dans la Capitanate, à Lucera, par Frédéric II (**), puis entièrement détruits par Charles II d’Anjou, à la fin du XIIIe siècle.
(*) Elle indique son triomphe et sa puissance. C’est le pantocrator des Grecs byzantins.
(**) L’empereur Frédéric II , manquant d’argent pour combattre les Sarrasins en Sicile, s’empara des trésors des églises, et particulièrement de celui de Sainte-Marie de l’Amiral.
— BIBLIOGRAPHIE
1° Pirri, Sicilia sacra, in-fol.
2° Paruta, Sicilia con medaglie, in-fol.
3° Hittorf et Zanth, Architecture moderne de la Sicile.
4° Serra di Falco {de), Le anlichita délia Sicilia, etc.; Palerme, 1839, in-fol., pl.
6° Duc de Luynes et Huillard Bréholles, Monuments des Normands dans l'Italie méridionale; Paris, 1843, in-fol., pl.
C° Gally Knight, The Normans in Sicily ; London, in-fol., pl.