CATHÉDRALE DE PALERME
Les plus beaux monuments du moyen âge, en Sicile, sont dus à la conquête normande; avant elle , on n’en trouve que de faibles traces, et depuis ils rentrèrent dans les styles communs à toute l’Italie. Parmi ces édifices admirables on doit placer en première ligne la cathédrale de Palerme, qui fut construite sous le règne de Guillaume II, surnommé le Bon, petit-fils du roi Roger, par Gautier, d’abord doyen d’Agrigente , puis précepteur du jeune roi, enfin archevêque de Palerme et premier ministre. Deux inscriptions, dont l’une se voit sous le porche latéral de l’église, et l’autre dans l’abside, 11e laissent aucun doute sur la date de la construction. On y trouve aussi les noms de Guillaume et de Gautier. C’est donc en 1185 que la cathédrale fut bâtie; on l’a placée sous l’invocation de la Vierge. L’abside , reproduite sur notre gravure, suffit pour faire connaître l’immense richesse que devait présenter ce monument de la magnificence des Normands en Sicile, lorsqu’il était complet, et que les restaurations modernes n’avaient pas encore détruit son ensemble. Selon les traditions siciliennes, Gautier avait affecté à la construction de cette basilique un trésor qu’il avait trouvé dans l’église du Saint-Esprit. Extérieurement, l’édifice a peu perdu de son caractère primitif; un grand porche latéral, qui parait dater du XIVe siècle, lui donne entrée sur la place principale de la ville ; mais un dôme du XVIIe siècle domine aujourd’hui tout ce monument, et, par ses formes lourdes et son style hétérogène, nuit beaucoup à son effet. A l’intérieur tout est dénaturé , sauf la décoration des absides.
Aux quatre angles du plan s’élèvent d'immenses clochers : deux se voient sur notre gravure, ils forment les limites de la partie postérieure de l’édifice. Leurs substructions sont lisses, plus haut se présente un étage décoré d’une arcade ogivale encadrée d'incrustations dans le goût arabe ; des bandes horizontales et des étoiles inscrites dans des cercles décorent le milieu de l’arc ou surmontent la pointe de ses cintres. Une mâle corniche, couronnée de nierions aigus, fait le tour du monument, et sépare le premier étage des clochers de celui qui s’élève au-dessus. Ce dernier, plus délicat dans ses détails, est porté sur un riche soubassement ; une arcade feinte et encadrée d’ornements et de bossages occupe le centre de la face ; des colonnettes placées aux angles de la tour sont séparées de l’arc par une ligne ornée qui se reproduit au sommet de l’arc , et y est surmontée d'une balustrade feinte. Les trois dernières divisions des clochers sont percées d’arcades à jour, géminées d’abord , puis divisées en trois sous la flèche pyramidale qui porte la croix. A partir du pénultième étage, le plan change; des tours rondes occupent ses angles et portent leur couverture conique à peu près jusqu’à la pointe de la flèche centrale.
Aux trois quarts de la hauteur des clochers, règne la muraille supérieure de l’édifice; elle se reproduit sur les faces latérales et les transsepts avec toute la richesse de décoration que présente notre planche : merlons aigus , large frise ornée, arcades ogivales, encadrées de bossages et de mosaïques. Plus bas se présentent les trois absides, formant par leurs saillies arrondies des effets variés d’ombre et de lumière, qui se jouent au milieu d’un luxe d’ornement dont le dessin peut seul donner une idée exacte. La corniche qui couronne les petites absides, règne, avec celle qui fait le tour du monument, à la hauteur des bas côtés; au-dessous, la surface courbe est enrichie d’arcs entrelacés , formant de nombreux angles dans lesquels sont tracées des rosaces. Trois arcades occupent les parties basses; celle du milieu est ouverte pour donner du jour à l’intérieur.
Enfin l’abside principale domine les deux autres , et produit par sa masse imposante un effet extraordinaire au milieu de cette façade du monument ; elle est surmontée d'une corniche particulière à elle seule et disposée autrement que celle de l’édifice. On y remarque de riches palmettes , des mâchicoulis à plusieurs lobes et portés par des têtes sculptées, puis une frise délicatement ornée de mosaïques. La partie cylindrique comporte de nombreux arcs aigus se croisant dans tous les sens, et enveloppant des rosaces dans leurs courbures; plus bas sont des arcades feintes, divisées en plusieurs zones horizontales par de riches ceintures d’ornements incrustés. Une dernière frise couronne le rang inférieur des arcades, dont la gravure ne laisse voir que le sommet; des constructions plus modernes que l’église forment aujourd’hui une cour entourée de dépendances nécessaires au service , la partie basse de la façade est par cela même inaccessible au public.
On ne peut se méprendre sur les différents styles qui dominent dans ce monument. Le goût des Arabes , qui , après la perte de la puissance en Sicile , y étaient encore très-nombreux , se reconnaît dans la plupart des détails de l’architecture ; les clochers , inconnus à ce peuple, devaient prendre ici une physionomie toute septentrionale , et que les Normands seuls durent importer dans le pays. Quant aux belles dispositions de l’édifice , elles sont la conséquence du lustre que les descendants de Tancrède voulurent donner à la religion chrétienne dans le royaume qu’ils devaient à leurs armes.
— BIBLIOGRAPHIE
Voyez celle qui se trouve à la fin de la Notice sur /'église de la Martohana a Palehmë
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