CLOTURE DU CHŒUR DE NOTRE-DAME DE PARIS
à jour fussent contemporaines de Jean Ravy ; car l’une d’elles, celle du centre, est surbaisse'e (*). Mais il est impossible d’en juger d’une manière positive. Quoi qu’il en soit , ces arcatures s’élevaient plus haut que le sommet de la portion de la clôture que nous voyons encore, ce qui tend à faire penser qu’elles étaient effectivement postérieures. Elles étaient disposées sur un plan polygonal , dont chaque côté correspondait à une travée du rond-point; et il existait au nord, à la môme place qu’aujourd’hui , c’est-à-dire entre le quatrième et le cinquième pilier du chœur, une porte servant à faciliter les communications entre le chœur et la porte Rouge qui s’ouvrait sur le cloître. Ce fait est d’ailleurs démontré positivement par la forme de l’ornement placé dans le tympan de la première arcature ; elle prouve que ce tympan a toujours été incomplet, comme celui qui touche au gros pilier nord-est de la croisée. Au midi, au contraire, les arcatures tronquées accidentellement indiquent que la porte actuelle qui mène à une sacristie moderne (**), n’existait pas dans l’origine.
Les sujets subsistant encore sont au nombre de vingt-quatre, dont quatorze au nord , savoir : 1° La visitation : sainte Élisabeth va au-devant de laVierge, et porte sa main sur le sein de cette dernière. 2° L’annonciation aux bergers : un ange, placé au milieu d’un nuage et tenant un phylactère, apparaît au-dessus d’une montagne où paissent des moutons gardés par trois bergers; le costume de ces petites figures est intéressant. 3° La naissance (voy. pl. I) : la Vierge est couchée sur un lit; à ses pieds , est saint Joseph, les mains appuyées sur un bâton. A son côté est le petit Jésus. Par une ouverture semi-circulaire pass-ent les tètes du bœuf et de l’âne. 4° L’adoration des mages (voy. l’élévation d’une travée, côté du nord). Cette composition est fort belle. La Vierge, placée sur une sorte de trône, tient l’enfant Jésus , auquel un des rois , ayant déposé sa couronne, offre de l’or dans une coupe. Derrière lui se tiennent debout les deux autres rois. Au-dessus, un ange tient l’étoile qui a guidé lsur marche. 5° Le massacre des innocents : Hérode est assis sur un trône et porte sur son épaule un petit démon qui lui inspire sans doute le projet féroce qu’il fait exécuter devant lui. Deux soldats, dont l’un rit d’un rire satanique, saisissent des enfants dans les bras de leurs mères et les poignardent ; l’une des mères se précipite sur l’assassin de son enfant, et s’efforce de lui déchirer le visage avec ses ongles. G0 La fuite en Égypte : la Vierge, assise sur un âne, tient dans ses bras son enfant qui la caresse; saint Joseph fièrement campé, et tenant un paquet suspendu sur une épaule au moyen d’un bâton , conduit l’âne par la bride. 7° La présentation au temple : la Vierge , plaçant son enfant sur une sorte de piédestal , l’offre au grand prêtre , qui le reçoit dans ses bras. Derrière la Vierge est une femme portant des colombes dans un panier. Ce bas-relief est séparé de celui qui le précède par une espèce de niche, dans laquelle sont représentées les idoles d Égypte tombant de dessus leurs bases par la seule présence du Christ dans le pays. 8° Jésus enfant au milieu des docteurs : des deux docteurs , l'un tient un livre; le petit Jésus est debout et paraît parler ; sa mère est derrière lui. 9° Le baptême : Jésus nimbé tient ses mains jointes , et a la partie inférieure du corps plongée dans l'eau ; saint Jean , placé à sa droite, lui verse l’eau de régénération sur la tète ; à sa gauche, un ange tient ses vêtements. 10° Les noces de Cana : de jeunes serviteurs présentent un vase à Jésus, qui est assis près de sa mère à une table à laquelle figurent aussi l’époux et sa fiancée. 1 1° L’entrée de Jésus à Jérusalem : Jésus, monté sur une ànesse , se dirige vers Jérusalem, dont la porte est figurée avec des fortifications. Sous cette porte, se tient un homme qui semble attendre. Un autre va au-devant du Christ et étend une pièce d’étoffe sur le chemin qu’il doit parcourir. Un autre est monté sur un arbre pour mieux voir. Le Seigneur est suivi de deux hommes portant des palmes. 12° La cène et le lavement des pieds. Embarrassé par la difficulté qu’il y avait à rendre quatorze figures placées autour d'une table, le sculpteur l’a tournée avec une naïveté singulière : il a placé les apôtres sur deux rangs l’un devant l’autre , de manière à ce qu’ils eussent tous le visage du même côté. Cette composition est surmontée d’une petite voussure. Au devant de la table est représenté un mur crénelé percé d’une porte, sur les vantaux de laquelle sont indiquées des ferrures à enroulement. 1 3° Jésus lave les pieds à un de ses apôtres. 14° Jésus au jardin des Oliviers : Jésus agenouillé lève ses mains vers Dieu le Père , dont le buste apparaît au milieu d’un nuage. A son côté est un petit ange qui prie. Derrière le Christ, ses disciples couchés s’abandonnent au sommeil. On remarque , sur la partie du bas-relief qui avoisine le pilier, un écusson dont le champ était d azur , mais dont les charges sont disparues.
Du côté du midi, les dix sujets représentent, en commençant du côté du transsept : 1° L’apparition de Jésus à Madeleine (pl. II), qui tombe à ses pieds. 2° Les saintes femmes. 3° Apparition de Jésus à ses apôtres. La
(*) Les autres sont ogivales et subtrilobées.
;**) Cette sacristie date de 1 756 ; elle a été bâtie par le célèbre Soufflot, auquel on doit également la mutilation de la porte principale du portail occidental.
— STYLE OGIVAL DE L’OCCÏDENT»
ligure du Christ est magnifique dans cette composition. 4° Les deux disciples d’Emmaüs marchant avec Jésus ; ils portent le costume de pèlerins. 5° Les deux disciples d’Emmaüs, à table avec Jésus , le reconnaissent à la fraction du pain. Ce sujet est renfermé dans une sorte de niche, dont la partie inférieure est un mur crénelé percé de fenêtres , aux extrémités duquel s’élèvent deux tourelles, dont les sommets sont reliés par une courtine crénelée. 6° Autre apparition de Jésus à ses apôtres. 70 Incrédulité et conversion de saint Thomas. Le saint met son doigt dans la plaie de son maître et s’agenouille. Par des fenêtres placées de chaque côté, on voit les tètes d’autres apôtres. 8° La pèche miraculeuse. Le Christ de ce bas-relief est une des plus magnifiques figures que le moyen âge ait produites ; c’est aussi la plus remarquable de toute la clôture. 9o Mission des apôtres. 10° Jésus-Christ, à table avec ses apôtres, leur donne sa bénédiction avant de monter au ciel.
Sous le rapport de l’architecture, les deux parties de la clôture offrent une disposition analogue, mais des détails très-différents, tous au reste fort intéressants à observer, car ils appartiennent à une époque de l’art qu’on a moins occasion d’étudier que celles qui l’ont précédée ou suivie. En effet, parmi tous les monuments élevés en France pendant la seconde moitié du moyen âge, c’est-à-dire du XIe au XVIe siècle, ceux du XIVe sont les moins nombreux ; cette infériorité numérique est très-sensible.
Au nord, la décoration architecturale se compose de dix-neuf arcatures exhaussées sur un socle profilé (voir la pl.), mais dont la moulure est en partie détruite. Ces arcatures consistent en ogives subtrilobées dont les jambages sont formés par trois colonnettes engagées ayant de hauteur lm ,25 (*). Les plans et les coupes que nous avons donnés dans nos planches de détails , nous dispensent de décrire les chapiteaux et les bases ; ces dernières, comme on voit, sont semblables sur toute la rangée, de même que le profil des moulures des arcs; au contraire , les chapiteaux diffèrent tous, et, étant au nombre de vingt, présentent conséquemment autant de types, fort curieux à observer. Les tympans des arcs diffèrent tous également; nous avons reproduit quatre des principaux spécimens sur la planche II. L’ornementation de ces tympans se compose d’animaux fantastiques, et surtout de feuillages fort gracieusement disposés. Au-dessus des arcatures règne un cordon, dans la gorge duquel est sculptée une suite de fleurons (**). Le couronnement de la clôture est formé par une sorte de petite voussure , dans laquelle court un riche enroulement largement conçu et exécuté , dont le motif est formé par des feuilles de vigne et des grappes de raisin.
Au midi (Pl. Il), les arcatures, également élevées sur un socle, sont infiniment plus fines et plus élégantes qu’au nord. Les chapiteaux l'eproduisent le profil do ceux du nord , mais sur une plus petite échelle , ce qui augmente leur légèreté ; leur feuillage ne rappelle plus l’arrangement simple et naturel du XIIIe siècle ; la manière s’y est déjà glissée, et a produit des formes singulières, éloignées de la nature , et qu’on ne pourrait faire comprendre par la gravure , qu’au moyen de planches soigneusement modelées et de grandes dimensions, qu’il ne serait possible d’exécuter que d’après des moulages. Les bases reproduisent le profil de celles de l’autre côté, mais leur agencement diffère, les fûts offrant un contour beaucoup plus compliqué qu'au nord (Pl. II, fig.2). Par la même raison, les moulures de l’archivolte diffèrent également; on y remarque que l’arête y est vive, comme cela est fréquent au XIIIe siècle , tandis qu’au nord elle est plate , ce qui est ordinairement un indice d’une époque plus avancée ; cependant tout indique que la portion méridionale de la clôture est postérieure à la portion septentrionale. Il faut se garder , quand on étudie un monument, de considérer comme de peu d’importance les petites variétés du genre de celle que nous venons de signaler; elles contiennent souvent un enseignement. Ainsi il est évident qu’il faut voir, dans cette alternance d’arêtes plates ou aiguës des archivoltes, les premières traces de l’apparition des moulures cymatiformes , fort improprement nommées prismatiques , qui ont été presque exclusivement employées au XVe siècle.
Les arcatures du midi , au nombre de 27 en tout , ont leur tympan orné de trèfles à lobes légèrement lancéolés; elles sont couronnées par un cordon, dans la gorge duquel sont semés des lleurons (Pl. Il, fig. 5), et réunies trois à trois, en travées, par de petits piliers qui , en se prolongeant, forment une séparation
(*) Le chapiteau a 0m ,225 de hauteur, les bases 0,n ,21, et les fûts 0m ,8 15, et non pas seulement 0m ,7G0, comme cela est indiqué par erreur sur les planches.
(**) Reproduits en géométral, ces fleurons paraissent déformés et ne donnent plus qu'une idée inexacte de leur motif. C’est au reste le cas avec toute l’ornementation sculptée de l’époque ogivale. Cette ornementation était toujours et exclusivement calculée pour la perspective; et cela est si vrai, qu’il arrive ordinairement que la partie des ornements qui ne peut se voir d’en bas est laissée à l’état d’épannelage. On ne peut s’empêcher de reconnaître que ce parti pris était fort rationnel, puisque les édifices ne peuvent jamais être vus qu’en perspective. Plus ou étudie l’art magnifique des XIIIe, XIVe et XVe siècles, plus on est contraint d’admirer la sagacité profonde avec laquelle tout y est combiné.