‹ Monuments anciens et modernesChapitre 32 sur 58 · CLOTURE DU CHŒUR DE NOTRE-DAME DE PARIS · texte numérisé non relu

CLOTURE DU CHŒUR DE NOTRE-DAME DE PARIS

entre les sujets représentés par les bas-reliefs. Ceux-ci sont abrités par une voussure formée par une suite de petits dais au nombre de sept dans chaque travée. Nous avons donné l’élévation et la coupe en grand d’un de ces dais, alin d’en faire apprécier la ravissante composition ; mais nous regrettons que le cadre de cet ouvrage ne nous ait pas permis de reproduire la suite de ces exquises figurines de musiciens à jambes de satyres , qui sont placées au point de réunion des petits frontons. Nous ne connaissons rien de plus délicieux. Il faut avoir vu et touché ces petits chefs-d’œuvre pour avoir une idée du charme qu’ils possèdent , de la finesse merveilleuse avec laquelle ils sont exécutés, et du talent vraiment extraordinaire qu’ils révèlent. Ceux des petits culsde-lampe, qui sont ornés de figures, ne sont pas moins remarquables. En général toutes les figurines de cette partie du monument, angelets, marmousets et bestions, accusent la main d’un artiste hors ligne , et l’on ne peut s’empêcher, en les considérant , d’être émerveillé des trésors de talent et de conscience prodigués ainsi dans des places où ils sont à peu près inappréciables.

L’examen attentif des deux parties de la clôture confirme de la manière la plus satisfaisante les renseignements historiques que l'on possède sur sa construction. Il est bien difficile , en effet , de ne pas y reconnaître l’œuvre de deux artistes d’une même école, dont l’un est venu un peu après l’autre. Dans la partie méridionale, la finesse et la complication des formes architectoniques, le style plus maniéré du feuillage, et également le dessin plus correct et moins lourd des figures sculptées, dont quelques-unes sont d’une grande beauté, indiquent, ainsi que nous l’avons dit , une époque plus avancée. Or, comme il est tout naturel que le travail du neveu ait été précédé par celui de l’oncle , nous croyons qu’il est infiniment probable que la partie méridionale de la clôture est l’œuvre de Jean le Bouteiller, et celle du nord l’œuvre de Jean Ravy, supposition que la présence constatée de la statue de ce dernier du côté de la porte Rouge, ne peut que confirmer. Ce qui est certain, c’est que la supériorité de l’une de ces parties sur l’autre est évidente, car on remarque dans la première toutes les qualités de la seconde , augmentées même , et plusieurs des défauts amoindris. Toutes les deux , au reste, exhalent un parfum de naïveté et de piété qui, vraisemblablement, est pour jamais disparu du monde; on y observe également un grand sentiment de vérité, mais qui manque souvent de science. Au moyen Age, les artistes, étrangers aux œuvres de la statuaire antique , ne puisaient leurs inspirations que dans la religion et dans l’observation de la nature, qu’ils devaient étudier bien davantage qu’on ne le croit généralement : or, comme la nature qu’ils avaient sous les yeux n’était jamais la nature nue , que d’ailleurs ils n’avaient que rarement l’occasion de reproduire , ils étaient beaucoup moins capables de rendre le nu que les draperies. D’un autre côté, il est impossible de faire de bonnes figures drapées sans avoir une idée correcte des formes qui sont cachées sous le vêtement; c’est pour ces raisons qu’il est si commun de voir, dans les statues du moyen âge, des tètes admirables, des draperies disposées avec infiniment de goût et d’habileté, et des défauts choquants de proportions dans les ensembles.

Dans l’origine, suivant la coutume de l’époque , la clôture du chœur de Notre-Dame fut entièrement peinte et dorée. Au commencement du XVIIe .siècle, cette décoration existait encore intacte : Du Breuil en fait foi. C'est sans doute sous l’épiscopat du cardinal de Noailles, dans la première moitié du X VIIIe siècle, qu’on a fait disparaître cette magnificence sous des couches de badigeon, répétées depuis un nombre infini de fois. En 1838 on a enlevé avec peine ce badigeon, de sorte que l’on aperçoit aujourd’hui des traces nombreuses des couleurs primitives, mais considérablement pâlies. L’architecture était peinte en blanc, bleu, rouge et or; les figures l’étaient avec leurs couleurs naturelles , et le fond sur lequel elles se détachaient était décoré d’un réticulaire dont la couleur est devenue douteuse , mais où l’on remarque des restes de dorure (*). On a eu le bou esprit de ne point toucher à ces peintures, mais on a eu la malencontreuse idée de restaurer les personnages. L’artiste chargé de ce travail y a fait preuve de bonnes intentions; mais le résultat n’en a pas moins été ce qu’il devait être , c’est-à-dire, déplorable. On ne saurait trop s’élever contre cette manie de remettre des têtes et des bras aux statues qui en manquent, manie qui a remplacé celle de les briser, mais qui n’en vaut guère mieux. Qu’on refasse des moulures, qu’on restaure même des feuillages , cela se peut avec de l’intelligence et du soin ; mais qui peut se flatter de remettre, sur des épaules qui sont veuves de la tète qu elles portaient, une autre tète vraiment semblable à celle qui leur manque? Qui vous assure que cette main que vous faites fermée

O Ces traces de couleurs qui, dans l’état où elles sont, gênent beaucoup pour juger des formes véritables ; les restaurations modernes en ciment de Molème, qui produisent des taches jaunâtres blessant le regard ; la position élevée des figures, l’obscurité de la partie du déambulatorium où elles se trouvent, tout se réunit pour rendre leur reproduction graphique d’une excessive difficulté.

n’était pas ouverte , et que cette autre que vous faites ouverte, n’était pas fermée ? Les études archéologiques sont certes loin d’être assez avancées pour vous garantir contre toute erreur, et d’ailleurs elles ne pourront jamais le faire. Puis, la raison dit qu’on ne doit jamais restaurer hors le cas d’absolue nécessité, et ce cas-là ne peut pas exister pour un bas-relief. Si le temps vous l’a légué incomplet, acceptez-le tel qu’il est, mais ne le profanez pas par des additions nouvelles, car elles seront souvent grotesques et toujours absurdes. N’est-on donc pas fondé à réclamer pour les poèmes sculptés le respect qui protège les poèmes écrits ? Or, qui pense à suppléer aux vers mutilés de Virgile ?

— BIBLIOGRAPHIE

1" Du Breuil. — Théâtre des antiquités de Paris. Paris, 1612. 1 vol. in-4°. 2° Charpentier. — Description historique et chronologique de l’église métropolitaine de Paris. Paris, 1757. 1 vol. in-P.

3" C. P. G. — Description historique des curiosités de l’église de Paris, éditée par Gueffier. Paris, 1763. 1 vol. in-12.

4° Gilbert. — Description de la cathédrale de Paris. Paris, 1821. In-8°.

5° Magasin pittoresque, années 1839 et 1843

6° Albert Lenoir. — Statistique monumentale de Paris. Magnifique in-fol en cours de publication. Ce splendide ouvrage est incomparable ment l’œuvre la plus capitale qu’on ait encore publiée en France sur l’archéologie de ce pays.

Ad.Berty, TëT ' 7 ’ Ribault, sculp .

saoirinrmi btut cieï©etoj3®. hde motteus-basee ®e jpaim§ =

' Elévation d une Travée. /û?<e- du. Nord) féd&se£/iœœ--a£/fev^œ£

^ Hohennss (Nordseite.) EMCLOSUHUE OF THE CHOIR, AT NOTRE MME PARIS» ElevaAone di una f al Nord.)

’j*f Aruu^ru U Moderne Elévation of B ay, (North Sede .) /Ur Jul^ Gaiihabaud. .

Cerca de! Coro Je N. S . (le Fans .EUvacion de un Inter tignio lado delNorU ,

CIL ©T P MH ©O GMSElffi ©H H ©T EH -DAM H ®H EAEE§o

t*î/%yp0rfL- sXte/jÆr-*"** Travée Méridionale . Hr^ut-d^r/ida-- at’/Ÿ'' -?.<&/* . Icz/Ÿ/n-j ('■;//*>< d .futtyt

'^nts. Anc^ U MotUrn^ EN CILOSTLTME ©F TIHIIE CHOIR ©F NOTRE ©AME , PAWS , Sousï Bay.

Cerca del Coro de Nue s Ira Sen or a de Paris ( Inter lignzo Méridional

Lato Méridionale

OQ

Ad. Bertj-, del , ' Ribault, sculp

Mo

£1L©TOIRII JE) HT CEKSEüm BU MBTmi-BMSE BU 1PA®I!S.

^ .'// Détails, PI lre f //■Wrdv/r/'/ ,/*/ f’r/r- A '//m/’m .

â ■ ' Details, PI. i«e EHC1L0SUM 0F TOM CM©«SAT IOTM MAMIE PAffilS » Pardtam-mi

TUanenM Aruzesu eC Modernes

Cerca del Coro deN S.de Fans . (DetaUesLàm ./." /

, X'/Z/'/xV

Pour JuJas GaPJbaJ) cLud

Page 1