‹ Monuments anciens et modernesChapitre 42 sur 58 · MAISON DE JACQUES CŒUR A BOURGES · texte numérisé non relu

MAISON DE JACQUES CŒUR A BOURGES

met du toit est une crête élégante que terminent deux longs épis. La face postérieure du pavillon est semblable à la face antérieure, mais à la place de la statue du roi, se trouvait celle de Cœur. A la droite du pavillon s’élève un campanile octogone d’une grande élégance ; à sa base est une balustrade dans les découpures de laquelle court un phylactère portant cette devise, souvent répétée dans l’édifice, et caractérisant parfaitement celui qui l’avait adoptée :

21 tmillans Corurs (*) rira ^'impossible.

La baie qui se trouve dans le mur latéral de la grande porte ( Voyez la planche de la coupe du pavillon ) donne accès à une sorte de vestibule où l’on arrive directement par la petite porte, et dans lequel s’ouvre celle qui mène à l’escalier en hélice, ou vis, comme on disait jadis, conduisant à la chapelle, cette partie importante de toute habitation du moyen âge, et qui ici occupe, comme on voit, le premier étage du pavillon. Cette chapelle, défigurée aujourd’hui par des dispositions modernes, est certainement une des plus jolies qu’on puisse citer. Elle est voûtée d’arête, et, dans les pendentifs ou panaches que forment les nervures qui retombent sur des culs-de-lampe, se déploient de ravissantes peintures, représentant, suivant l’usage, des anges tenant des phylactères déroulés. On remarque également dans la chapelle la porte, ornée decontre-arcatures découpées, des niches élégantes actuellement veuves des saints qu elles renfermaient, une piscine, et enfin deux petits retraits avec cheminées, placés de chaque côté de l’autel, et éclairés chacun par une fenêtre. C’est dans ces retraits, dont on retrouve fréquemment des exemples dans les monuments de la même époque, que se plaçaient Cœur et sa femme, Marie de Léodepart, pour y entendre comfortablement l’office. L’autel était placé au-dessous de la grande fenêtre, et accolé à la face postérieure du mur formant le fond de la grande niche.

Notre planche de la coupe sur la cour donne l’élévation des deux principaux corps de logis, que sépare une tourelle octogone contenant l’escalier principal et, dans sa partie supérieure, une sorte de petit salon. Le bâtiment de droite, qui possède un escalier qui lui est propre, et qui est également contenu dans une tourelle polygonale, renferme une vaste salle de festin. On y voit encore la tribune destinée aux musiciens chargés, aux jours d’apparat (**), de charmer par leurs accords les hôtes nombreux que recevait Jacques Cœur. Une cheminée magnifique, sur les pieds-droits de laquelle étaient sculptées les figures d’Adam et d’Ève, existait dans le mur latéral opposé; elle est aujourd’hui détruite. Le bâtiment de gauche ne possède pas seulement, comme l’autre, un rez-de-chaussée et un premier étage; il a, de plus, un étage intermédiaire, une sorte d’entre-sol, et c’est au-dessus de celui-ci que se trouve la salle de réception dite des Galères, vraisemblablement parce qu’on avait représenté, sur les vitraux, les vaisseaux au moyen desquels le propriétaire de l’hôtel exerçait son commerce.

Notre monographie comprend également l’élévation et la coupe du bâtiment qui forme le côté gauche de la cour. C'est dans le premier étage de ce bâtiment que se trouve la riche et singulière cheminée reproduite en grand. Sur la même planche se trouve l’élévation du bâtiment qui circonscrit la cour à droite. On y remarque une tourelle dont la porte a son tympan orné d’un bas-relief représentant deux femmes de cuisine vaquant à leurs occupations habituelles. Cette tourelle donnait en effet accès à la cuisine et aux autres offices qui en dépendaient. Cette manière d’indiquer la destination des différentes parties d’un bâtiment était en usage dans les siècles avancés du moyen âge. A la maison de Jacques Cœur, il en est plusieurs exemples. Ainsi, trois bas-reliefs religieux indiquent encore maintenant le chemin de la chapelle. Ces moyens remplaçaient avantageusement les inscriptions à une époque où les individus sachant lire étaient peu nombreux.

Malgré les mutilations que, par suite de sa destination actuelle, la maison de Jacques Cœur a subies, c’est certainement un des monuments civils du moyen âge les plus intéressants et les mieux conservés qu’on puisse voir. On y trouve une foule de ces renseignements sur la vie intime des populations qui ont tant d’attrait pour l’archéologue. Si cette vérité, que l’étude des monuments doit être la compagne inséparable de 1 histoire, était moins évidente, nous pourrions profiter ici de l’occasion qui s offre de le démontrer; en effet, quand on a soigneusement étudié le monument dont nous parlons, on a certainement une idée beaucoup plus nette des mœurs du règne de Charles VII, que ne pourrait en procurer la lecture d une foule d historiens. 11 y a, sans doute, plusieurs raisons a cela, mais deux surtout sont évidentes : c est que d abord les monu-

(*) Le mot cœurs est figuré par deux cœurs.

(**) Il existe d’autres exemples de tribunes destinées au même usage, et placées également dans des salles consacrées aux repas.

— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT

raents ne mentent pas; ils ont toujours une physionomie vraie et caractéristique de leur époque, au moins à infiniment peu d’exceptions près ; c’est que, ensuite, les monuments instruisent l’esprit par le moyen des veux, et qu’on se rend toujours mieux compte des choses qu’on a vues, même imparfaitement, que de celles qui vous ont été seulement expliquées ou décrites. Les monuments révèlent, d’ailleurs, une foule de faits qui n’ont pu trouver place dans l'histoire, et ils en éclaircissent beaucoup d’autres, surtout parmi ceux relatifs à la vie privée. Aujourd’hui que, las de ce malheureux système qui consistait à n’étudier que la biographie des princes et les grands événements politiques qui s’y rattachent, on veut aussi savoir ce qu’était l’existence des peuples, il est plus que jamais nécessaire d’explorer les restes de ces habitations, où, mieux que partout ailleurs, est imprimé le cachet de leur individualité.

— BIBLIOGRAPHIE

i° Thaumeau de la Thaumassière. — Histoire du Berry. In-f°. 1689 , Bourges.

T Gilbert — Notice sur quelques monuments du Berry. Mémoire de la société des aiitiquaires de France.

3° Magasin pittoresque. Année 1832.

4° Hazé. — Notice pittoresque sur les monuments du Berry. Bourges, 1835-40. In-4°.

5° D. Ramée. — Moyen âge monumental et archéologique- Paris, in-P.

Frankreich

>ïïiyis®M ©21

®@OTIE©I1É;

Casa de Santiago Coeur en Bourges . Jraj,

<îe Mérmàol del

'lents Anciens et

mil JAfflgpraS €m^m0 A ©©©mŒ®

sA Coupe sur la Porte et la Chapelle .

V,. ^ cqU]ES CŒTUR’S HOTUSTË

:lmitt auf dm Eingan^und die CapeUe. Section towards the door and theChapel.

Casa de Santiago Cocur.en Bourses. (Corlc Sobre la yurr/a y la Cayilù

/ s'yy/ //Y ,y

yy.J// s/y • ss/étAt/y/iJ ( s y ///: /// /

Spaccato sulla porta e Cappe

-Al ■

S' // YY/Y/y . J

Pa

L’ ULl/l'iOU

J de Merindel de!

Bury sculp.

mmm&mMw

HP

lïg i-

Fw. 2

fflAKiBiH DE (D©MWMaJL 2E®‘ffïE©ÜSo

F/? Elévations et Coupe. /Y/J.

. , Tt u u ,, ' JACQUES CŒUl’S 1

Autnss und. Uuichschnitt. ^

Casa de Jacques Coeur, en !

DUSE o AT BOURGES

c deÿ-fy/SY\J t dYd-YS' /'S?-'

Elevazione e Spaccato .

Ina&w âù Afodëm&f

Page 1