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MAISON A HANOVRE, DANS LA KOEBELINGER-STRASSE

En jetant les yeux sur une carte d’Allemagne, on voit au premier coup d’œil, que le nord de ce pays forme une vaste plaine, coupée de fleuves, qui, en descendant des montagnes, y ont laissé les terres et les sables qu’ils balayaient. Là, il n’y a point de montagnes offrant des carrières de pierre. Celle qu’on y emploie vient à une grande distance, de Pirna sur l’Elbe, en Saxe, et non loin de l’Erz-Gebirge , ou mont du métal. Mais cette pierre est chère, et son transport au loin devient très-coûteux. On a très-peu employé cette pierre dans les constructions du moyen âge. Aujourd’hui encore on n’en fait usage que pour certains grands travaux publics, et l’on cherche toujours à ne s’en servir qu’avec la plus grande économie. Que firent donc les architectes lorsqu’ils commencèrent à bâtir des monuments, à élever des constructions en d’autres matériaux que le bois? Ils eurent recours à la pierre artificielle, si ingénieusement fabriquée par la main de l’homme; ils employèrent la brique cuite. Il est rare que la terre propre à la fabrication de la brique ne se trouve pas sur les rivages des fleuves et des rivières. Depuis l’Ems jusqu’à la Vistule, tous les monuments du moyen âge sont solidement et habilement élevés en briques cuites au feu. Leur histoire et l’étude de leur architectonique a donné et donne encore lieu à de fort curieuses recherches archéologiques. Une quantité d’antiquaires s’en occupent dans le nord de l'Allemagne, et augmentent journellement les matériaux de l’histoire de l’art, de l’histoire de l’architecture du nord-est de l’Europe. Rien n’est intéressant comme d’étudier le parti que les architectes ont su tirer d’une manière ingénieuse des matériaux infiniment petits qu’ils avaient seuls à leur disposition.

Dans les constructions en brique, l’ornementation devait être nécessairement fort simple; elle devait se borner à des frises et à des rosaces. Quelquefois cependant les chapiteaux étaient aussi en terre cuite, mais souvent en pierre, que la peinture était ensuite appelée à fondre avec le reste des matériaux du monument , car les édifices en brique n’étaient point revêtus d’un enduit. Les joints étaient faits avec le plus grand soin, et les surfaces étaient lissées par un polissage qui terminait ce qu’on appelle dans la technique le ravalement. Souvent aussi ce polissage n’avait pas lieu, lorsque l’on avait donné une vitrification de différentes couleurs aux briques. Car on parvenait à la rendre noire, brune, verte et jaune, couleurs qui, avec le rouge ordiuaire de la brique, permettaient de composer des cordons, des moulures et des mosaïques de diverses couleurs. Il est aisé de comprendre que la brique ainsi vitrifiée est aussi solide que la pierre la plus dure. Dans l’architecture exécutée en brique, les faces lisses dominent. La décoration est réservée aux portes, aux fenêtres, aux frises et aux cordons.

Parmi les édifices du nord de l’Allemagne élevés en brique, nous citerons la belle église de Notre-Dame de Lübeck et le dôme, la cathédrale de Ratzebourg et l’église de Molln dans le duché de Holstein, les différentes églises de Hambourg, l’église de Saint-Nicolas de Stralsund du XIVe siècle, celle de Sainte-Marie de Stargard en Poméranie, des XIVe et XVe siècles, celle de Sainte-Catherine de Rrandebourg, commencée en 1401, et l’église de Prenzlau, à cinquante kilomètres environ de Berlin, et enfin l’église de Sainte-Marie de Danzig. Nous nommerons encore, mais comme monuments profanes, l’hôtel de ville de Taugermünde sur l’Elbe et en Prusse, et celui de Stargard (du XVIe siècle) en Poméranie. Un des monuments les plus remarquables et les plus considérables bâtis en brique, c’est le château des chevaliers teutoniques à Marienbourg, non loin de Dantzig et sur la Nogat.

Mais en nous rapprochant plus près du Rhin, nous rencontrons une infinité de constructions élevées en brique. La ville de Hanovre, capitale du royaume du même nom, nous offre quelques églises et une infinité de maisons bâties en brique. Il est presque impossible de parcourir une de ses rues sans rencontrer une maison bâtie en brique, du XIIIe au XVIe siècle. Hanovre était une ville florissante au moyen âge ; elle faisait partie, avec treize autres villes du royaume actuel, de la grande confédération marchande du Nord, appelée Hanse . Parmi les nombreuses maisons du moyen âge de cette ville, notre planche en représente une située dans la Kœbelinger-Strasse, de la vieille ville. Son style nous porte à mettre sa date à la fin du XIVe ou au commencement du XVe siècle. Elle est construite entièrement en brique. Comme toutes les maisons du moyen âge, elle présente pignon sur rue. Au centre, au rez-de-chaussée, nous avons la porte enchère, destinée, comme dans toutes les maisons de négociants du Nord, à l’entrée des marchandises. Elle conduit à un spacieux vestibule ou magasin qui s’élève à travers deux étages. A gauche et à droite de cette porte cochère, étaient placés les étalages et les comptoirs. Au -dessus de ceux-ci étaient situés les appartements d’habitation du maître de la maison et de sa famille. Dans les greniers, qui avaient une élévation considérable de 10 mètres, étaient conservées les marchandises.

— STYLE OGIVAL

La porte à ogive du bas est décorée de gorges et de boudins. Elle est élégamment encadrée par deux montants avec moulures, et couronnée d’une archivolte circulaire, formée d’un segment de cercle. Vient ensuite une frise de 0m,40 de hauteur, et ornée du quatrefeuille aigu, que l’on retrouve généralement partout en Europe pendant cette époque. Vient ensuite l’étage qui nous montre cinq fenêtres se terminant carrément. Une frise, semblable à la précédente, sépare l’étage du pignon, formé de trois rangées de fenêtres et de quatre gradins. Les deux fenêtres latérales de chaque étage sont aveugles, ainsi que la fenêtre supérieure. Derrière elles, s’élève le rampant du toit, qui est très-aigu.

L’étude de l’architecture profane du moyen âge est extrêmement intéressante, et nous voyons avec plaisir qu’on s’en occupe actuellement d’une manière sérieuse. Moller a déjà publié plusieurs maisons (*) de cette époque,, et Kallenbach aussi (**). Il faut espérer que nous suivrons l’exemple donné par les Allemands, et que nous rechercherons dans nos provinces toutes les anciennes maisons bâties au moyen âge. Que l’attention de nos artistes et de nos antiquaires se dirige sur ce sujet, et leurs recherches seront couronnées d’un complet succès. Mais qu’on ne montre pas surtout une trop grande prédilection pour les constructions de la Renaissance, qui existent encore en si grand nombre aux extrémités de la France et au centre, comme à Orléans et à Bourges ; qu’on remonte plus haut qu’à l’hôtel du Bourgtheroulde et de la maison de Jacques Cœur. Avec de la persévérance on finira par découvrir des maisons du XIVe siècle.

(*) PI. L, LU, LXII, de son premier vol.

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