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PONTS D’AVIGNON ET DE CÀIIORS

On comprend aisément pourquoi les ponts du moyen âge sont si peu connus. Généralement simples, de dimensions peu considérables , et n’accusant souvent leur ancienneté par aucun caractère qu’un examen superficiel puisse saisir, ils n attirent pas l’attention comme les églises et les châteaux, devant lesquels l’archéologue le moins sérieux ne peut passer sans en prendre note. On les signale donc peu , et conséquemment il est difficile de les étudier, car la circulation sur les routes, sans cesse plus active, les ayant fait disparaître des grandes voies de communication , il ne s’en voit plus guère que dans des localités peu fréquentées , où le hasard seul les fait découvrir.

Pendant la première moitié du moyen âge, à l’exception toutefois du règne de Charlemagne, sous lequel furent exécutés un grand nombre de travaux d’utilité publique, on construisit sans doute peu de ponts de quelque importance. Ceux que les Romains avaient élevés dans les Gaules, à peu près partout où cela était nécessaire, devaient subsister encore pour la plupart, et suffire aux besoins des populations, à une époque où les voyages étaient difficiles , dangereux, et, partant , rares. Il est vraisemblable qu’on se borna donc à entretenir ces ponts et à en bâtir quelques autres moins considérables dans les lieux où l’urgence s’en faisait sentir ; la barbarie dans laquelle resta plongée la France sous les deux premières races , fait penser que les ponts construits alors le furent surtout en bois, la construction en bois nécessitant beaucoup moins d habileté et de dépense que la construction en pierre. Mais à partir du XIe siècle, l’architecture faisant des progrès rapides et la civilisation commençant à renaître, on put entreprendre et mener à bonne fin des travaux qui eussent été impossibles auparavant. Au XIIe et au XIIIe on obtint de si magnifiques résultats, que, aujourd’hui même, personne ne peut se défendre de les admirer; le pont d’Avignon et celui du Saint-Esprit en font foi. Ce dernier, dont la réputation est européenne , est une oeuvre vraiment merveilleuse , dont il n’est pas un pays ou une époque qui ne puisse se montrer fière. Commencé en 1265 et achevé en 1309 , il n’a pas moins de 816 mètres de longueur, et, par sa solidité surprenante, il a pu résister depuis cinq cents ans aux inondations et à la violence du Rhône , fleuve d’une impétuosité extrême, comme chacun sait. On peut également citer comme construction d’une singulière hardiesse, le pont de Vieille-Brioude, détruit il y a quelques années, qui était foru é d’une seule arche de 195 pieds de largeur, et de 84 de hauteur, sous clef. Ce pont ne datait que du XVe siècle.,

Malheureusement , et nous en avons dit la raison principale , les ponts les plus remarquables du moyen âge sont disparus, à très-peu d’exceptions près, et on ne peut plus étudier maintenant que des ponts d’une importance secondaire (*) ; ils suffisent d’ailleurs pour donner idée de ce qu’étaient les autres, et des principes qui ont présidé à leur érection. 11 est seulement fâcheux que, devenus rares, ils soient difficiles à trouver, perdus qu’ilu se trouvent surtout dans des villages où rien ne fait soupçonner leur existence; ils sont, au reste, plus nombreux' qu’on n’est porté à le croire, en voyant que personne en France n’en a encore parlé : nous nous souvenons d’en avoir découvert quatre en parcourant, sur une longueur de moins de trente kilomètres , les bords d’une petite rivière du Poitou. Contrairement aux églises, et par une raison qui s’explique facilement, les ponts à ogives sont plus communs que les ponts romans. Ceux-ci, en effet, sont moins appropriés aux besoins modernes que les autres qui, datant d’une époque plus avancée, ont eu ainsi moins de chances de destruction à courir

La construction d’un pont était considérée comme, une œuvre de charité ; aussi la trouve-t-on mentionnée dans les nécrologes à côté de la fondation d’une chapelle ou d’un hôpital. Les frais qu’entraînaient les travaux étaient souvent répartis sur un assez grand nombre d’individus. Tel pont avait chacune de ses arches bâtie aux dépens d’un personnage différent, qui s’engageait de plus à l’entretenir en bon état. Quant à l’exécution, elle avait souvent lieu sous la direction des membres d’une association religieuse, qui s’est répandue en Franco et en Allemagne, et qu’on nommait les Frères pontifes ( Fratres pontis ou Pontiftces). Cette congrégation fut fondée par Bénézet, le constructeur du pont d’Avignon; ses membres, qui portaient sur leurs habits de couleur blanche l’image d’un pontet d’une croix, avaient pour mission de donner main-forte aux voyageurs, de bâtir et d’entretenir les ponts, ou d’établir des bacs pour leur commodité, et de les recevoir dans les hôpitaux sur le bord des rivières. Cette institution , qui a sans doute rendu de grands services, s’est éteinte dans le XXe siècle.

Aucun pont de l’époque latine n’est parvenu jusqu’à nous ; mais on peut sans peine, et avec toute apparence

(*) Il faut dire que les grands ponts de pierre ne paraissent pas avoir jamais été nombreux; la difficulté de se procurer tes sommes nécessaires pour les exécuter, à une époque où le revenu public était horriblement administré, a du contribuer beaucoup à ce qu’on se contentât de simples ponts de bois. Paris lui-même n’en a presque possédé que de cette espèce, jusqu’au commencement du XVIe siècle ; dans d’autres grandes villes , on suppléait aux ponts par des chaînes de bateaux.

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