‹ Monuments anciens et modernesChapitre 48 sur 58 · STYLES ROMAN ET OGIVAL · texte numérisé non relu

STYLES ROMAN ET OGIVAL

revêtu d’un parement appareillé, a été en usage pendant tout le moyen âge; mais il n’en a pas été de même des fondations sur pilotis , qu’on a souvent remplacées par des massifs de béton jetés au fond de la rivière , et sur lesquels on élevait des piles en maçonnerie plus soignée , aussitôt que la hauteur qu’ils avaient atteinte le permettait. Ce procédé était fort simple ; celui au moyen duquel on bâtissait les ponts en bois ne l’était pas moins : on enfonçait un certain nombre de pieux, dans le sol et on en réunissait les têtes par des racinaux horizontaux , sur lesquels appuyait l’about des solives soutenant le tablier. Ces solives atteignant jusqu’à 40 et 50 pieds de longueur, étaient soutenues de chaque côté par des contre-fiches qui en diminuaient la portée, en s’appuyant sur les pieux. Dans les rivières profondes ou rapides, on augmentait la solidité des piles en les garnissant de planches à l’intérieur, et en remplissant l’espace vide par une sorte de libage composé de grosses pierres irrégulières et de gravier (*). Tels sont au moins les principes qu’un archéologue anglais , M. Essex, a formulés en décrivant, d’après d’anciens documents, le vieux pont de Rochester. Nous devons faire observer que quelques-uns des ponts de bois construits aux XIVe et X Ve siècles étaien t considérables. Robert Gayum décrit ainsi celui de Notre-Dame, fondé en 1413 : « Il avait 70 pass et 4 pieds « fl 15 mètres) de longueur, 18 pass (29ra2) de largeur; il était supporté par dix-sept travées de pièces de bois ; « chacune de ces travées se composait de trente pièces de bois ; chacune de ces pièces avait plus de deux pieds

« d’équarrissage . Il était chargé de soixante maisons, trente de chaque côté. Ces maisons se faisaient

« remarquer par l’élévation et l’uniformité de leur construction. Lorsqu’on s’y promenait , ne voyant pas la « rivière , on se croyait sur terre et au milieu d’une foire , par le grand nombre et la variété des marchan- « dises qu’on y voyait étalées. On peut dire, sans crainte d’être taxé d’exagération , que ce pont , par la beauté « et la régularité des maisons qui le bordaient , était un des plus beaux ouvrages qu’il y eût en France. »

Les deux ponts représentés sur la planche, sont deux des constructions de ce genre les plus remarquables qu’ait laissés le moyen âge, après toutefois celui du Saint-Esprit. Us ont d’ailleurs été choisis comme offrant deux types différents et comme style et comme usage. Le premier est tout civil : c’est celui d’Avignon. On mit onze ans à le construire ; il fut commencé en 1177 et achevé en 1 188. Il avait 420 mètres de longueur, et se composait de dix-huit arches ( d’autres disent dix-neuf et même vingt-cinq ). Aujourd’hui il n’en reste plus que trois ; le reste a été détruit par la grande inondation de 1669. Le pont d’Aviguon est l’œuvre d’un berger, né à Hermillon , et nommé Dénézet. 11 mourut quatre ans avant l’achèvement des travaux ; et, ayant été canonisé , il fut enterré dans la chapelle élevée en son honneur sur une pile du pont. (Voir la planche.)

Le second pont est celui dit de Valendré , à Cahors; l’aspect en est tout militaire. Il fut fondé dans la seconde moitié du XIIIe siècle, par l’évêque Barthélemy, qui obtint à cette fin, du pape Alexandre VI, la permission de prélever deux cents marcs sur les amendes prononcées contre les usuriers dits cahursins. On croit voir dans cette circonstance l’origine de la tradition qui l’attribue au diable.

(*) Le système mixte, c’est-à-dire les piles en pierre et le reste en bois , a été très-souvent employé b toutes les époques.

— BIBLIOGRAPHIE

1° Wood. Letten fif an architect from France, Italy and Greece. Londres, 1828. 2 vol. in-4°.

2U Taylor, Ch. Nodier et de Cailleux. Voyage pittoresque en Languedoc. In-fol., pl. Paris.

3° Magasin pittoresque. Année 1846.

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