‹ Monuments anciens et modernesChapitre 49 sur 58 · CHATEAU DE MEILLANT · texte numérisé non relu

CHATEAU DE MEILLANT

Une des conséquences des guerres de Charles VIII et de Louis XII, en Italie, fut l’introduction en France de cet amour désordonné du luxe, qui caractérise les populations italiennes. A aucune époque de cotre histoire on ne vit, en effet, des vêtements aussi somptueux, des meubles aussi riches, des habitations aussi splendides.

La France a conservé un assez grand nombre de ces grandes résidences seigneuriales et bourgeoises de la première moitié du XVIe siècle, dont le faste extraordinaire luttait avec celui des plus célèbres palais de l'Italie, et qui furent pour les artistes d’alors de brillantes occasions de donner l’essor à leur fécond génie. Leurs œuvres, où trop souvent le goût n’est point à la hauteur de l’imagination, sont néanmoins pour la plupart d’un aspect monumental, et présentent un caractère complexe et curieux, produit de l’influence des traditions militaires et féodales, du style exubérant de l’époque, et du besoin de confortable qui commençait à sc répandre.

Pendant toute la durée du moyen âge , la sécurité fut la première condition des manoirs de l’aristocratie ; aussi observe-t-on que ceux qu’elle fit bâtir n’avaient guère que le caractère de forteresses , où tout était subordonné aux nécessités de la défense. Dans ces courtines percées seulement ue meurtrières, dans ces tours élevées, aux murailles d’une énorme épaisseur, les logements ne pouvaient être que tristes et incommodes, et on ne s’en arrangeait sans doute que parce qu’ils offraient d’excellentes garanties contre l’agression; mais, lorsque le pouvoir royal, en se consolidant, eut rendu à peu près impossible la révolte de ses vassaux , ceux-ci renoncèrent naturellement à faire de leurs demeures des places fortes destinées à soutenir des sièges en règle; ce qui d’ailleurs devenait chaque jour plus difficile, par suite de l’emploi de plus en plus général de l’artillerie. On en vint ainsi à faire une différence entre deux objets qui n’en constituaient auparavant qu’un seul : le château ayant un but stratégique, et le château destiné à servir de résidence. Bientôt même la noblesse n’eut plus guère à en élever que de cette dernière espèce. On put donc donner aux nouveaux châteaux les distributions commodes, la gaieté de site et d’aspect, et enfin la splendeur de décoration que ne comportaient pas ceux qui les avaient précédés ; et si on les flanqua encore de tours, et si on les munit encore d’un donjon, c’est que ces choses-là étaient demeurées un emblème des privilèges de la noblesse.

Le château de Meillant, situé dans le département du Cher, est un des beaux exemples de ces riches habitations de la Renaissance, qui tiennent plus de la villa que de la forteresse. Il a été construit par les ordres du fameux cardinal d’Amboise, en l’absence de son neveu Charles d’Amboise, seigneur de Chaumont, nomme en 1500 gouverneur de Milan. Il date donc du commencement du XVIe siècle, à l’exception toutefois de quelques parties romanes, qui appartiennent au château qui a précédé celui qui existe aujourd’hui, et de quelques autres rebâties au XVIIe siècle à la suite d’un incendie. La toar de Meillant faisait jadis partie de l’ancienne seigneurie de Charost , qui , par lettres emegistrées le 9 août 1G90 , fut érigée en duché-pairie , en faveur de Louis-Armand, marquis de Béthune.

Le château de Meillant , qu’une tradition, probablement fausse, attribue à Joconde , est, comme on voit sur le plan, disposé sans aucune symétrie. La façade , percée de nombreuses fenêtres, n’a absolument aucune unité, et donne l’idée d’une agglomération de constructions , et non d’un monument unique. On y remarque de belles lucarnes et une grosse tourelle polygonale, servant d’escalier, décorée avec une grande richesse. Les CC enlacés, qui y sont sculptés, sont les initiales du premier propriétaire, Charles, seigneur de Chaumon , et les autres emblèmes , des montagnes enflammées (des chauds monts ), ses armes parlantes.

A l’un des angles du château est une tour rectangulaire à mâchicoulis, qui forme le donjon, lequel, cjmme on sait, représentait le fief. Cette tour est coiffée d’un toit pyramidal, qui a pour amortissement deux hauts épis à girouettes, que relie une grande crête.

La chapelle, d’un plan bizarre et peu heureux , est séparée du château proprement dit, suivant un usage assez commun au XVIe siècle; elle est formée d'une simple travée et d'une apside trapéziforme Elle est surmontée d’une flèche aiguë. Nous avons reproduit le bas-relief qui remplit le tympan de sa porte s.rr notre planche de détails, qui contient également le tympan de la porte de la grande tourelL polygonale, ainsi que le plan et ! élévation d’une petite fontaine placée à quelque distance et faisant face au château.

— BIBLIOGRAPHIE

Bclaborde. Les monument» de !a France classés chronologiquement. Paris, 2 vol. in-fol. pl.

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