‹ Monuments anciens et modernesChapitre 50 sur 58 · FORTIFICATIONS D’ AIGUES-MORTES. PORTE DE NEVERS · texte numérisé non relu

FORTIFICATIONS D’ AIGUES-MORTES. PORTE DE NEVERS

Pendant tout le moyen âge, l’état de guerre étant presque l’état normal, la plupart des Ailles devaient être et étaient effectivement plus ou moins fortifiées. De nos jours, les différentes provinces qui composaient jadis la France , en formant autant de nationalités distinctes , s’étant fondues en un tout parfaitement homogène , l’existence des villes fortes n’est plus nécessaire qu’aux frontières. La conséquence de ce changement a été la destruction de la plupart des anciennes enceintes de villes , désormais sans utilité matérielle. En vain , témoins des faits héroïques qui ont illustré le pays , rappelaient-elles des souvenirs dont les populations eussent dû être hères ; elles ont été démolies pour favoriser d’ignobles spéculations , ou tout au moins pour satisfaire la manie stupide dont sont possédées les petites villes , et qui consiste à ne rien respecter afin de se procurer quelque ennuyeuse promenade dont puisse être jalouse la sous-préfecture voisine. Cependant , malgré des actes innombrables de vandalisme , il est peu de villes historiques qui ne conservent quelques traces des fortifications qui les défendaient jadis. Quelques-unes même les ont conservées presque intactes ; telles sont les vieilles cités de Vitré , d’Avignon , de Carcassonne , de Carpentras , et enfin d’Aigues-Mortes.

La ville d’Aigues-Mortes doit son origine à une abbaye de Bénédictins du nom de Psalmodi, qui , après avoir été détruite par les Sarrasins vers l’an 725 , fut rebâtie par Charlemagne en 788. Près de cette abbaye se trouvait la tour de Métaière , autour et sous la protection de laquelle s’élevèrent quelques maisons , dont la réunion forma plus tard une bourgade qui reçut son nom des eaux stagnantes au milieu desquelles elle était placée. En 1248 , saint Louis en ayant fait l’acquisition des moines de Psalmodi et en ayant restauré le port , y rassembla une flotte nombreuse sur laquelle il s’embarqua le 25 août pour la Palestine. C’est également d’Aigues-Mortes qu’il partit, le Ier juillet 1270, pour son expédition d’Afrique, dont les suites furent si désastreuses. Ce roi semble avoir conçu de l’affection pour la ville d’Aigues-Mortes, et avoir apprécié l’importance de sa position maritime, car il recommanda en mourant qu’on l’entourât de remparts. Son vœu fut accompli par son successeur Philippe le Hardi; c’est donc de 1270 à 1285 que datent en grande partie les fortiücations curieuses dont nous présentons des esquisses à nos lecteurs.

L’enceinte de la ville d’Aigues-Mortes forme un parallélogramme rectangle, brisé à l’un de ses angles par la tour du donjon, et d’une longueur de 545 mètres sur une largeur de 1.36. Les murailles, construites en grand appareil , s’élèvent à une hauteur de 10 à 12 mètres ; elles sont interrompues de distance en distance par des tours, simples ou doubles, au nombre de quinze, dont les unes servent seulement de passage, et les autres renferment des chambres destinées sans doute à la garnison. Les tours et les courtines qui les relient sont couronnées par une suite de créneaux. Çà et là on observe quelques-uns de ces balcons de défense à mâchicoulis, qui servaient parfois à un usage fort prosaïque, et qu’explique leur saillie au-dessus de fossés ordinairement remplis d’eau. Aujourd’hui les fossés d’Aigues-Mortes sont comblés; mais on peut reconnaître encore qu’ils étaient d’une grande largeur.

A l’angle nord-ouest de l’enceinte se trouvent le château et la tour dite de Constance , qui forme le donjon delà place, et que, pour cette raison, on a fortiüée avec un soin tout particulier. Entourée d’une enceinte circulaire comme elle-même, et qui l’isole, elle offre des murs n’ayant pas moins de 2m,70 d’épaisseur ; sa hauteur est de 28m,50 , et son diamètre de 21m,10. On y pénètre par deux portes, dont les lourds vantaux sont doublés de fer. A l’intérieur, elle est divisée en deux étages voûtés , éclairés seulement par d’étroites meurtrières et par une ouverture circulaire située au centre des voûtes. Un escalier contenu dans l'épaisseur du mur conduit à l’étage supérieur et à la plate-forme du sommet de la tour. Cette plate-forme , qui est crénelée , n’était pas seulement destinée à recevoir des combattants , elle était aussi disposée de manière à conduire les eaux pluviales dans une citerne existant encore, et pratiquée également dans l’épaisseur de la muraille. La présence de cette citerne, jointe à celle du four placé à 1 étage inférieur, prouve clairement que la tour de Constance était destinée à servir de dernier refuge à la garnison. Retirée là , elle pouvait , si les vivres ne lui manquaient pas , tenir encore un certain temps contre l’ennemi maître de tous les autres ouvrages. Au-dessus de la plate-forme s’élève une tourelle de llra,30 de hauteur, et qui appartient à l’espèce de celles qu’on appelait guettes ou eschauguettes , parce qu’elles servaient de lieu d'observation. On dit que celle-ci a toujours contenu un phare; s’il en est ainsi , elle n’en est que plus précieuse , car c’est peut-être le seul spécimen de ce genre de construction qui existe encore en France.

Le système de fortiücations qui protégeait Aigues-Mortes est complété par une tour carrée située à mi-chemin de la chaussée qui conduit à Psalmodi. Cette tour, percée d’un passage voûté, à l’entrée et à la sortie

“ STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT

duquel se trouve une porte, était destinée à défendre les approches de la ville. C’était une de ces bastilles comme il s’en trouvait souvent à quelque distance des places fortes.

La figure 1 est une vue de la muraille et de la porte de l’ouest ; la figure 3 représente la porte du nord prise à l’extérieur ; la figure 2 celle du sud , prise à l’intérieur. On y remarque la disposition de l’escalier par lequel on parvient aux parties supérieures , et qui est soutenu par un arc , non point rampant, mais formé d'un quart de cercle, comme les arcs-boutants de style ogival primitif. On y remarque aussi que , comme dans beaucoup de châteaux, les courtines n’ont point de terrasse, derrière les créneaux, qui permette de les défendre; on pense qu’en temps de guerre on suppléait à ces terrasses par des échafauds de charpente. Qu’il en ait quelquefois été ainsi , cela est fort vraisemblable ; mais que dans toutes les forteresses où il n’y a point de chemin de ronde on ait eu habituellement recours à un semblable moyen , nous semble assez douteux.

La ville de Nevers était autrefois entourée d’une nceinte commencée en 1194, et à laquelle des tours rondes avaient été ajoutées au XVe siècle. Ces fortifications existent encore , mais ruinées en grande partie ; ce qu’elles offrent de plus intéressant est la porte des Croux , rebâtie en 1393 , et représentée par la figure 4. C’est une grosse tour carrée , butée par des contre-forts , coiffée d’un toit en pyramide tronquée , et flanquée à sa partie supérieure par deux tourelles en encorbellement , que relie une galerie à mâchicoulis. Les longues et étroites ouvertures qu’on y observe font voir qu’elle était précédée d’un fossé qu’on franchissait au moyen d’un pont-levis, dont les flèches basculaient dans ces mêmes ouvertures. Aujourd’hui la partie inférieure est défigurée par des additions modernes, et, de la barbacane qui précédait le pont-levis, il ne reste plus rien.

— BIBLIOGRAPHIE

1° Taylor, Ch. Nodier et de Cailleux. — Voyage pittoresque dans l’ancien Languedoc. 4 vol. in-f°, pl. Paris, 1833.

2° Albert Lenoir et Mérimée. — Instructions sur l’architecture militaire (publiées par le comité des arts). ln-4°. 1842.

3° Magasin pittoresque. Année 1840.

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