CHAPELLE FUNÉRAIRE, A MONTMORILLON
qui s’élève d une imposte profilée en quart de rond, est sphéroïdale et dépourvue de nervures ; elle est percée de six meurtrières étroites et disposées en abat-jour. Deux portes sont pratiquées dans les murs ; l’une est l'issue de l’escalier en limaçon qui mène à l’étage supérieur; l’autre, placée vers le sud-ouest, est d’un usageinconnu. Montfaucon dit qu’elle servait d’entrée à une galerie souterraine, longue de cent toises, qui, ajoutet-il, conduisait à la rivière, et permettait aux prêtres d’y aller laver les entrailles des victimes. Laissant de côté cette dernière partie de la proposition, on ne peut s’empêcher de penser qu’une assertion aussi formelle doit avoir un fondement; il parait cependant qu’il n’en est rien, car Siauve assure avoir fait creuser, et être arrivé à une glaise qui n’avait jamais été remuée. Dans l’état actuel, le souterrain a la forme que nous avons reproduite en ponctué sur le plan ; les terres en ont évidemment été rapportées à une époque peu éloignée, et il est facile de se convaincre qu’il n’y a jamais existé de galerie voûtée.
Le sol de l’étage supérieur est à 7m,72 de eelui de l’étage inférieur, aussi n’y parvient-on qu’en franchissant un escalier de dix marches. Au centre est une ouverture découpée de manière à former une rosace à six contrelobes. C’est vraisemblablement par cette ouverture qu’on descendait les cadavres daus la crypte, qui parait avoir servi de charnier dans l’origine, et en a certainement servi à une époque récente. Chaque face de l’étage supérieur, qui est octogone, offre un grand arc ogive, retombant sur des espèces de pilastres dont l’imposte ne s’élève qu’à 0m,85 du sol. Au-dessus de ces impostes, et dans les angles dièdres formés par les pans entre eux, sont de petites colonnettes fort courtes, dont les fûts tronqués se terminent par des fleurons ou des têtes humaines, et dont les chapiteaux sont ornés de crochets et de feuilles perlées. De ces chapiteaux partent des nervures qui supportent les voûtes, disposées d’arête, et vont se réunir à une ouverture circulaire, espèce de couronne dont le sommet est à 10m,66 au-dessus du sol. Montfaucon dit que, à partir de cette ouverture, s’élevait une sorte de tuyau ou cylindre creux jusqu’à la hauteur de 4 toises. Il l’a figuré sur la coupe qu’il donne du monument, et il semble en effet y avoir des arrachements de ce cylindre. Il paraît néanmoins difficile qu’il ait existé réellement, car il eût constitué une charge telle que la voûte aurait eu peine à le supporter.
L intérieur de l’avant-corps n’a pas d’intérêt. On y remarque seulement la porte de l’escalier de la crypte, et des renfoncements, peut-être modernes, qui servaient vraisemblablement pour le service de l’autel de pierre qu’on y voyait encore au commencement de ce siècle, et qui faisait de cette partie de la chapelle le sanctuaire destiné aux prêtres.
A l’extérieur, l’avant-corps est complètement nu; mais les murs de l’Octogone offrent sur leurs faces des arcades ogivales formées par de simples redents de 0m,30 d’épaisseur; au centre, et dans la partie supérieure de ces arcades, sont percées les petites fenêtres qui éclairent l’étage supérieur. Du côté opposé à l’avant-corps, l’arcade encadre la porte d’entrée de l’édifice, laquelle est en plein cintre; elle est surmontée, comme nous l’avons dit , de la baie carrée où se trouvent les statues. A 6m,85 de la partie inférieure des arcades, règne une corniche portée par des modillons profilés en console, ou garnis de têtes fantastiques ; audessus commence une flèche, garnie d’arêtiers, qui est tronquée à une hauteur de 6m,70. Nous avons hasardé la restitution de la lanterne, par laquelle elle se terminait sans doute. M. de Caumout dit que cette lanterne existait encore en 1772, mais c’est, à n’en pas douter, une erreur; car, sur les gravures de l’ouvrage de Montfaucon, publié en 1726, la flèche est représentée dans l’état de mutilation où elle se trouve actuellement. Ces gravures sont, il est vrai, de la plus étrange inexactitude, mais elles expriment l’état de la flèche avec tant de netteté, qu’il est impossible de ne pas s’en rapporter à ce qu elles indiquent sur ce point.
Au-dessus de l’avant-corps , mais dans l’affleurement des murs de l’Octogone, existe un campanile communiquant avec la flèche. Il est terminé par un fronton et percé de deux haies ogivales. On parvient à ce campanile par un escalier fort étroit, pratiqué dans l’épaisseur des murs, et dont la porte se trouve à 3m,85 du sol de l’étage supérieur, de sorte que, s’il n’existait pas de tribunes dans l’intérieur de l’édifice, on ne pouvait parvenir à cet escalier que par le moyen d’une échelle.
Un des caractères qui frappent dans le monument de Montmorillon, c’est que 1 aspect, tout roman à 1 extérieur, est au contraire tout ogival à l’intérieur ; rien n’indique pourtant qu il y ait eu des remaniements à une époque postérieure ; et, en effet, 1 analyse fait voir que cette dissemblance est plus apparente que réelle, et vraisemblablement l’ensemble delà construction, élevée simultanément, date de vers le troisième quart du XII siècle. C’est également du XIIe siècle que date la tour d’Évrault, de l’abbaye de Fontevrault, qui, destinée au même usage que l’Octogone, présente avec cet édifice de nombreuses analogies. La tour d Évrault, du reste , est beaucoup plus compliquée comme plan que l’Octogone ; on y remarque même une certaine tendance à
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créer des difficultés d’exécution, qui n’est pas commune à l’époque, et qu’on pourrait expliquer par l’hypothèse, toute gratuite, il est vrai, d’une rivalité de talent entre les architectes des deux constructions.
— BIBLIOGRAPHIE
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5e Millin. Voyage dans le midi de la France. Paris, 1811, in-8°.
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10° De Chergé. Rapport sur les monuments du Poitou , dans le Bulletin monumental, t. VI.
Il existe encore un mémoire sur Alontmorillon par AI. Nouveau. Ce mémoire a été adressé au Comité des arts, et il en a été donné une courte analyse dans let. II, p. 261, de ce recueil, mais nous ignorons s’il a été imprimé.
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TOMBEAU DE L’ÉVÊOUE BBIDPOBT, A SAL1SBI BY.
La célèbre cathédrale de Salisbury, qu’on regarde communément en Angleterre comme le plus bel édifice ogival de la Grande-Bretagne, fut commencée en mai 1220, par l'évêque Richard Poore, continuée par sou successeur Bingham , et terminée en 1258, par l’évêque Egidius ou Giles de Bridport. Ce prélat, voulant que la fête de la consécration du nouvel édifice fût digne de sa magnificence , prépara , pour le jour de la cérémonie, une fête splendide, qui attira une foule nombreuse, et fut honorée de la présence du roi Henri III, de la reine, sa femme, et de 1 archevêque Boniface de Canterbury, lequel officia, sans doute comme métropolitain. Quatre ans après cette solennité , le 13 décembre 1262, Bridport mourut, et fut enterré dans le croisillon sud du transsept de la cathédrale, où on lui éleva le tombeau dont nous donnons une vue, et qu’on a faussement attribué à l’évêque Ayscough.
Ce riche tombeau offre une forme analogue à celle des châsses, disposition commune, pendant la période ogivale , pour les monuments funéraires très-somptueux. C’est une sorte d édicule placée entre deux faisceaux de colonnes engagées, et suivant l’axe principal de l’église. Elle est couverte d’un toit à deux égouts, qui figure des dalles chevauchant l’une sur l’autre à la manière des tuiles , et présente de chaque côté deux ouvertures ogivales semblables, qui laissent voir la statue de l’évêque, couchée sur un sarcophage. Ces haies se composent d’un arc chargé de moulures , portant d’un côté sur deux colonneltes engagées , et de l’autre sur un faisceau de trois colonnettes à fûts libres, qui forme le centre de l’élévation. Deux arcs ogives secondaires et subtrilobés sont placés sous le grand , et ont une de leur retombée qui s’appuie sur une colonnette unique divisant la baie par son milieu. Entre l’extrados de ces petits arcs et l’intrados du grand est une rosace encadrant un quatre-feuilles à jour, de sorte que l’ensemble de l’arcade affecte l’agencement habituel des fenêtres du XIIIe siècle. Chacune des baies est couronnée par un fronton assez peu élevé, dont le rampant est orné de crochets et dont le sommet se termine par un de ces bouquets qu’on nomme en anglais ftnials. A chaque angle des deux façades et à leur centre, est une colonnette engagée qui porte à sa partie supérieure un amortissement formé de feuillages dans le même style que les crochets et les finials, et dont il n’existe pas d’exemples en France.
La statue de l’évêque le représente en habits pontificaux et ganté ; il tient de sa main gauche une crosse, et reçoit de la droite une navette que lui remet un des deux petits anges placés près de sa tète. Ces deux petites figures d'une élégance remarquable sont gracieusement disposées de chaque côté du fronton qui surmonte un arc à cinq contrelobes , formant une sorte de dais au-dessus de la tète du prélat. Du côté du midi, aux pieds de la statue, est une piscine et une niche, qui indiquent que , dans l’origine, il y avait une chanterie attachée à cet intéressant monument.
Entre le rampant des frontons couronnant les haies , et la moulure qui borde l’égout du toit , on remarque des bas-reliefs dont les sujets paraissent être empruntés à la vie du prélat. Un archéologue anglais , M. C. A. Soothard, qui a fait une étude approfondie de la sculpture monumentale, les a interprétés ainsi en commençant par le côté du midi : « La première figure, a-t-il dit, est une femme couchée sur un lit, avecun enfant, et entourée de divers personnages; ce sujet représente sans doute la naissance de Bridport. Viennent ensuite deux figures dont l’une s’agenouille devant l’autre ; c’est probablement sa confirmation Dans le compartiment suivant l’on voit un homme , en habits sacerdotaux , qui est assis devant un pupitre élevé et parait faire la lecture à quatre jeunes enfants. Dans le quatrième compartiment sont deux figures de prêtres, dont l’une porte une coiffure qui indique sa supériorité hiérarchique sur l’autre. Elles se touchent la main, et l’une d’elles semble faire l’action de recevoir quelque chose de l’autre; derrière est un arbre aux branches duquel est suspendu un écusson qui porte d’argent, à une croix placée entre quatre besants. Ce bas-relief représente vraisemblablement la première ordination du prélat ; supposition que confirme le sujet qui vient ensuite , c’est-à-dire, qui se trouve placé dans le premier compartiment au nord (voy. la planche). On y remarque deux figures , dont 1 une, revêtue d une robe, est assise , tandis que l’autre s’incline devant la première en étendant les mains comme si elle lui faisait hommage pour son siège. Le deuxième compartiment contient une procession, dont le dernier personnage porte une croix : c’est peut-être une allusion à la cérémonie de la consécration de l’église par l’évêque Bridport, dont 1? /nort est représentée dans le troisième tympan. Il y est figuré en habits pontificaux, et couché sur un cercueil avec des anges à ses pieds et à sa tète. La dernière sculpture est un personnage également revêtu d’habits pontificaux , sans crosse , et placé sur une sorte de trône au centre d’une niche , où il a l’air de présider à un jugement. Auprès
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est une figure nue, enlevée par des anges aux ailes déployées, qui symbolise évidemment l ame qui remonte vers le ciel. >> M. Britton fait observer, à propos de ces bas-reliefs, qu’il est singulier que le souvenir des travaux opérés par Bridport dans la cathédrale, n’y soit pas rappelé. C’est sans doute cette circonstance, jointe à l’absence d’épitaphe, qui fait que Gough et la plupart des autres écrivains ont attribué le tombeau à l’évêque Ayscough , ainsi que nous l’avons dit; mais ils se sont évidemment trompés, car Àyscough fut enterré à Eddington et non à Salisbury, et l'architecture de son époque diffère d’ailleurs beaucoup de celle du monument.
L’analogie qu’on remarque entre la forme du tombeau de l’évèque Bridport et celle que présentent ordinairement les chcàsses contemporaines de style ogival, en même temps qu’elles témoignent de la facilité avec laquelle ce style admirable se prête à toutes les exigences , est encore une preuve de la disposition à symboliser, qui est si bien écrite dans tous les monuments du XIIIe siècle : on renfermait dans un édicule en forme de châsse le corps du pieux personnage qui, n’ayant point mérité la canonisation, ne pouvait avoir ses ossements renfermés dans une châsse véritable, mais méritait un grand respect ; ou peut voir là une sorte de béatification secondaire. Sans soutenir cette hypothèse, évidemment fort hasardée, nous ferons observer néanmoins que le petit nombre de monuments funéraires en forme de châsse tend à la confirmer : ce genre de tombeau ne s’accordait jamais qu’à des hommes éminents.
— BIBLIOGRAPHIE
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