Diod. Sicuî., lib. H, c. ir
</i CHYPRE
Je pense qu'il est possible de distinguer, dans tout ce récit, la vérité de la fiction. Je vois, dans la légende, la lutte d'un culte national ascalonite, probablement d'origine assyrienne ■, contre une importation religieuse phénicienne (comme nous le verrons plus loin . qui finalement reste victorieuse. Cette scission se trouve alors momentanément parachevée par la réabsorption du culte de Dercéto dans le culte d'Oannès, ce que me paraît signifier la transformation complète de la déesse en poisson. Les colombes qui nourrissent Sémiramis rappellent la métamorphose d'Isis en cet oiseau alors que, à la cour de Byblos, elle voltigeait au-dessus de son nourrisson en le purifiant au feu. En outre le nom du berger Simmas^, le nom même qu'il donna à Tenfant^, tout cela me semble vouloir dire que la fille de Dercéto, après son abandon, fut, comme Tenfant d'Astarté, la protégée d'Isis et élevée dans le culte giblite. Le premier usage qu'elle fit de son pouvoir de reine fut de concilier, à Ascalon, et ses croyances personnelles et la vénération qu'elle devait à sa mère. Alors elle opéra la fusion de ces deux personnalités ennemies, Astarté et Dercéto, en une seule, à laquelle même (comme fit jadis en pareil cas la reine de Byblos) elle aurait donné son propre nom^*^.
1. Cf. l'analogie de D^rccto avec le dieu-poisson ninivite Oannés. Ninus^ envoyant paître SCS troupeaux aux environs d'Ascalon, avait vraisemblablement la suzeraineté dé cette ville. Ascalon était un port fortifié sur la Méditerranée^ dont la possession, menaçant les côtes d'Egypte et de Syrie, était très importante pour les rois assyriens, et où nous voyons Sémiramis, comme reine et successeur de sa mère^ élever des édifices.