CONCLUSIONS
Dans le numéro de mai 1872 de la Revue archéologique a été insérée, au chapitre des Nouyelles archéologiques, une lettre rectificative concernant mon dernier article sur Golgos'. Cette lettre était datée de Larnaca^. L'auteur, M. Lang, résidant en l'île, a pu suivre, depuis le premier jour de la découverte, tous
* !. Revue archéologique j XXIV, p. 221 et suiv. (1872).
* 2. Correspondant aux paragraphes précédents i et 2.
* 3. L'on croit utile d'en reproduire ici la teneur :
« Cher Monsieur,
« Je viens de lire attentivement, et avec beaucoup d'intérêt, votre article de la Revue archéologique touchant les fouilles récentes faites par le général de Ces* noiâ, près d'Athiénau en cette île. Votre inviolable respect de la précision en matière archéologique m'étant connu, j'ai cru devoir, à cause de cela, vous donner quelques renseignements positifs sur les première et seconde excavations mentionnées par vous, pages 3 et 4 de votre tirage à part. (Livraison de décembre 1871.)
« Établir nettement les faits qui se rapportent à ces deux fouilles est, à mon sens, chose extrêmement importante, et j'ai toujours regretté que M. de Cesnola ait cru devoir mêler ensemble les objets des deux temples, comme s'ils provenaient d'un seul, afin de créer ainsi le temple de Goigos, - K Pour rendre plus claires les remarques qui vont suivre, j'appellerai les fouilles que vous avez vues tout d'abord en arrivant par l'ouest : le premier temple, et celles dont vpus donnez le plan, page 5 : le second temple.
« Les gens d'Athiénau découvrirent le premier temple le 6-7 mars 1870, et la
les travaux faits aux temples de Golgos. Il a été, pour ainsi dire, témoin oculaire des fouilles; il a constaté leurs résultats et pu établir, d^une façon presque indubitable, l'origine des monuments qu'on en a tirés. Ses assertions donc méritent pleine confiance.
Cinq points ressortent de cette lettre (ils y sont nettement formulés) :
!• Il y avait deux temples ;
2® Le plus ancien (celui qu'on me dit avoir dû être circulaire) est le premier qu'on rencontre en arrivant par l'ouest ; c'est le petit sanctuaire ;
pièce qui tout d^abord excita leur étonnement fut la tête colossale figurée dans votre planche 24 (p. 12, votre assertion incllae vers le contraire).
« Ce jour-là et le suivant furent trou v^ quelques-unes des plus belles pièces de la collection, entre autres la tétc du beau colosse figuré planche 24. Pour ce qui regarde cette tête^ vous êtes exact dans votre récit (p. 10) en mettant sa découverte au 6-7 mars, et inexact (p. 4) en la donnant comme ayant été rencontrée c dès les premiers coups » dans le second temple.
« Ces morceaux^ et d'autres encore que je pourrais citcr^ me causèrent la plus vive admiration lorsque je visitai le musée de M. de Cesnola quelques jours après leur découverte et plusieurs jours avant celle du second temple. Et sur ce point une méprise est impossible.
« Je choisis les photographies de ceux des morceaux que je reconnus parfaitement provenir du premier temple ; parmi eux les statues se distinguent comme les plus intéressantes du musée, et sont remarquables par leur nombre et leur délicate conservation.
« J'ajouterai qu^ aucune pièce à inscription n*a été trouvée dans ce premier temple,
u Une quinzaine de jours plus tard, environ, quelques paysans d'Athiénau découvrirent des statues sur remplacement du second temple dont vous donnez le plan. Le propriétaire du terrain m'envoya avertir et je me transportai immé« diatement sur les lieux. Je me rappelle très bien avoir rencontré sur ma route un chariot du pays chargé de statues extraites du premier temple.
<c Comme vous, je vins par Touest et naturellement arrivai tout d'abord sur le site du temple découvert le 6-7 mars. Les hommes de M. de Cesnola étaient à l'œuvre, mais le. terrain présentait des signes d'épuisement. J'observai avec regret que les hommes étaient trop âpres au vol et quMls avaient travaillé aux excavations à la manière du pays, c'est-à-dire en rejetant simplement derrière eux, avec la pelle, la terre qu'ils avaient détachée. Cela explique pourquoi le plan du premier temple n'a pu être levé,
«( L'étendue du terrain découvert n'est pas très considérable ; je lui donnerai.
GOLOOS 53
3* On n'y a point trouvé d'inscriptions;
4** Toutes les inscriptions viennent du second temple rectangulaire ou grand temple;
5^ La statue du prêtre à la colombe et la tête colossale figurées pi. II et III viennent du vieux sanctuaire.
A ces données viennent s'ajouter les faits suivants :
1® Les inscriptions chypriotes du second temple sont accompagnées de bas-reliefs accusant l'époque et l'influence grecques ;
2'' On a trouvé des inscriptions grecques au même lieu ;
autant que je puis me le rappeler, 8o pieds de tong sqr environ 40 dç large (mesures anglaises).
« Quittant ces fouilles, j^arrivai h remplacement des nouvelles découvertes, où une douzaine environ d*AthiéiK>te«*étaient en train d^excaver (à ce qu'ils m'ont dit). Aucune pi4ce d'ailleurs 'ii'MKt encore été extraite de ce premier champ, car les statues reçues ce jout^à par M. de Cesnola provenaient encore du premier temple.
«( Après mon retour à Larnaca, M. de Cesnola vint en personne surveiller les travaux, et c'est à son intelligente direction et à ses soins que nous sommes redevables d'un plan du second temple.
« Les fouilles appartiennent à deux édifices bien distincts et cela ne peut faire aucun doute. Mon impression est aussi que le premier est le plus ancien des deux, très certainement, et sur ce point ma conviction est bien arrêtée. Quant à la coexistence des deux temples, j'éprouve quelque difficulté à me former une opinion là-dessus.
« J'insinuerai toutefois que le premier sanctuaire a pu être détruit par un tremblement de terre et le deuxième élevé après le renversement.
«c Cependant la coexistence des deux temples ne me paraît en aucune Êiçon improbable, en supposant, bien entendu, qu'ils ont été consacrés à une seule et même divinité, et ce l'un après l'autre. Mais si le premier temple a été, comme j'en suis persuadé, le plus ancien des deux, vous admettrez que c'était bien là le vieux sanctuaire de Golgos en le supposant établi là.
« Je crois que vous êtes dans le vrai en émettant l'hypothèse que le beau colosse représenté dans votre planche 23 est un peu plus ancien que celui que j'ai découvert à Dali. Je placerais volontiers le colosse de M. de Cesnola au VI* siècle avant J.-C. comme dernière date.
« Cette collection (dont l'ensemble est présenté comme le contenu du temple
de Golgos) est du plus haut intérêt, et le musée qui sera assez fortuné pour
se l'assurer garnira ses salles de sujets dignes d'une étude archéologique des
plus curieuses.
«< R. W. Lang. »
3® Toutes les têtes, statues et tableaux de style grec ou romain viennent de là.
De tout ce qui précède on peut inférer que :
i"" Les morceaux d'un style plus ancien que celui du colosse à la colombe viennent tous du premier temple ;
2"* Les objets de style plus moderne que celui du colosse viennent peut-être du second temple ;
3" Les pièces de style grec bien déterminé en proviennent sûrement ;
4*" L'on peut assigner à Torigine du grand sanctuaire une date intermédiaire entre l'époque accusée par les statues figurées pi. II et III et celle de l'apparition de l'influence grecque.
Examinons chacune de ces conclusions.
i" Les statues qui m'ont paru les plus vieilles sont de toutes grandeurs, mais la plupart sont de taille normale ou plus haute. Elles sont coiffées du bonnet pointu qui couvre la tête colossale figurée dans notre précédent article, pi. III. Sous ce bonnet les cheveux forment un bandeau de boucles symétriques encadrant le front. Les yeux très saillants, ainsi que les pommettes ; le nez proéminent, la bouche moyenne et les lèvres fortes ; la barbe bien étalée et divisée en petites boucles formant plusieurs zones superposées. Les cheveux ramassés en un volumineux paquet sur la nuque. Les bras, très gros, ornés parfois de bracelets, pendent le long du corps, les poings fermés. Les mains et les pieds sont petits et les attaches fines. Le vêtement consiste en une robe tombant sans plis jusqu'à la cheville et ornée parfois d'un listel à son bord inférieur. Une bande saillante, découpée et analogue à de la passementerie, descend de l'épaule gauche, perpendiculairement, puis, décrivant une courbe au niveau des mains, va rejoindre le côté droit. Cette bande semble indiquer la fermeture du vêtement. De nombreux plis suivent la même direction. Les pieds sont nus.
GOLGOS 53
Le Style assyrien caractérise ces statues d'un art assez primitif. Elles sont, selon moi, contemporaines de ce Sargon dont une stèle fut découverte à Larnaca, au milieu des débris d'un riche édifice'. Sous le règne de ce roi, TAssyrie prétendit à la possession ou du moins à la suzeraineté de Tîle de Chypre (725). Mais cette domination ne fut jamais que nominale et se borna vraisemblablement à des relations commerciales effectives. Toutefois Torgueil et la flatterie firent ajouter l'île de Chypre aux conquêtes de Sargon, énumérées sur les monuments de Babylone *. Ce qui est vrai, c'est qu'à partir de cette époque les Chypriotes commencèrent à envoyer en Assyrie beaucoup de marchandises (produits bruts et manufacturés) et entre autres des statues de pierre^. Le style asiatique a dû naturellement être adopté par les sculpteurs, qui travaillaient presque exclusivement pour rOrient, et appliqué même aux œuvres destinées à ne pas sortir du pays.
C'est à l'époque de l'influence assyrienne en Chypre que je rapporterai le beau bas-relief représentant un épisode de la vie d'Hercule (dixième travail) et provenant très probablement du vieux sanctuaire.
Le tableau a été exécuté sur une table de pierre de o",85 de long sur o",53 de large et o",io d'épaisseur. Le sujet est traité à la manière assyrienne : relief peu saillant, simplement sur champlevé ; les détails anatomiques des figures sont scrupuleusement reproduits : muscles, veines, saillies fortement accentués. L'ensemble de la composition est mouvementé, vigoureux et porte l'empreinte d'un talent réel. La voici :
A la gauche du spectateur. Hercule, monté sur une sorte de piédestal, est représenté nu. Sur son dos, la peau du lion dont