‹ Monuments antiques de Chypre, de Syrie et d'ÉgypteChapitre 65 sur 99 · PASSAGE SOUTERRAIN OU TUNNEL · texte numérisé non relu

PASSAGE SOUTERRAIN OU TUNNEL

On y a trouvé des vases de bronze et beaucoup d'objets en forme de boutons (?), en bronze également.

A tous ces trésors il faut ajouter des cylindres assyriens, dont quelques-uns très beaux et en agate blanche. Plus, des amu* lettes en hématite dont une représente une rainette.

Après avoir vainement essayé de creuser des puits dans la direction du tunnel pour retrouver celui-ci et y faire pénétrer Tair respirable, le général dut s'arrêter devant la dépense et le temps perdus. A son grand regret, il dut aussi, par ordre de l'autorité, combler les souterrains et niveler le sol, conditions, du reste, énoncées dans son firman. Après quoi il retourna à Larnaca.

g 3. — LES PATÈRES.

J'en ai vu quatre. Elles ^3nt fort remarquables. J'en décrirai trois ici; la quatrième (pi. X) fera l'objet d'un autre paragraphe.

I® Patère d'argent à moitié rongée par l'oxyde. Ce qu'il en reste représente : une fleur épanouie, au centre, puis trois zones concentriques de scènes curieuses où il est possible, je crois, de reconnaître les épisodes d'une campagne militaire. Une étude patiente du monument donnerait quelques résultats intéressants. — Patère importante et dont le mauvais état est des plus regrettables.

2* Patère d'argent oxydée. L'intérieur est plaqué d'une feuille d'or pur gravée et que l'oxyde a soulevée en différentes places.

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Au centre, taureau debout, le globe solaire entre ses cornes. Ctsx Apis-Osiris ; il est exécuté avec une maestria admirable. — Zone circonscrite contenant plusieurs répétitions du même sujet : un cheval paissant ou buvant. Elle est entourée par une autre zone reproduisant plusieurs fois la vache allaitant son veau, — Il est à noter que ces trois sujets sont des revers de médailles (voir les tables de Mionnet). Ils ont été burinés dans la patère avec un rare talent.

Ces deux patères ont la même forme et à peu près les mêmes dimensions que les patères d*Amathonte et du Louvre : une calotte de sphère de o",20 de diamètre et o",o35 de hauteur environ.

3* Patère d'électrum, intacte bien entendu. Forme : le bonnet des Dioscures ou un demi-œuf. Diamètre, o", 14; hauteur, o",o5. Cette patère me paraît avoir été un vase à usage, vu sa forme profonde. — Au centre, un gros bouton repoussé d*où s'épanouissent des pétales ou des rayons, puis une zone guillochée figurant le sol. Dans ce sol sont plantés, à égale distance, des arbres qui me paraissent être des palmiers et qui forment ainsi une élégante couronne. Sous ces arbres, à égale distance les uns des autres, sept oiseaux aquatiques accroupis. Enfin, circonscrivant le tout et formant bordure, une zone d'arbres identiques sous lesquels sont couchés des biches et des cerfs. — Ces cerfs et biches, dans l'attitude du kief, justifient pleinement le passage d'Élien relatif à ceux de ces animaux qu'on trouvait au bois sacré d'Apollon à Curium [De nat, anim.^ lib. XI, c. vu). Je traduis : « A Curium, quand les biches, ai tkoi(fOi (il y a nombre de ces fauves, et beaucoup de chasseurs s'emballent à leur poursuite), s'enfuient vers un sanctuaire d'Apollon qui se trouve là (c'est un bois sacré très étendu), les chiens aboient, mais n'osent pas avancer ni entrer. Ne bougeant pas de là et broutant leur pâture sans émoi et sans appréhension, les biches, par une sorte d'instinct secret, se confient au dieu lui-

même pour leur propre salut ' . » {Cf. lib. V, c. i.vi.) D'un autre côté, le palmier était consacre à Apollon de Délos (Élien, Var. Hislor., lib. V, c. vi ; Hymnes homér., lu Apoll., v. 19;

Hygin, fab. 53 ; Callimaque, In Del., v. 2o5). Cet arbre avait emprunté son nom aux Phéniciens, qui le propageaient partout où ils allaient.

I. M. Clcrmont-Ganneau a relevé une citation analogue dans El Moqaddeef éd. de Goëje, p. ittS); il s'agit, dans l'auteur arabe, de la monxagne Siddiqa.eantenant un tombeau du prophète Siddiq et une mosquée, lieu de pèlerinage annuel ; » J'ai entendu prétendre que le chien poursuivant un fauïc, quand il arrive à cette limite, s'arrête. » D'après Yaqout (t. III, p. a6, éd. Wûstenfeld), le tombeau de Siddiq se voit dans un village de Palestine portant le nom Sylvain de Chadjara (arbre).

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Il est naturel d'inférer de tout cela que la patère confirme à la fois et commente le passage précité d'Élien, en nous montrant le bois sacré d'Apollon Curius peuplé de ses biches, en nous apprenant que Tessence de ce bois était le palmier, qu'il y avait des cerfs avec les biches et qu'il s'y trouvait aussi des cygnes, seuls palmipèdes, du reste, consacrés également à Apollon. [Collection Hamilton, Vases, t. II, pi. 12; El. des mon. céram.^ t. II, pi. 12 ; Callimaque, /// Apoll., v. 5; /// DeL, v. 249; ÈWtn^Denat. ani?n.,l. XIV, c. xiii ; id,^ 1. II. c. 32.) De plus, cette patère permet de supposer que, ayant le caractère hiératique et apoUinique, elle faisait partie du trésor d'un temple d'Apollon dont elle représente le bois sacré, et que c'est ce sanctuaire, cité par Élien, que le général de Cesnola a eu le bonheur de découvrir et d'explorer (cf. le bassin de bronze précité). Ce fait donne une singulière valeur à tout le reste de la trouvaille, qui alors représente en totalité (?) les ustensiles et les ex-voto d'un temple chypriote de second ordre, et peut, après étude suivie et attentive, donner lieu à de curieuses remarques, voire à d'intéressantes découvertes.

Tous ces objets ont été enfouis sous une couche déterre, et ce aifec soin^ tranquillement et à tête reposée^ c'est-à-dire sous le coup d'un danger prévu et non imminent. Ceux qui connaissaient la cachette, ou sont morts après la catastrophe, ou ne sont jamais revenus. Il est probable qu'ils étaient peu nombreux. Le fait d'avoir voulu sauver des objets de peu de valeur intrinsèque (bois, fer, bronze, terre cuite, pierre, etc.) implique l'appréhension d'un sacrilège et une préoccupation religieuse qu'on ne peut attribuer qu'à des desservants du sanctuaire.

Pour donner une date approximative à l'enfouissement et à l'événement qui y donna lieu, il faudrait examiner attentivement toute la collection, étudier ceux des monuments qui paraissent les moins anciens, reconnaître ainsi leur époque et diriger, d'après cette donnée, ses recherches dans l'histoire. —

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Les guerres ayant un caraaère religieux sont rares dans l'antiquité, surtout à Chypre ; elles n'apparaissent sérieuses et fréquentes en Orient qu'après la naissance du christianisme. Ce sont peut-être alors les annales des deux premiers siècles de l'empire qu'il faudrait consulter.

g 4. — UNE PATÈRE DE CURIUM'.

Trouvée au temple d'Apollon Curius. — Diam., o"',20 ; haut., o",o3. — Vermeil. — Calotte de sphère. — Les figures sont repoussées et gravées. — Style égypto-assyrien. — Assez bon travail, surtout dans les figures d'animaux.

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