EXPLICATION
Centre. — El-Cronos aux quatre ailes tue le lion solsticial avec une cpée de tous points identique au n** i des trois épées de bronze du rocher d'Alies (à Menet, département du Cantal), publiées dans la Revue archéologique (déc. 1872, t. XXIV, p. SSy).
Les deux éperviers qui accompagnent Cronos sont deux Horus (voir à l'explication de la deuxième zone, celle du groupe d'Osiris), celui d'orient et celui d'occident, qui se résument sur d'autres monuments orientaux, à Ptérium, par exemple, dans l'aigle à deux têtes (cf. Musée Napoléon III, pi. X, patère de Citium, aujourd'hui au Louvre). Cette scène, tout assyrienne d'origine, représente l'époque caniculaire, dont Hercule étouffant le lion est une traduction ultérieure due aux Ty riens ^.
* I. Revue archéologique, XXXIII, p. 117 et suiv. (1877).
2. La formation de ce mythe d'Mercule est remarquable en ce qu'elle a été méthodique. EflFectivcment : Horus viril, après avoir vaincu le taureau équinoxial, prit ses membres de derrière et se vôtit de sa dépouille (voy. Rev. archcoL, août 1874, t. XXVIII, pi. XIV, fig. 3, art. de M. Em. Soldi); puis^ après ce laps trimestriel, où tout est fécondé dans la nature (laps symbolisé par une anti-
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El-Cronos, patron primitif de la Phénicie, est fils d'Uranus, patron de ces Atlantes qui colonisèrent TEurope par Touest et furent les aînés de ces autres Atlantes, les Phéniciens, qui vinrent par rOrient civiliser le vieux monde. Ces Peaux-Rotiges^ portés par le grand courant équatorial de Tocéan Pacifique, peuplèrent la Malaisie ' et de là, poussant à Touest, abordè-
lope), il attaqua, chauve et déjà mûr, le lion solsticîal. Celui-ci vaincu, Horus, vêtu de sa dépouille, est l'Hercule des Phéniciens, qui devrait être figuré sur le déclin de Tâge^ mais qu'une faute orthiconographique et orthomythique a fait représenter quasiment adolescent. DansPidée d:s Phéniciens, sans doute, le soleil, au summum de sa force, ne pouvait logiquement prendre un aspect sénile, être chauve {hlq = Alc-idcs), comme sur le cylindre précité.
Le lion solstitial est le lion de Cybèie; la pomme de pin, par exemple, placée sous le Cronos en fait foi. Le lion symbolise Tintensité productive de la terre à cette époque de Tannée où le soleil, restant au-dessus de Thorizon dix-huit heures sur vingt-quatre, surchauffe le sol et fait sentir le bienfait de sou vicicieux rayon, de son glaive d'or (âa>p), jusque dans les couches souterraines, là où sont les racines des plantes. Cet emblème léonin est devenu une constellation. Comme tel, il est intimement lié à la destinée du soleil et inséparable d*avec lui. Ainsi les armoiries du Chdhin Chah nous en offrent un exemple : le mi-soleil paraît derrière le lion terrestre et celui-ci tient le sabre de victoire, souvenir du Chrysaorius d'antan. Le lion est donc Panimal cybélo-isiaque par excellence; il est à la Ft) M^p, Mater^iaftnere universelle, ce que Taigle est à Jupiter et le serpent à Esculape. Aussi est-il funèbre. Avec une tête de femme, il est le sphinx, Neith, la nature organisée et vivante; avec une tête aquiline, il est le gryphon, ou Vécorce du globe.
Le solstice d'été peut donc être exprimé par un seul ou deux signes : Pun cybélique et astronomique, le lion; l'autre purement solaire, le personnage aux prises avec le fauve.
La scène du centre de la patère représente donc la pénétration ultime, par le rayon solaire, aux approches de la Canicule, du sol productif à Papogée de sa fécondité. Les Phéniciens ont quelque peu modifié ce mythe dans la personne de leur Hercule; ils ont d'abord figuré Cronos jeune. Dans la suite, ils ont remplacé son glaive par une massue, qui ne pénètre pas, mais assomme et opère sur la surface. Quelquefois même Hercule n'est pas armé; ilétreint le lion et V étouffe ; il s'en rend maitre. Il est vraiment alors Melk-Arth, le dominateur de la terre. Ce Cronos jeune et sans ailes est, en un mot, un Horus.
I. Les Malais d'aujourd'hui sont une race rouge profondément abâtardie par un mélange constant avec les races jaune et papoue. A part cela, leur identité avec les Phéniciens est absolue. Comme eux, ils sont excellents matelots, navigateurs, industriels, teinturiers, négociants, colonisateurs, planteurs, forbans, etc., etc., et de tous points fort intelligents. Thèse à développer.
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rent au golfe Persique, où ils fondèrent^ non loin de Tembouchurc du chott El-Arab, Tylos et Aradios, etc.
L'El-Cronos de la patère me parait être le Jupiter Chn'saonw^ (et non Chnsaor, Jupiter chrysaorieii ou à Tépée d or; que les Cariens avaient pour patron et adoraient surtout à Stratonicée 'Chn'saoris .
Le parèdre femelle d'El-Cronos est, enfin, cette ténébreuse déité aux quatre ailes. Méduse, représentée dans un rôle funèbre sur le sarcophage d'Athiénau Rej\ archéoL, janv. 1875) ', Méduse, dont la tête, reproduaion grimaçante de celle d'Athor, est le disque lunaire et se substitue au disque solaire (voir les antéfixes de la collection Campana au Louvre) pour marquer le temps nocturne. Méduse est le Cronos de la nuit ^.
Premier cadre circulaire. — La double torsade. Cette torsade jouej'un rôle considérable dans Tornementation grecque et, comme les autres origines de celle-ci^ a un caractère hiératique. Nous voyons en effet cette torsade occuper sur certains monuments, rares du reste, une place des plus significatives et des plus importantes. Ainsi, par exemple :
I* Sur une lagène à anse de Dali (collection de Cesnola) une scène est peinte qui nous représente un petit tronçon de la torsade posée sur les rayons du soleil placé sur un arbre mystique un peu défiguré; deux oiseaux becquètent les volutes inférieures, et deux prêtresses debout, en tuniques talaires et à
' I. Voir chapitre deuxième^ II.
2. Il va sans dire que cette lune demeurant visible, en son pleinj àla clarté du jour quand le rayon solaire a vaincu et fait disparaître les ténèbres, est bien le Gorgonium séparé de son corps aux quatre ailes sombres par la harpe de Reseph- Apollon.
Le nombre quatre des ailes des deux Cronos est assez difficile à expliquer. Peut-être symbolisent-elles la division (toute mariiiuie chez nous), par les Chaldéens et par les Phéniciens, du temps en quatre quarts de jour et en quatre quarts de nuit.
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queue^ touchent les volutes du haut. L'une des figures tient une aiguière par le goulot.
2* Une grande bardaque de Dali (même forme de ballon que la première, mais pne tête de femme formant goulot), découverte par le général de Cesnola et maintenant au Musée de Berlin, nous montre la torsade peinte en blanc et encadrant une grossière et très curieuse figure d'Isis en tunique talaire, debout et tournée à droite. Cette figure est rehaussée de blanc aux bras, cou, épaules, poitrine, ceinture. Elle flaire un lotus blanc. Devant elle, un lotus blanc aussi. Derrière elle, un lotus blanc^ surmonté de deux volutes également blanches^ et supportant le soleil levant. Cest, en abrégé, Tarbre mystique. Sauf quelques pétales de lotus et V astérisque ij) qui pend au cou de la figure du goulot, tout le reste du dessin se détache en traits noirs sur le fond ocre du vase. Isis et les emblèmes d'Isis étant marqués en blanc, j'émets Thypothèse que la torsade, en blanc aussi^ et très apparente, est un attribut isiaque.
3* Un cylindre babylonien publié par M. E. Soldi {Repue archéologique^ sept. 1874, t. XXVIII, p. i5i, pi. XV, fig. 5) nous montre une Vénus nue debout, le corps de face, la tête à gauche. De chacune de ses épaules Feau jaillit. A gauche, en haut, une étoile; un peu au-dessous, un objet rond (un fruit?). A gauche encore, une figure en tunique talaire et coiffée d'une tiare (Astarté ?). A droite, une petite figure nue, portant une ceinture (r). De ses épaules jaillit de Teau. Au-dessus d'elle, fragment de torsade de 7 tores; audessous, fragment de 5 tores seulement. — Cette scène est l'antithèse de la Vénus conccptive ou aquatique » avec la Vénus astronomique. — La position des deux torsades montre que celles-ci se rapportent à Vénus et encadrent son Jils Eros.
I. Voy. Rev. archéol., janvier 1876, t. XXXI, p. 27, note 2 (patère et rondachc d'Amathontc). * Chapitre quatrième.
La torsade est bien^ d'après ce cylindre^ un symbole aphro-ditique.
4* Sur une lagène à anse trouvée à Oromidia par le général de Cesnola, une figure qui semble masculine, et tournée à droite, forme le sujet principal peint sur la panse du vase. Le personnage est coiffé d'un pschent et tient un sceptre de la main droite, un oiseau sur le poing gauche. Il est vêtu d'une tunique collante ; ses jambes sont nues et écartées. Devant lui, une sorte d'arbre (?). Entre ses pieds gît un fragment de torsade (3 tores). Les deux torons sont assez écartés Tun de Tautre et semblent deux serpents entrelacés, accouplés. Cette similitude et l'examen du monument précédent m'ont fait penser au ceste de Vénus et supposer que la torsade mystique n est pas autre chose.
b^ R. H. Lang a publié dans le Numismatic Chronicle de 1870 {Coins discovered in Cjyrus) la monnaie suivante, qui faisait partie du trésor du temple de Dali : N* 29. Bœuf debout à gauche. Au-dessus, lettre cypriote. ^. Deux filets de grènetis se coupant à angle droit et formant un champ occupé presque entièrement par une tête d'aigle tournée àjgauche. Audessus de cette tête, tombant de l'angle supérieur gauche, une feuille de lierre ? Sous la tête d'aigle, fragment de torsade de 8 tores. Ici la torsade isiaque fait antithèse à l'aigle solaire, armoirie monétaire de quelque cité ayant Jupiter pour patron. L'importance de ce fragment est évidente et vient à l'appui de ce qui précède.
6" Enfin les plaques de Ruad, rapportées par M. Renan, présentent un fragment de torsade sous forme de bandeau audessus du sphinx et de l'arbre mystique, accosté de deux gr)'phons, sujets isiaques.
Première \one, — Sphinx accroupi, coiffé du klaft et du pschent royal. Au-dessus, dans les deux cartouches carrés, des
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traits informes simulant des hiéroglyphes^ . Devant et derrière, deux cyprès.
Le sphinx représente ici la reine Isis, l'épouse d*Osiris, la nature organisée et vivante sous les regards de laquelle se passent les scènes qui forment six groupes distincts , dont presque tous sont des revers de médailles : i* lutte amoureuse de deux taureaux; 2® le vainqueur emmène la génisse (dont par erreur le graveur a changé le sexe); 3^* vache allaitant son veau; 4** lion ayant fait sa proie d'un des bergers et attaqué à son tour dans les roseaux par un archer et un piquier ; 5* cheval paissant ou buvant; 6" berger terrassé par un lion.
Homère a chanté un épisode de ce genre (une attaque de lions) au vers SyS du XVIIP livre de VIliade (description du bouclier d'Achille, don de Vulcain) : « {Il y grava)... un troupeau de bêtes bovines au front qui se relève. Elles étaient d'or et d*étain. Beuglantes elles se ruaient au sortir de la litière vers le pâturage, à travers le torrent qui gronde et les roseaux flexibles. Des bergers en or accompagnaient les bestiaux et ils étaient quatre. Neuf chiens les suivaient d'un pas tranquille. Mais voilà que deux terribles lions s'emparent, à la tête du troupeau, d'un taureau ruminant. Celui-ci, malgré ses mugissements prolongés, est entraîné. Les chiens étaient distancés ainsi que les éphèbes. Les lions déchirent la peau du grand bœuf et se régalent des intestins et du sang noir. Cependant les pâtres les poursuivent, excitant la vélocité de leurs chiens; ceux-ci répugnaient à mordre les lions, mais, s'arrêtant, aboyaient près d'eux tout en les évitant. »
Sur la patère, comme on le voit, la scène ne se passe pas tout à fait comme sur le bouclier d'Achille ; mais elle est du même genre et paraît avoir été un sujet traditionnel. J'y reviendrai à la fin de cette notice.