X. Tous ceux de la '2« zone sont pareils
Deuxième cadre circulaire, — La torsade.
Deuxième :{one. — i® Premier groupe : Osiris vainqueur. Les trois hommes agenouillés et réduits à merci sont les nations de rinde, d'Asie et de Thrace. Osiris porte sur la tête le globe solaire accompagné des deux plumes et flanqué des urœus. Son arme est une massue, car il ne^verse pas le sang. Devant lui, Horus lui tend une palme de victoire; derrière lui, sa suite représentée par un soldat. Celui-ci, qui, je crois, est Mercure, car sur la patère du Louvre il a deux plumes à sa coiffure (les ailes du pétase), porte une prisonnière, TÉthiopie, évanouie sur son bras droit; sa main gauche tient un arbre, symbole des conquêtes, acclimatations et propagations botaniques d'Osiris (cf. Musée Napoléon III^ pi. XI, patère de Citium, aussi au Louvre ' ).
Ce groupe est la reproduction, pour ainsi dire canonique^ d'un sujet célèbre sculpté sur maints monuments de TÉgypte, auxquels je renvoie le lecteur.
2** Deuxième groupe à gauche : Personnage perçant un gryphon de son glaive. Un petit épervier (omis par le graveur) vole derrière la tête de Thomme, qui est ainsi Osiris lui-même, Osiris Chrysaorius^ au glaive^ au rayon d'or. Le gryphon, c'est le sphinx avec une tête aquiline munie d'aigrettes, qui ressemble fort à celle du fameux oiseau secrétaire^ mangeur de serpents^ qu'on ne trouve plus guère qu'au cap de Bonne-Espérance. Le gryphon est un avatar d'Isis. C'est la croûte terrestre qui enfante et dévore sans cesse^ d'où la tête de rapace. Elle absorbe aussi le rayon solaire que symbolise Vurceus sacré, d'où la tête d'oiseau secrétaire donnée au gryphon ^.
1. Sur la patcrc de Citium, le mihir plane sur la tête d'Osiris et Horus est représenté par un épervier voltigeant, de tous points pareil à ceux qui accompagnent El-Cronos et qui sont ainsi des Horus. Ces variantes sont de peu d'importance.
2. L'aigrette du gryphon est, dans la plupart des monuments, triple comme
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Ce groupe signifie donc la pénétration du sol par les rayons du soleil, ou le défrichement, le labourage. On le retrouve sur une des patères du Louvre. Derrière le gryphon, Tarbre à branchesbien marquéesle sépare du groupe précédent. Sous le ventre de l'animal est une pomme de pin ou un conifère planté en terre, et emblème funèbre d'immortalité. Ce cône est évidemment ici un attribut géen ou tellurique, c'est-à-dire cybélo-isiaque.
3' Deuxième groupe à droite : Personnage enfonçant son glaive dans le bec d'un gryphon terrassé sur des rochers et ne TOUCHANT PAS V arbre mystique placé à côté de lui (cf. patères du Louvre).
Si le précédent gryphon est Vhumus de la croûte terrestre, celui-ci est le roc. L'un est fertile et le rayon solaire l'atteint jusque dans ses entrailles ; l'autre est stérile et le glaive d'or pénètre à peine dans ses fissures. Il n'a pas besoin de boire la vie; aussi n'approche-t-il pas de l'arbre sacré placé près de lui ; de cet arbre dont j'ai déterminé déjà le vrai sens », et sur lequel je reviendrai plus loin.
4® Troisième groupe à gauche : Deux gryphons dans l'attitude consacrée et canonique, reproduite dans l'ornementation architecturale, boivent la vie à même l'arbre mystique au moyen de deux tiges épanouies en calices de fleurs.
Au ^Louvre (salle sémitique), une plaque de revêtement en marbre blanc, rapportée de Ruad par M. Renan, présente ce même groupe sous un semis de vaisseaux d'Isis, et la torsade mystique.
celle de Voiseau secrétaire (voyez, pour Voiseau secrétaire^ le Magasin pittoresque, t. II, p. 12, i834). Lorsque Tanimal a un sens custodique il a des oreilles canines tendues en avant (voy. le musée égyptien du Louvre). Le gryphon (en grec Ypv4;, Ypuirà;i de xpuf(i> pour xpuirrw, couvrir) peut être rapproché de cette divinité assyrienne ailée, à tête d*aigle, tenant un petit cabas et une pomme de pin qu'elle présente par la pointe. Ce personnage symbolise, dit-on, la mort.
I. Voy. Rev. archéol., janvier 1876, mon mémoire sur la patéred'Amathonte. (♦ Voir plus haut, chapitre quatrième.)
5° Quatrième groupe à gauche : La patère a un peu souffert en cet endroit, mais une étude attentive m'a permis de déterminer exactement le sujet ; c'est un cynocéphale luttant avec un lion. Le cynocéphale c'est l'incarnation de l'intelligence, du bon sens, du savoir, de la rectitude d'esprit : c'est Thot. Les anciens avaient remarque, comme on l'a constaté maintes fois depuis, que la supériorité intellectuelle du mandrille à tête de chien était reconnue, dans les forêts, par la plupart des petits quadrumanes tels que sapajous, babouins, macaques, ouanderous, ouistitis, etc., qui le prennent souvent pour arbitre de leurs querelles. 11 était tout naturel alors qu'on en fît l'incarnation de la sagesse et de la prudence. Le lion, qui signifie intensité extrême^ force suprême^ pourrait symboliser aussi bien la chaleur solaire au solstice d'été que la puissance productrice de la terre. Il serait à la fois héliaque et cybélique. Mais, avant tout^ il est l'animal de la grande déesse, ainsi que l'indique la pomme de pin plantée sous lui.
La signification du groupe n'est pas douteuse, c'est la lutte de r intelligence humaine contre les forces brutales de la nature. Une des patèresdu Louvre offre deux variantes du même sujet : le cynocéphale est remplacé par un homme vêtu de la peau d'un lion et luttant contre un lion; derrière lui, un personnage identique l'accompagne, portant sur ses épaules la lionne (dont il s'est rendu maître dans deux autres groupes) ; c'est un personnage juvénile qui perce le lion de son glaive ; son acolyte, outre qu'il porte la lionne, tient une oie ou un cygne par le cou.
Je serais porté à voir dans ces groupes delà patère du Louvre un personnage substitué au cynocéphale et qui n'est autre que Hercule ; celui-ci, le lion de Néméc et un oiseau stymphalide symbolisent ensemble la lutte et la victoire de l'intelligence sur des forces aveugles, indomptées et nuisibles. Hercule, dans ses travaux, c'est Horus qui, ayant quitté le nom solstitial de Melkylr//z, prend celui de Hor-Aqil^ Hor us-intellect^ Horus-ii^GÉ-
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NiEUR, dont la légende fut, chez les Grecs, la synthèse immortelle de Tépopée civilisatrice et utilitaire de la nation phénicienne dans les régions occidentales et maritimes du vieux monde. Hor-Aqil, ou Her^acles^ a gardé Tare et les flèches toutes puissantes d'Apollon. C'est une preuve d'identité.
& Cinquième groupe à gauche : Deux bouquetins dits ibex boivent la vie à même l'arbre mystique. Uibex se retrouve surtout sur les monuments de la Chaldée. J'en ai parlé plus haut à propos de la torsade. C'est un animal isiaque, quelquefois associé à la pomme de pin, et funèbre.
7® Troisième groupe à droite : Isis ailée, tenant deux lotus et debout devant l'arbre mystique. Nous avons vu cette Isis sur la patère d'Amathonte, où elle avait un modiiis sur la tête.
L'emblème est la modification phénicienne d'un sujet assyrien. En effet, un bas-relief célèbre du Musée britannique représente la grande déesse assyrienne Anat deux fois figurée debout, des deux côtés d'un arbre mystique que je n'ai pas à expliquer ici, mais qui est pour ainsi dire l'épopée de l'épanouissement d'une palmette à sept pennes paraissant être la partie la plus importante de l'emblème, comme l'est, sur l'arbre d'Isis, le double éventail ou queue d'oiseau de cinq éléments.
Presque toujours l'arbre mystique est formé de la superposition de deux barques d'Isis (voy. la patère d'Amathonte, pi. VIII) ». L'exemple le plus complet que nous en ayons est offert par la plaque de Ruad (mission de M. Renan), dont j'ai déjà parlé à propos du gryphon. La barque mystique y figure isolée et en plusieurs exemplaires, comme semis de champ, et en deux exemplaires superposés comme arbre mystique accosté de deux gryphons. J'ai fait voir cette barque, isolée^ sur un cachet rapporté de Palestine par M. Clermont-Ganncau (pi. IX). Elle figure sur une seconde plaque de
* I. Voir chapitre quatrième.
revêtement rapportée de Ruad par M. Renan et du même genre que la première : un semis de vaisseaux accompagne un sphînx- Isis-reine sur le Sérapéum. — Une monnaie d'argent du trésor de Dali, publiée par M. Lang dans le Numismattc Chronicle [Coins discovered in Cj'prus^ ïSyo), présente au droit un bélier accroupi ; au revers, tête de bélier à droite dans un carré creux; dessous, ligne de grènetis; en haut, dans le coin de droite, le vaisseau d'isis^ avec le petit éventail formé seulement de trois pennes. — Mais un curieux chapiteau d'applique en pierre calcaire, et venant de Golgos, nous montre l'élément constitutif de l'arbre, la barque du Soleil sur le lotus, sous une forme architecturale toute particulière. Ce chapiteau a été publié par M. Doell ' et consiste en ceci : la barque isiaque renferme, au lieu de la portion de disque et de la queue d'oiseau habituelles, une tête juvénile et souriante, ornée du collier et de la coiffure traditionnelle d'Athor. C'est Athor elle-même, la pleine lune. Méduse, ce Cronos nocturne qui a substitué son disque à faciès à celui du soleil, comme cela se voit le plus souvent (cf. les antéfixes du musée Campanaau Louvre, etc.). Si Ton compare d'autres chapiteaux cypriotes avec celui-ci. Celui de la stèle qui accompagnait le sarcophage d'Athiénau [Rev. archéoL^ i875)',par exemple, on voit que la barque, recroquevillée aux deux bouts, n'est, en somme, que la réunion de deux étamines du lotus à grandes volutes, étamines souvent au nombre de quatre ou six et qui parfois embrassent dans leur sinus un sphinx sur une palmette; l'ovaire est figuré sous forme de chevrons superposés, la pointe en haut, deux, quatre ou six, et renfermant dans leur sinus un bouton de fleur renversé (?) seul ou accompagné
I. Mémoire intitulé D/> Sammlung Cesnola, et lu le 12 décembre i872àrAca demie des sciences de Saint-Pétersbourg. Publié dans le recueil des mémoires de ladite Académie, Vlh série, t. XXI, n« 4, pi. XIII, fig. 21 (n« 828 du cat. de M. Doell, p. 56).
* 2. Voir chapitre deuxième, II.
du croissant, aussi renversé et dans la cavité duquel est le disque solaire. Sur six chapiteaux de Golgos, toutefois, des chevrons gravés au trait et divisés par couples me paraissent représenter les pétales de la fleur de lotus. Dans leur sinus il n'y a rien.
Comme le lotus est Timage du sein maternel d'Isis, cette figuration de la barque isiaque [portant le soleil) au moyen de deux * étamines de la fleur paraîtra toute naturelle si Ton songe qu'après tout le soleil est Y époux et le fils de la même déesse. Un autre emblème de celle-ci, le croissant^ est représenté sur la patèred'Idalie dans un rôle analogue et plus étendu encore, c'està-dire englobant les neuf sphères ou tous les mondes. Et sur cette patère il présente cette particularité d'affecter la forme des pirogues de papyrus et d'en porter les ligatures équidistantes. Donc la barque est le sein d'Isis, comme c'est le croissant d'Astartésur le monument d'Idalie. Je dirai plus : c'est le croissant lui-même, et les anciens l'ont compris ainsi. En effet, le chapiteau d'applique de Golgos, avec ses volutes ioniques, sa gondole sacrée et cette Gorgone qui se substitue si souvent au disque solaire, est traduit sur un monument assyrien, reproduit d'après Layard dans Touvrage de M. Chipiez ', p. 90, fig. 58, de la manière suivante : Un fût avec base et chapiteau à volutes; celui-ci surmonté d'un grand croissant, les cornes en haut et dans la concavité duquel est le disque solaire, avec une croix grecque inscrite. — La preuve est décisive, je pense.
La tige de la fleur de lotus dans l'arbre d'Isis est bifurquée à sa base, et chaque branche porte un fruit. Ce fruit ressemble à celui de nos nympha;as, à la châtaigne d'eau ; c'est l'ovaire de la fleur même. Il joue un rôle important dans l'arbre mystique, car tous les animaux qui s'accotent à celui-ci appuient leurpattc sur le fruit, comme sur un marchepied, pour poser leurs becs
I. Histoire critique des origines et de la formation des ordres grecs, gr. in-8"; Paris, Morel, 1876.
OU lèvres sur les calices supérieurs communiquant avec le Soleil et tombant de chaque côté sur les deux pointes de la barque.
L'arbre mystique, dédoublé et accosté soit de sphinx, soit de gryphons, est devenu Tun des ornements les plus beaux et les plus célèbres de l'architecture grecque. Un chapiteau de pilastre ionique du temple de Minerve à Priène nous montre, sur une de ses faces latérales, deux gryphons ailés accotés à l'arbre mystique, où la queue d'oiseau est devenue l'élégante et classique palmette. Sur la face principale, ce même arbre mystique est accompagné de deux volutes symétriques, à droite et à gauche, soutenant deux demi-palmettes '.
La demi-palmette n'est autre, elle-même, que Yaplustre des navires, le porte-bonheur des marins.
De tout ce qui précède nous trouvons un résumé et une interprétation concluante et confirmative de la mienne sur les monnaies sassanidcs : à partir d'Izdegerd II (400-428 ap. J.-C), le globe solaire qui surmonte la coiffure royale est accompagné d'un croissant, pointes en haut, embrassant l'astre sacré; mais ce globe, figuré sous forme d'étoile dans le croissant à l'exergue des pièces et sur le bonnet de Chosroès II (591-628), devient, sur la tête de Cavadès(628-63o) et du dernier souverain Izdegerd IV (632 -661), /a véritable palmette à cinq pennes qui figure aujourd'hui encore comme aigrette sur les coiffures royales des sultans orientaux.
8** Quatrième groupe à droite : L'arbre mystique, étant, d'après les explications qui précèdent, l'arbre du Soleil, est bien réellement, comme tel, l'arbre de la vie où bouquetins, gryphons, sphinx cherchent à boire celle-ci. La vie, c'est le rayon solaire ; la coupe, c'est la Baris ou la Lune.
L'arbre de ce quatrième groupe est réduit à sa plus simple
I. Ces pilastres ont été reproduits dans Patlas du Manuel Roret d'archéologie d'Ottfiied Mttller, pi. 14, tig. 147 et 147 bis.
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expression : un lotus à volutes ' et quatre fruits très volumineux. Au-dessus, la barque sacrée avec le Soleil qui projette par-dessus les poulaines du navire deux fruits que cherchent à mordre deux sphinx ailés.
Les sphinx ont une patte posée sur la pomme de pin, symbole d'éternité, d*immortalité et, par cela même, isiaque et funèbre. L'autre patte, posée sur la mâcle du lotus, affirme l'appartenance de celui-ci à Neith-Isis, la nature organique et animée, au sphinx. Celui-ci cherche la régénération et la vie dans le fruit émané du soleil et projeté au dehors, fruit qui semble symboliser le rayon vivifiant de l'astre divin.
Il y a analogie évidente entre ce tableau et le mythe d'Eve mordant au fruit de l'arbre de la science du juste et de l'injuste, du vrai et du faux, du bien et du mal, cette science que les philosophes ont de tout temps regardée comme une étincelle divine, comme un rayon d'en haut, etc.
Le cercle qui encadre cette dernière zone me paraît formé de fruits du lotus, fruit qu'on retrouve à l'état ornemental sur d'autres monuments ' et qu'on a à tort pris pour la fleur du papyrus.
1. La volute de lotus ne fait qu^un tour sur les monuments primitifs ; elle est devenue, sur les chapiteaux grecs, la volute ionique à plusieurs spires; dans la liturgie, le lituus augurai z plusieurs spires également; cette volute se retrouve, chose singulière, dans la coiffure des prêtresses d'Astarté, à Citium et à Idalie. J'ai eu entre les mains plusieurs têtes en pierre intactes, mais petites; d'autresen terre cuite intactes aussi, presque aussi grandes que nature et peintes; tous les détails de la coiffure étaient scrupuleusement reproduits sur toutes ces têtes : presque toutes avaient en avant de Toreille, soigneusement indiqué, cet ornement de cheveux que les Phéniciennes de Gadès ont transmis aux femmes espagnoles et qui s^est propagé dans les modes des deux mondes, que Ton nomme accroche-cœurs. Les têtes dont je parle provenaient toutes de Citium et dldalie. Les plus belles, en terre cuite^ furent trouvées dans le temple de Voppidum d'Idalie. J'en ai dessiné quelques-unes.
2. Pareille couronne encadre sur une des patércs du Louvre le réseau ornemental du centre.
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