‹ Monuments antiques de Chypre, de Syrie et d'ÉgypteChapitre 76 sur 99 · STÈLE INÉDITE DE BEYROUTH · texte numérisé non relu

STÈLE INÉDITE DE BEYROUTH

Dans Tété de i86g, en passant dans une des ruelles qui se trouvent derrière le cimetière français de Beyrouth, j'avisai, à la porte de la maison du colonel Abdallah-Bey, deux pierres placées de chaque côté du seuil et servant de montoirs. L'une était un fragment d'entablement en calcaire et portant encore des traces de sculpture (tores, oves, etc.). L'autre était une stèle en pierre de liais, tronquée à son sommet et figurant un cube posé sur une base. Le colonel Abdallah-Bey me fit don de ce monument. Le voici :

L'une des faces du cube porte l'image d'un foudre (?). La face opposée est lisse et devait être appliquée contre le mur. Les deux autres faces portent deux inscriptions :

KPONOY H A I O Y BCOMOC

Autel de Kronos Hélios.

* I. Revue archéohf^ique, XXIH, p. 233 et suiv. (1872).

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Kronos est ici considéré comme avatar du Soleil et identifié avec lui. II est tout naturel que les anciens aient transformé et qualifié leurs dieux selon les rôles dans lesquels ils les envisageaient. Cette association de Kronos (Saturne, le Temps) avec Tastre du jour se retrouve dans les 365 couronnes qu'on suspendait, aux Daphnéphories nonannuelles de Thèbes (Paus., liv. IX, ch. i; Procl. Chrest, ap. Plot.), autour du globe symbolique d'Apollon Isménien ; le soleil, chronomètre du temps, a fini par être identifié avec le temps lui-même, auquel est liée la fatalité. Les Parques fatales dépendirent alors de ce Soleil-Kronos, et répithète de chef des Parques ou Mœragète fut, par suite, donnée à Apollon (Paus., liv. X, ch. xxiv) '.

Le monument était un autel votif, BCûMOC. Le sommet, tronqué, devait donc être approprié à cette destination et former un évasement creux, identique peut-être, pour la forme, à la base elle-même.

MePKOYPIC

YnepccoTH

PIACNIKHC

ANeOHKCN

AYTOKPATOPCON

Mercurius a consacré pour le salut de la victoire

des empereurs.

Les recueils d'inscriptions latines nous offrent fréquemment ce nom de Mercurius dans les listes de souscriptions militaires. L'idée belliqueuse qui a^présidé à la consécration de la

I. Creuzer(trad.Guigniaut), t. H, p. 229, dit que : c les Grecs traduisent Baal par Cronos et les Romains par Saturne, sans doute à cause du rapport de ces divinités avec Tidée de temps. » P. 23o : « Dans la Carthage romaine, qui conserve ses anciens dieux tout en changeant leurs formes et leurs noms, le Saturne latin semble prendre la place du phénicien Baal. »

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Stèle me fait croire que le donateur a pu être un soldat. La dernière lettre de la première ligne est un O brisé parla cassure de la pierre. Le C a disparu.

Le dernier mot mentionne des Césars qui, évidemment, régnaient simultanément. Le vœu formé pour leur victoire indique qu'ils avaient à soutenir une lutte contre un ennemi probablement étranger. D'un autre côté, le caractère paléographique du monument révèle une assez basse époque (le m* siècle de notre ère). AYTOKPATOPCùN désignerait ici soit Caracalla et Géta, soit Gallien et son associé officiel Odénath qui lutta contre les tentatives d'invasion des nations limitrophes de l'Empire, soit Carus et Carin, ou Carin et Numérien, qui guerroyèrent sur les frontières orientales contre les Perses; soit Dioclétien et ceux qui partagèrent le pouvoir avec lui.

Le sens des deux inscriptions montre qu'elles sont entières. Le haut des lettres de la première ligne, un petit espace audessus de celle-ci et le couronnement de la stèle manquent. En donnant à celui-ci à peu près la hauteur du socle y compris la cymaise, l'autel entier devait avoir environ o'°,65 de haut. Ce qui reste du déa o'",2*2 de haut, o",225 de large sur chaque face. La base a, de haut, o™,i25 pour le socle seul et o",o85 pour la cymaise (en tout o",2i). Chaque face du socle a o'°,3i de long (i pied hellénique).

D'où vient ce monument? A-t-il appartenu au même temple que le fragment d'architecture qui l'accompagnait? — Aux alentours je n'ai vu aucune trace d'édifice. Les seuls débris antiques qu'on remarque, à quelque soixante mètres de là, sur les rochers que baigne la mer, sont des restes de maçonnerie formée de gros blocs, bien équarris, bien appareillés et de l'époque gréco-phénicienne (?). Sur ces ruines, des empâtements de maçonnerie (petits moellons noyés dans le

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ciment) témoignent que, sous la domination romaine, des constructions importantes bordaient le port. Peut-être faut-il y voir des vestiges d*édifices construits par Justinien pour défendre la côte, car ces blocages paraissent avoir fait partie d'une forte muraille qui défendait la ville du côté de la mer. Un peu plus loin en effet, vers Test, ce mur se rattachait à un édifice de même appareil qui semble avoir été une grosse tour avancée. Le circuit de cette tour est bien conservé. C'est un carré long avec une abside en hémicycle dont la convexité est battue par les flots.

La maison d'Abdallah-Bey est sise dans des terrains où s'élevait autrefois un faubourg de Beyrouth. Il est possible qu'une chapelle, consacrée à Kronos-Hélios, ait été bâtie en ce lieu pour desservir le quartier de la marine '.

Plus loin, à 700 mètres de là, après la pointe de Ràs-Beyrouth, derrière l'ancien hôtel Bellevue, des tronçons de colonnes couchés, un fragment de base, révèlent l'existence d'un édifice assez considérable. J'ai ouï dire qu'une des maisons voisines (celle de Djebrail Chentireh) avait été construite sur les restes d'un temple enfoui. Ce temple desservait un quartier tout maritime.

Dans le jardin de la maison en question se voit une base servant de seuil et sur laquelle est gravée cette inscription publiée par M. Waddington, dans la partie épigraphique du Voyage de Philippe Le Bas =» :

I. Cependant^ diaprés un passage d'Etienne de Byzance (Br,p;«Tà;, iràXic 4K>tvtxn;, ix (iixpâç (te-fdXT), xtiayjo. Kpdvou), il semble que l'on regardait Kronos comme le fondateur et le patron de la ville. On peut supposer alors^que^cette chapelle a été le premier temple consacré à Saturne, au lieu même où s*éleva la ville naissante. I^ vieille Bér)'te aurait alors été fondée sur le terrain où se trouvait ma stèle, là où les vestiges de grand appareil, cités plus haut, semblent témoigner en faveur de cette hypothèse. Ces vestiges, débris de la cité primitive, auraient été respectés pendant toute Tépoque romaine jusqu'au temps où l'on assit, sur ce qui en restait, les murs de défense dont les traces se voient encore.

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