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COMPTE RENDU DE L ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES

(Extrait de la séance du i6 octobre 1868).

M. T. Colonna-Ceccaldi , consul de France à Larnaca, dans l'île de Chypre, fait à l'Académie une communication verbale au sujet de fouilles récemment exécutées sur divers points de l'île dans les années 18G6-1868.

Les résultats les plus importants de ces fouilles ont été obte-

DIVERSES ANTIQUITÉS DE CHYPRE 3o3

nus à Larnaca^ ville située sur la côte est de Tîle, qui est considérée comme occupant l'emplacement de l'ancienne Citium, et à Dali, village de l'intérieur, voisin de l'ancien sanauaire d'Idalium, consacré à Vénus.

A Larnaca, sur un monticule au S.-E. de la ville, dominant les Salines^ qui furent peut-être l'ancien port de Citium, on a trouvé sur la déclivité occidentale de la hauteur, souvent à fleur de terre, ou à de petites profondeurs, une grande quantité de débris de figurines en terre cuite. Presque pas une n'est intaae; généralement les têtes sont brisées au ras du col, le nez endommagé, les jambes et les bras rompus ou mutilés. Les fragments indiquent que les représentations variaient des dimensions de grandeur naturelle aux plus petites. Il n'y a pas moins de variété dans l'espèce des objets trouvés : certains sont le produit de l'art le plus grossier et le plus primitif; ils sont faits à coups de pouce, tandis que des têtes travaillées avec la plus exquise finesse, des fragments, des jambes, des bras et des draperies traitées avec une rare élégance indiquent au contraire un art arrivé à la perfection et une civilisation des plus avancées.

Parmi ces terres cuites, il y a à signaler les représentations suivantes : Des femmes à orçilles de chat, le corps en forme de fourreau, tenant dans leurs bras un enfant ou soutenant leurs seins dans leurs mains ; elles sont assez informes, sans être grossières, et on en a trouvé un certain nombre d'intactes. — Des déesses assises ayant, comme bras de siège, deux femmes tenant des boîtes à parfums; toujours brisées. — Des têtes séparées, d'un beau type grec, dont les unes portent la couronne haute, souvent avec de grands sphinx ailés sur le pourtour, dont les autres portent d'autres ornements ou sont simplement coiffées de leurs cheveux arrangés de la manière la plus variée et la plus élégante ; quelques-unes enfin sont voilées, comme les femmes de l'Orient de nos jours.

Il est à remarquer que les figurines brisées sont celles dont le col

3o4 APPENDICE

! était mince, bien détaché du reste du corps, tandis que les quel-

.' ques objets que Ton rencontre entiers représentent des person-

j nages au coi enfoncé dans les épaules, sans saillies dans les

I membres et n'offrant pas par conséquent ces points faibles qui

I permettent de casser si facilement une statuette. Cette observa-

tion pourrait confirmer Tidée d'une destruction volontaire, faîte : en quelque sorte objet par objet, peut-être lors de l'établissc-

! ment du christianisme dans l'île.

j De la grande diversité de style des objets dont il vient d'être

I parlé et de ce fait qu'il a été trouvé, conjointement avec les ter-

res cuites, des statuettes (en petit nombre) en pierre calcaire, de style phénicien ou égyptien, on peut inférer que ces objets étaient des ex-voto rassemblés dans les temples depuis des siècles.

Un second genre de découvertes a été fait à Larnaca, dans des tombeaux; mais, comme elles sont identiques à d'autres qui ont eu lieu à Dali, il en sera parlé à l'occasion de ces dernières.

Les fouilles faites à Dali peuvent être rangées dans deux catégories : celle des statues, statuettes ou fragments en pierre calcaire, et celle des poteries, verreries, bronzes trouvés dans les tombeaux.

Les premières ont eu lieu sur une colline située au S.-E. de Dali et nommée Ambelliri, nom dérivé de celui d'ampelos vigne) ; il y a en effet des vignobles aux alentours. Elles ont amené la découverte d'un certain nombre de statuettes en pierre calcaire, quelquefois coloriées en rouge en certaines de leurs parties, dont les dimensions varient de [5 centimètres à i mètre et qui représentent généralement des femmes tenant sur la poitrine une jBeur de lotus, ou un disque. Un certain nombre de ces figures sont complètement intactes. Leur type participe de l'assyrien et de l'égyptien, mais il y a moins de raideur dans les attitudes; les lignes des vêtements, les traits du visage sont plus arrondis, plus moelleux. Doit-on voir là une sorte d'art chypriote, résultat de l'influence du milieu indigène sur les arts

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