‹ Monuments d'antiquité figuréeChapitre 10 sur 31 · CXLI, II · texte numérisé non relu

CXLI, II

■^" Tome III, p. lofi et XXXII.

( io8 )

Esculape barbu , enveloppé d'une ample draperie , depuis la ceinture jusqu'aux pieds, est assis sur un lit, tenant dans la main gauche ^^' une coupe et étendant en avant la main droite '^*. A ses pieds est Hygie, assise sans doute sur un siège à part, et le visage tourné vers le dieu. Elle s'appuie de la main gauche sur le lit; mais on ne peut juger du mouvement de la main droite, le bras étant mutilé au-dessus du coude. On peut conjecturer cependant que du geste elle invitait les suppliants à s'approcher. Devant le dieu était sans doute une table que le dessinateur a confondue avec le lit, près duquel se dresse un serpent. A la gauche du dieu, on voit, suivant, l'usage, le jeune cadmile vêtu cette fois d'une tunique talaire et d'un manteau qui laisse son épaule droite à découvert; il a près de lui un cratère dans lequel il vient de puiser ^^^. A la gauche de la déesse cinq jeunes filles, dont une encore en bas âge. Devant cette dernière est une chèvre qui semble accourir d'elle-même auprès des deux divinités. Comme nous l'avons dit plus haut, la tête de cheval manque, soit qu'elle ait été omise par l'artiste, soit qu'elle ait échappé aux regards du dessinateur. Toute cette scène est contenue dans l'encadrement ordinaire.

Du reste, la copie qu'en donne Caylus paraît loin d'être fidèle. On n'y retrouve aucun sentiment de l'antique, et toutes les figures sont dans le goût du siècle de Louis XV : on les croirait dessinées par Vanloo ou par Boucher. Aussi, sans le témoignage de Fourmont, sans les détails de la composition si conformes à une foule de monuments authentiques, on serait tenté de voir dans le dessin de ce basrelief l'œuvre d'un faussaire maladroit. Mais ce qui, abstraction faite de ces motifs, ne permettrait pas d'élever un tel doute, c'est que

'^' La gravure, faite sans aiieun doute sur un calque du dessin, présente à gauche ce qui devait être à droite, et réciproquement. Je rétablis l'ordre convenable dans ma 'description.

"^' La main, il est vrai, a disparu , mais le mouvement du bras ne laisse aucun doute sur le geste, qui, comme nous l'avons remarqué, annonce l'attention.

' ^ La main droite et le tz^ojooc, manquent.

( '^'9 ) le défaut reproché à ce dessin se retrouve dans toutes les gravures du recueil de Caylus. Il est de certaines époques où l'œil des artistes ne voit plus la nature telle qu'elle est , et où leur main devient inhabile à la reproduire. Les artistes du moyen âge voyaient évidemment faux , et encore aujourd'hui , j'en ai déjà fait la remarque ^•^'^^ la plupart des artistes anglais ne prêtent-ils pas aux têtes et aux formes grecques un type tout à fait britannique?

Je ne critiquerai point ici l'interprétation entièrement erronée que Caylus a donnée de ce bas-relief. Il convient naïvement que c'est un problème dont il ne peut trouver la solution. Il me suffira de dire qu'il y voit un tombeau, un père de famille avec ses filles, et que le serpent l'a porté à croire que la santé était l'objet de la cérémonie , ce qui est vrai sans doute, mais en contradiction avec l'idée de tombeau. Les raisons sur lesquelles il s'appuie pour prouver que cette sculpture est du temps des Antonins sont sans aucune valeur.

§ 4- Supplications.

J'arrive à une classe de monuments dont le sens, plus difficile à déterminer, a maintes fois embarrassé les archéologues; et d'abord, pour procéder chronologiquement, je parlerai de celui qu'a publié Montfaucon dans son Antiquité expliquée^^^, et qu'il a rangé dans la classe des représentations de repas et de festins. Je reproduis ici la description qu'il en donne, en ajoutant entre crochets les détails qu'il a omis. « Ce monument , dit-il, représente deux hommes [l'un barbu et l'autre sans barbe, et tous deux d'âge différent], à demi couchés sur un lit, et une femme assise sur une escabelle [et les pieds posés sur un ÛTroTroVÎtov. Les deux honunes sont nus juscjuà la ceinture. Le plus âgé appuie sa main droite sur l'épaule droite du plus

i34 Voyez plus haut, p. 14.

'"5 T. III, pi. r,o, (ig. h.

(iro)

jeune. Celui-ci pose la sienne sur la tête de la femme, qui étend la main gauche comme si elle parlait. Sa poitrine et son bras gauche sont nus; ses épaules, son bras droit, ainsi que tout le reste de son corps , sont couverts d'un large peplus. Devant le lit , une table à deux pieds couverte de gâteaux sacrés d'une forme très-vague.] Il y a pour le seruice quatre femmes '^^ [d'une taille inférieure à celle des trois personnages principaux , et dont la dernière porte sur sa tête un objet rond et plat, peut-être une corbeille]; un homme nu [c'està-dire un éphèbe, le cadmile obligé, à gauche du personnage principal , mais sans aucun des attributs de sa charge ] , et un petit garçon aussi nu [derrière Vescabelle de la femme, et affublé d'un bonnet par le dessinateur]. Ce qu'il j a de singulier, et dont il serait difficile de donner r(dson ^ c'est qu'un cheval, qui montre sa tête à une fenêtre, semble regarder les convives.

Il est impossible de ne pas reconnaître la conformité de ce basrelief avec tous ceux dont nous avons déjà parlé. Mais quelles sont les trois divinités dont il nous retrace l'image? car il est évident que les trois personnages plus grands que tous les autres acteurs de cette scène, et dont le costume est celui que nous avons vu jusqu'ici donner à Esculape et à sa fille , sont des dieux que l'on invoque pour un malade que le cheval de GavaToç se dispose à emporter.

Esculape et Hygie ne figurent pas toujours seuls sur les monu-. ments. Sur une pierre gravée, publiée par Montfaucon ^^7, on voit Esculape, Jupiter et Hygie. L'association de ces trois divinités est confirmée par une inscription du recueil de Doni '^^, dont le début est ainsi conçu :

lOVI II ET ASCLEPIO || [ET] HYGIAE

'^*' Deux d'entre elles sont peut-être des hommes , car le dessin paraît trèsjjcu fidèle , surtout pour les costumes.

'^' Snppl. de l'AïU. expl., t. I, pi. i() bi.s, 2.

'^*' Ci.I, n" 83,)). 24. ;»)

Rien ne s'oppose à ce qu'on reconnaisse ces trois divinités dans les trois personnages principaux du bas-relief de Montfaucon , car on sait qu'Esculape était souvent représenté sans barbe : par exemple , pour ne pas sortir du nord du Péloponèse, dans le temple qu'on lui avait consacré à Sicyone '^9, et dans celui que contenait la citadelle de Phlionte ^^1°.

Mais comme Pausanias, dans la description du Péloponèse, d'où le monument de Montfaucon doit provenir'^i^ ne parle d'aucun temple élevé spécialement aux trois dieux réunis dans l'inscription dcDoni, je doute fort que la première des trois divinités du bas- relief de Montfaucon soit Jupiter. J'aimerais mieux y voir Esculape, et considérer la seconde comme Evamérion ou Acesius, le même que Télesphore, et dont le culte était réuni à celui d'Esculape et d'Hygie, non-seulement à Titane, mais aussi à Epidaure ^'î^, principal sanctuaire du dieu de la médecine, le point d'où son culte se propagea en Grèce et en Asie '^3, Hygie sans doute joint ses suppli-

'^3 Pausan. Il, lo, 3.

"*° Pausan. II, i3, 3. Les représentations d'Esculape sans barbe sont assez fréquentes. Voyez Passer! Gemince astrif., t. I, pi. LXXI, et Visconti, Mus. Pio Clem. II, p. 4o.

"*' Le savant bénédictin joint à ce monument le nom de Desmonceaux [lisez Des Mouceaux). Or, on sait qu'un architecte de ce dernier nom, oncle du célèbre comte de Bonneval , fut envoyé par Louis XIV en Orient, vers l'an i668 , et qu'il doit exister en manuscrit, dans la famille de Bonneval, une relation de son voyage , dont Corneille Bruyn a inséré un extrait à la fin du t. V de ses Voyages. (Paris, 1725, in-4°.) Une partie de cet extrait se rapporte au Péloponèse. Du reste, le monument de Montfaucon pourrait également avoir été copié à Pergame, où Des Mouceaux s'est arrêté, et où le culte de Télesphore était réuni à celui d'Esculape. Voy. Pausan. II, II, 7-

'^' Pausan. II, 11,7.

'•^^ Pausan. II, 26, 7. Sans doute le culte d'Esculape est originaire de l'Asie,

cations à celles de la famille qu'on voit derrière elle, et le geste d'Évamérion annonce peut-être que sa prière est exaucée.

Il faut bien se garder de voir une scène semblable sur le basrelief que Tournefort a publié dans son voyage '44. Voici la description que ce savant en donne :

« Au coin de l'église de Métélinous (village de l'île de Samos), on a enchâssé, à hauteur d'appui, un ancien bas-relief de marbre, parfaitement beau, qu'un papas découvrit, il y a quelques années, en labourant un champ. Ce marbre a deux pieds quatre pouces de longueur, sur quinze ou seize pouces de hauteur; l'épaisseur en est de trois pouces; mais comme il n'est pas fort élevé de terre, les têtes en sont maltraitées. Le bas-relief contient sept figures, et représente une cérémonie faite pour implorer le secours d'Esculape dans la maladie de quelque personne de considération. Le malade est dans son lit, la tête et la poitrine élevées, tenant un vase par les deux anses; le dieu de la médecine paraît à sa droite vers le pied du lit, sous la figure d'un serpent. La table qui est vis-à-vis le malade , soutenue par trois pieds terminés en pieds de chèvre , est chargée d'une pomme de pin, de deux flacons et de deux corps qui finissent en pyramide , placés à chacun des bouts. Sur la droite du malade est assise une femme dans un fauteuil dont le dossier est fort élevé : cette figure est bien drapée et les manches sont assez serrées; son visage est de front, et il semble qu'elle ordonne quelque chose à un jeune esclave qui est tout auprès, et qui a une espèce de casaque sur sa veste. Au pied du lit est une autre femme assise sur un tabouret couvert et drapé : elle est vêtue de même que celle qui est dans le fauteuil, mais on ne la voit que de côté, et

mais après son importation en Grèce il retourna, sous sa forme nouvelle, dans son antique patrie.

'^^ Tournefort, Relation d'un voyage au Levant, t. 2, |). 3 et i37, Lyon, 1717, '^ vol. iu-8". ' : ■

( ii3 ) son visage est presque de profil. C'est peut-être la femme du malade, car on voit à ses genoux un jeune enfant debout et tout nu, qu'un' petit chien semble caresser. Une jeune esclave est encore placée derrière cette femme, et est vêtue d'un casaquin sans manches, sous lequel tombe une espèce de jupon plissé : elle appuie sa main gauche sur sa poitrine, et de la droite, qui est élevée, elle tient un cœur dont la pointe est en haut. On voit plu? loin, tout à l'extrémité du bas-relief, un autre esclave tout nu, qui d'une main prend des drogues dans un mortier, pour les mettre dans une tasse qu'il tient de l'autre main , et à qui il semble qu'Esculape ait donné ordre de les aller verser dans le vase l^ue le malade tient par les anses. Sur le haut du bas-relief règ.ie une espèce de bordu.-e cassée, partagée en quatre carrés longs : dans le premier est représentée une trèsbelle tête de cheval; le second renferme deux flammes; le troisièm est orné d'un casque et d'une cuirasse; le quatrième est cassé et n laisse voir que le bord d'un bouclier. On a voulu, sans doute, pa. ces attributs, faire connaître les inclinations et les emplois que le malade avait eus. m

11 me paraît évident que ïournefort a pris un monument funéraire pour un monument votif; aussi l'explication qu'il donne de chacun des personnages est-elle loin d'être exacte L'état d<. mutilation dans lequel se trouvent la plupart des têtes, rendait dailleurs l'interprétation assez difficile. Sans doute, d'après l'exphcation que j'ai présentée plus haut du monument de Montfaucon , on pourrait être disposé à voir ici dans le personnage couché Esculape lui-même; mais ce qui ne permet pas d'adopter cette idée cest qud „'a pas, comme sur tous les autres monuments, la poitnne découverte; ce qui est un des traits caractéristiques du dieu de la santé '4 . On ne peut donc reconnaître non plus la déesse Hj^^ie

leme e

C'est ainsi qu'il est représenté sur tous les monuments dont il a été question plus haut, et sur ceux dont j'aurai occasion de parler dans cette première partie de mon travail.

Mon. de M or. r-

dans la femme assise sur le trône, et dont les pieds s'appuient sur un ûxoTco'^iov, ni dans celle qui lui fait face, Épioné, femme d'Esculape, dont on voyait la statue près de celle de son époux dans le tsV-svo; de ce dieu à Épidaure '^6, ni enfin le jeune Télesphore dans l'enfant qu'elle tient par la main. Le chien placé devant cet enfant est sans doute l'un des attributs que l'antiquité donnait à Esculape ^*', soit à cause du rôle que le chien joue dans le mythe de ce dieu '^8, soit à cause du préjugé fort ancien qui prête à la langue de cet animal la propriété de guérir les plaies et les blessures '^9; mais c'est aussi un symbole funéraire très-fréquent »5o. Quant au serpent , je doute fort qu'il faille y voir, avec le célèbre voyageur, l'image ^'Esculape. Le serpent est l'un des symboles les plus féconds de la religion grecque, et, comme emblème des héros ^^\i\ peut aussi caractériser un monument funéraire. Ce qui, bien plus que le serpent, indiquerait une eù^'^ ou un XapiGTvipiov, c'est, d'une part, le jeune cadmile nu, puisant dans un cratère (et non pas dans un mortier) , et de l'autre , la tête de cheval qu'on distingue dans l'angle supérieur à gauche. Mais le cadmile n'appartient pas exclusivement à Esculape; et quant à la tête de cheval, le reste des attributs représentés dans la partie supérieure jettent beaucoup d'incertitude sur le sens que l'on doit donner ici à cet emblème. Du reste, il est impossible que le bouclier, la cuirasse et le casque ne soient là que pour annoncer la profession de celui en faveur duquel on invoque les dieux de la santé; et je doute que

'<« Pausan. II, 29, i-

'47 Ainsi , à Épidaure, un chien était représenté près du trône d'Esculape. Pausan. II, 27, 2. Voyez encore les monuments inédits de Winckelmann, pi. 20, et les Monumcnta Peloponnesia ca de Paciaudi, t. I, p. no.

'48 Pausan. II, aG, 4.

'49 L'histoire de Lazare nous en offre une preuve curieuse. S. Luc, XVI, 21.

'5o Voyez Antiquité expliquée de Montfaucon , t. III, pi. ^7, i, 2. T. V, pi. Sg, 2 ; 40, 2. Caylus III, 78. ^

'5' Plut. Vie de Clcomènes, ch. 39.

( i'5 ) les deux flammes puissent servir à préciser un sens. Rien ici n'indique donc Esculape, si ce n'est la pomme de pin qu'on voit sur la table sacrée, et qui est l'un des attributs du dieu d'Epidaure '^^; encore est-il bien difficile, dans l'état du monument, d'assurer que l'on a un pareil fruit sous les yeux. Quant aux gâteaux en forme de pyramides (-;rupa(AoijVT£ç), leur emploi, dans les cérémonies funèbres, est un fail trop connu pour qu'il exige des preuves.

On pourrait encore alléguer, contre le sens proposé par Tournefort, et contre l'opinion qui rangerait ce monument parmi les )(;api(7T7fpia ou les eùj^al , l'absence des suppliants; car je ne pense pas qu'il faille prendre pour tels les deux jeunes servantes placées près des deux femmes, et dont l'une tient un éventail (et non pas un cœur dont la pointe est en haut), circonstance que retracent souvent les monuments funéraires '^^; mais ce qui , selon moi, est l'argument le plus fort , c'est que le bas-relief de Samos n'est pas contenu dans l'encadrement ordinaire, qui consiste en deux pilastres soutenant une architrave, et caractérise essentiellement les monuments votifs.

Je crois avoir prouvé que ce sujet ne peut être rangé que parmi les monuments vraiment funéraires , et qu'il se rattache comme tel à la classe VIII. Je renvoie donc à ce chapitre l'explication que je me propose d'en donner.

L'absence de l'encadrement et la présence du casque et du bouclier, réunis au buste de cheval , me font également ranger dans la classe VIII un monument qu'au premier aspect on serait tenté d admettre dans la classe des marbres votifs.

Ce bas-relief , appartenant au musée Nani , a été publié , pour la première fois, par Biagi '^"^ qui, suivant son usage, a fait à ce sujet

'^^ Pausan. D, lo, 3.

'" Voyez t. III, pi. i8, fig. 2; 20, fig. 3; Mus. Feron. XL VII, 5 , etc.

"^ Mon. gr. et Int. ex museo Nanio ; Romae, 1787, p. 97-116.

(1.6) grande dépense d'érudition sans arriver à aucun résultat positif '^^ Renvoyant à un autre temps la critique des nombreuses opinions qu'il a émises, je me bornerai ici à la description du monument en question. Au milieu du bas-relief on voit un lectisterniwn sur lequel est couché un homme nu jusqu'au nombril , et ayant le reste du corps enveloppé d'un manteau. Sa main droite est armée d'un rhyton; dans la gauche il tient une coupe ou tout autre vase que l'état de détérioration du monument ne permet pas de distinguer; un autre homme est placé près de lui: il paraît debout et est entièrement vêtu. De chaque coté du lit est une femme assise, vêtue d'une tunique talaire et d'un pepius, les pieds appuyés sur un ûtcotco'^iov. /\. la droite du monument et près du lit sont deux enfants, l'un vêtu d'une tunique , et l'autre nu ; ce dernier est sans doute le cadmile. Derrière lui est une petite table sur laquelle on voit trois gâteaux de forme sphérique. Dans la partie supérieure du monument, en commençant par la droite, on voit une tête de cheval, un serpent, un TvapaCwviov avec son baudrier, et un objet circulaire que Biagi prend pour un tjmpanum, et qui, si on se rappelle le monument de Samos , ne peut être qu'un bouclier, comme l'objet suivant, qu'il prend pour une cloche, ne peut être autre chose qu'un casque '^^. Ce monument est évidemment une variété du sujet représenté sur le bas-relief de Samos.

Mais si je crois devoir exclure le marbre de Samos et celui du musée Nani, de la catégorie des monuments votifs, je crois qu'il faut rattacher à cette classe un bas-relief décrit par Visconti dans son Museo Pio

>55 Voyez l'opinion de M. Rinclv sur ce travail, Kiinslblcitt, i juin 1828, p. 175.

'^^ Voyez , indépendamment du bas-relief de Samos, les Marmara Oxoniensia, part. II, tab. IX, fig. LXVI. Ce dernier monument, sur lequel nous reviendrons lorsque nous serons arrivés à la classe VIII, offre incontestablement un sujet funéraire.

( i'7 ) Clementino '^', et sur lequel j'insisterai, parce que, de même que sur le bas-relief de Montfaucon, Esculape n'y figure pas seul avec Hygie, et que ce sujet est encadré comme tous les sujets du même genre. Le champ est divisé en deux compartiments de dimension inégale; dans celui de droite, qui est le plus grand, on voit un homme sans barbe assis sur un siège dont les bras sont soutenus par deux figures de griffons. Le devant du corps de cet homme est nu jusqu'au nombril; les jambes et le dos sont couverts d'un manteau ramené sur la tête. Cette dernière circonstance, jointe à celle des griffons, animaux consacrés à Apollon, père d'Esculapo, porte le savant antiquaire à reconnaître dans celte figure le dieu de la santé, qui est ainsi représenté sur plusieurs monuments, suivant l'usage des médecins '^^,et notamment d'Hippocrate'*9. La main gauche du dieu retient les plis du tribonium ; son bras droit, replié vers la tête, semble indiquer l'attention. Les pieds du dieu, chaussés de brodequins, reposent sur un ÛTuoTCo^tov. Derrière le siège d'Esculape est Hygle vêtue d'une tunique talaire à manches longues , recouverte d'un peplus passé seulement sur l'épaule gauche, et dont les pans ramenés au-dessous de la poitrine sont retenus par la main droite, tandis que la gauche semble s'appuyer sur l'épaule ou sur le siège du dieu. Sa janibe gauche est croisée sur la droite , et ses pieds sont chaussés de sandales. A la gauche du dieu, et s'appuyant également de la main droite sur le dos du siège, est un jeune homme nu, portant sur les épaules une chlamyde que rien ne rattache autour du cou; son bras gauche pend le long de la cuisse. A sa gauche est un autre jeune

'^7 Vol.V, tav. XXVII, p. 167 e segg., éd. de Milan.

■^^ Visconti renvoie à Buonairoti, Medaglioni, p. laS, ia6. Il cite aussi la belle statue d'Esculape. placée sous le portique semi-circulaire de la villa Albani. La tète de cette statue est enveloppée d'un palliolum en manière de turban.

'^y Paciaudi , Aniinadf. ]>hilolog. ad nummos consul., p. 'ofi.

homme également nu, le bras droit ramené sur la tête, et retenant de la main gauche la chlamyde dont ses épaules sont revêtues. Visconti voit, dans ces deux jeunes gens, les deux Dioscures que le paganisme rangeait parmi les dieux salutaires, et il cite, à l'appui de son opinion, Homère '*^°, Tliéocrite ^^' et Apollonius de Rhodes '^'; mais je crois qu'il faut plutôt reconnaître ici Evaniérion et Alexanor, dont le culte se rattachait à celui d'Esculape, et dont les statues se trouvaient dans le temple de ce dieu à Titane '^^, et peut-être même à Argos, si Ton admet, ce qui est assez probable, que les deux personnages assis qu'on voyait dans le temple bâti à Esculape sur la Voie creuse, étaient Evamérion et Alexanor, et non pas, comme les exégètes l'avaient sans doute raconté à Pausanias '^* , les deux statuaires Xénophile et Straton , auxquels ce groupe était attribué.

Dans le second compartiment on aperçoit une famille de suppliants d'une taille inférieure à celle des quatre divinités; elle se compose d'un homme barbu, vêtu de la tunique et du tribonlum,de deux femmes voilées, dont chacune porto un enfant dans ses bras, enfin de trois jeunes garçons et d'une petite fille. Contre l'usage, les membres de cette famille se présentent de face.

Ainsi, malgré l'absence du cheval et de tout autre attribut, on doit reconnaître ici, avec Visconti, une supplication adressée aux divinités salutaires, et non pas avec Zoega'*^^ (toujours trop disposé à critiquer Visconti, et à annihiler les judicieuses conjectures de ce savant), les habitants de Calydon adressant leurs prières à Méléagre entouré de son épouse Cléopâtre , et de ses frères Climène

"'° Hymn. aclDiosc.W, 6.

"5' Id. XXII, 6.

'^^ IX, ioo8,et les remarques de Flangini sur ce passage

'^^ Pausan. II, ii, 7.

'*''' Bassirilici'i, t. I, p. 73.

( i'9 ) et Tirée, pour qu'il vienne les aider à repousser les Curetés. Zoega lui-même trouve la conjectui'e/?^«/'/e; elle le paraîtra bien davantage si l'on songe que sur un monument retraçant une scène des temps héroïques, jamais un artiste grec ne se serait avisé de représenter un peuple dans le costume et dans l'attitude qu'a ici la famille de suppliants.

J'arrive enfin à des monuments dont le sujet est beaucoup plus facile à déterminer. Je citerai d'abord le bas-relief de la villa Albani , que Winckelmann a publié, dans ses Monuments inédits ^^^, avec les mutilations qu'il avait souffertes, et qui a été reproduit depuis, avec les restaurations qu'on lui a fait subir, par Zoega '^7 et par M. Ingbirami ^^^.

Ce bas-relief, encadré entre deux pilastres soutenant une architrave, représente, comme il me semble désormais impossible d'en douter, Esculape nu jusqu'à la ceinture, couché sur un lit et ayant à ses pieds Hygie vêtue de la tunique et du peplus. Les jambes de la déesse sont croisées, et ses pieds nus s'appuient sur un ùttotto^iov. Ses deux bras sont étendus vers son père, sans doute pour l'implorer en faveur des suppliants qui s'avancent dei^ière elle, et qui tous quatre sont de près de moitié moins grands que les deux divinités. Derrière la tête d'Hygie, est l'ouverture ordinaire avec le buste de cheval qui , cette fois , contre l'usage , ne fait point face à Esculape. Devant le lit est une table chargée de mets sacrés très-diversement représentés sur les trois copies, et sous cette table un chien couché.

Winckelmann , par une préoccupation inexplicable , a confondu ce monument avec le bas-relief publié par Montfaucon, et dont nous avons parlé plus haut. Pour arriver à cette identité il suppose que , sur ce dernier marbre, le personnage non barbu, couché près

-«6 PI. ao. •

'f*' Bassirilievi, t. I, tav. XXXVI.

""^ Moiiuin. Etriisc, ser. VI, tav. 6, 3, i. ' ' •"■'

d'Esculape, et le vase porté par l'une des quatre femmes ont disparu depuis l'époque où Montfaucon a mis au jour son ouvrage; mais si cette étrange supposition était fondée, il faudrait aussi admettre que l'éphèbe et le jeune enfant nus ont été également emportés par le temps, sans qu'il en soit resté aucune trace, et, chose plus inconcevable encore, qu'Hygie et le cheval ont changé de position, et que le chien ne s'est manifesté que depuis toutes ces modifications. Ce qu'il y a de plus vraisemblable, c'est que Winckelmann a cité Montfaucon de mémoire, car s'il eût eu le monument sous les yeux, nul doute qu'il ne fût pas tombé dans une pareille méprise.

Mais ce qui est peut-être plus étonnant encore, c'est, comme je l'ai remarqué plus haut, que Winckelmann n'ait pas connu, ou ait passé sous silence , l'opinion émise par Passeri et par Gori sur le sens symbolique qu'il convient de donner au cheval, et qu'il n'ait pas cité un seul des monuments , analogues au sien , que contiennent le musée Guarnaci et les musées d'Oxford et de Vérone. Certes, s'il eût comparé ces marbres entre eux et avec le bas-relief de la villa Albani, il eût vu dans ce dernier marbre autre chose que Neptune et Cérès, ayant près d'eux le cheval Arion , leur fils, à l'écurie, et quatre Néréides chargées de l'éducation du cheval divin , dont l'une porte sur sa tête un vase plein d'eau destiné à le désaltérer.

Zoega nous apprend '^9 qu'en travaillant à la restauration de ce marbre, on a découvert, entre les deux personnages assis, une branche de chêne, qui ne figure point sur la copie de Winckelmann. Nous parlerons plus bas de l'explication qu'il en donne.

« Une table placée devant le lit sur lequel les deux divinités sont assises, se rapporte assez, dit Winckelmann en terminant, à l'opinion où étaient les anciens, que les restes tombés de la table durant les repas appartenaient aux mânes des morts. » Mais si Winckel-

'^9 Loc. cit.

mann voyait dans ce bas-relief un monument funéraire, il aurait dû expliquer quel rapport Neptune, Cérès et Arion peuvent avoir avec les Mânes, et se prononcer d'une manière plus positive.

Ce qui a induit Winckelmann en erreur, c'est l'opinion qu'il s'était faite d'avance sur un bas-relief du palais Albani 1694»^ dont l'affinité avec celui dont nous venons de parler n'avait pu lui échapper. La scène que représente ce monument est beaucoup plus simple que toutes celles que nous avons décrites jusqu'ici. Esculape barbu, la tête ceinte d'une bandelette, et nu jusqu'au milieu du corps, est couché sur un lit, le coude gauche appuyé sur un coussin. De la main droite il prend le bras gauche d'Hygie assise à ses pieds, et, comme sur la frise du Parthénon '^9'"', écartant de la main gauche le voile qui couvre sa tête, tandis que de la droite elle s'appuie sur l'extrémité du lit. La déesse est vêtue d'une tunique dorienne sans manches, s'attachant sur l'épaule avec une Tirepovvi. Ses pieds nus reposent sur un ùttoito^iov. A la gauche du dieu est un jeune échanson nu, de face, tenant dans la main droite un Trpoyooç, et dans la gauche une patère. Derrière la déesse, et tout près d'elle, on voit un cheval, non plus cette fois à la fenêtre, mais dans son entier.

Certes, si le savant antiquaire a étudié d'abord ce monument, abstraction faite de tous les autres, on conçoit qu'il ait été conduit à voir, dans le cheval, Arion le fruit des amours de Cérès et de Neptune, et par conséquent ces deux divinités dans les deux personnages assis qu'il accompagne, et que de là il soit arrivé à reconnaître Pélops, l'échanson de Neptune '7°, dans le jeune enfant nu placé à la gauche du dieu. Passant ensuite au bas-relief de la villa Albani, et préoccupé de sa première idée, il y aura vu un monument analogue, et l'aura expliqué de la même manière.

'"9*" Mon. inécL, pi. 19.

■ 69 ,er Voyez The Briiish Muséum. Elgin and Phlgnleian marbles. vol. I , p. 1 79. Lond. 1833 , in -12.

■7° Pind. Oljmp.l, ^o-i^S, ecl. Bopckh.

Mon. de Mor. \ (j

Cette erreur n'a point échappe à Zoega qui l'a relevée avec assez cVamertume, mais qui n'a pas été plus heureux dans ses conjectures. Suivant lui, les deux bas-reliefs représentent une scène domestique à l'époque des empereurs, sans doute alors que l'amour de Caligula pour son cheval Incitatus avait dû trouver des imitateurs. Le personnage couché est un riche particulier qui goûte les plaisirs de la table , près de sa femme ou de sa maîtresse, et le prétendu fils de Neptune n'est autre que le coursier favori de cet épicurien qui ne peut s'en séparer, même pendant ses repas, et qui lui a fait préparer, dans le voisinage de sa salle à manger, une écurie où l'on a pratiqué une petite fenêtre pour qu'il puisse avoir sans cesse son bucéphale sous les yeux '^^

La branche de chêne , dont nous avons parlé , embarrasse bien un peu le critique; mais 11 se tire de la difficulté en supposant que l'homme en question avait été soldat ; que peut-être avec le secours de son bucéphale il avait sauvé la vie à un citoyen, et mérité la couronne civique sans l'obtenir; mais que plus juste envers lui-même que ne l'avait été la patrie, il avait fait planter près de son lit un i-ameau de chêne, en souvenir de cette action d'éclat.

On ne sait comment qualifier un pareil système d'interprétation. En général , Zoega dans son recueil de bas-reliefs déploie beaucoup d'érudition, mais est presque toujours malheureux dans les explications qu'il veut substituer à celles de ses devanciers. Et qu'on ne dise pas qu'il eût mieux jugé, dans le cas qui nous occupe, s'il eût eu un plus grand nombre de monuments sous les yeux; il en connaissait un grand nombre, on n'en saurait douter, puisqu'il ajoute, au sujet du cheval, qu'il ne sait si les chevaux qu'on rencontre sur les monuments funéraires, près du lit du mort, n'auraient pas quelque affinité avec ceux qu'on voit, en bien plus grand nombre,

'7' Onde il padrone passa godcrr Vnspetto drl siio huccjalo.

( '-3 ) guidés par leur maître sur les pierres relatives aux équités siiigulares ''^.

Je trouve beaucoup plus près de la vraisemblance, sans cependant la regarder en aucune façon comme vraie , l'opinion émise par M. Inghirami '7^ sur ces deux, derniers monuments. Suivant lui, les deux bas-reliefs Albani nous offrent une scène d'adieux funèbres, et tout dans ces représentations est parfaitement en harmonie avec le sujet.

E coerente al soggetto il vedere il cavallo dell ' apoteosi ove il marito porge alla moglie la destra per dare ad essa Vultimo addio di eterrio congedo e di conjugale separazione. Egli dee stare assiso in lettisternio per indicare quai destina spera nelV altra vita, ove un eterno simposio la attende ajargli gustare perpetuamente il netlare divino. Le libazioni e le mense che unitamente al cavallo delV apoteosi ed al congedo di morte si vedono in simili sepolcri efjigiate son la meinoria di quel funebri conviti, detti anche parentali^ che Jacevansi alV occasione del funerale , e che per maggior culto reso agli estinti ripetevansi ogni anno sotto lo stesso nome.

Il est évident que M. Inghirami a confondu deux choses essentiellement distinctes, les eù^oà et les parentalia. Sans doute, dans ces deux classes de monuments on peut rencontrer des symboles , des attributs semblables , mais plus d'un signe caractéristique les distingue; l'encadrement, les proportions divines des personnages couchés, l'attitude suppliante donnée aux personnages d'une taille inférieure, le sacrifice que le plus souvent ces derniers viennent

'7^ Non so se forse cotesti cavalli tanto frequenti in monumenti sepolcrali attorno al letlo del defonto , alcuna ajfinità possano avère con quegli che dal lor padrone guidati con ancora maggiore frequenza incontrare soglionsi nelle lapidi dcgli equiti singolari.

'V' Mon. Eu., t. I, p. i66.

offrir, sont, sans parler de la tête de cheval , autant d'indices auxquels on reconnaît les eùyai. Mais ce qui doit faire avant tout distinguer cette classe de monuments des repas funèbres, c'est que les personnages couciiés, à une ou deux exceptions près , sont constamment au nombre de deux, le dieu et sa fille, et dans une position qui ne varie pas; tandis que dans les repas funèbres, le nombre des convives et leur attitude ne sont jamais les mêmes. Disons encore que les eùjoà, du moins celles qui s'adressent à Esculape, n'ont jamais d'inscription, tandis que les repas funèbres, surtout quand le mort y figure seul, en sont presque toujours accompagnés. Nous reviendrons sur cette distinction importante à établir, quand nous nous occuperons de la section VIII.

Avant de passer à un autre monument, disons quelques mots sur la b^anche de chêne que n'a point vue Winckelmann, et qui a si fort embarrassé Zoega. Et d'abord , convenons qu'il est difficile de décider si les feuilles de cette branche ou de cet arbuste sont des feuilles de chêne ou de tout autre arbre. Je pense qu'il faut y voir un de ces arbres sacrés aux branches desquels on suspendait les tablettes votives et autres àvaOvf[/.aTa '''*; peut-être aussi est-ce un de ces arbres que nous rencontrerons si souvent sur les monuments des classes V, VI et VII, et qui, surtout lorsqu'un serpent les entoure de ses replis, sont comme un symbole des îles Fortunées; et alors cet arbre, que nous retrouverons encore sur un monument votif, dont nous nous occuperons bientôt, n'aurait été placé ici que pour corroborer le sens que le cheval donne au monument : si Esculape n'exauce pas la prière qu'Hygie lui adresse au nom des suppliants,

174 Voyez-en un exemple sur le fragment de vase peint, publié et expliqué par M. Raoul Rochette dans ses Peintures inédites, pi. VII, p. 401 et suiv. — On pourrait encore voir dans cet arbuste un de ces arbres antiques que l'on conservait dans les sanctuaires, et dont Pausanias (VIII, 2'3, 4) nous fait connaître les plus célèbres.

( 1^5 ) le cheval de la mort va emporter le malade dans le séjour des bienheureux. Toutefois, des deux interprétations je préfère la première. Je terminerai ce paragraphe par quelques mots sur un bas-relief de la Glyptothèque de Munich ^'^, qui rentre dans la catégorie des supplications à Esculape et à Hygie , bien que M. Schorn y ait vu un repas funèbre. C'est ce dont on pourra se convaincre par la description que ce savant antiquaire en donne : « Un homme est couché sur un lit de repos; près de lui est assise une femme; un peu plus loin à gauche s'avancent un homme, cinq femmes et un enfant sur une même ligne. Tous sont drapés et ont la main droite sur la poitrine. Ce sont probablement des suppliants. Dans l'angle supérieur à gauche est un buste de cheval au milieu d'une ouverture quadrangulaire. »

§ 5. Monuments votifs consacrés à Esculape et à Hjgie, mais où ne se trouve point le buste de cheval.

Les marbres d'Oxford nous fournissent deux monuments de ce genre *'^, tous deux dans l'encadrement qui est propre aux yapiaT-^'pta ou aux EÙyai. L'architrave du premier est surmontée des tuiles de recouvrement ou antéfixes, qui figurent l'extrémité de la toiture d'un édifice sacré. On voit sur ce monument Esculape couché, la poitrine découverte, coiffé du modius, tenant la patère dans la main gauche et le rhyton dans la main droite; sur le pied du lit est assise Hygie, Xacerra ou la pjxis dans la main gauche, et touchant de l'autre les genoux de son père. Derrière elle s'avance une famille suppliante dans l'attitude accoutumée. Devant les deux divinités est dressée la table sacrée, mais le cadmile manque.

''^ Ludw. Schorn, Beschr. cler Glypthothek, etc. Mùnchen, i83o,n''95, p. 8i. '-''' Part. I, tab. LU, %. CXXXVII et CXXXIX.

Le second est moins compliqué. Le cadmile y figui-e le xçioy^oi en main, et prêt à remplir son ministère. Esculape, qui semble lui parler, n'est point coiffé du modius, mais c'est la seule différence qui le distingue de la représentation précédente. La déesse, vêtue et assise comme de coutume, tient des deux mains un serpent qu'elle semble approcher de sa figure. Derrière la déesse est une jeune suppliante.

Le P. Paciaudi, dans ses Monwnenta Peloponnesiaca "77, a publié , sans l'expliquer, un marbre provenant de Zacynthe, qui rentre dans la même classe que les deux monuments précédents, mais qui nous offre une variété curieuse et intéressante, en ce que l'artiste y a représenté, non pas le dieu goûtant aux mets et aux libations sacrées, mais le dieu les attendant et prêt à les recevoir. Esculape est sur son lit, l'épaule et le sein droit découverts; Hygie, assise près de lui, tient en main une énorme coupe qu'elle lui présente, tandis que derrière elle on voit le cadmile nu, apportant le cratère et le rython. Le jeune ministre est suivi d'un vieillard dont la taille ne dépasse pas la sienne et est par conséquent inférieure de beaucoup à celle du dieu; sous le lit où repose Esculape et près de I'ûttotto^iov de la déesse , on voit un chien endormi.

Je crois pouvoir rattacher à cette variété un fragment de bas-relief publié par Zoega '7^^ et représentant une femme plus grande que nature, vêtue d'une tunique dont les manches ne tombent que jusqu'au coude, et d'un peplus passant sous l'aisselle droite; un xpo)(^oo; est dans sa main droite et une large coupe dans sa main gauche qu'elle porte en avant, comme sur le marbre de Zacynthe. Elle est suivie d'un enfant, d'un homme enveloppé dans son tribonium, et d'une femme voilée, tous deux les mains étendues dans l'attitude des suppliants. Zoega y voit un sacrifice à Esculape pour la santé de l'enfant.

'"** JBassiri/icvi, t. I, pi. XVIII, p. 72.

( 1^7 ) J'adopte en partie cette opinion, mais je suis d'avis que la femme principale est Hygie, et non pas une prêtresse : Hygie, que nous avons toujours vue jusqu'ici intercéder auprès de son père en faveur des suppliants, intervient cette fois comme prêtresse, et s'avance, la libation en main, vers Esculape qui était sans doute représenté assis dans la partie du bas-relief que le temps a emportée, et qu'une restauration récente a remplacée par un autel.

Cette conjecture est pleinement confirmée par un monument du Museo Pio Clementino i^^'" qui nous offre, à la place occupée par l'autel, un dieu imberbe, assis sur un trône et tendant de la main droite une patère à une déesse debout qui se dévoile de la main gaucbe, tandis que de la droite elle porte un vase à anse mobile. Derrière elle s'avance un personnage d'une taille inférieure à celle des deux divinités. Visconti veut reconnaître ici Adrien sous les traits de Jupiter, et Minerve Pacifique qui se dispose à lui verser le nectar en présence du Grec qui a consacré ce marbre au restaurateur d'Atbènes. D'après tout ce qui précède, il me semble plus vraisemblable d'y voir une variété du bas-relief de Zoega, c'est-à-dire, Hygie intercédant auprès d'Esculape àyéveto;, en faveur du suppliant qui la suit.

Je comprendrai encore dans cette classe un fragment de bas-relief trouvé à Atbènes en lySS, et publié dans le musée Worsley. Ce monument représente un dieu et une déesse plus grands que nature, et devant eux un homme, une femme et un enfant dans l'attitude de suppliants '"9. Le dieu et la déesse sont debout ; le dieu tient une patère, la déesse un •xpo'yoo;. L'interprète du musée Worsley voit dans les deux grandes figures, Jupiter et Minerve; mais je crois qu'il se trompe et qu'il faut y reconnaître Esculape et Hygie. C'est

■■"" T. Y, tav. 26.

'■9 Mus. fVorslej, tav. I, (ii;. I.

( 1^8 ) encore Esculape et Hygie que M. K. O. Muller '**" retrouve clans deux des divinités assises du bas-relief du Parthénon, édifice auquel Visconti rattachait le bas-relief du musée Worsley.

§ 6. Supplications adressées à des médecins après leur apothéose.

Mais ce n'est pas seulement à Esculape que s'adressaient les familles, quand quelqu'un de leurs membres était dans un danger pressant. Les médecins qui durant leur vie s'étaient distingués par des cures difficiles, pouvaient être après leur mort honorés de l'apothéose , et , considérés comme dieux , recevaient et des sacrifices et des prières. Sans parler ici du centaure Chiron et des filsd'Esculape, on peut citer Hippocrate auquel la Grèce reconnaissante décerna les mêmes honneurs qu'à Hercule '^' ; Aristomachus d'Athènes auquel ses concitoyens consacrèrent un temple '^^; Toxaris qui obtint dans la même ville des honneurs semblables '^^, et M. Artorius l'AscIépiade (]ue la ville de Smyrne rangea parmi les héros , ainsi que le prouve cette inscription'^'^ :

MAPKON APTnPION ASKAHPIAAHN 0EOY KAI5AP05 5EBA5T0Y lATPON H BOYAH KAI O AHM02 TAN 2MYPN AIHN ETIMH5AN HPHA n0AYMA0IA2 XAPIN

''° Annales de l'Inst. arch., 1. 1, p. 224. M. Ch. Lenormand I^Trés. de mim. et de Glypt. Bas-reliefs du Parthénon et de Phigalie , p. 10) y voit Vulcain et Minerve dissimulés par l'artiste sous les formes d'Esculape et d'Hygie.

'*' Honores illi, quos Herculi decrevit Grœcia. Plin. H. N. VII, 87.

'*' Démosthène de fais. leg. en parlant du père d'Eschine. Atû(i((jxo)v S' ÔTraT^p f pa[Ji.[AaTa Ttpo; tco toïï "Hpwoç xoîi îaxpoïï.

■'^ Lucian. in Scylha, § i. 'AGiqvr)(Tiv dtTrÉôavE xal (/.et' où 7:o)iù xai ^ipoii; sSo^e, xai lvT£[i.vouaiv «Ùtw ç£vw îaxpw 01 'AÔrivcxtot.

i84 Publiée pour la première fois par Patin sous ce titre : Commenlarius in antiquum cenotaphium Marci Ârlorii Medici Cœsaris Aitgusti. Patavii, 1689, 4""

Màpxov ÀpTwptov ÀocXyiTTia^Ylv Ôsou Kaiciapo; ^eêaçTou laxpov -/i ^ouX^ xal 6 ^-Àpioç TÔv 2p-upvat(ùv £Tt[A7iffav •^'pcoa iroXufiaÔiaç X*P^"*'*

Mardis Jrtorius Asclèpiade , médecin du dieu César yJuguste, a été, pour sa vaste science, honoré comme héros par le sénat et le peuple de Smjrne.

C'est sans doute à un médecin ainsi divinisé que se rapporte le monument publié par le P. Paciaudi , à la suite de ses Aniniadversiones philologicœ ad nummos consulares triumviri M. Antonii '^^. Ce bas-relief, provenant du Péloponèse et existant aujourd'hui à Venise dans la Casa Grimani , représente un personnage vêtu de la tunique et de la toge , et assis sur une chaise curule placée sur une estrade. Les jambes de cet homme sont croisées et reposent sur un ÛTTOTiroâ^iov ; de la main gauche, il tient un rouleau et la droite est étendue en avant comme pour prouver qu'il prête toute son attention à la scène qui se passe sous ses yeux. A l'extrémité de l'estrade, est un autel orné de festons sur lequel une femme debout et aussi grande que le personnage assis semble déposer des parfums. Cette femme a comme Hygie les pieds nus, elle est vêtue d'une tunique lalaireet enveloppée d'un large peplusqui recouvre sa tête, dont la pose annonce une suppliante. A sa gauche, est un éphèbe qui présente au personnage assis un rouleau à demi déployé. Au-dessus de la tête de l'éphèbe on voit un cadre à deux compartiments contenant six instruments de chirurgie. Derrière la femme est un cheval, avec l'stpiTrTrtov, qu'un esclave de taille moyenne et succinctus tient par la bride , et au second plan, un arbre avec un serpent enroulé qui s'avance au-dessus de la tête de la suppliante.

Mon. de Moi-,

Le P. Paciaudi a bien vu que le personnage assis était un médecin; les instruments suspendus au-dessus de sa tête ne pouvaient laisser aucun doute à cet égard. Il pense que ce médecin doit être le célèbre Archagathus, qui, l'an 219 av. J. C, vint du Péloponèse à Rome pour exercer son art dans cette viileoîi il obtint les droits de citoyen. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Archagatlius pour sabardiesse dans les opérations cbirurgicales vit substituer au surnom de Vulnerarius , qu'il avait reçu d'abord, celui de Carnifex'^^^ , et que le marbre de la Casa Grimani paraît se rapporter surtout à un cbirurgien. Toutes les autres idées émises par le P. Paciaudi, dans sa longue et savante dissertation, sont, j'ose le dire, entièrement erronées. Ainsi, selon lui, cette scène représente dans son officine et ayant près de lui son minister icvifxêVTapio; , un médecin qu'une femme de distinction est venue, à cbeval , consulter des pays lointains; et le serpent indique que le disciple d'Esculape est beureux dans ses cures *^7.

Mais pourquoi cette femme est-elle venue à cbeval et non pas en cbar? c'est, répond-il, parce que les routes du Péloponèse n'étaient pas carrossables {rotabiles^ sur tous les points.

Peut-être aussi, s'il faut l'en croire, on doit considérer le cheval comme un remède qu'avait indiqué le médecin, et s'il figure ici, c'est pour annoncer que l'équitation avait guéri cette femme. Peutêtre encore le cbeval et l'esclave n'appartiennent-ils pas à la femme; mais sont-ils là pour indiquer qu'un autre malade, en grand danger, a fait appeler le médecin et lui envoie un cheval afin qu'il arrive plus vite? Peut-être enfin, si le cbeval avait les allures un peu moins promptement, pourrait-on croire qu'il est là comme pour servir d'en-

seigne a un ÎTrTTiaTpoi; ^'

'«« Plin. H. N. XXIX, 6.

''7 jl quo medico œgros dubia vitœ spe laborantes ad pristinam valetadinem virtutemque fuisse revocatos , scrpens , salutis index, porlendere ac monstrare videlur, p. 19.

•" Ibid. p. ii3.

Je ne crois pas devoir exposer ici les autres conjectures du docte jésuite. Celles que j'ai fait connaître suffiront pour qu'on puisse juger combien ce système d'interprétation bourgeoise est loin de la vérité.

Le bas-relief de la Casa Grimania. eu, dans M. W. F. Rinck, un interprète beaucoup plus heureux ^^9. Ce savant qui a passé en revue un grand nombre de monuments analogues , surtout ceux du recueil de M. Inghiranii , voit dans le cheval une allusion au voyage suprême et à la rapidité du départ '9". Le rouleau que tient le médecin et celui que lui présente l'éphèbe est, suivant lui, un de ces éloges funèbres qu'on prononçait dans le Forum romam à l'occasion de la mort d'un personnage distingué, et qui étaient soigneusement conservés dans les familles '9'. C'est ainsi, ajoute-t-il, que dans Inghirami '9* on voit un mort assis tenant un rouleau ouvert à la main, tandis qu'un second personnage debout lit dans un autre volumen , en présence d'une femme qui semble l'écouter. C'est ainsi que dans Gori '93^ on voit quatre panégyristes de ce genre assis et lisant.

M. Rinck croit encore que la femme debout est la femme du médecin, et que le serpent roulé autour de l'arbre est une allusion à Esculape et à son art; mais cette dernière explication lui paraît insuffisante. Là se borne son interprétation qui, comme on le voit, ne rend compte que de chaque personnage en particulier, mais ne jette aucun jour sur l'ensemble de la scène.

Pour moi, je vois dans ce bas-relief une variété de tous ceux que j'ai examinés dans cette première section. Le médecin, mort et déifié, tient la place d'Esculape; sa femme, morte et déifiée comme lui, re-

'*» Kunstblatt , 26 mai 1828 , p. i65 et suiv.

'9° TJm an die Reise an die andere JVelt zii erinnern, — Um die Schnelligkeit ihrer Abfahrt anzudeuten. Ibid.

'9' Voyez Creuzer, Abriss der rôm. Antiq., p. 870 et; suiv.

'9' Tom. I, 23,n° 2.

'9^ Mus. Etr., t. III, cl. m, tav. 1/4. Cf. Montf. Ant. Expl. t. V, pi. LXXI, fig. i.

( i32 ) présente Hygle, et intervient auprès de lui comme la déesse auprès de son père. Le cheval est là pour annoncer que la mort menace celui en faveur duquel on intercède. L'arbre et le serpent , emblème des îles Fortunées '94^ indiquent le séjour du médecin devenu héros. • Reste à expliquer le rouleau que l'éphèbe présente au médecin-dieu; car pour celui que tient ce dernier, on peut le considérer comme un indice de sa profonde science ^9^. Mais l'objet que lient l'éphèbe est-il véritablement un rouleau? ne serait-ce pas plutôt une coupe? Alors, notre éphèbe serait le jeune cadmile offrant la libation sacrée au représentant d'Esculape. J'avoue que je penche beaucoup pour cette supposition qui a l'avantage de compléter l'analogie de ce monument avec tous ceux dont nous avons parlé ^^^.

'9'» Voyez Sections III, IV , V , VI et VIII.

'9^ Sur les monuments anciens, \e volumen est donné comme attribut aux ])hilosophes, aux orateurs, aux médecins, etc. Voyez la statue dite de Dcmosthène. Mus. roy. n" 92.

'9^ Le bas-relief delà Casa Grima/ii n'est ^tas le seul où un médecin figure sous la forme d'un dieu. Un bas-relief du musée Pourtalès représente le médecin .lason pressant dans ses mains et pétrissant pour ainsi dire un enfant nu placé devant lui. M. Panofka a cru devoir adopter l'explication de Visconti (Cat. Choiseul-Gouf/îer, n° i56) que M. Boeckh a suivie dans son recueil où il a inséré ( n" 606) les tr'ois inscriptions qui accompagnent ce monument. Or visconti voit dans ce groupe un médecin qui donne une consultation et qui frotte le corps d'un adolescent dont le ventre est considérablement enflé et dont les extrémités sont très-maigres. M. Ch. Lenormant, dont l'interprétation nous semble tout la fois plus ingénieuse et plus vraie, suppose que le médecin est représenté sous la figure de Prométhée, modelant une statue d'argile pour laquelle il va faire ce que fait pour nous la médecine : l'animer et lui donner la vie.

§ 7. Le cheval 11 est pas V unique symbole de la mort imminente.

Du reste, si le cheval est le symbole le plus ordinaire de la mort imminente, on peut dire qu'il n'est pas le seul. Sur les urnes étrusques, on voit souvent deux époux se donnant la main en signe d'adieu devant la porte des enfers , et Charun debout derrière celui qui doit mourir, prêt à le frapper de son glaive '9'. Je crois pouvoir rapprocher de ce sujet, qui ne saurait laisser aucun doute, un basrelief qui, lors du voyage de Fourmont, existait à Athènes dans l'église de Saint-Élie, et que Caylus a publié dans son recueiPsS. Qn y voit une femme nue jusqu'à la ceinture, assise sur une pierre longue et carrée; elle a les cheveux courts et sans aucune parure. Son attitude annonce le repos et l'attention. A ses côtés et sur le premier plan , est une petite figure entièrement vêtue. Cet enfant est placé sur un retable à l'extrémité duquel on voit un vase à deux anses et d'une assez mauvaise forme. En avant du ht funèbre et en bas-relief, est un serpent qui se dresse comme pour venir boire dans le vase. A la gauche du lit , un homme barbu, la tête ceinte d'une bandelette, et vêtu d'un tribonium qui laisse à nu ses bras et sa poitrine, est assis sur un siège sans dossier. De son bras gauche il retient sur ses jambes les plis du tribonium qui les enveloppe, tandis que son avant-bras droit est élevé comme pour indiquer qu'il parle à la femme couchée sur le lit. Dans le haut du champ occupé par le bas-relief, on voit trois bandelettes suspendues en festons ^99; à celle qui se trouve au-dessus de la tête de la femme, est attaché un instrument en forme de faucille. Enfin, sur le bord supérieur du bas-relief, on lit l'inscription suivante continuée sur le bord latéral :

'" Inghirami, iJfo«.e/r. ser. I, pi. XXXVIII. Cf. Montf. J.E. t. V, pi CXXII.

'9^ T. VI, pi. LV.

'99 Caylus a pris ces bandelettes pour un cordon garni de ses glands.

A5iozTn..EY5innni kaithi basiaeiai

Asius à Speusippe *'*•' et à Basilic.

Caylus n'a pas compris le sens de ce monument. Suivant lui , Basilic est morte; l'enfant placé près d'elle est sa fille qui lui a survécu; le vase annonce un sacrifice fait au bon génie indiqué par le serpent, et l'homme assis est un poète qui parle à Basilic. Si je ne me trompe, l'homme assis est Asius, celui qui a consacré le monument. La femme assise est Basilie déifiée : elle représente Hygie, de même que le serpent est l'image de Speusippe devenu héros, et assimilé à Esculape. Le vase et le jeune ministre indiquent, bien que d'une manière incomplète, le repas sacré offert aux deux divinités, de même que la faucille, c'est-à-dire l'arme de ©avaToç, substituée à la tête de son cheval, est l'emblème du danger qui menace le membre de la famille en faveur duquel la supplication a lieu.

Je vois encore un emblème de ce genre dans le bas-relief d'une urne étrusque *°' représentant le buste d'une Kvip voilée et armée du flambeau et du glaive. Ce buste est placé dans l'embrasure d'une fenêtre au-dessous de laquelle sont deux dauphins en regard, suspendus sur les flots de la mer. C'est aussi comme symbole de la mort menaçante que sur les vases peints représentant des héros combattants on voit une Krip derrière chacun des deux guerriers *'*'.

""^ Et non Eusippe , comme lit Caylus.

"' Gori , mus. Etr. vol. III, cl. III , lav. XXVIII, %. I.

"» Voyez Gai. Mythol. de Millin, pi. CVII, n" 5i2, et CXLV, 565 ; Description des antiquités du cabinet Durand , n° SgS, et rarliclc de M. J. de Witte dans les Annales de l'inst. arch., t. V, p. 3ii et suiv.

( i35 ) Il me reste une question importante à résoudre. Pourquoi tous les bas-reliefs que nous venons de passer en revue , celui de Caylus excepté , sont-ils dépourvus d'inscription ? C'est peutêtre parce que ces monuments avaient un caractère trop religieux et trop solennel , pour que les artistes habiles auxquels ils étaient confiés crussent pouvoir rompre l'harmonie de l'ensemble en y ajoutant une inscription. Mais comme il fallait bien qu'on sût par qui et pour qui le monument avait été consacré, ce document était mentionné sur une tablette de marbre à part qu'on scellait sans doute au-dessous du bas-relief. De là les inscriptions commençant ou finissant par le mot eù^viv ou yapi(7Tripiov *°^. Certes, de telles inscriptions eussent été une offrande indigne du dieu et de la famille qui la faisait, si elles n'eussent point été accompagnées de quelque représentation figurée et digne d'être conservée dans un sanctuaire.

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