‹ Monuments d'antiquité figuréeChapitre 18 sur 31 · PI. LXXXVIII · texte numérisé non relu

PI. LXXXVIII

'*3 pl. XXIV, 6.

( 173) cavalier celle qu'elle tient dans la main gauche. M. Raoul Rochette ^44 est d'avis que ce vase représente « un héros dont le cheval recule , effrayé à l'apparition d'un génie funèbre. » Peut-être le génie funèbre n'est-il, comme sur le vase précédent, qu'une victoire ailée couronnant un vainqueur arrivé au terme de sa course, c'est-à-dire un mort parvenu dans les demeures fortunées.

Je vois encore une allusion à la dernière course et à la dernière victoire , dans un vase qui a été publié par Millin ^^^, et qui représente un guerrier vêtu d'une tunique très-courte, retenue par une ceinture, et ornée, d'un bras à l'autre, d'une ligne de pois qui figurent comme les clous d'une cuirasse. Un pareil ornement se trouve au bas de la tunique, et forme comme un angle dont les cotés se terminent sur les deux hanches. Le héros s'appuie de la main gauche sur une double lance , et de la droite tient un cheval blanc par la bride. Son front est couronné de myrte, comme l'était lacchus dans les cérémonies des mystères ^^^ • deux branches du même arbuste se remarquent à droite et à gauche de ses deux pieds, dont un seul est chaussé. On voit suspendus à la muraille, d'un côté une bandelette, de l'autre un bouclier argien avec une palme. Millin pense que cette peinture se rapporte à un initié sorti victorieux des épreuves qu'il a eues à subir. Il me paraît difficile de ne pas y reconnaître un vainqueur arrivé au terme de sa carrière , et qui ne combattra plus puisqu'il a déposé son bouclier ^4?^ et que le cheval pâle de ôavaxoç l'a porté dans sa dernière course. Du reste, je reconnais volontiers des indices d'initiation dans ce monument; et peut-être l'un des plus certains, à mes yeux, c'est le pied dé-

^"•^ Mon. inéd., l. I, p. 96.

5^^ Peint, de vases, t. II, pi. XXX.

^^<^ Aristoph. Ran. 3:î3.

''''' Voyez plus liant, p. 12J, (,(il. i.

( »74 ) chaussé, bien que Millin ne veuille y voir qu'un oubli de l'artiste 548.

L'explication que je donne de ce monument trouve une pleine confirmation dans un marbre du musée de Vérone ^49^ publié pour la première fois par Ch. Patin ^5"^ et reproduit par M. Inghirami 5^'. On y volt deux jeunes gens debout, vêtus d'une tunique succincte. Ils ont les pieds nus , mais le bas de leurs jambes est entouré d'un triple anneau ou ÈTriccpupiov , signe d'initiation, comme le prouvent tant de vases peints. Chacun d'eu.v s'appuie sur une lance , et lient en bride un cheval ayant pour £(po7U7riov une peau de lion; derrière chaque cheval est un arbre entouré d'un serpent dont la tête s'avance en dehors des branches. Sur le bord Inférieur du marbre on lit cette inscription :

PANOIAOC . . . KAI AAECÎANAPOC XAIPETE

ITap-cpiXoç [y-cnj À>,é^av^poç j^aipeTe.

Painphile et Alexandre , adieu !

Patin pense que les deux morts sont ici représentés sous la forme des Dioscures. Cela est possible, car, suivant la remarque de Bellori 5^^, les Dioscures sont souvent représentés sur les tombeaux païens comme symbole de l'immorlalilé de l'âme 3^^*". Mais ce qui peut

^'" Voyez encore Millin, Tombeaux de Canosa, p. 3, note 3. ^^» XLVII,3.

^'* Commenlanux Car. Palini in très inscriptiones grœcas. Palavii, i685, in-4°. ^^' Mon. Etr. Scr. VI, tav. R, fig. 5. ^^' Dcscript. sepulcri Nasoniumm, tab. IX.

35? (,,, jj^ij, jçg monuments funéraires consacres à un seul individu , les Dinscuies, debout près de leurs chevaux,oiTrent évidemment une allusion mystérieuse

( Î75) laisser quelque doute sur l'opinion de Patin , c'est d'abord l'inscription qui ne fait aucune allusion au nouveau rôle que sont appelés à remplir Pamphile et Alexandre, et ensuite l'absence de l'un des attributs les plus communs des Tyndarides, le mli^iov on pile us. Il est vrai que cette dernière raison n'est pas concluante, puisque sur un grand nombre de vases peints on les voit tête nue ou le pctase sur les épaules ^'^^.

Mais ce sont bien les deux fils de Léda que nous offre un marbre du musée Nani ^^''►, représentant deux jeunes gens le tciXi^iov en tête, YJiasta para dans une main , tandis que de l'autre ils tiennent par la bride deux chevaux qui posent l'un de leurs pieds de devant sur une pyramide. Dans le haut du champ, entre les deux têtes, on voit le croissant de la lune placé horizontalement, et au-dessous deux serpents qui se regardent, et au milieu d'eux un œuf, dans lequel M. Rinck 3^^ voit V œuf du monde, comme il voit dans les deux serpents un symbole de la vie. Je crois plutôt qu'il faut y reconnaître un signe par lequel l'artiste a voulu indiquer que les deux personnages assimilés à Castor et à PoUux ^^^ sont désormais admis parmi les héros et jouissent de Timmortalilé^^^*".

à la mort et à la renaissance. Il me suffira de citer le mausolée de P. Vibiiis Marianiis, publié par BartoU et reproduit par Montfaucon [Ant. E.rpl. t. V, pi. CXVI, fig. 2). Les Dioscures, et d'autres attributs tels que le griffon et le buste de taureau, annoncent que ce tombeau est celui d'un initié.

^" Cnt. Durand, n" 869 et suiv.

^'^ Biagi, Mon.gr. et lat. ex Mus. Nanio. Mon. IIII, p. 73.

^" Kunstblatt, 22 mai 1828.

^^^ Voyez plus bas , p. i83 et suiv.

356 4» Cet emblème mystérieux des deux serpents, ayant entre eux un œuf qu'ils cherchent à dévorer, se retrouve sur les faces latérales d'un cippc publié par Fabretti, Inscr. ant, c. IV, n" XVIII, p. 281, 282. Ce savant s'est mépris sur le sens de ce symbole. Suivant lui, il annonce que les deux époux , dont les noms sont indiqués dans l'inscription, n'ont pas eu encore d'enfants et se flattent d'eu

Revenons maintenant au marbre du musée de Vérone. Les deux cavaliers admis dans les champs Elysées sont représentés au moment où ils arrivent dans leur nouvelle demeure , indiquée par les deux arbres entourés chacun d'un serpent. Ordinairement sur les monuments funéraires on ne rencontre qu'un seul arbre ; ici la symétrie seule en a exigé deux.

Je terminerai cette section en citant une stèle inédite du musée d'Égine, dont M. Virlet a copié l'inscription. Cette stèle représente un cavalier près d'un arbre au pied duquel est un enfant. Un serpent entoure l'arbre et pose sa tête sur celle du cheval. L'inscription est ainsi conçue :

TAIE "OOEA AIE POrO nAlOYYEXPHS TEXAIP

. rjaîe 0(p£l[l]i£ [n] OTT [>.] lou ^[îjÉ, ypvicTè X*'pL^J* Bon Caius Ofellius., fils de Publias, adieu!

obtenir : Ul ex concordia illa quasi maritali serpentum , conjures improles adhuc , sobolem sibl augurarcntur ex ovo prodcuntein tanquam principio et originario FONTE GENERATioNis ut illud vocnt Pltitarchiis in Quœst. Convie lib. Fil, c. III. Mais cette explication ne peut être admise, puisque le monument est élevé par J. Herennuleius Hermès à Julia Lntina sa femme, déjà morte, comme le prouve la formule conjugi bene merenti. Si le serpent est double ici , c'est que la symétrie monumentale l'exigeait, et réuni à l'œuf il offre un double symbole d'immortalité et de purification. Voyez M. Raoul Rochette, Mon. inéd. p. loi.

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