XLIX
^^' Comment, in très inscr. gi., p. 2 i'i Hlori. de Mor.
Celte inscription nous apprend (jue le personnage auquel elle est consacrée appartenait à la famille Murdia, qu'on connaissait déjà par un certain nombre d'épitaphes du recueil de Gruter^59. Il était mort à la fleur de l'âge, et avait mérité le titre de héros. C'est donc bien lui que le marbre de Smyrne représente dans un jeune homme monté sur le cheval deGavaro;, vêtu du yix(ùViQv.oi; et de la jrXa[;,uç , tenant en main la patère destinée aux libations, et suivi d'un jeune serviteur succinctus qui, comme ceux que nous avons rencontrés plus haut, s'avance un sac sur l'épaule. La libation que porte le jeune héros est sans doute destinée au serpent, gardien du jardin des Hespérides, qui se dresse pour la recevoir près de l'autel des divinités infernales, sur lequel la flamme s'élève en forme de pyramide. Cette libation doit être celle-là même que, suivant l'usage antique ^^°, sa famille en pleurs vient de faire sur son tombeau , et qui consistait en un mélange de sang et de lait^'''. Entre les jambes du cheval on distingue un lévrier qui, comme on le voit dans Homère, avait été prol^ablement immolé sur le tombeau du jeune maître dont il avait partagé les plaisirs.
La présence de l'homme, du cheval et du chien, rappelle à Patin ce mot du grand Albert 36» : Très vitœ cnnis faciunl equi vilam , et très vitœ equi faciunt vitam hominis. Je doute que l'artiste ait eu l'intention de faire tirer de son monument une pareille conséquence; mais le rapprochement n'en est pas moins curieux, et doit avoir une origine ancienne.
Le musée Nani ^^^ nous présente un sujet tout à fait semblable, seulement le jeune serviteur y manque, et le monument est dans \\\\
359 Voyez l'index de Grutor.
^«o Herod.VII, 4^.
^"^ Viig. yl'M. III, 6G. Cf. Servins ad h. I.
"'' Tract. •}. , 'If morte et vita.
^'■~' Biagi, Mon.gr. e.c mas. Nanio. X\yp., (ig. XII.
( '79 ) état de détérioration qui ne permet pas de distinguer l'àgc; du héros ^^4. On lit sur la plinthe l'inscription suivante :
HPnS EPKDANHS SnKPATH
Hpcoç Èmçavvi;, Swy.pocTVi.
O Sociate , héros illustre ^^^ !
On trouve encore une inscription sur une stèle puhliée par Fabretti 3^*^, et qui doit être du 11*" ou du IIF siècle de notre ère, autant qu'on peut en juger par la forme des lettres. Voici en quels termes elle est conçue :
TAYKWN — EYHMEPW TWTEKNW — MNEIA5 ENE KAZH2ANTI ENIAYTON — A M - I
^*'* La tèlc du cavalier, son jucd droit et la jambe yauclie de devant du cheval ont disparu.
^*^ II faut bien se garder de piendre £7vt(favr|i; pour un nom propre; le vocatif StoxpaxT), forme dont les inscriptions et les écrivains eux-mêmes offrent de nombreux exemples à partir du second siècle avant notre ère, ne peut laisser d'incertitude à cet ét,'ard. Voyez Jnscr. gr. et lat. recueillies par la comrn. de Morée , t. I, p. 4i. Du reste, l'épithète iTricpavï)? , toute pompeuse qu'elle est, ne doit pas, je crois, faire songer à un personnage illustre du nom de Socrate , au maître de Platon et de Xénophon par exemple; car elle est donnée sur les épitaphcs à des personnages fort obscurs. Voyez Pocock, I/iscr. Ant. p. Sg, n° 7.
^** Ifiscr. ant, p. 161, cap. III, XXIX. Cette stèle se termine par un fronton en chevron brisé au milieu duquel est sculpté un bouclier avec soa iimbn.
rXu-/,a)v EÙYi[;.£pw tû téxvw peia; evexa ;vicavTi êviauTOV a p,vaç i . Gl/con à son fils Évémère , souvenir. Il a vécu un an dix mois.
Le jeune héros, vêtu comme les deux précédents, est à cheval.
Sa taille est celle d'un adolescent, et non pas d'un enfant de vingtdeux mois 3^7. L'explication que donne Fahretti de ce monument , si le rôle du cheval y était déterminé, ne laisserait rien à désirer : Fingitur, ut puto , dit-il, infantem istum Euhemerum ad Eljsium
^campwn, sive Hesperidum hortos delatum , ut pervigilem draconem eorum custodem sihi devinciat, propitiwnque reddat , ad arani, accenso igné sub ingressum positam , patera quam dejert, libationem peragere velle , que sihi aditus ad piorum et beatoram sedem permittatur. Hesperidum hortos cum Eijsio conjundere Strabo videtur, ubi lib. III in ultinia Hesperia Eljsiwn cainpurn terrce terniinum constituit.
Fahretti 368 compare à hon droit avec ce monument un bas-relief trouvé à Rome dans la vigne de Léon Strozzi , et qui représente un homme à cheval s'approchant d'un autel placé devant un arbre qu'un serpent entoure de ses anneaux, et sur lequel une femme voilée, ayant à ses pieds une génisse couchée, appuie sa mai'! droite comme pour le montrer au cavalier. Similiter, dit Fahretti , />Merulo equestri ingressum sacrificio impetrat ad arani mater cum victima consistens, a serpente obvio et arborent suis spiris cir- CK/«/7/exo. Cette explication me semble beaucoup moins satisfaisante que la précédente. D'abord le cavalier est un homme et non pas un jeune enfant; d'un autre côté, rien n'indique que la femme voilée
^''^ Voyez ])lus liiiiit, )). i59 et siii\- ^"^ Op. cil. j). i6-».
( i8i ) soit la mère du mort. J'aimerais mieux y voir Proserpine qui, rendue favorable par un sacrifice qu'indique la victime couchée au pied de l'autel 369, s'avance, voilée comme une jeune fiancée, au-devant du nouvel époux que la mort vient de lui donner.
J'expliquerai de la même manière un bas-relief publié par Millin dans son voyage au midi de la France 3^0. Voici la description et l'interprétation qu'il en donne :
«Un héros coiffé du pétase, et vêtu seulement d'une chlamyde, tient un cheval par la bride ; il élève la main droite au-dessus d'un autel à fronton triangulaire 37', qui est placé devant lui, et il paraît prêter un serment. Derrière lui est une femme âgée qui peut être la mère du héros 37^; elle est enveloppée dans un grand peplus qui couvre sa tunique et une grande partie de son bras gauche; elle élève la main droite comme pour parler au héros. Cette sculpture était peut-être destinée à orner le tombeau d'un jeune homme qui est mort dans sa première campagne : nous y voyons le serment qu'il fait aux dieux protecteurs de sa patrie, et les adieux de sa vénérable mère. Les tombeaux de plusieurs guerriers les représentent ainsi partant pour les combats 3^3. „
Millin me semble s'être mépris sur le sens de ce monument. Le personnage principal est un jeune héros coiffé du pétase en signe de voyage. Apporté dans le sombre empire par le cheval de ©avaro; , il vient de mettre pied à terre et se dispose à entrer dans le GaXa;j.oç de Proserpine qu'indiquent des colonnes ornées de leurs chapiteaux.
3«^ Dans Virgile {Georg. IV, 546) Aristée doU immoler une génisse pour apaiser les mânes d'Eurydice.
'7" T.ll,p. 234,pl. XXXI, lig. 4.
^7' Ce que Millin a pris pour un fronton triangulaire, n'est peut-être autre chose que la flamme qui s'élève en forme de |)yiamide.
^' •■ Rien sur la copie de Millin n'indique une femme àgce.
^^^ Millin renvoie à son Dutioninnrc fies beaux arts , au mot Snnoi>liagr.
( '8. ) Mais avant de pénétrer dans le sanctuaire, il faut se rendre la divinité favorable; c'est ce qu'il fait en s'approchant de l'autel. Sa prière est exaucée , car déjà l'on voit la déesse arriver à sa voix. Du reste, ce monument, d'une pureté de dessin remarquable, doit être l'œuvre d'un artiste habile, et, si je ne me trompe, d'un artiste athénien.
Je n'en puis dire autant d'un bas-relief de la même famille, trouvé près des ruines d'Ephèse dans le mur d'une cabane, et publié dans le musée Worsiey ^'*. On y voit un jeune homme à cheval, vêtu d'une cuirasse garnie de ses franges et d'une chiamyde qui flotte sur ses épaules. Il a les janibes et les bras nus, et tient dans la main droite un rouleau qu'il porte au-dessus de sa tête. Il s'approche d'un arbre autour duquel est enroulé un serpent dont on ne voit pas la tête; devant cet arbre est un autel sur lequel la flamme est allumée. L'exécution de ce monument est des plus médiocres : le cheval est lourd, le cavalier maigre et fluet comme xin gentleman; mais ce dernier défaut tient peut-être uniquement à la pi'éoccupalion britannique du graveur. L'interprétation de ce monument est loin d'être satisfaisante, et j'ai peine à croire qu'elle soit de Visconti. Jl est impossible que ce savant antiquaire ait vu dans ce bas-relief un jeune homme revélu de quelque dignité militaire , dévouant son cheval à une divinité ^ peut-être au dieu de V arbre qu'il a devant lui, et dont les fruits forment une espèce de pyramide sur un petit autel.
Ce que l'interprète prend pour une pyramide de fruits n'est autre chose que la flamme allumée sur l'autel, comme le prouvent les monuments dont nous venons de nous occuper. L'arbre et le serpent, dont il ne parle pas, sont l'emblème du séjour fortuné. Quant au rouleau que le jeune guerrier tient dans la main droite, et dont
•lo , p. >(J.
( i83 ) l'interprète ne fait aucune mention, je renvoie mes lecteurs à ce que j'en ai dit plus haut^?^.
J'arrive aux deux monuments qui ont donné lieu à la savante dissertation de Passeri : De animarum transvectione^'^. Le premier est un bas-relief en marbre que ce savant avait leçu de lacobo Buffi, patricien de Pesaro, et qu'il croyait apporté de la Grèce comme les deux marbres de Vérone expliqués par Patin. C'est encore, ainsi que sur le monument de Fabretti, un épbèbe à cheval qui, vêtu de la tunique et la chlamyde flottante, s'approche d'un autel sur lequel s'élance une flamme pyramidale, et laisse derrière lui un arbre que l'on pourrait prendre pour un palmier s'il ne portait pour fruits trois pommes de pin. Autour de cet arbre est enroulé un serpent qui regarde le jeune voyageur. Chose remarquable, et qui semble plaider en faveur de l'opinion émise par M. Inghirami au sujet du bonnet phrygien que nous avons remarqué plus haut sur une urne étrusque, le marbre de Passeri nous offre un globe céleste sous les pieds du jeune héros.
Ce monument ne peut embarrasser un seul instant. Le jeune cavalier devenu héros arrive dans le séjour de la félicité éternelle indiqué par l'arbre et par le serpent , et ce séjour n'est plus le jardin des Hespérides ni les îles Fortunées, c'est le ciel ou les astres dont le globe est le symbole :
Candldus insuetum miratur Umen Oljmpi , . Sub pedibusque videt nubes et sidéra Daphnis^"' .
Le second monument publié par Passeri est une pierre gravée, sur laquelle l'artiste a représenté un jeune homme à cheval, vêtu d'une
^'^ P. 126, col. I.
^"^ Geinmœ Astriferœ , t. III, Diss. III.
^-- Vil-. Ed. V, S6, 57.
( '84 ) tunique succincte et coiffé du bonnet phrygien. Devant lui est un autel , derrière lui un arbre avec le serpent accoutumé ^7^; à droite de la tête du jeune héros, le croissant de la lune posé horizontalement, et à gauche une étoile. C'est évidemment le même sujet que sur le monument précédent, seulement le héros est assimilé à Atys, comme plus haut nous l'avons vu assimilé aux Dioscures : quo hlandimento, dit Passeri ^'9, dolorem suum parentes ob Jilios amissos adlevabant, deorum ornamenta Ulis tribuentes.
Il me reste à parler d'un bas-relief inédit copié par M. Trézel à Astros, et qui doit paraître dans le troisième volume de {'Expédition de Morée^^°. Ce monument, d'im très-beau style, est encadré entre deux pilastres soutenant une architrave que surmontent trois antéfixes. Au centre est un jeune homme nu, la chlamyde sur l'épaule. De la main gauche il tient par la bride un cheval , qui piaffe sans doute dans l'impatience de continuer son voyage , et de la droite il présente un objet d'une forme très-vague, vraisemblablement un gâteau sacré , à un serpent enroulé autour d'un chêne d'où il descend en longs replis pour venir recevoir sa pâture. Au pied de l'arbre on voit des.cnémides, une cuirasse et une lance. Aux branches sont suspendus un uapa(:càviov , avec son baudrier , et un bouclier portant l'image de $oêo; ; sur l'arbre sont perchées deux colombes dont la tête est dirigée vers le jeune cavalier, à la droite duquel est un jeune enfant, vêtu d'une tunique succincte et sans manches, qui lui présente un casque de la main droite, et tient dans la main gauche un bâton ou plutôt une palme. Derrière le jeune esclave est une stèle en forme de pilastre, et sur cette stèle une amphore richement ciselée avec son couvercle.
'7S La gravure ne l'a pas reproduit, niais Passeri atteste qu'il existe sur la
pierre.
37" Op. cit. t. III, p. 1^3. 3"> Pl.gt.
( ^85 ) La stèle et le vase, le cheval et le serpent, tout annonce dans ce monument un bas-relief funéraire. Aussi n'ai-je point hésité à le ranger dans la même catégorie que tous ceux dont je viens de parler. La pureté du dessin, la richesse et la variété de la composition, la difficulté que présente l'interprétation de certains détails, tout semble concourir pour donner un nouveau prix à ce marbre, le plus curieux peut-être et le plus important de tous ceux qui ont été copiés par les membres de la commission. Si , comme je le pense , le troisième et dernier volume de \ Expédition de Marée doit se terminer par cette planche, on ne pouvait mieux couronner une œuvre entreprise dans l'intérêt de l'art et de l'archéologie.
C'est sans doute notre bas-relief que M. Wolf a vu à Astros ^Si • mais s'il en est ainsi, il faut qu'il l'ait vu bien rapidement, car la description qu'il en a remise à M. Ed. Gerhard est loin d'être complète et surtout exacte. Vi era ancora un altro bassorilievo rappresentante un giovane guerriero armato di elmo e lancia, situato pressa il suo cavallo , e unafanciulla 38» die gli porge lo scudo; mentre che d'ail' allro lato vi è un albero con un gran serpente.
La scène si compliquée que met sous nos yeux le bas-relief d'Astros semble avoir été inspirée par ce passage de Sophocle 383 .
Xpo'vov xpOTCC^a; w; Tpi[Ay)vov tîvi'x' av
t ToV ri Ôavav j^petYi (T<p£ TÛ^e tG yj^ô^M , y\ ToSÔ' û-;r£xJpap.ovTa toù /povou TeXoç,
"■ Ànn. de l'Inst. arck. t. I, p. i34. Cf. p. iSg.
" M. Ed. Gerhard, qui a sans doute vu une copie du monument, a facilement reconnu l'cireur. Op. cit. iSg : Non con unafanciulla ma con un garzonrello cht le armi gli présenta.
^^^ Trachin. 163-171.
Mon. de Mor. ^ /
ToiaÙT â'cppa^le irpoç 6îûv ïl[Aap[x.éva Tôv îlpaxlïîuv txTe>.euTàoôat uovuv, w; Tr,v xoXaiàv <p-/iYov aùJ^caî ttote AwSôvi ^iccwv îx ireXeia^wv ê'çvi.
// ajîxé r époque fatale : après un an et trois mois d'absence de cette contrée , il doit mounr; ou , s'il passe ce terme , .7 vi.ra d'une ^ie exemple de peines. Telle est, dit4l , la fin marquée par les dieux aux tramux d Hercule; ainsi Va prédit l'antique chêne