‹ Monuments d'antiquité figuréeChapitre 21 sur 31 · DE DODONE PAR LA VOIX DES PEUX COLOMBES · texte numérisé non relu

DE DODONE PAR LA VOIX DES PEUX COLOMBES

L'oracle s'est accompli pour notre jeune héros, et c'est dans^ le but d'indiquer cet accomplissement que l'artiste a substitué le chêne de Dodone à l'arbre des Hespérides; la présence des deux colombes ne peut laisser aucun doute à cet égard. Les glorieux travaux ont fini pour lui. Déjà il a déposé et suspendu ses armes et son casque; la dernière pièce de son armure lui est présentée par son jeune serviteur, pour qu'il la réunisse au trophée. Mais ses travaux n ont pas été sans gloire, la palme que le jeune esclave tient dans la main gauche en est la preuve, et maintenant qu'arrivé dans le séjour fortuné sur le cheval funèbre, il a , en offrant le gâteau sacre au serpent 384, emblème de l'immortalité et gardien du jardin des Hespérides, accompli les derniers devoirs , il va goûter cette vie exempte de peines que lui a prédite la voix des Péléiades.

Mais est-ce bien Hercule que l'artiste a voulu nous mettre sous les yeux^ Hercule n'est pas le seul héros qui ait consulte l oracle de Dodone, et comme notre monument paraît être un reflet des remi-

3«« Voyez les interprètes de Virgile, ad Mn. VI , 4ao.

( '8? ) niscences poétiques de l'artiste ou de la famille du défunt, ne pourraiton voir dans ce jeune guerrier Achille, qui, lui aussi, invoqua le Jupiter Dodonéen 3^*, et dans une circonstance où l'arrêt du dieu fut un arrêt de mort^^^? Ce qui me ferait donner la préférence à cette supposition , c'est que les armes qui composent le trophée ne peuvent en aucune façon convenir à Hercule, tandis que l'on y retrouve toutes les pièces de l'armure fabriquée par Vulcain à la prière de Thétis^^^. Mais ce qui est à mes yeux une raison plus puissante encore , c'est le rapport qu'on peut trouver entre le nom d'Achille Ilr{k-fHd^-f\i (Jls.'kti.cx.^&ç , avant l'adoption des lettres destinées à repré-

3»* Hom. II.Tr', 233.

Zêû ava, AioSoJvaîe, ïlù.ixo'fix.i, TrjXdôt vai'wv, A(oSto>vir]( (xeSÉoiv Suffyeijy.spou • à[/.cpi 6e SeÀXoî ffoi vai'oua' ÛTro^Tj-cai àviTtTOTroSeç , y ajjiaieïïvai • il (xÈv ùri itot' Efxov etîo; ÉxXueç eiÇajxévoio, Tt'(/.viaa<; [y.sv £[/.é, i^Éya S î'I^ao "Ktxov 'Ayaiwv ■ T,â' £Tt xat vûv [/.oi Toâ' Èitixpvirivov eéXSojp. Etc.

*" Ibid. 24g.

T(~) 8' âVepov (^.Jv gSioxe ■Kaxr,p, eTepov S' âvévsuiTEV vï)wv (i.£v 01 aTrwffaaOai 7coX£[/.ov te [t-âyr^'v xt Sûlxî , ffo'ov S' àveveuffs (Aa/riç Iç aTtovéeirÔat.

*•' Hom. II. ff', 609.

Aùrip ETtEtSyi TeîiÇê côxoç [i.£Yiï t£ ffxiêapov ti , TÊtj^' apa oî ôwprixa, (paEivoTipov Tiupoç aÙYÎii;' Tsû^e Se ot xo'puôa ppiapviv, xpOTOtepoti; àpapuîav, xaXyjv, SottSaXeviv iiA Sa ypuasov Xo'cpov V-^'-' ' Tili^e Si ot xvr|(j.t5aî lavoîi xaTfftTî'poio.

( i88 ) senter les voyelles longues) et celui par lequel on désigne les deux colombes prophétesses Uslad^eç, ^^^. De pareils rapprochements ne sont pas rares sur les monuments. Ainsi , sur un vase peint du cabinet Durand ^^9, et qui représente Hercule combattant le lion de Némée, on voit au fond du tableau un arbre sur les branches duquel sont perchées cinq cailles. M. Ch. Lenormant ^9° y reconnaît à bon droit l'indication du lieu où se passe le combat, Opruyia

ou 2£V/lV/l39>.

J'oserai aller plus loin : comme dans les poètes ^9*, les colombes deDodone sont blanches, peut-être faut-il admettre que l'ÉIysée pour notre héros n'est ni dans le jardin des Hespérides, ni dans les [j-axapwv vÂcrot , ni dans les sphères célestes, mais dans l'île Leucé (A£uy.iQ') , située dans le Pont-Euxin, à l'embouchure de l'Ister ^9^, laquelle

^«8 Soph. 1. c. (Cf. Billerbeck ad h. I., p. 8G sq.) Herod. II, 57. — Notez que, d'après le scholiaste de Sophocle, Euripide compte trois XlEXEiaSeç, et qu'Hérodote donne le nom des trois prêtresses qui les avaient remplacées , ce qui j)rouve en faveur des idées émises par M. le duc de Luynes sur les dyades et les triades. Études numism. p. 90. Cf. de Witte, ISouv. ,^nn. 1. 1, p. 82 et suiv.

3S9 Voyez Catnl. Durand, n° 27.

^9° Op. cit., p. 14.

^" Voici, sans doute, comment ee savant a été conduit à rapprocher ces deux noms. La lune ieXriVV) n'est autre que Diane (Spanheim ad Callim. h. in Dian. 114, lAi.Soph. OEd. T. 207. Plut. Symp. 3 ad fm. Catull. XXXIV, 16). Or, Diane est aussi appelée 'OpTuyia (Ovid. Met. I, 694. K. O. Mùller, Dur.l, p. 116, 376), et c'est dans une plaine appelée 2e>vr,v7i que, suivant le scoliaste d'Apollonius de Rhodes (I, 498) cité jiav M, Lenormant, le monstre fut tué par Hercule.

^9' Sil. Ital. III, 682 : N/rris tranmnt cnncnlor alis.

^»^ Strabon VII, p. 3o6. Arrian. apud Iludson, t. I, p. 21. Pausan. III, 19. .Stcph. Byz. V. 'Ax.i)>X£ioç ApdfJio;. PeriijL Pont. Eux. Amm. Mare. XXII, 8. Cf. Raoul-Rochette , Ant. du Bosph. cir/iiii. , p. 20 sqq. Gail , ad Arrian., Geogi. gr. min., t. III, p. i3() sqq.

tirait son nom de la blancheur de ses rivages -^94^ ou , suivant Philostrate, des oiseaux blancs qu'on prétendait y exister en grand nombre 595, Et ce qui prouve l'antiquité de cette tradition, c'est qu'Euripide, qui paraît confondre l'île en question avec la Course d'Achille, lui donne l'épithète de TioXuopviâoç ^9''. Cette île de Leucé était, comme on le sait, le séjour favori d'Achille, devenu héros; c'est là qu'après sa mort, il habitait près de son épouse, Hélène suivant les uns ^9', ou Iphigénie suivant d'autres ^98.

Peut-être encore l'artiste a-t-il voulu , par la position transversale du Trapa'Cwviov, position que rien ne justifie, réunir à l'idée de l'île Leucé celle de la Course d'Achille^ Àypleioç Apd[zoç, péninsule voisine et également consacrée au fils de Thétis. Ce qui me porte à le croire, c'est ce passage de Pline ^99 : Insula AchilUs

^»< Pincl. Nem. IV, 80 (49 Boeckh) :

'Ev S' Eù^ei'vu) TeXayei cpaevvàv 'AyiXeiç

Nîcrov.

Ot SE Asuxriv IttW^ç )(poi5t; ôvop.aî[ou(7iv. Arrian. Ibid. Un même motif a fait donner à l'Angleterre le nom d'Albion.

' O'iXEÎv [aÈv Sr; Xêuxoùç opviGai; Iv aÙTïj cpairiv... xoff[y.ouvT«ç aÙTw xo à'Xaoç tw xe avEfAtj) Twv TTTepwv xat TOfîç ài-n auTtôv ^àvidi. Heroic., p. 246 sq. , éd. Boissonade. Cf. Pind. Scbol. Nem. IV, 79.

"° Iph. in Taur. 436-439.

rioXuopviÔov ËTc' alav, Asuxàv axxav, 'A/iXy)Oi; Apo'fxouç xaXXicTaSi'oui; , Eiiçeivov xaxi tovtov.

^"^ Philostr. Heroic, p. 244 sqq. Pausan. III, 19 ad fin. "'^ Ant. lib. Metam., rap. XXVII. Schol. Pind. loc. oit.

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