‹ Monuments d'antiquité figuréeChapitre 25 sur 31 · VIII. Repas funèbre offert au héros par sa. famille · texte numérisé non relu

VIII. Repas funèbre offert au héros par sa. famille

Le moment est venu d'expliquer deux monuments dont j'ai parlé dans la section I et que j'ai cru devoii- en exclure. Mais il me semble convenable de dire auparavant quelques mots du culte des Mânes et, delà cérémonie des Parentalia qui se rattachait à ce culte. J'ai déjà parlé plus haut 4^9 du sens qu'a le mot vipwçsur les monuments funéraires des Grecs; j'ai dit que ce nom , réservé d'abord aux personnages distingués qui avaient bien mérité de la patrie , fut plus tard accordé,

* Exàrepoi; ôè TouTWv ^aêSov £;(wv Sixâ^ei. § 82.

*^' Cat. du prince de Canino, n" 1498.

"^^ Description d'une collection de vases peints provenant des J'ouUles de l'Étrurie, n° 187.

''58 6,, Dans le mythe du Gorgias, § 82, Mitios seul porte le sceptre. KaOriT«i [Auvo; e/o)v /pu<roîiv ffxr|7:Tpt/v.

par euphémisme, à tous les morts en général, et devint synonyme de [jLaxapiTviç. L'extension donnée à ce mot doit-elle être regardée comme le résultat des rapports qui, à partir du 11^ siècle avant notre ère, s'établirent entr^ Rome et la Grèce? Faut-il y voir la traduction, en quelque sorte, du culte des Mânes et des Lares, ou admettre que ce culte exista simultanément dès les temps les plus anciens chez l'un et l'autre peuple? Tout porte à croire que de ces deux suppositions, la dernière est la seule admissible, bien qu'il soit vrai de dire que chez les Grecs la haute antiquité de cette croyance religieuse est moins solidement attestée que chez les Romains. On peut cependant même chez les Grecs en retrouver des traces certaines. Ainsi , déjà dans Eschyle ^^°, nous voyons le mot [/axapir-/];, employé comme synonyme de mort. D'un autre côté Plutarque 46' rapporte , d'après le témoignage d'Aristote^fi», qu'il était dit dans un traité conclu entre les Spartiates et les Arcadiens, qu'on ne rendrait bon., c'est-à-dire, qu'on ne ferait mourir, aucun des Tégéates qui auraient embrassé le parti des Lacédémoniens : M"/i^éva j^prcTov iroieîv [âovîÔeiaç x*P'"' "^"'î Xaxwvi^ouCTi Tcov TevEaTcov • oxep etvai, [xvi^sva aTroy.Tivvuvai. D'où il résulte que le mot jç^pYiaToç, bon., était l'équivalent de ccTroôavtov, ce qui, en admettant que le traité en question doit être placé avant les guerres médiques^^^, donnerait une antiquité assez respectable à

*^° Pers. 635. Cf. Wiltemb. in Plut, moral, p. lai E.

<^' Quœst. rom. LU.

**^ Plutarque ne dit pas dans quel ouvrage Aristote avait consigné ce fait. C'était sans doute dans quelque traité politique, peut-être dans ses Aix«iw[jiaTa TÔiv 7:oX£'[j.o)v, dont Ammonius {de Dijf. verb. p. y8, éd. Valckeuaer) nous a conservé un fragment qui donne une grande probabilité à cette conjecture.

*^^ Il paraît difficile de déterminer la date de ce traité. Tout porte à croire cependant qu'il est postérieur aux guerres de Messénie, et antérieur aux guerres médiques , c'est-à-dire, du Vil*" ou du VI*' siècle avant notre ère, époque où les Spartiates, délivrés de leurs plus terribles antagonistes, établissaient leur domination dans le Péloponèse, et pouvaient imposer de pareilles conditions aux Arcadiens.

cette synonymie euphémique dont les inscriptions funéraires parvenues jusqu'à nous, et qui sont pour la plupart postérieures à la prise de Corinthe, nous offrent de si nombreux exemples dans la formule y^pvicTè X'^^t. Or, si l'on réfléchit qu'en vieux latin manues , manum , manis signifiait bon et que de ià se tirait le nom des Mânes *^-^, on sera frappé de l'analogie qui existe entre les ypraxol ou les vipwe; des Grecs et les mânes des Romains, et l'on en conclura que chez les Grecs, comme chez les Romains et chez les Étrusques, les âmes des ancêtres étaient divinisées et révérées à l'égal des dieux.

Ce qui peut démontrer encore l'identité de ces deux cultes, c'est que si nous voyons les Romains célébrer chaque année la fête des Parentalia^^^ , en commémoration des morts, par des sacrifices, des repas et des éloges funèbres , nous retrouvons chez les Grecs une solennité de même nature dans les Nexucia '^^^ ou Eepi^eirva 4^7. Sans doute, aucun écrivain grec antérieur à l'époque romaine ne fait mention de cette solennité; mais la nature même des deux noms que je viens d'indiquer prouve que la fête des morts chez les Hellènes n'était point calquée sur celle des Romains.

A.insi, chez les Grecs et chez les Romains, même respect, même culte pour les morts, même foi dans l'influence qu'ils peuvent exercer

**^ Paulus : Marte a diis Manibus dixerunt, nam mana bona dicitur. Id. Manuos in carminibus saliuribus JElius Siilo significare ait bonos .... Dii mânes pro bonis dicunttir a suppliciler eos venerantibu.i. Cf. Serv. ad Mn. I , i lig. III , 63.

''^^ V. Facciolati, v. Parentalia et Parento. Adam, Rom. Anliq. p. 449) ^* *^^'

^'^^ Artemid. Oneir. IV, 8i. V, 82. Pollux, Onom. VIII, 7. Hieronym. in Jerem. CXVI, i. Hesych. v. wpata. Bekker. Anecd. p. 294. Eustath. ad Odyss. I. cf. Joh. Meiirsius, Grœcia feriata , V. Nexuaia. Patin, Comment, in très inscr. gr. p. 220.

**■ Dio Cassius, XL. Ubi vid. Reimar, t. I, p. 2'i3. Etym. Magn. ITepiSemvov ■î) ETti Toïc; aTtoOavo'ù'n ysvoasvr, éiTtain;.

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sur les vivants, même tendance à voir en eux des génies bienfaisants, des divinités protectrices. Mais de ces deux cultes si remarquables par leur moralité consolante, on ne peut dire que l'un soit dérivé de l'autre : ils proviennent tous deux d'une source commune.

Cela posé , c'est à la solennité des Nex-Jcria ou des Parentalia que l'on doit, selon moi, rattacber tous les monuments funéraires, tant grecs que romains, représentant un ou plusieurs personnages couchés, prenant part à un festin que leur offre leur famille dont ils sont entourés. Les monuments de ce genre sont, on le conçoit, en trèsgrand nombre; je ne m'occuperai que de ceux où figure le cheval : ce sont les seuls qui se rattachent à mon sujet.

Et d'abord je parlerai du marbre de Samos dont j'ai donné plus haut la description. Le personnage couché est un chef de famille entouré de sa femme et de sa mère qu'accompagnent deux jeunes suivantes. Peut-être qu'assimilé à Esculape, il est invoqué pour son jeune fils, qui se tient près de la femme voilée et joue avec un petit chien. Ce qui donnerait quelque poids à cette conjecture, c'est, comme je l'ai déjà dit , la pomme de pin qu'on voit sur la table , le serpent qui se dresse près du mort et le jeune cadmile qui puise dans un cratère. Mais ce qui met la chose hors de doute , c'est la tête de cheval qui occupe sa place accoutumée, et indique les dangers dont est menacé l'âge tendre du jeune enfant pour lequel on invoque un père'*^'*. En admettant cette explication qui me semble très-vraisemblable, je n'hésiterais plus à reconnaître que les deux femmes sont substituées à Hygie et Épioné, toutefois sans prétendre appliquer cette interprétation à tous les monuments dont nous au ions à nous occuper, et auxquels elle ne saurait convenir.

Les deux torches allumées, placées dans le compartiment à droite de la tête de cheval, sont les flambeaux qui éclairaient le repas

Vove/, iiolc !()'/.

funèbre ^^9. Quant au casque, à la cuirasse et au bouclier, ils sont comme suspendus dans le champ supérieur pour indiquer, ainsi que j'ai déjà eu occasion de le dire, que le mort s'est autrefois illustré comme guerrier, mais que les combats ont fini pour lui.

Il faut en convenir, ce monument est tout à la fois votif et funéraire, et si j'ai eu tort plus haut d'en restreindre l'interprétation à ce dernier sens, je persiste à croire qu'en le renvoyant à la section VIII, je lui ai assigné la seule place qui lui convienne.

Cette explication me paraît convenir en tout point au monument du musée Nani que j'ai cru devoir exclure de la I*^^ section , et où Biagi a vu tout, hors ce qu'il fallait y voir. Ainsi, d'abord il hésite sur la question de savoir si le festin se rapporte à des vivants ou à des morts '^7°; l'homme couché lui paraît être Hercule 47' , puis le bon génie '^72^ puis 3up\ter'*7^ , puis Bacchus'*74^ puis seulement un dieu quelconque 475 ; le cheval ne l'embarrasse pas moins, et de guerre las il en fait un âne'^'^. Enfin, convaincu de l'insuffisance de ses efforts, il est forcé d'avouer que le pyrrhonisme est chose plus prudente que la prétention à l'érudition archéologique '♦77. Sans doute, s'il n'eût point imprudemment repoussé les idées de Gori et de Passeri sur le cheval et sur le serpent '♦7^, il serait arrivé avec moins d'efforts à une conclusion plus satisfaisante pour lui et pour ses lecteurs.

"^9 Voyez Kirchmann , defunrrih. Roman. Mb. II, cap, ^, p. ni.

'^o S II-

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