‹ Monuments d'antiquité figuréeChapitre 26 sur 31 · IX · texte numérisé non relu

IX

Mon. de Mor. nr-i

Le musée d'Oxford ^79 rent'ernie une variété de ces deux monuments. Trois hommes sont couchés sur un lit. Deux d'entre eux sont des adolescents; on ne peut juger de l'âge du troisième, dont la tête est entièrement mutilée. Tous trois sont vêtus de la tunique et du tribonium. Le premier à droite s'appuie sur un éphèbe enveloppé dans un manteau, et dont la tête a également disparu. A l'une et à l'autre extrémité du lit, est une femme voilée et assise sur un siège élevé; les pieds de l'une et de l'autre reposent sur un ûiroiro^tov. Derrière celle qui occupe le coin à gauche , se tient une petite fille, ayant sur le bras gauche un vase dans lequel elle semble puiser de la main droite. Sur la table , portée par trois pieds de chèvre , on voit une urne entre deux TTupafJLoiivTeç. Dans le champ supérieur, est un buste de cheval à la fenêtre, et vis-à-vis un serpent qui se glisse le long d'un mur d'appui.

Nul doute que cette scène ne se rapporte aux Nexuata et ne nous représente un Trspi^etiîvov. Mais tous les personnages qui prennent part au banquet funèbre sont-ils des morts? Je suis très-disposé à le croire. En effet, nous savons par Valère Maxime ^^^ que si les hommes étaient couchés dans les festins, les femmes y étaient assises, et que les déesses elles-mêmes étaient ainsi représentées dans les lectisternia. Nous avons donc sous les yeux une famille composée de cinq membres : un père, deux de ses fils, sa femme et sa fille, auxquels les deux plus jeunes enfants, ou plutôt un parent chargé de leur tutelle, offrent un TTEpî^eiTuvov , pour qu'ils détournent, comme -^'pweç , comme Geol 5(Govioi ou Û7:o)(^0ovioi, les dangers qui menacent l'âge encore tendre des derniers rejetons de leur race. Dans cette cérémonie religieuse, les morts, comme sur les marbres de Samos et de Venise, sont assimilés aux divi-

^79 p. I. tab. LU, fig. CXXXV.

**" II, I, •!. Feniinœ cuin viris cubandbus sedentes cœnitahant : (luœ consuetudo ex hominuin convictu ad divina pcnelrmnt ; nam Jovis epulo ipse in lectulum , Juno et Minerva in sellas ad cœnani invitantur.

( ^.ir ) iiités salutaires : le père, celui dont la tête est effacée, à Esculape; la mère, à Épioné: la fille, à Hygie; tandis que ses deux fils, dont l'aîné pose son bras sur l'épaule du jeune frère qui lui survit, comme pour indiquer que la supplication est exaucée ^^i ^ représentent Evamérion et Alexanor.

Quant au serpent et au cheval, ils ont ici le même sens que sur les monuments de la section I; le serpent annonce peut-être de plus que les cinq personnages principaux sont admis au rang des héros.

Ces deux symboles se retrouvent sur un bas-relief de la même classe, appartenant à M. J. Dav. Weber, négociant allemand établi à Venise , et dont M. Rinck a publié une description dans le Kunstblatt^^"^. N'ayant pas la copie du monument sous les yeux, je me borne à reproduire ce qu'en a dit le savant antiquaire qui l'a fait connaître. « Une femme, probablement la fondatrice du monument sur lequel son nom n'a pas été gravé , est assise à gauche des hommes de sa famille et à quelque distance du lit où ils reposent. Son rang distingué est indiqué par une jeune suivante qui lui présente une boîte de bijoux. Des deux côtés du monument sont deux symboles : d'une part, une tête de cheval, et de l'autre, près de la femme, un tronc d'arbre entouré d'un serpent.» Ces deux symboles, suivant M. Rinck, indiquent l'opposition de la mort et de la vie, en admettant que le serpent annonce la vie dans les champs Elysées (ce que semble prouver le festin), ou bien encore la renaissance de la chair, suivant la croyance de la métempsycose. « Du reste, ajoute-t-il, si le serpent est un symbole de la vie (puisqu'en arabe le même mot désigne la vie et un serpent) , il est aussi un symbole de la mort, dont il est

4SI Voyez ce que j'ai dit plus haut , p. 1 15, au sujet du bas-relief publié par Moutfaucon, où Evamérion pose sa main sur la tète d'Hygie qui l'invoque au nom d'une famille de suppliants.

'*"' -2 juin 1828, p. 174 et suiv.

le compagnon, suivant Yalerius Flaccus'^^^, et l'un des attributs, sur les monuments étrusques 4*^4. Mais ici, c'est le serpent de la vie en opposition au cheval de la mort, et il indique que les morts goûtent le bonheur des anciens héros, la vie dans la mort. »

Cette explication est sans doute très-ingénieuse; mais si l'on a égard à tout ce qui précède, peut-être trouvera-t-on qu'elle ne s'applique guère au monument décrit par M. Rinck. On regrette que le savant antiquaire n'ait pas donné à sa description autant de développement qu'à ses rapprochements symboliques; car, d'après le petit nombre de renseignements qu'il nous fournit, on ne peut décider qu'une seule chose, c'est que le marbre se rattache aux Nexûcria. Si, comme tout porte à le croire, les hommes couchés sur le lectisternium sont au nombre de deux ou de trois, et si un ou plusieurs enfants figurent dans le repas funèbre, le bas-relief de M. Weber doit s'expliquer comme ceux dont je viens de parler.

Il ne faut pas croire cependant que sur tous les monuments les convives du festin funèbre soient représentés comme morts. Ainsi, sur un marbre du musée de Vérone ^^^, on voit deux hommes couchés, deux femmes assises et deux petites filles debout, et cependant l'inscription qui accompagne ce monument ne désigne qu'une seule femme :

EYKAEA AfAOnNOS rVNH AE API5T0AHM0Y.

Eù>tXE[i]a Àyàôcùvoç yuvv) ^ï ÀpKJTO^yi[iou. Euclie, fille d'Agathon et femme d' Aristodeme.

*'^ Jrgon. m, 457.

"''' Inglnrami, Moft. Etr. Ser. I, lav. 29; Ser. VI, lav. A, 2.

•'»^ Xt>IX. I.

Sur un autre monument du même musée 486^ une femme voilée est assise près d'un homme couché devant une table à trois pieds, et l'inscription ne se rapporte qu'à l'homme :

YPOMNHMA MAPKEAAOY O KATE2KEYA5EN AY TA H ^H • HP M APKEAAA AH iVHTPI0YZH5ANTIE"H K0XAIPE

Y7ro[xvYi[xa MapxéXXou o xaxeGxeuaffsv «ùtG tî [iYiTïip MapxeXXa AvifAïi- Tpiou ^viffavTi êt-/) y.6 . Xaipe.

Monument élevé à Marcellus par sa mère Marcella, fille de Démétrius . Il a vécu vingt-neuf ans . Adieu]

H semblerait que l'artiste qui a exécuté le cippe funéraire d'Octavia Exorata, fille de Caïus, également conservé dans le musée de Vérone ^'^', avait voulu éviter aux siècles futurs toute incertitude sur les liens qui unissaient à cette jeune fille les personnages assis près de son lit funèbre , car il a gravé au-dessous de chacun d'eux le degré de sa parenté. Ainsi , l'un est désigné par le mot PATER, un autre par celui de PATRVVS, un troisième par celui de MATER. H est à regretter que quelque artiste grec ne se soit pas avisé d'un pareil expédient.

Il faut savoir bon gré à celui auquel avait été confié un bas-relief du même genre, conservé à Oxford 48»^ d'avoir facilité pour nous

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