‹ Monuments d'antiquité figuréeChapitre 27 sur 31 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

' ' cxxxvn,3.

'** Part. I, tab. LU, Hg. CXL.

l'interprétation de ce monument en plaçant devant chacun des deux époux une table distincte. C'était même, sans inscription, nous dire d'une manière précise que le bas-relief était consacré tout à la fois à la femme et au mari.

Mais les quatre derniers monuments dont je viens de parler n'appartiennent pas immédiatement à la classe qui nous occupe, puisque le cheval n'y figure pas; et sans insister plus longtemps sur les éclaircissements qu'ils peuvent nous fournir, je vais m'occuper de quatre bas-reliefs qui se rattachent directement à mon sujet, et qui ne sauraient donner lieu à aucun doute, puisque chacun d'eux est accompagné d'inscriptions.

Le premier est un marbre d'Oxford 4^9, représentant un homme couché devant une table, vêtu d'une tunique et tenant une coupe à la main. Derrière lui, sur un mur d'appui, on voit un casque à longue visière et garni de ses yeveiacTYipeç. En face est une tête de cheval, et dans le haut du champ un bouclier argien suspendu. Au-dessous de la tête du cheval, un enfant présente une coupe à un serpent, qui vient s'y désaltérer '^9°, Sur le bord supérieur du marbre, on lit cette inscription :

NIKnN05....n5XAiPE

NiKwv, ô 2[i[/.(ovjo; , yoiiçt.

Nicon , fils de Simon , adieu !

«9 Part. II, tab. IX, lig. LXVII.

*9" Je ne sais quel aiitiqiiairc a |)ris oc serpent pour une bride à l'aide de la<|uelle renfanl conduil le cheval.

Deux interprétations peuvent convenir à ce monument. Un repas funèbre est offert à Nicon , récemment admis au nombre des héros, ce qu'indiquerait la tête du cheval qui vient de l'amener dans le fortuné séjour, et le jeune cadmile lui présente la seconde coupe dans laquelle le serpent, emblème ou serviteur du héros, se hâte de boire, comme pour annoncer que l'hommage de la famille est agréable au mort. Ou bien encore, le xspi^siirvov est offert pour le jeune cadmile que menace le cheval de ôavaToç j et l'avidité du serpent dénoterait encore un résultat favorable. Mais de ces deux explications, la première, à cause de l'inscription, me paraît la plus vraisemblable. Le casque et le bouclier prouvent, comme dans plusieurs monuments dont nous avons parlé plus haut, que Nicon a combattu pour sa patrie, mais que les combats ont fini pour lui. Peut-être faut-il voir en outre dans ces armes une allusion au nom, du mort , Nixtov , le vainqueur '^^^ .

Nous retrouvons le casque et le bouclier argien réunis à la cuirasse sur l'un des trois monuments dont il me reste à parler, et qui consiste en un bas-relief mutilé que M. le baron Judica a publié dans ses Antiquités d'Acrae 'îs^. Le champ de ce monument était encadré entre deux pilastres 49^^ portant un fronton. On y voit sur un lectis-

*9' Les Grecs et les Romains, sur les monuments, soit funéraires, soit de toute autre nature, font souvent allusion au nom du personnage principal, soit par quelque scène mythologique où un héros homonyme joue un rôle important, soit par quelque attribut facile à saisir. Voyez Visconti, Dissertation sur un vase peint , insérée dans le Musée Pourtalès, p. i5 et suiv. ; et M. Raoul Rochette, Deuxième mémoire sur les antiquités chrétiennes , p. 68. Aux exemples cités par ces savants, ajoutez deux monuments romains reproduits par Montfaucon , Jnt. expl. t. V, pi. XLIII : sur le premier, une femme nommée Cypris est représentée entre deux cyprès; sur le second, Herbasia tient dans la main droite un bouquft et dans la gaucho une corbeille de fleurs et de fruits.

^9' Tav. XIV.

■'*' Ceii;i de gauche manque.

( ^'6 ) ternlum d'une forme riche et élégante, un homme dont la poitrine et le bras droit sont nus et dont le reste du corps est enveloppé d'un large tribonium. Derrière lui et presque au centre, une cuirasse avec ses épaulières et ses franges, à droite de la cuirasse, un casque avec ses yeveiaffTïipei;, et à gauche un bouclier argien. Devant le lit est une table à quatre pieds chargée de mets parmi lesquels M, Judica494 veut reconnaître des boîtes de parfums et d'onguents nécessaires au guerrier couché, parce que sans doute il était afflilto di qualche inferniità. Sur la gauche du monument et en avant du lit s'avance, monté sur un cheval qu'il tient par la bride, un homme vêtu d'une tunique succincte et peut-être d'une chlamyde; à sa droite est un enfant à pied portant un rouleau. Sur la plinthe du monument, non moins mutilée que la gauche du bas-relief, on distingue encore ces restes de l'épitaphe :

12 SKHN

H ArA0O:|E (sic)

Je crois pouvoir ainsi rétablir cette inscription, en admettant, ce qui me paraît incontestable , qu'à la dernière lettre de la seconde ligne le lapicide a voulu corriger un 2 par un I.

l2[IAnP05 KAI 0Y]2KnN HLPflES] ArAOOl

ici'^wpoç x.al <ï>uc}t(i>v Tipioeç ayaÔoî. Isidore et Phjscon, braves héros.

^w* p. 1 ly.

Personne, je pense, n'admettra avec M. Judica que l'homme couché soit un héros malade, et que il cavalière sii qualche altro eroe suo amico o congionto che viene a visitarlo. H me paraît beaucoup plus vraisemblable d'admettre que les deux personnages sont deux guerriers, peut-être le père et le fils, morts à une certaine distance l'un de l'autre; et que le fils est représenté au moment où, monté sur le cheval de ©avaToç et escorté d'un esclave portant l'éloge funèbre prononcé sur son tombeau, il vient rejoindre son père, qui depuis longtemps a suspendu ses armes pour la dernière fois.

Ce que je viens de dire montre combien les inscriptions, même les plus insignifiantes en apparence, peuvent jeter de jour sur les représentations qu'elles accompagnent. Un monument de la collection appartenant à M. J. Dav. Weber nous en fournira une nouvelle preuve.

Ce bas-relief, dont M. Rinck a donné une description dans le Kunsthlatt ^95^ représente un personnage assis dans l'attitude de la réflexion. Devant lui se tiennent debout une femme et un enfant ayant un rouleau dans la main gauche. Au-dessus du personnage assis on voit une tête de cheval et deux rameaux de laurier ou d'olivier avec un serpent enroulé. Le tout est accompagné de cette inscription :

MonninMENAN APnonniA eapis

KAIMOnnOSOAY 5T05 Tn PATPnNI KAI AT0I2 I0NTE5

^9^ 2 juin 1828, p. 17!^ et 17/1, Mon. de Mor.

(•ii8)

M. Ôttttiw Mevoév^pw Omzia Èkmç >tal M. Otcttioç ^ausTo; tw Trarpwvt x«l a[û]TOÎ; ['CjcôvTEç.

Oppia Ëlpis et M. Oppius Faustus ont, de leur vivant, élevé ce tombeau a M. Oppius Ménandre leur patron^ et à euxmêmes.

M. Rinck pense avec raison que les deux personnages debout sont Oppia Elpis et M. Oppius Faustus; que ce dernier tient en main levolumen contenant l'éloge funèbre de M. Oppius Ménandre; et qu'enfin la femme et l'enfant sont les affranchis de l'homme assis, ce qu'indiquent, suivant lui, le mot xarptovi, et les noms d'esclaves joints pour la femme au nom de \age/is, et pour l'enfant à ce même nom et au prénom de son maître. Mais cette dernière raison n'est pas concluante. Il est bien vrai que les esclaves, en recevant l'affranchissement, prenaient le prénom et le nomen gentilitium de leur maître; mais c'était aussi l'usage des Grecs affiliés à quelque grande famille 496. C'est probablement par suite d'une semblable faveur que le Grec Ménandre porte ici les noms de M. Oppius. Ainsi donc , il n'est pas rigoureusement vrai que habere tria nomina soit toujours synonyme de manumissio , et je crois même que dans le passage de JuvénaH^', cité par M. Rinck à l'appui de cette opinion , ce n'est pas là le sens de cette locution latine.

496 Voyez Inscript, gr. et lat. recueillies par la comm. deMorée, 1. 1, p. 17 et 187. ''i'7 Sat. V, 128 et non pas 120. Voici le passage :

Duceris planta, velut ictus ab Hercule Cacus, El ponere foris , si quid tentaveris unquam Hiscere, tanquam habeas tria nomina.

« On te prendra par les pieds comme Cacus terrassé par Hercule, et l'on te

D'ailleurs le nom de Faustus que porte l'enfant n'est pas du tout un nom d'esclave, c'est un surnom romain très-connu que nous voyons porté par Sylla et par sa fille "^98^ et même par une impératrice, par la femme de Constantin.

M. Rinck explique ingénieusement les deux symboles placés audessus du défunt. Les branches d'olivier avec le serpent enroulé font, suivant lui, allusion à Mercure Psychopompe. Une tradition égyptienne, dit-il, attribue à ce dieu l'invention de l'olivier, et sur une pierre gravée de Stosch, le caducée de Mercure est entouré d'un rameau de cet arbre ''99. « Nous voyons, continue-t-il, sur d'autres monuments le serpent et le cheval réunis , et nous remarquerons ici que le serpent enroulé autour de deux rameaux de laurier, et opposé au cheval, symbole du voyage dans les enfers, indique parfaitement la victoire de la vie sur la mort. »

Certes, je suis loin de blâmer celte dernière explication; mais alors il ne faut pas hésiter, comme paraît le faire M. Rinck , entre l'olivier et le laurier; il faut se prononcer pour ce dernier arbre. J'avoue cependant que je préfère voir dans le serpent enroulé autour de deux branches d'un arbre, quel qu'il soit, une représentation abrégée du symbole des îles Fortunées, que nous avons leiicoutré sur tant de bas-reliefs, et que va nous offrir d'une manière incontestable le dernier monument dont il me reste à parler.

" jettera à la porte si tu te hasardes à ouvrir la bouche avec l'assurance d'un > homme qui porterait trois noms. »

Or, ces paroles, Juvénal les adresse non pas à un esclave, mais à un obscur parasite romain , nommé Trebius, qui sans doute n'avait pas de surnom , et qui , par conséquent, n'était pas en droit de parler avec l'aplomb que donne une iMustre naissance. Tanquam habeas tria nomina ne peut donc signifier, ainsi que paraît l'entendre M. Rinck : comme si tu étais affranchi.

'"'» Hor. Sat. I, i, 64.

^"^ W. Ruick renvoie à Creuzer, Mylli. I, p. i8o et suis.

Ce monument est un cippe conservé au Vatican, dans la galerie des statues 5oo^ et déjà publié dans les Monumenta Mattheiana 5°'. L'inscription nous apprend qu'il a été consacré à la mémoire de P. Vitellius Successus, par Vitellia Cleopatra sa femme. Elle est ainsi conçue :

DISMANIBVS

P. VITELLI SVCCESSI

VITELLIA CLEOPATRA

VXORBENEMERENTI

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