L’ÉGLISE SAINT-JEAN A MALINES
Quand Rubens, parvenu au faite de sa gloire, recevait les hommages enthousiastes des princes, des évêques, des grands artistes, ses émules, il lui arrivait parfois de céder à un sentiment d’orgueil et de répondre complaisamment aux éloges : « Pour voir de mes bons ouvrages, il faut se rendre à l’église Saint-Jean à Malines. » L’amour paternel s’applique si souvent à préconiser des enfants gâtés, qu’il n’est pas inutile d’ajouter ici que le maître disait vrai. Parmi des centaines d’œuvres admirables, enfantées par son inépuisable génie, celles qu’il désignait avec prédilection méritent, en effet, d’être placées au premier rang, car an coloris, au clair-obscur, à l’expression, au grandiose, elles réunissent les qualités plus exceptionnelles du fini et de la correction.
Le sujet principal est l’ADORATION DES MAGES, composition pompeuse et hère, fréquemment traitée et toujours magnifique dans ses diverses représentations. Les volets qui couvraient d’abord ce tableau, et qui en ont été détachés depuis, offrent quatre scènes religieuses empruntées à la vie de saint Jean-Baptiste et à celle de saint Jean l’Evangéliste. Enfin trois tableaux de chevalet, trois petites merveilles! surmontent la table de l’autel et représentent le Christ en croix, l’adoration des bergers et la
résurrection. C’est là, dans son ensemble, le trésor de l’église, trésor dont un document
ANVERS
historique du plus haut intérêt vient encore rehausser le prix : la quittance de Rubens, conservée dans la sacristie, et constatant que ces huit productions ont été peintes en dix-huit jours, au prix de dix-huit cents florins.
Auprès de ces œuvres magistrales, tout autre produit de l’art doit nécessairement Pài ir; cependant, l’on ne saurait, sans injuste dédain, passer avec indifférence devant les sculptures dont Théodore Verhaegen a décoré la même église. Si dans les dispositions de la chaire à prêcher, si dans les somptueuses boiseries appliquées aux colonnes, l’on reconnaît le style peu sévère du dix-huitième siècle, les bas-reliefs, les statues, l’ornementation même, révèlent de l’invention, de l’élégance, et une exécution toujours vigoureuse et habile.
Fils d’un charpentier de Matines, Verhaegen s’est bientôt élevé au rang des bons artistes de son pays et a pieusement consacré son talent à embellir les édifices de sa ville natale. Il y mourut entouré d’estime et de regrets, et fut solennellement inhumé, le 25 juillet de l’an 1579, dans l’église Saint-Jean, non loin de ses meilleures productions.