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imprévue; sous la mi Ire du prélat ils crurent découvrir le masque blafard de l'inquisition, et ils représentèrent humblement que celle sainte institution ne pouvait s’accorder avec la liberté du commerce. Or, quoique Philippe 11 préférai « ne pas régner que de régner sur des hérétiques, » il permit qu'on cédât, cette fois, aux prières de l'opulente cité.
A ce moment, l’église Notre-Dame portail les signes éclatants de la richesse qui l’environnait -.elle était décorée d'innombrables œuvres d’art et pouvait être considérée comme l’un des plus beaux temples de la chrétienté. Les sculpteurs et les ciseleurs lui avaient destiné leurs chefs-d’œuvre; les meilleurs peintres du siècle : Quentin Melsvs, Van Orley, Jacques de Vriendt, Michel Coxie, Josse Van Cleef, François Pourhus, et cent autres, lui avaient consacré leur pinceau. Les guerres de religion vinrent malheureusement détruire toutes ces productions et faire de tant de merveilles la proie d’un stupide vandalisme. La réforme, déjà répandue eu Allemagne, commençait alors à pénétrer dans nos villes, et par suite de ses relations avec l’étranger, Anvers
devait promptement en ressentir les effets. Les apôtres de Luther séjournèrent d’abord dans les environs, à Borgerhout; mais, excités par leurs sectateurs, et lassés eux-mêmes de leur réserve, ils pénétrèrent dans la ville et voulurent y continuer leurs prêches malgré les vifs débats qui surgirent entre les partisans de la vieille et de la nouvelle croyance. La gouvernante, Marguerite de Parme, jugea qu’un homme prudent pouvait seul apaiser ce dangereux conflit, et elle désigna à cet effet Guillaume de Nassau, qui toujours concentré, toujours maître de lui-même, ménagea les différents partis, conseilla la modération, assura l’ordre extérieur et se borna à répondre aux acclamations enthousiastes qui l'accueillaient : « Voyez ce que vous faites et prenez garde d’avoir à vous repentir. » Ceci dit, il partit, ayant en apparence rempli sa mission, mais laissant couver le feu sous la cendre.
Il ne fallait plus qu’un prétexte pour allumer un nouvel incendie, et jamais, en pareil cas, prétexte ne fait défaut. Un jour de procession solennelle, le peuple se mit à insulter l’image de la Vierge, força ceux qui voulaient s’y opposer à crier avec lui : « Vivent les gueux! «puis, après ce premier essai de ses forces, il se précipita en flots tumultueux vers l’église Notre-Dame. Un indicible spectacle s’offrit alors aux regards : Bien de ce qu’on put atteindre ne fut épargné; les autels, les crucifix, les vases saints, les tableaux, les ornements, tout fut brisé, pris ou souillé de mille outrages; on fouilla jusqu’aux tombeaux et l’on en éparpilla les ossements; puis, quand l’église ne renferma plus que les débris de cette monstrueuse orgie, l’on s’en alla, à la lueur des torches, recommencer l’œuvre de destruction dans les couvents et les autres monuments religieux. Ceci dura trois jours, au bout desquels les négociants, pensant chacun à leur avoir, comptèrent les dévastateurs, prirent les armes et arrêtèrent ce brigandage. Les magistrats reparurent alors aussi ; les pillards et les fanatiques
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rentrèrent dans leurs réduits; et, quelques mois plus tard, la Gouvernante fut reçue avec des acclamations non moins vives que celles qui avaient accueilli le prince d’Orange.
I ont semblait, par conséquent, oublié et réparé quand un double châtiment sc fit sentir : l’arrivée du duc d’Albe et la construction de la citadelle.
L occasion s offrira ailleurs de raconter la mutinerie des soldats espagnols et la surprise du duc d’Alençon. Pour en finir avec ces tristes épisodes, nous ne mentionnerons pins qn une spoliation a peu près égale à la précédente, mais qui eut lieu celte fois avec les formes hypocrites de la légalité. La république française avait envoyé son armée de sans-culottes se vêtir, se nourrir et s’enrichir à l’étranger. Les trésors de Notre-Dame devinrent butin de guerre : ses orfèvreries, comprenant cent chandeliers d’argent, deux devants d autel de même métal, un ostensoir d’or massif orne île brillants, et d’autres objets précieux, furent converties en monnaie; ses boiseries se vendirent à l’encan; ses tableaux ornèrent le musée de Paris; peu s’en fallut même que la cathédrale ne fût aussi vendue et démolie! Sans d’actives démarches, les matériaux qui composent celle merveilleuse flèche de quatre cent soixante pieds de hauteur eussent été dépecés et mis en vente comme des moellons!
La perte la plus regrettable faite alors consista en trois tableaux de Rubens :
L’ASSOMPTION DE LA VIERGE, LE CRUCIFIEMENT et LA DESCENTE DE CROIX. Quoique l’église eût été rendue au culte dès l’année 1 802, ces trois chefs-d’œuvre ne lui furent restitués qu’en 4846, après le retour de Louis XVI IL et reprirent alors leur ancienne place : L’ASSOMPTION au maître autel, les deux autres dans les transepts. Ces tableaux sont trop connus pour en essayer ici une description; il suffira de donner quelques détails relatifs à leur exécution. Le premier des trois f ut exécuté en seize jours, au prix de cent florins par journée, par le grand peintre habituellement exigé. LE CRUCIFIEMENT fut peint en 1640 et retouché dix-sept années plus tard par Rubens même, qui y. introduisit alors le chien peint sur le volet de droite. Enfin cette merveille d’expression, de poésie et de force, qu’on appelle LA DESCENTE DE CROIX, fut achevée en 4 642, pour être donnée à la corporation des arquebusiers. Ceux-ci voulaient, on le sait, une œuvre représentant leur patron, et le grand artiste ne les satisfit que médiocrement en s’attachant moins à la tradition historique qu’à l’étymologie du mot grec CHRISTOPHORE, porte-Christ, représenté pour ainsi dire allégoriquement dans trois sujets différents : la Visitation de la Vierge, la Purification, la Descente de Croix.
La variété d’œuvres que la sculpture, la peinture, la ciselure et l’art du peintre vitrier comptent dans l’église Notre-Dame, amène quelques disparates fâcheuses au point de vue de l’harmonie et de l’unité; mais ces taches, peu nombreuses d’ailleurs, tendent chaque jour à disparaître; le bel autel gothique, ainsi que les stalles, dus aux dessins de M. Durlet et exécutés par le ciseau de M. Geerls, sont à eet égard le
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signal d’une complète rénovation. Les stalles surtout attestent que la sculpture contemporaine n’a plus rien à envier à celle des époques antérieures, soit sous le rapport de l’exécution, soit sous celui du style. Rien de plus svelte, de plus élancé, de plus délicatement ouvragé que la tourelle qui occupe le centre de ce vaste travail. Rien de plus naïf, de plus chaste que les bas- reliefs qui surmontent chaque siège et représentent les différents épisodes de la vie de la Vierge. En un mol, l’art du dix-neuvième siècle se trouve ici dignement représenté; il a payé son tribut au beau monument qui remonte à Godefroid de Bouillon, que dota Charles-Quint et qu’illustra le génie de Rubens.