‹ Monuments d'architecture et de sculpture en BelgiqueChapitre 29 sur 39 · HOTEL DE VILLE · texte numérisé non relu

HOTEL DE VILLE

Ainsi que Bruges, la métropole de la Flandre orientale a dû ses premiers éléments de prospérité à la navigation : située au confluent de la Lys et de l’Escaut, elle offrait un port aux navires qui arrivaient de la mer et un marché aux produits de la contrée baignée par ces deux fleuves. Une autre source d’opulence fut la fabrication du drap. Déjà importante au onzième siècle, Gand resta longtemps sans rivale pour la fabrication de l’écarlate, c’est-à-dire du drap fin et tondu, et au quatorzième siècle, elle égalait la France et l’Angleterre pour les camelots, ainsi que pour les tissus en grosse laine. Ce développement industriel explique celui de la puissance communale. Reine de l’industrie, la cité trouva dans l’organisation des métiers une armée toujours prête à passer du travail au combat; bien inspirée dans le choix des chefs populaires, elle rencontra parmi eux des capitaines illustres, et, par son héroïsme, elle sut élever le caractère de ses dissensions intestines jusqu’à la hauteur des grands faits européens. L’on ne saurait essayer de retracer ici un aperçu de ses glorieuses luttes, mais on a voulu au moins apporter le prestige des souvenirs au monument qui symbolise l’émancipation de la commune.

1, ’liotel de ville actuel occupe le même emplacement que celui construit au treizième siècle par le célèbre collège échevinal des trente-neuf. La première pierre fut posée, le 4 juillet 1481, par le premier échevin Adrien Vilain, sire de Rassenghien. Les troubles de 1488, ceux de i54o, la révolution du seizième siècle, d’autres événements encore arrêtèrent les travaux, lesquels, alternativement repris et abandonnés, embrassèrent ainsi la durée d’un siècle. Jean Staessens ou Stassius avait bâti la salle du tribunal et la façade du coté du marché au beurre. A sa mort, son successeur, Jean Pollevt, fil démolir les constructions déjà faites, les recommença et les acheva aux deux tiers. En i58o, tous les travaux restèrent suspendus et il ne fut question de les reprendre que vingt ans plus tard, sous le règne plus calme d’Albert et d’Isabelle. Pendant cet intervalle, le goût de la renaissance avait prévalu et l’architecture ogivale avait été proclamée barbare : l’on décida donc que le dernier tiers de l’hôtel de ville serait achevé sans s’inquiéter du style adopté pour les parties existantes, et l’on édifia, en conséquence, un nouveau bâtiment composé de trois étages à fenêtres ornées de colonnes accouplées, d’ordre dorique, ionique et corinthien.

Quoique d’aspect assez monotone, cette dernière construction n’est pas dépourvue de caractère, mais elle offre, avec la partie de l’édifice qu’elle devait compléter, un

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étrange contraste qui indique qu’une révolution s’est faite et que, dans l’étal social comme dans le goût artistique, de nouvelles idées ont prévalu.

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