‹ Monuments d'architecture et de sculpture en BelgiqueChapitre 38 sur 39 · HÔTEL DE VILLE DAUDENARDE · texte numérisé non relu

HÔTEL DE VILLE DAUDENARDE

En 1 3 8 5 , Jean le Hardi construisit à Audenarde, sur les bords de l’Escaut, un nouveau château fort destiné à dominer le cours de la navigation vers Gand. Malgré les protestations pacifiques des Gantois, Jean de Bourgogne vint, à son avènement, résider au même lieu, et la châtellenie gagna successivement en importance par le séjour de plusieurs princes qui suivirent cet exemple. Le plus illustre de tous, Charles-Quint, se rendit à Audenarde lors du siège de Tournai (1Ô21) et il y demeura assez longtemps, retenu, non par les affaires d’Etat, mais par les liens du cœur. O11 sait qu’il était amoureux de la belle Jeannette Van Gheenst, fille de service dans la maison de Lalaing, et qu’un enfant, qui devaitplus tard s’appeler Marguerite de Parme, naquit à la suite de ces amours.

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L’affluence des courtisans, les fêtes, les magnificences qui cachaient des plaisirs plus doux, augmentèrent le bien-être de la petite ville flamande et contribuèrent sans doute à la résolution, prise quelques années plus lard, de reconstruire F hôtel de ville. Celui-ci était, d’ailleurs, dans un évident état de vétusté, et l’annonce de sa démolition fut accueillie avec tant de joie que la population y trouva le prétexte d’une réjouissance : pendant le carnaval de l’année IÔ2Ô, elle s’amusa à renverser les anciennes murailles et les vieux pignons de l’édifice .

Un des plus habiles architectes de ce temps, Jean Stassius, auteur de l’hôtel de ville de Gand, avait été appelé en premier lieu, mais soit que ses plans ne furent pas trouvés assez beaux, soit que la mort de l’artiste eut mis obstacle à leur adoption, les magistrats mandèrent bientôt après Henri Van Pé et Philippe de Ronde. Le premier devait, comme architecte, présenter des modèles en bois et. sur papier; le second, comme entrepreneur des travaux, devait être chargé de la direction de l’ouvrage et de la taille des pierres. Les plans de ces deux maîtres furent agréés, et l’on s’entendit avec eux, de sorte qu’au mois d’avril de l’an i5sî5, la pose de la première pierre se fit solennellement par le gouverneur, Philippe de Lalaing.

L’édifice forme un parallélogramme isolé de trois côtés. La façade principale, tournée vers la place publique, est longue de 2Ô mètres; le côté latéral gauche est d’une étendue «à peu près égale; le côté latéral droit n’a été construit que sur une longueur de 12 mètres, mais il est continué par une aile de l’ancien hôtel des échevins. On s’aperçoit, au premier coup d’œil, que l’architecte Van Pé s’est heureusement souvenu des parties les plus admirées dans les hôtels de ville de Louvain et de Bruxelles. La disposition générale des étages et des fenêtres rappelle celle du premier de ces deux monuments, tandis que la tour centrale, ainsi que la galerie du rez-dechaussée, offrent de l’analogie avec le second. Celte ressemblance ne va cependant pas jusqu’au plagiat, mais s’arrête dans les limites d’une ingénieuse imitation. L’architecte a su, en outre, très-habilement tenir compte des conditions spéciales résultant de l’emplacement , de la grandeur du monument, et des modifications introduites à ce moment dans le style ogival.

Les travaux eurent lieu sans interruption et quatre années suffirent pour arriver à un complet achèvement (1529). Pendant tout ce temps, l’intendant chargé de la surveillance et son adjoint, de concert avec les échevins, n’avaient cessé de stimuler l’activité des maîtres et des ouvriers. Ils avaient multiplié les libéralités, les pourboires, et ils eurent lieu, à ce qu’il paraît, d’être satisfaits du procédé employé. On voit, en effet, dans les comptes de la commune que l’architecte Van Pé reçut, comme témoignage d’estime et de reconnaissance, un bel habit de drap qui avait coûté vingt-quatre livres, plus un écu de six livres de gros, remis en deux payements.

Les comptes communaux nous apprennent aussi que la dépense totale faite pour la

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maison communale, pendant les années i5a5 à i53Ô, s’élevèrent à 86,658 livres parisis. Dans ce chiffre ne sont pas compris les ouvrages de sculpture, pour lesquels on traitait séparément et dont la dépense dut être considérable. En effet, outre la riche ornementation étendue comme un réseau sur une partie de la façade, outre les statuettes <n bionze doré couronnant, ça et la, les différents pinacles, une rangée de statues, 1 epi csentanl différents monarques, s’élevaient encore au-dessus du second étage, et l’image de la Vierge avait été taillée avec beaucoup d’art par le ciseau d’Adrien Van 1 Ioorick.

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