‹ Monuments d'architecture et de sculpture en BelgiqueChapitre 4 sur 39 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les édifices construits d’après les plans de Rubens ou de ses iinilaleurs ont, pai' contre, un caractère national qui éclate dans leur ornementation. Il eu est de même pour les maisons des corporations et des métiers qui furent élevées avec tant de somptuosité à Bruxelles, à Garni, à Maliues, à Lierre, pendant la durée du dix-septième cl du dix-huitième siècle; elles offrent un entassement d’allégories, d’emblèmes, d’inscriptions, «pii semble exclusivement appartenir à notre pays. Les monuments religieux, bâtis d’après des types mieux déterminés, offrent comparativement plus de sévérité, mais là cependant aussi un sentiment particulier se rév èle ; ce qu’il a de spécial s’apprécie aisément si l’on compare les œuvres de nos architectes avec celles des architectes étrangers. L’église de Saint- Aubin àNamur, édifiée par le Milanais Piz/.oni, peut fournir à cet égard l’occasion d’un parallèle.

Les colonnes et les grands ornements sculptés, particuliers au style de la Renaissance, nécessitèrent un plus fréquent emploi des pierres de taille; par suite, le plâtrage, le badigeon, qui donnent à la brique le même aspect, s’introduisirent à celle époque et s’étendirent bientôt jusqu’à l’intérieur des églises : un encroûtement blanchâtre et périodique se substitua à la polychromie. La peinture à l'Imile, usitée un peu plus tard, ne fut que le développement de ce barbarisme. Fai déguisant la couleur et la nature de ses matériaux, l’architecture était sortie de la voie rationnelle et s’était privée des moyens d’effet dus à la richesse variée des teintes; elle ne tarda guère à s’appauvrir aussi sous le rapport des formes: l’ornementation devint rare, les moulures maigres, les lignes géométriques, et l’appauvrissement se continuant, l’on arriva bien vile à la froide et anguleuse nudité des constructions contemporaines. L’art était descendu jusqu’au métier, l’architecte se borna a être constructeur.

En ces derniers temps, une réaction s’est faite et quelques constructions ont montré un retour à plus d’élégance, à plus de richesse. Celle réaction, si louable par son dégoût du présent, a néanmoins manqué jusqu’ici de principes et de théorie : elle s’est bornée à puiser indistinctement à toutes les sources du passé. Or, 1 érudition sans un sentiment intime des besoins de chaque époque et de chaque pays, c’est le chaos! c’est la négation de l’harmonie et de l’unité, conditions essentielles du beau. Ainsi sont (ailes nos \ illcs : l’église du moyen âge, le temple grec, la maison à l'italienne, tout s’y touche, tout s’\ heurte. Dans le monde moral et dans le monde artistique, il y a la meme confusion, la même incohérence. Selon une invariable loi, que nous avons cherché à faire ressortir, l’architecture continue ainsi, par son désordre même, à ollrir I image fidèle du siècle, et la raison en est facile à saisir : dans la société, tout naît du mouvement des esprits, et les monuments, ainsi que les autres faits, ne sont que l’enveloppe matérielle des idées.

BRUXELLES

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