TOMBEAU DE L’ARCHIDUC ERNEST
Appelé au gouvernement des Pays-Bas par son cousin, le roi d’Espagne Philippe 11, l’archiduc Ernest partit de Vienne au mois d’octobre i%)3. Le 16 janvier suivant, il atteignait la frontière, et, le 3o du même mois, il faisait brillamment son entrée à Bruxelles. La situation du pays était pleine de dangers, et les tiraillements des partis devaient encore augmenter les difficultés à résoudre. Le nouveau gouverneur le sentait confusément et, aussitôt son arrivée, il écrivait à son frère, l’empereur Rodolphe II : « Les chefs, et en général ceux qui dans ces derniers temps ont tenu le gouvernement des « Pays-Bas, de même que les conseillers, sont, dans leurs voles et opinions, d’avis assez « différents et difficiles à concilier. 11 pourra, je l’espère, y être remédié avec l’aide de « Dieu et à mesure que j’apprendrai à mieux connaître les personnes qui m’entourent. » Malheureusement Ernest était trop peu pénétrant pour connaître les hommes et trop peu énergique pour conjurer les événements. Il se bornait a espérer avec résignation dans l’aille du Tout-Puissant, et tandis que Henri IV faisait envahir le Hainaut, que les Provinces-Unies s’emparaient du Luxembourg, qu’une soldatesque étrangère ravageait enfin, de différents cotés, le pays, il s’entourait de musiciens, de comédiens et d’orfévres.
• S’il est une excuse à tant d’inertie, elle est tout entière dans l’état valétudinaire de l’archiduc, qui, constamment assiégé de souffrances, mourut après un règne il un an, le 6 février i5q5. Immédiatement après le décès, son cadavre fut déposé dans I église de Caudenberg, et il s’y trouvait encore, moyennant une forte redevance payée à l’abbaye, le iÔ mars 1600. Considérant qu’il était plus convenable de procéder à l’inhumation définitive du prince, l’archiduc Albert ordonna que les funérailles de son frère et prédécesseur seraient célébrées, et le 16 mars celles-ci eurent lieu, en effet, avec une grande magnificence, à l’église Sainle-Gudule.
BRUXELLES
Après l’offrande, l’archiduc Albert, aidé par le comte d’Arenberg, le due d’Arsehol, le duc d’Umena, le marquis de Iiavré, le prince d’Orange, le comte de Solre cl le comte de Ligne, porta le cercueil depuis le catafalque jusqu’au caveau, ouvert devant le maître-autel; là il y fut descendu par « les écuyers tranchants, » et l’archiduc ordonna qu’un mausolée serait élevé au même lieu.
Ce monument, construit en marbre blanc et noir, 11e porte point l’épitaphe laite par Juste-Lipse, mais seulement l’écusson et la devise d’Ernest : SOL1 DEO GLORIA. Quelle que soit l’estime que l’on accorde à l’illustre érudit, l’on peut dire que la devise vaut mieux que l’épitaphe proposée : elle est plus en rapport avec le mérite du défunt, et mieux en harmonie avec le sentiment d’humilité que doit inspirer une tombe placée dans le saint lieu.