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PÉRIODE DES INSTRUMENTS TRANCHANTS EN PIERRE

ou AGE DE LA PIERRE.

Les traditions , l'observation des faits et l'histoire font de l'Asie le berceau des peuples, qui se répandirent de là sur la terre. Si nous suivons un moment la marche des populations qui se dirigèrent vers l'Europe à travers des contrées désertes, elles nous offrent l'aspect de nomades cheminant lentement avec les troupeaux qui servent à leur entretien, et ayant à lutter contre des obstacles de tout genre. Plus d'une génération a dû passer avant que ce premier flot de peuples ait rencontré l'Océan pour limite. Dans de telles conditions, on comprend que les hommes qui auraient connu le travail des métaux avant d'entreprendre cette vie nomade se seraient trouvés dans l'impossibilité d'appliquer leurs connaissances à l'exploi-

talion des mines, aussi longtemps qu'ils n'avaient pas de demeures fixes. Les connaissances sans application, ne tardent pas à se perdre. Les matières qui étaient à la portée de chacun, la pierre, le bois et l'os, tinrent lieu de métal. Il parait même que tous les peuples qui ont été chercher une patrie dans des terres incultes ou inhabitées ODt débuté par là, à en juger par la présence de ces instruments en Amérique et dans certaines contrées de TAfrique. Ce qui est certain, c'est que ce fait est commun au midi et au nord de l'Europe.

Antiquité de la première période.

Avant de passer à la description des objets qui caractérisent celte période, nous devons dire un mot de quelques découvertes propres à jeter du jour sur la haute antiquité à laquelle ils remontent.

A quelques lieues au sud de Rome, dans le Latium, restent encore des ruines d'Albe la longue ; mêlées à une couche de terre végétale, elles reposent au-dessus d*une couche volcanique qui a dû son origine à l'existence d'un volcan voisin, mais dont les traditions historiques n'ont conservé aucun souvenir. Jusqu'ici rien que de très ordinaire. Ce qui Test moins, c'est d'avoir découvert sous cette couche volcanique des urnes cinéraires toutes pareilles à celles du nord, avec divers objets en bronze analogues à ceux qu'on voit dans le musée de Copenhague; au-dessus, les cendres durcies du volcan ne permettent pas de supposer que ce dépôt leur soit postérieur. Plusieurs de ces pièces précieuses ont été achetées par M. de Bonstetten et

seront décrites dans notre seconde période. Ce que nous Youlons faire observer pour le moment c'est qu'Albe la longue, détruite l'an 665 avant Tère chrétienne, était re-* gardée à cette époque comme Tune des plus anciennes villes deritalie. Sa fondation, qui se perd dans une haute antiquité est cependant postérieure à la couche volcanique sur laquelle elle repose, tandis que les urnes sont nonseulement antérieures à Albe la longue, mais encore au volcan antéhistorique qui a recouvert cette contrée d'un lit de cendres et de lave. Bien plus, les objets en bronze découverts, remontent seulement à la 2°i« période , car les habitants de l'Italie, débutèrent, eux aussi, par le travail des instruments en pierre. On peut juger par là de l'âge reculé auquel remontent les premières migrations de peuples dans le midi de l'Europe. Les objets en pierres quoique rares en Italie , ont cependant été retrouvés en divers lieux. Je puis citer entr'autres quatre pièces découvertes à quelque distance d'Albano, parfaitement pareilles à celles du nord. Ce sont trois pointes de flèches en silex et une hache d'une espèce de serpentine.

Indépendamment des faits que nous venons de citer, les données historiques que nous possédons sur le midi de l'Europe ne laissent aucun doute sur l'âge reculé auquel y pénétrèrent ses premiers habitants. Ces données nous manquent pour apprécier avec la même netteté l'antiquité du mouvement du nord, dont les peuples sont mentionnés pour la première fois environ 300 ans avant notre ère. L'histoire nous faisant défaut, nous chercherons à y suppléer à l'aide des sciences naturelles.

La Scandinavie , entourée en grande partie par les mers, ne parait pas avoir présenté dès les premiers âges.

Taspect que dqus lui connaissons. Le Jatland, le Seeland, le midi de la Suède, les promontoires et les iles de la Baltique formaient une môme contrée, attenante au nord de l'Allemagne. De même que la Grande-Bretagne a dû être unie au continent, le sol Scandinave faisait corps avec la Germanie à une époque reculée. Notre sujet ne permet pas que par une digression trop étendue nous entrions dans la discussion des faits. Cependant nous citerons quelques observations à cet égard. Il n'est pas rare de retrouver dans les tourbières du midi de la Suède les restes non fossiles d'animaux divers, étrangers à cette région, d'où ils ont tout à fait disparu. Les mômes espèces existent cependant encore en Allemagne. Alors qu'il y avait continuité de terrain, ces animaux s'avançaient donc dans le nord, durant la belle saison, et retournaient passer rhiver plus au midi. Mais après la rupture du sol, ceux qui ne périrent pas dans cette catastrophe, eurent la retraite coupée, et ne tardèrent pas à succomber sous les rigueurs d'un climat pour lequel ils n'avaient pas été créés'. Quelque ancienne que soit cette catastrophe, les naturalistes l'envisagent comme postérieure au déluge, et nous allons voir que ces contrées étaient déjà habitées par l'homme en ce temps-là.

Le sol Scandinave présente une direction ascendante du midi an nord, mais en même temps un mouvement de bascule encore sensible de nos jours, de telle sorte que d'après les observations scientifiques des derniers siècles,

* Ces animaux du midi isolés dans le nord par la rupture du sol, permettent de conclure que la catastrophe a eu lieu vers la fin de l'été, après leur arrirée dans le nord et avant leur retour au midi où ils allaient pour la roau- ^se saison.

JlO MONUMENTS DE l'aNTIQUITB.

le nord tend à s'élever insensiblement tandis qae le midi s'abaisse peu à peu dans la mer. Cette action, peu sensible d'un siècle à l'autre , ne laisse pas de produire de grands effets à travers des milliers d'années ^ La rupture du sol ne doit cependant pas être attribuée uniquement k ce mouvement graduel. Il existe en divers lieux les traces d'un mouvement violent qui parait produit par un soulèvement brusque d'une part, et un abaissement subit de l'autre. Une grande inondation a jeté sur le midi de la Scanie des digues de sables et de gravier hautes de 40 à 60 pieds. Ces digues présentent ceci d'intéressant pour l'archéologue, c'est qu'elles recouvrent parfois d'anciennes tourbières» au fond desquelles on trouve des instruments en silex, produit incontestable du travail de l'homme, des écailles de tortues d'eau douce, étrangères à la Suède , mais communes dans le nord de l'Allemagne ; des petits bois de cerfs, certaine espèce d'ours, et entr'autres l'urus, espèce de bœuf sauvage, qui au temps de César existait encore en Germanie, mais qu'on regarde comme ayant disparu dans le nord, avant l'arrivée de l'homme. M. le professeur Niisson a cependant retrouvé dans une de ces tourbières, le squelette complet d'un de ces urus qu'il a fait remonter dans les collections de l'université de Lund. Ce qui rend cette pièce particulièrement précieuse, c'est la marque d'une blessure profonde qui a traversé deux vertèbres. La suppuration a un peu arrondi l'ouverture de la blessure, mais la suite ne laisse aucun doute qu'elle n'ait été faite par un large fer de flèche. Bien plus, l'obliquité est telle que l'animal a dû être frappé par der-

^ Desor, Bulletin de la Société]géologique de Fratice, S»* série, de 1846 à 1847, pag. 182.

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riëre et recevoir le trait à peu près parallèlement à sod dos. En on mot, un examen attentif de cette blessure montre qu'elle n'a pu être faite que par la main de l'homme.

Il faut observer que ces tourbières ont été fort anciennement de petits lacs, sur lesquels chassaient et péchaient les peuples primitifs. En poursuivant ces moyens d'existence» ils perdirent plus d'une fois leurs traits et leurs flèches dans ces eaux, d'abord lacs ou marécages, et tourbières plus tard. Ce fut donc après la formation de celles-ci qu'arriva la catastrophe dont nous avons parlé, à laquelle seule peuvent remonter ces hautes digues de sable et de gravier, et, aujourd'hui, c'est à travers ces couches épaisses qu'on retrouve des traces de l'art humain, antérieures à ces bouleversements, et qui nous montrent à quelle antiquité doivent remonter les premiers habitants dans le nord. Les instruments en silex, qui ont été découverts, sont des pointes de flèche à trois ou à deux tranchants et une espèce de hache ou coin.

L'intérieur du Jutland conserve aussi les traces d'une grande inondation. Au milieu de plaines considérables s'élève une haute colline de formation naturelle. Pour peu qu'on creuse à sa surface on trouve de nombreux squelettes d'hommes et d'animaux couchés sans ordre, péle mêle. A la base du mont tout le sol est couvert de coquillages de mer. Que signifient encore ces faits , sinon la fuite devant l'inondation qui atteignit même, sur la hauteur, tous les êtres qni s'étaient hâtés d'y chercher un refuge ?

Nous venons de voir des faits qui ont rapport à l'affaissement du sol et à rinondation qui en fut la suite ; nous en citerons encore un qui nous transporte plus au nord,

daDS le BobûsIâD, et a rapport au mouvement d'ascension mentionné plus haut. Le professeur Niisson faisant un voyage dans cette province, vint à s'arrêter vers des tailleurs de pierre qui extrayaient des matières d'un mont, près des bords de la mer, A peine est-il là que son œil investigateur s'arrêta sur des ossements humains. Il regarda de plus près, c'était un squelette pris dans un banc de coquillage ; ce qui était surprenant c'est que cette es- ^ pèce de roche n'avait point été creusée pour y placer un mort, mais celui-ci avait été recouvert de couches naturellement superposées. A ce fait, il n'est qu'une explication. Ce corps ne peut avoir été déposé là et recouvert par l'accroissement naturel du lit de coquillages, qu'alors que le banc était en état de formation, c'est-à-dire baigné par les eaux de la mer. Un homme avait donc disparu dans les flots à une époque où ce banc, loin d'être à la hauteur actuelle, reposait encore au fond des eaux. Il dut se passer un certain temps avant que ce corps fût recouvert d'un nouveau lit de coquillages épais de quelques pieds. Enfin un soulèvement produit par quelque catastrophe de la nature l'éleva à la place qu'il occupe aujourd'hui, et cela dans un temps où ce pays était déjà habité ^

Ces divers faits rapprochés paraissent appartenir au même événement. S'ils ne nous donnent pas la date précise d'un siècle, ils n'en sont pas moins le témoignage irrécusable de l'antiquité reculée à laquelle remonte l'origine des premiers habitants dans le nord.

* Plusieurs ossements de squelettes conservés dans les collections de Luad, témoignent d'une stature assez grande, mais qui n*offrirait pourtant rien de surprenant de nos jours. Je retrouve maintes fois à Bel-Air des fémurs qui ne cèdent en rien à ceux recueillis dans ce tmnc du Bohiislan.

Durée de la première période.

La période qui nous occupe ne présente donc pas une moins haute antiquité dans le nord, qu'au midi de l'Europe. Volcans et catastrophes antéhistoriques recouvrent également les débris de générations plus anciennes. Que les peuples primitifs aient eu des rapports en Orient avant de suivre des routes si diverses, ce n'est pas sans vraisemblance ; mais la différence de climat et la proximité d'autres populations durent imprimer des directions différentes. Au midi, la période qui nous occupe fut de bien moins longue durée que dans le nord. Le petit nombre d'instruments en pierre qu'on retrouve soit en Italie, soit en Grèce indique que l'emploi du métal ne se fil pas longtemps attendre, tandis que ces instruments répandus en grand nombre sur les rives de la Baltique ne sauraient provenir d'une population plus considérable que dans le midi, mais bien d'un développement moins rapide '.

" M. Nilfson possède une pièce en silex chargée d'une oxidation, ou calcination qui ne peut être que l'effet d'un très long espace de temps. Cette pièce a dû être perdue dans un temps très reculé et abandonnée sur le sol pendant bien des siècles pour qu'une calcination de ce genre ait pu se produire. Le point important est celui-ci ; c'est qu'elle a pourtant été retrouvée et utilisée de nouveau à une époque où on se servait toujours de la pierre. Ce qui le prouve, c'est qu'elle a été retaillée sur les bords, de telle sorte que la calcination ne paraît plus qu'au centre qui porte lui-même les traces d'un travail fort antérieur. Berzelius, consulté sur le fait 4e la calcination du silex, dit qtt*elle ne peut être le produit des intempéries de Tair que par l'action de siècles nombreux. — M. Nilsson possède une autre pointe de trait tellement calcinée qu'elle ressemble à une empreinte en gyps. Celle-ci n'a pas été reUillée.

hU MONUMENTS DE L* ANTIQUITE.

Formes principales des instruments.

La forme de ces instruments en pierre est plus yariée qu'on ne le supposerait, eu égard à la matière employée. Nous allons en indiquer les principales, qui se retrouvent à peu près les mêmes dans tous les pays où existent des débris de Tâge primitif.

Le coin est une espèce de hache à un tranchant, sans trou, long de 3 à 15 pouces, de la même largeur aux deux extrémités, ou plus évasé vers le tranchant. Celui-ci est en arc de cercle, ou oblique ; dans ce dernier cas, l'un des côtés du coin est plus court que l'autre. Lorsque le tranchant de ces pièces était endommagé, on le réparait en les aiguisant de nouveau. La coupe de l'extrémité opposée au tranchant présente parfois un carré long; dans ce cas le coin était fixé à la hampe au moyen de ligatures sur un embranchement à angle droit, à moins que la hampe ne fût recourbée. D'autres fois cette même extrémité entrait dans une hampe fendue ou entaillée dont la pesanteur suppléait à celle de l'instrument , souvent fort léger. Ces hampes en bois ont naturellement disparu par l'action des siècles S mais la manière dont plusieurs peuples sauvages assujettissent des instruments tout pareils nous donne une explication plausible de ce qui a dû être fait dans l'anquité. La Nouvelle Zélande et la Terre de Feu permettent entr'autres de faire plusieurs de ces rappro-

* On a retrouvé au sud de Mersebourg une salle sépulcrale dont les parois portaient des sculptures en grès représentant entr'autres un marteau de combat de 8 pouces de long avec une hampe de 18 pouces.

chements. — Quant à l'asage de ces pièces, ainsi que de plusieurs autres, chez les anciens, on est souvent tombé dans l'erreur en donnant à chacune d'elles une destination toute spéciale. A l'enfance des sociétés il ne faut pas chercher d'un côté, des ustensiles de la vie domestique, et de l'autre, les armes exclusivement destinées à la guerre. La cognée devenait hache d'armes, et le couteau, poignard. La flèche ou le javelot atteignaient également l'ennemi, qu'il fût homme ou béte féroce. L'instrument qui nous occupe est encore employé par quelques peuples sauvages à creuser des canots. Après avoir abattu l'arbre et l'avoir dépouillé de ses rameaux au moyen du feu, ils carbonisent la partie qu'ils veulent creuser, et à l'aide de la pierre, du feu et d'une grande patience, ils obtiennent le résultat désiré. On a retrouvé dans des marécages du nord des troncs d'arbre qui portaient des traces du feu et d'un genre de travail tout pareil. Ces coins, même ceux des plus petites dimensions servaient aussi au combat, ainsi qu'on a pu s'en assurer par quelques découvertes en Allemagne. A peu de dislance de Magdebourq, on a trouvé un crâne auquel était encore fixé l'arme qui avait donné la mort. C'était un coin en silex, long de 2 7i pouces et large de 1 7t sur le tranchant, attenant au crâne avec une masse d'argile calcaire. Un fait analogue a été observé dans la contrée de Quenstadt '. Dans le nord de l'Allemagne, l'agriculteur, en labourant ses champs, trouve parfois des pièces dont la provenance lui est inconnue ; il les croit tombées du ciel et les appelle coim du iofinerre ou pierres d'arcen^del. Elles ont à ses yeux une valeur médicale. En

* New Mitlheilungen von Halle, erster Band, sweites Hefl, 1884 pag. 98 à

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Saède, ie paysan s'en sert dans la magie. Après avoir tra^é un cercle sor ranimai malade, il bat feu an-dessus à l'aide du briquet, et suspend ensuite la pièce au cou de ranimai dont il veut obtenir la guérison.

La youge est un instrument pareil au précédent avec cette différence que le tranchant en arc de cercle est concave d'un côté et convexe de l'autre. Son emploi a dû être réservé presque exclusivement au travail sur bois.

Le ciseau de la forme et de la grandeur du ciseau dn maçon est presque toujours en silex. Quelquefois son tranchant est taillé à la manière de celui des gouges.

Le marteau a des formes très variées, sans doute suivant sa destination. Il était une pièce importante dans la fabrication des autres instruments. Parfois, c'était une pierre de la forme d'un œuf, avec une petite concavité de deux côtés opposés, pour que la pièce tenue entre le pouce et l'index, échappât moins facilement. Ces concavités sont aussi au nombre de 3, de 4 ou de 5, disposées de manière à correspondre parfaitement aux extrémités de cha-« que doigt. On classe souvent avec les marteaux une pièce qui n'est pas sans quelque rapport avec la navette du tisserand, mais qui me parait avoir été une pierre & aiguiser pour rafraîchir la pointe de certains instruments. Elle porte d'ailleurs toujours, sur l'un de ses côtés, une raie oblique qui ne laisse guère de doute sur son usage. Sa matière est ordinairement un grès ou une composition qui la rendait propre à cet usage.

La forme des haches est extrêmement variée. Les plus simples sont taillées à l'extrémité opposée au tranchant de manière à pouvoir être fixées dans une hampe fendue ou bien une rainure vers le milieu de la pièce répondait

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