‹ Monuments de L'Antiquite dans L'Europe BarbareChapitre 11 sur 58 · AOB DE LA PI BRRR · texte numérisé non relu

AOB DE LA PI BRRR

ao même but. On a trouvé à La Côte dans le canton de Vaad one hache de ce genre. D'antres fois c'est une pierre à peine dégrossie, percée d'un trou pour recevoir la hampe. La hache à deux tranchants est plus rare, on en a cependant découvert une au-dessus d'Orbe, près A'Agiez. Souvent la pièce se brisait à l'ouverture destinée à la hampe et elle était jetée au rebut, à moins qu'un des fragments ne fût encore assez grand pour être percé de nouveau.

Quelques-unes de ces pièces étaient à la fois hache et marteau ; d'autres, par leur fini et leurs formes allongées, donnent à penser quelles ont dû être des haches de commandement; enfin il en est dont le travail trahit déjà tellement d'habileté qu'elles font l'étonnement de tous ceux qui cherchent à se rendre compte de leur fabrica* tion *. La matière employée est ordinairement le grès, la serpentine, le basait, le jade ou quelque roche compacte, suivant les pays où on les retrouve.

Les fers ou pointes de lance sont des lames de silex, longues parfois de 12 pouces sur 1 7t de large, qui entraient dans une hampe fendue. Ces pièces assez rares se trouvent essentiellement dans le Danemark.

Les pointes de javelot sont à peu près de la même forme, mais de dimensions moindres.

Les pointes de flèches sont parfois triangulaires ou à trois arêtes, ou bien ce sont de très petites pièces de la forme d'un cœur allongé, d'un travail souvent délicat et

* Nous verrons plus tard qu*à la fîn de cette période le métal vient en aide i leur confeetion, et il me paraît vraisemblable que le grand perfectionnement des formes eut lieu dans Tintérôt du culte, les prêtres conservant dans les sacrifices la matière première, qui demeura comme matière sacrée. La suite justifiera cette assertion.

très achevé. Dans le tombeau de Mersebourg étaient aussi représentés des arcs et des carquois.

Une autre espèce de traits consiste en des pointes en os de 6 ou 10 pouces de long, armées sur deux côtés de petits éclats de silei destinés à former le tranchant ^

Les poignards de 3 à 12 pouces de long, ont la forme d'un fer de lance attenant à une poignée. Us ont souvent été travaillés avec un soin surprenant. Je connais une seule de ces pièces, en silex'blanc, d'environ 15 pouces de long, de la forme d'une lame d'épée. Elle est conservée dans la Bibliothèque de la ville de Lubeck.

Les couteaux ont été ordinairement travaillés avec beaucoup moins de soin. Il faut en excepter une pièce unique dans son genre, découverte il y a trois ans par le prince royal, actuellement roi de Danemark. Cette pièce a 13 pouces de long. Le tranchant en est légèrement arqué et la pointe arrondie. Si l'on tient compte que ce couteau a été travaillé sans le secours du métal, on ne pourra refuser une grande habileté à l'ouvrier qui a su tirer d'un morceau de silex un instrument de ce genre. — Les couteaux sont le plus souvent de simples éclats de silex dont la longueur ne dépasse pas 5 à 6 pouces. On en a découvert de nos jours un nombre considérable. •

Le silex a été aussi employé à fabriquer des espèces de percets, instruments informes, qui n'ont été retrouvés jusqu'à présent qu'à Diôtmarsen, dans le Holstein et dans l'île de Rtigen *.

' Sjôborg, U, 40, 129. Dœnemarki VoneU, pag. U. DeLedeb: tom. 1,N« II«

s On a mis en doute l'authenticité de ces pièces, mais sans d'autre raison que leur rareté.

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Oq possède anssi des scies en silei. Les unes, les plus rares, sont une lame droite, dentelée des deux côtés. Les autres ont la forme d'un croissaut, dentelé seulement sur la ligne concave. Ces scies ont ceci de défectueux, c'est que la lame, plus épaisse que les dents, ne pouvait pas entrer dans le chemin pratiqué par celle-ci. Leurs dimensions montrent, du reste, qu'on n'a pu s'en servir que sur des pièces de bois peu épaisses comme les hampes des flèches et des traits. 11 est curieux de retrouver sur les plus anciennes scies en bronze les mêmes formes et les mêmes défauts. Une scie en bronze de la Sibérie, conservée à Saint-Pétersbourg dans la collection du prince Gagarin, indique qu'on a cependant su obvier à ces inconvénients avant la découverte du fer. Toutefois, en Nor. wége, les plus anciennes scies en fer ont encore la forme da croissant et de la faucille.

Des hameçons également en silex, et de la forme des nôtres, quoique très informes, ont été retrouvés en Scanie, aa nombre de deux ou trois seulement '.

Des ancres de bateau en pierre sont conservées à Copenhague et à Lund.

Les instruments en os consistent essentiellement en marteaux, débris de cerf ou d'élan, en ciseaux, en harpons, hameçons, en pointes de traits, en poinçons et en aiguilles. Une découverte curieuse dans ce genre a été faite près de Genève, dans une caverne à ossements au pied du petit Salève.

Vambre est déjà employé pour ornements. Ce sont de gros morceaux généralement bruts, percés d'un trou

* Milsfton et Dànemarks Vor%eH de WorsASB, pag. 15.

MÉM. ET DOCUM. XXV. i

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pour être réunis en colliers. Parfois on les retrouve réunis en grand nombre. Des dents d'ours et de sangliers, également percées d'un trou, étaient aussi suspendues au collier. Enfin, quelques unes de ces perles grossières sont en pierre ou en os.

Une partie des vases de cette période décèle l'enfance de l'art du potier. L'argile dont ils sont formés contient souvent de petites pierres siliceuses. Plusieurs, faits à la main, portent encore l'empreinte des doigts de l'ouvrier. Souvent ils ont été à peine cuits au feu. Leur couleur est généralement noire ou brun foncé. Les formes offrent une assez grande variété, et quelques-unes ne permettent pas de douter que ce genre d'art n'ait été perfectionné très anciennement. Il en est qui manquent de pied et sont munis sur les côtés d'oreilles percées d'un ou deux trous, par où l'on passait les cordons destinés à les suspendre ou à les rendre plus portatifs. Ceux-ci ont généralement des couvercles. D'autres ont la forme d'une sphère un peu applatie, surmontée d'un col étroit et allongé, forme que les Romains affectionnèrent bien des siècles plus tard. Le goût d'ornementation parait déjà sur une partie de ces vases. Les dessins sont exécutés en creux à l'aide d'un poinçon : ce sont des lignes parallèles, des chevrons et des pointillages qui ont dû être exécutés sur l'argile avant de la soumettre à l'action du feu.

Ce sont là les vestiges qui nous restent de l'industrie des premiers habitants de l'Europe. Ils nous permettent de voir ce qu'un peuple privé de la connaissance des métaux est capable de produire ; mais pour juger ces productions, nous devons nous placer dans le milieu qui était celui de ces peuples. De nos jours, enrichis par l'ex-

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périence et les découvertes de siècles nombreux, noua possédons, pour arriver à des découvertes nouvelles, des moyens que ceux qui nous ont précédé ont dû inventer un à un. Les corps ont été étudiés, analysés, réduits à leur état simple ; on cherche la raison d'être de toutes choses; l'intelligence s*est repliée sur elle-même ; la civilisation a été conquise. Telle n'est point l'humanité à son origineltelles ne peuvent être les générations nomades qui s'avancent à pas lents dans des contrées désertes. Les premiers soins de chaque individu sont de pourvoir à son existence personnelle, ou à celle de sa famille. Tout est à vaincre; tout est à découvrir. En nous plaçant dans ce point de vue, aucun des débris qui nous attestent les premiers efforts de l'homme vers le progrès ne sera indigne de notre attention. Nous ne demanderons pas d'eux qu'ils satisfassent aux exigences d'un art avancé, mais qu'ils nous révèlent les divers degrés de l'esprit humain dans son développement. Afin de nous rendre plus exactement compte de cette culture primitive, nous devons encore chercher les moyens employés pour la fabrication des instruments dont nous avons examiné les principales formes.

Lieux de fabrication.

Dans quelques pays on a trouvé, réunis dans un même lieu, un nombre plus ou moins considérable d'instruments ébauchés, inachevés, ayant parfois une face dégrossie et l'autre polie, ou bien percés seulement à moitié, le tout au milieu d'éclats de silex et de pierces de natures diverses. Ce sont là les débris d'anciennes fabriques. Plu-

sieurs de ces lieux ont été découverts en Danemark, L'ud, au nord de la Poméranie, sur Tile de Jasmund, près de Semper, était destiné à une fabrique d'instruments de silex, dont plusieurs étaient inachevés. D'autres existent au nord de TAIIemagne : dans le Mecklemburg, dans la contrée de Salzwedel, près de Magdebourg, et aussi en Lusace, vers Golssen. A demi-lieue, au nord de cette dernière ville, est une plaine de sable mouvant sur laquelle s'élève un retranchement circulaire, recouvert en partie par les sables. A l'intérieur, dans une couche compacte de cendres et de fins charbons, M. Schumann a trouvé, Tannée dernière, de nombreux silex travaillés: coins, couteaux, pointes de traits, inachevés ou brisés, et de grandes pièces de silex qui servaient de matériaux *. — En France, on a aussi découvert un de ces lieux de fabrique à Eçomehcsuf, près Périgueux ■.

Ces découvertes permettent de juger avec certitude des moyens employés pour la fabrication. Le silex étant la ma-

* Neuer Mitlh. von Halle, 8« Band,2« Heft, 1848, pag. 21-25.— Dans ce retranchement étaient aussi du bronze et du fer ; nous en verrons plus tard l'explication.

■ Ces divers lieux de fabrique suffisent pour établir que l'analogie des formes ne provient pas d'une seule fabrique, comme on Ta avancé quelquefois, Une autre induction peut être tirée de la minéralogie de ces armes, quand elles sont un peu nombreuses ; ainsi, dans les collections que j'ai visitées, j'ai trouvé le silex fréquent à Riigen, au midi de la Suéde ; en Danemark, à Kiel, à Lubeck, un peu moins à Schwerin, moins encore à Halberstadt, rare en Thûringe, très rare en Saxe, tout à fait étranger à la Bohème, où domine le basait. Ces collections représentent en général la minéralogie du pays auquel elles appartiennent, d'où il s'en suit que chaque population a dû fabriquer elle-même ses armes. Ce fait établi, il doit en avoir été de même pour l'époque des métaux, pour autant du moins que les mines s'y prètiiient. La découverte des moules et creusets indique plus nettement le fait.

tière la plas dure et la plus difficile, semble-til, à travailler sans le secours du métal, était cependant employé de préférence, dans toutes les contrées où il est naturel au sol. Après avoir choisi la pièce brute destinée au but qu'on se proposait, on commençait à la dégrossir à l'aide d'un des marteaux en pierre que nous avons décrits. L'art de l'ouvrier consistait à connaître les veines du silex, de telle sorte que chaque coup enlevât un éclat proportionné au but. Quand on prend quelqu'une de ces pièces inachevées, on peut compter tous les coups donnés par l'ouvrier et suivre les différentes manières dont il tournait et retournait, dans la main gauche, l'instrument qu*il confectionnait. Parfois un coup malheureux brisait l'instrument, qu'on devait jeter au rebut. C'était surtout pour les petites pièces, comme les pointes de flèches , qu'il fallait user (l*un ménagement extrême. Sur une pointe de alignes de long, on peut compter au delà de deux cents de ces éclats on petites écailles enlevées à l'aide du marteau ; et cependant on n'a là que la dernière trace du fini. On peut juger aussi des soins qu'exigeait ce travail quand il s'agissait de denteler une lame pour en obtenir une scie, ou de confectionner un hameçon dont les contours étaient si difficiles à ménager. Il est, en revanche, certaines espèces de couteaux dont la fabrication a été fort simple, et qui se détachaient d'un seul coup donné sur la pointe de l'espèce de noyau d'où on les enlevait. On a retrouvé en Danemark un de ce^ noyaux au milieu des nombreuses lamelles qui en avaient été détachées. Avec un peu de patience on est parvenu à les rajuster autour du noyau sans laisser le moindre interstice. Ces lamelles ou copeaux en silex étaient utilisées comme couteaux, ou taillées de nouveau pour en former

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des pointes de trait ^ Qaaat aax instruments, comme les haches, les coins et les ciseaui, on les achevait en les limant avec un sable siliceux sur une pierre de grès, qui faisait ainsi l'office d*une meule, mais d'une meule immobile. On voit dans le musée de Copenhague de ces meules, pierres plus ou moins informes, creusées au milieu par un long usage, sur lesquelles on a retrouvé des coins polis d'un côté et inachevés de l'autre, qui ne lais-

sent aucun doute sur ce genre de fabrication. Plusieurs échantillons montrent aussi que lorsque le tranchant était émoussé, on l'aiguisait de nouveau sur la meule. Le procédé par lequel on obtenait le tranchant ou arc de cercle des gouges, est aussi simple qu'ingénieux. On choisissait k cet effet une pierre de grés d'une forme allongée, sur la longueur de laquelle on taillait une espèce de bourrelet arrondi, et parallèlement à celui-ci, une rainure ou chéneau, de telle sorte que la coupe de la pierre présente dans sa partie supérieure la forme d'un S renversée. L'ouvrier, après avoir dégrossi le silex dont il voulait faire une gouge, limait l'extrémité de son instrument sur le bourrelet convexe afin d'obtenir un tranchant concave, puis il retournait sa pièce sur la chéneau concave à l'aide de laquelle se formait le côté convexe du tranchant *. — La meule n'a souvent été employée que dans le but de donner au tranchant plus de mordant, mais souvent elle a été ntilisée pour polir l'instrument dans son entier. — Les haches percées ont été l'objet de nombreuses discussions, dans lesquelles on cherche à expliquer comment on est

* Lâtfaden fur nord AUerth., pag. 87.

■ On Toit de ces meules dans le musée de Copenhague, qui ont un peu la forme d*un tibia.

parvena à percer la pierre. Les nombreux originaux que Ton possède permettent de juger des tâtonnements des anciens pour arriver à résoudre cette difficulté. Sur quelques-unes de ces haches on voit des commencements de trous imparfaits, entrepris sur les deux côtés opposés^ puis abandonnés ; les uns, pointillés, montrent qu'on se servait de pointes en silex, avec lesquelles on cherchait à détacher parcelle après parcelle ; d'autres, plus unis, se faisaient au moyen de petits cylindres, du sable et de Teau. On comprend tout ce que ces procédés avaient de défectueux, le temps et la patience qu'ils exigeaient. Plus tard, un antre procédé fut découvert, mais comme il appartient à une époque un peu postérieure, nous en donnerons la description en tète de notre seconde période.

Ces premières difficultés vaincues, il n'est pas nécessaire de montrer comment l'os put être travaillé. Quant à l'art du potier, nous avons vu qu'il consista d'abord à façonner l'argile avec la main ; cependant un grand nombre de vases de cette période démontrent d'une manière incontestable qu'ils ont été confectionnés à l'aide du tour. Celui-ci, une fois découvert, permit de varier les formes à l'infini. Enfin, il est probable que, déjà à l'époque qui nous occupe, la corne et le crâne de l'animal, dont on employait les os à divers usages, servirent de vases et de coupes.

Ces débris que nous venons de décrire sont les mêmes en Europe .dans toutes les contrées où ils se retrouvent. Rares en Grèce et en Italie, ils le sont beaucoup moins sur les côtes occidentales de la France et dans la Grande- Bretagne. On les retrouve en Hollande, dans le Hanovre, sur les bords de la Baltique, où ils sont répandus en grand

Dombre, et parsemés ça et là dans le nord de la Russie et de la Sibérie, perdus dans la chasse ou de quelqu*autre manière, Tagriculteur les découvre souvent en labourant la terre. Mais là où ils sont surtout nombreui et bien conservés, c'est dans les sépultures, où leur présence indique un but religieux. — L'idée d'une vie à venir préoccupe les peuples de tous les temps. Leur paradis, qu'il se nomme Champs Elysées, Valhalla ou Prairies bienheureuses,est la réalisation d'un idéal, reflet des goûts et des mœurs de cette vie. La tombe est l'intermédiaire de deux mondes. Elle reçoit tout ce qui doit accompagner l'ombre de celui qu'on y dépose.

Tumuli du premier âge.

Nous allons pénétrer dans quelques-unes de ces salles funéraires, fermées depuis plus de 3000 ans, et leur demander la révélation des mystères qu'elles renferment.

Ce qui caractérise les tombeaux de cette période, c'est la construction des salles plus ou moins spacieuses ', recouvertes de terre de manière à former des collines parfois très élevées. Après avoir choisi le lieu de la sépulture, on dressait sur la surface du sol, dans une plaine ou sur une hauteur, des blocs ou de grandes dalles disposés de manière à former une enceinte circulaire ou carrée à l'intérieur. Des pierres plates, parfois colossales, recouvraient l'enceinte dans laquelle on plaçait le mort; puis on répandait de la

* Ces salles sont en murs secs, recouvertes de dalles sur toute la longueur, ou des blocs faisant saillie, disposés par assises proéminentes, comme en Angleterre, en France et en Crimée.

terre alentour, et on Tentassait jusqu'à ce que la colline eût atteint la hauteur de 30. 60 et même iOO pieds. A la base de la colline, à mi-bauteur et à son sommet, on dressait parfois de grands blocs qui s'élevaient ainsi en arcbes concentriques sur le tertre tumulaire. Au sommet était QD autel souvent colossal. Ces collines ont généralement la forme conique ; qu'elles recouvrent ou non une salle, et qaelle que soit leur élévation, on les appelle tumuli.

Nord de l'Asie.

Les tnmuli sont répandus à l'infini en Europe, en Asie et même en Amérique. Les plateaux de la Scythie asiatique jusqu'à rOcéan , en sont particulièrement couverts. lisse trouvent le long de l'Asie du nord, surtout sur Tilltot, et s'étendent du fleuve Irtysch ou fleuve Jeinissei, souvent en nombre si compact, qu'on peut conclure avec sûreté à une grande population. Les plus riches sont sur le Volga, le Tobol, Vlrtysch^ eiVOb; moins riches dans les steppes sar le Jenissei, ils paraissent plus pauvres encore au delà du BaikaL Les plus grands tumuli de ces contrées portent le nom de Kourganes^. Ils renferment, sous une

* Dans la plaine immense, légèrement ondulée par des ravins, comprise entre le Dnieper d'un côté, le Terech et l'Oural de l'autre, au nord de la mer Noire et de la mer d'Azof, on voit une multitude prodigieuse de kourganes, mentionnées déjà au XVI« siècle par Ruysbock (Rubruquis), extrait dans le Magaiin pUiortsque (1884, pag. 4S, 66, 126). Dans ces vastes plaines, sans vestiges d'habitation, les kourganes suivent une ligne qui est celle du partage des eaux entre les deux vallées. — Au lieu des trésors de la tradition, on j trouve des pierres en forme d'œuf, forées suivant Taxe comme un grain de collier, et d'autres ornements aussi grossiers, des itatues informes, etc. Ils

haute colliDe de terre, une salle construite d'immenses dalles, destinée à la sépulture d'un ou de plusieurs hommes. On trouve auprès des squelettes des vases de terre, la plupart vides, et des ornements en métaux précieux, des bracelets, des colliers, des boucles d'oreilles et des armes. Comme dans les tombeaux égyptiens, le squelette est quelquefois enveloppé d'une fine lamelle en or. Il reste du cheval déposé dans la tombe de son maître tout son harnachement : mors, étriers, boucles et garnitures. La colline est en outre surmontée de cercles de grands blocs ou piliers bruts *.

Lors même que, par leur contenu, les tumuli dont nous venons de parler diffèrent de ceux que nous allons examiner en Europe, ils n'en doivent pas moins être remarqués, à cause de la similitude parfaite de leur construction. Il faut dire aussi que les fouilles beaucoup trop rares entreprises dans la Haute-Asie, ont eu bien plus essentiellement pour but de chercher l'or et l'argent, que la solution des questions historiques. Dn examen plus attentif donnerait sans doute d'autres résultats ; tout comme il est possible, et même probable, que les peuples de la Haute- Asie aient possédé, dès les temps les plus reculés, la connaissance de ces métaux que fabriquait déjà Tubal-Caîn, d'après le rapport de la Genèse. Nous avons du reste montré que cette connaissance des métaux n'a pu empêcher

ont de s à 10 mètres de hautear. Au nord de la mer d'Asof, dans la partie la plus déserte de Marioupol, au nord et à l'est du villa^ grec de Stilha, des espaces d'une lieue carrée sont entièrement recouverts de petites élévations coniques hautes de 50 centimètres à i on S mètres, à des distances variables de 10 à 50 mètres.

* Keferstein, Kelt. AUerth.^ pag. 386.

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les émigrants nomades de retomber dans l'ignorance à cet égard; et Ton ne peut contester le fait que» durant de longues années, le travail des métaux fut étranger aux premiers habitants de l'Europe. Il paraît en avoir été de même dans le nord de la Sibérie, car j'ai vu des haches en pierre provenant de ces contrées. Les circonstances qui firent perdre la connaissance du travail des mines n'empêchèrent pas, cependant, la connaissance de tout ce qui était relatif aux usages delà sépulture. Ces usages, inhérents au culte, ne devaient et ne purent pas se perdre. L'intérieur de la tombe fut moins orné, mais on n'en éleva pas moins les grandes salles et les hautes collines.

Russie.

Du nord de l'Asie, et depuis les monts Ourals, ces grands tumuli se dirigent vers les provinces russes, baignées par le golfe de Finlande et la Baltique. Ils se groupent particulièrement le long des fleuves et des mers. Ce n'est pas qu'ils soient tous du même âge, mais plusieurs contiennent aussi de grandes salles sépulcrales, dont quelquesunes ont jusqu'à 20 pas de diamètre : ainsi sur les rives de VAa, en Livonie et en Courlande. Le manque de fouilles bien dirigées ne permet malheureusement pas de donner à ces vastes contrées la place qu'elles réclameraient dans notre sujet. Les monuments de la Russie, par leur position entre l'orient et l'occident, conduiront à la solution de bien des questions pendantes, dès qu'ils seront étudiés avec rintelligence qu'ils réclament. Les faits sont les anneaux d'une longue chaine, dont la direction n'est pas

toujours facile à suivre, aussi faut-il s'estimer heureux lorsque quelque cbafnon nous indique la voie '.

Suéde.

En Suède, les tumuli deTâge primitif se trouvent surtout en Scanie, déposés la plupart sur les bords de la mer, dont ils suivent les rives jusque dans la Westrogothie et le Bohûs làn. Les collines sont élevées et souvent entourées de plusieurs cercles de grands piliers bruts ; sur le sommet est parfois un autel formé d'une pierre colossale qui repose sur trois, ou un plus grand nombre de supports. Sur l'un des côtés de la colline, ordinairement à l'est, est l'entrée d'une galerie construite en grandes dalles et fermée par une plaque; le tout soigneusement recouvert de terre, de manière à ce que rien ne soit apparent à l'extérieur. Après avoir découvert et enlevé la plaque qui ferme l'entrée, on pénètre dans un couloir obscur, d'environ 20 pieds de long, où l'on peut à peine marcher debout ; après quelques pas, on se trouve dans une salle spacieuse, ronde, ovale ou carrée. A la clarté du flambeau, on s'étonne de la grandeur des blocs dont sont formés les parois et le plafond de ces tombeaux antiques. Les Interstices, garnis avec soin de caillous brisés, ont empêché la terre de pénétrer. Quand on regarde à ses pieds, on distingue le long des parois de petits amas d'ossements humains, qui, au

* Tumuli abondants en Turquie, en Macédoine^ partout dans les plaines et les irallées larges, mais pas sur les hautes montagnes. Dans la plaine de Sofle en grand nombre. — - Boue. Turq;uie d'Europe, II, 848.

premier coup d'oeil, paraissent avoir été rejetés sur les côtés de la salle; mais en y regardant de plus près, il est facile de s'assurer que la position est naturelle, seulement il est évident que ceux qui ont été placés là n'ont pas été étendus sur le sol. Les os des jambes sont retombés, les genoux en avant, ou croisés sur les avant-bras. La colonne vertébrale et les côtes se sont affaissées sur elles-mêmes, et le crâne repose au-dessus, à moins qu'il n'ait roulé à côté. On a cru que le mort avait ét^ assis, mais cette explication, comme nous le verrons plus tard, n'a aucun fondement. Auprès de ces ossements, dont la friabilité est extrême, reposent des armes en pierre et en os, des colliers d'ambre, et des vases qui avaient contenu quelque nourriture ou boisson, mais dans lesquels on ne retrouve plus rien. C'est à peu près là tout ce qui reste de ces anciennes générations, mais ces débris muets de la tombe sont encore féconds en révélations pour qui veut les interroger.

En 1805, en découvrit en Westrogothie, à Axevallas, une salle pareille à celle que je viens de décrire. La galerie, de 14 pieds de long sur 4 de large, conduisait à une salle, longue de 34 pieds, large de 8 et haute de 9. Sur Tune des parois étaient quelques gravures indéchiffrables. Les morts, au nombre de 19, déposés aussi le long des parois, avaient été placés dans des caisses en pierre de forme cubique, n'ayant pas au delà de deux pieds carrés. Peu d'objets ont été recueillis : quelques pointes de flèches triangulaires, des couteaux de silex dont l'un était arqué, une perle d'ambre et un petit marteau de la même matière '. Je dois ajouter que ces petits cercueils de forme

* Sjôborg, tom. I, pag. 98, pi. 7, flg. 20.

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cubique, qui conteDaient des squelettes d'homme» ont été observés plus d'uoe fois dans les tombeaux de ce genre. Il paraît même que là où on ne les trouve plus, la pierre avait été remplacée par le bois '.

Les monuments de cette période, dans le Boshûsldn, présentent quelques variations: ainsi les instruments en pierre sont plus souvent avec des urnes cinéraires qu'avec des squelettes ; ou bien les tumuli sont remplacés par des cercueils de grandes pierres, déposés à peu de profondeur en terre, longs de 12 pieds, larges de 4, et qui contiennent également des objets en silex '. Ces longs cercueils existent aussi dans le Wermland, où le paysan les appelle : tombeaux des géants. Ces faits s'expliquent parla position septentrionale de ces provinces, habitées de moins bonne heure que les provinces situées plus au midi. Sur la fin de cette période, le mode d*inhumation reçoit plusieurs changements. Le bûcher est introduit ; l'urne cinéraire déposée dans des collines moins grandes; et le bronze commence à paraître. La population accrue, pé-' nètre davantage dans l'intérieur des terres; à cette époque seulement, les contrées de la Suède, au nord de celles que nous avons mentionnées, reçoivent leurs premiers habitants. On y chercherait en vain des tombeaux du premier âge, ainsi que dans toute la Norwége.

* Communication de M. Sortrup, de Copenhague.

* Communication de M. de Gottenburg.

Danemark.

11 est peu de pays aussi riches qae le Danemark ^ en monuments de l'antiqaité, le nombre s'en élève à environ 2300O. Les tumoli de l'âge primitif sont généralement les plus grands et les plus ornés à l'extérieur de cercles de piliers ou de grands autels. Ils recouvrent les mêmes galeries et les mêmes salles qu'en Suède. Le peuple les appelle aussi Jelien-Siuben, c'est-à-dire tombeaux des géants. Quelquefois la même colline renferme deux salles, ayant chacune leur entrée. On en voit de ce genre au Seeland, dans le comté de Fredericksborg, à Smidstrup, et sor l'île de Mœn. D'autres, à une salle, ont été ouverts à Jœgerspris ■, à Udleire et à Oehm *. — Dans le Jutland, comté de Thisted,. il existe près à'UUerup* un tumuins dont les particularités méritent d'être mentionnées. La galerie conduit à une salle de 24 pieds de long, sur 5 de large et 5 de haut. Sur le côté opposé au couloir, et visà-vis de celui-ci, est une petite salle circulaire de 6 pieds de diamètre et de A pieds de haut. Les dalles, placées à l'entrée de la seconde salle, sont chargées de figures sculptées, mais dont il est difficile de saisir la signification. Des figures pareilles ont été sculptées dans un tumulus

' Voir sur les tombeaux et antiquités danoises et Scandinaves, Kruu Deut, AUerth, tom. III, cah. 1 et 2, pag. U-56, pi. III. ' Près Oppemndltye, dans le Seeland.

* Dans le voisinage de Roeskild,

* Paroisse d*Heltborg,

A'Hefrestrup \ dans le Seeland*. Les morts, bien rarement étendus sur le sol, sont généralement accroupis le long des parois ^ Quelquefois ils sont dans des caisses cubiques, ou bien simplement séparés les uns des autres par une pierre. Le silex, l'os, Tambre et les poteries les accompagnent également. Des squelettes d'hommes, de femmes, d'enfants, font supposer, avec assez de vraisemblance, que ces salles étaient des tombeaux de famille Comme en Suède, les tumuli s'avancent peu dans l'intérieur des terres. Soit dans les iles, soit dans le Jutland, ils se groupent sur le rivage des mers^. On est surpris de la grandeur des matériaux employés à ces constructions ; et ce qui n'est pas moins remarquable, c'est que le côté des dallés tourné à l'intérieur doit avoir été taillé, pour présenter une surface si régulièrement unie. Cependant, dans tous ceux que j'ai visités, je n'ai pu remarquer aucunes traces de coups de ciseau de Touvrier. Il me parait probable que le procédé encore employé de nos jours pour faire sauter le silex a été connu de ces anciens peuples. 11 consiste à tailler de loin en loin des trous sur le banc dont on veut détacher une plaque. Ce premier travail exécuté, on introduit dans ces trous, à coup de marteau, des coins de sapin bien secs, sur lesquels on répand ensuite

* Sur VOdsharde,

" De môme à Axevalla, Westrogotbie.

* Des morts ont été parfois aussi déposés dans les galeries.

* Surtout au nord et à l'orient du Jutland, et au nord et à l'occident du Seeiand. On trouve des salles rondes de 5-8 mètres de diamètre et même hauteur, galerie de 16-20 mètres de long. Les plus grandes salles sont de 16-84 mètres de long, 6-8 mètres de large, avec une galerie de 30 mètres. Le squelette repose sur le sol ou parfois sur un pavé. — Voir Worsaeœ, Da^ nemarks Voneit, pag. 70.

de Peau bouillante. En se dilatant par l'action de l'eaa, les coins font saoter la plaque qu'on cherche à enlever. Que ce procédé ait été employé pour obtenir ces immenses dalles, je n'oserais Taffirmer; mais ce qui est bien certain, c'est qu'ils ont connu un moyen pour les détacher, car leurs surfaces unies n'ont rien de naturel. Quant à la taille des trous, elle ne présentait pas autant de difficultés que sur les haches en pierre, qui demandaient bien plus de ménagements.

Allemagne.

Après avoir parcouru la Haute-Asie, le nord de la Russie, la Suède et le Danemark, nous allons passer en Allemagne et suivre la direction de rorient à l'occident. — Au sud de Danzig, dans le district de Marieniveder, entre autres auprès de Schokau et de Bergelau, sont des tumuli dont l'on recouvrait une grande salle de 30 pieds de long. Les tumuli des environs de Culm (plus au sud), pareils à l'extérieur, n'ont pas encore été fouillés. A l'ouest de Danzig, surtout sur la frontière delà Poméranie', dans le district de Marienweder *, et dans le grand duché de Posen, particulièrement le long de la Warta >, il existe de grandes collines artificielles, entourées de cercles de piliers, ils renferment des squelettes, des vases et des ustensiles en pierre. Quelques-unes de ces collines offrent une variété

* Vers Klein'Kat%^ Bukkaw, Stolpt, Runow, Gross-Nostln et Lupow.

* Près Birerwald, Domslau, Draumit%, etc.

* Prêt de Promnit%,

iUm. et docuh. xxy. 5

de coDSiruclion que nous aurons à faire observer plus d'une fois par la suite. Après avoir élevé les dalles du caveau sépulcral, il a été recouvert de cailloux ou pierres dont la colline est entièrement formée, à l'exclusion de la terre. Afin de désigner ce genre de tumuli par un seul mot, nous emprunterons la dénomination qu'ils ont reçue des habitants de la Bretagne française : c'est celle de caim, qui désigne donc une colline construite uniquement de pierres.

L'fle de Rûgen à elle seule possède environ 1900 tumuli, dont plusieurs de l'âge primitif sont entourés de cercles ou couronnes de pierres. Une colline près de Putbusrm fermait un caveau de 15 pieds de long, divisé en huit compartiments, dont presque chacun, vu ses étroites dimensions, contenait seulement un squelette accroupi , avec des vases et des objets d'ambre et de pierre ^

Mêmes tumuli avec cercles de piliers, caveaux, squelettes, au nord de Sletlin ", à l'orient, dans le cercle de Dramburg, et au sud, dans les districts de Potsdam ', et

* Keferstein prétend qu'il y avait aussi du bronze (pag. 81); mais, d'après sa confusion d'idées sur l'ordre de succession, il est impossible d'accorder crédit. à ses simples assertions sur ce sujet. Cependant, si le fait est réel, il faudrait transporter cette tombe à l'âge de transition. Huit compartiments sur la longueur de 15 pieds ne permettent pas d'asseoir le squelletle les jambes étendues, comme l'a fait M. de Minutoli. (Voir détails plus précis dans Wagener.) Il y a des monuments pareils sur les Iles de Jasmund et de Wo/ft'n, et dans le cercle de Greifsweld; idem dans le cercle de Demmm près Geni%, TelUn, Verchen et Fouquelten; le pourtour extérieur a souvent la forme d'un triangle.

* Vers Pochow, WoUendorf^ Dabo, Belhow, etc.

* Dans le district de PoVtdam^ dans la moyenne Pr€ignU% et Uckermarth^ sont de nombreux tumuli, quelques-uns en grands groupes : ainsi 50 près Havelberg (entre Magdbourg, Schworin et Berlin) ; plus encore près de Ru^

de Francfort sur l'Oder *. De VOder à VElbe on les trouve parsemés çà et là.

Au nord de la ville de Cœthen, s'étend une vaste plaine dans la direction de Grimsieben. Quand on est au centre, de quelque côté qu'on porte ses regards, on voit à l'horizon des collines tumulaires ou des blocs de granit gigantesques. Vus de plus prés, ce sont des salles en plein air, dégarnies de la terre qui les recouvrait. Il en est de 30 pieds de long sur 1 1 de large. Cette demi destruction permet de juger de la grandeur des matériaux employés. Tous sont des dalles carrées de dimensions diverses ; j'en ai mesuré de 15 pieds de long sur 1^ de large et 2 d'épaissear '. Ces matériaux viennent de Bervburg, ou sont aussi des constructions du même genre. Toute la contrée baignée par la Saale et ses ramifications est riche en tombeaux de l'âge primitif. On les retrouve de Bernburg aux

ihenow , Bandenberg , Spandau , Cremen^ Grots-Buren , CharloUenburg, Stnnusberg, etc. ; 15 près Retûg^ souvent accompagnés de cercles de pierres de caveaux et de squelettes, la plupart avec urnes seulement. Les grands tumuli sont surtout nombreux le long de VElbe et dans la contrée de Wittem" àerg, Schmiderberg, près Torgau et Riesa^ vers la Saxe. — Keferst., pag. IIS. ' Surtout vers Angermunde, Oderberk, Francfort, Guben, etc. De là, ils t'étendent sur la Lusace et la Silésiê. Détails dans Keferstein.

' Vers Grivuleben, est le tumulus nommé Iringsberg, décrit dans Abel, Sàehsudien Alierthûmern^ pag. 172, 488. Il a 270 pas de pourtour, 82 pieds de haut. La salle de pierre repose A surface du sol. L'intérieur est un espace pavé de 29 pieds de long. Ces grandes plaques sont de grés travaillé à l'intérieur. La pierre d'entrée de la salle montre quelques trous taillés. On n'y trouva qu'une urne brisée. Autour sont plusieurs petits tumuli avec urnes cinéraires. A quart de lieue de Grimsieben est un tumulus dont la salle consiste en vingt énormes plaques. Elle a 80 pieds de long, 8 de large, 10 de haut. Chacune des quatre pierres du couvercle a 10 pieds de long, 8 de large et 2 d'épaisseur. Ces pierres, ainsi que les autres, viennent de la contrée de Bernburg.

environs de Halle; plus an sud, vers Wettin, Lependorf, Trebenitz^; près de Merseburg, dont un tumulus a conservé sur les parois de son caveau des sculptures représentant des haches d'armes, des arcs, des carquois et des lignes symétriques pareilles à celles qui font l'ornement des vases. Friedeburg, Brachwitz, Rossleben, ne sont pas moins riches. Mêmes tombeaux jusqu'auprès ù'Altenburg et de Saxe^Weimar. Cercles de pierres au pied des collines; grands piliers dressés à leur sommet ; salles spacieuses ou petits compartiments communiquant les uns aux autres par des ouvertures taillées sur les dalles de séparation *; collines allongées recouvrant des galeries de plusieurs centaines de pieds de longueur; squelettes accroupis, instruments en pierre, colliers d'ambre, dents de chien ou de cochon percées d'un trou, vases noirs ornés de lignes en creux incrustées d'une matière blanche, sont les traits caractéristiques de ces monuments de l'âge primitif *. C'est surtout dans les antiquités celtiques de Keferstein, et dans les mémoires de la société archéologique de Halle, publiés par les D^ Kruse et Fœrstmann, qu'il faut chercher les descriptions des nombreuses découvertes que nous voudrions avoir le temps de reproduire ici en détail. Dans le duché de Brunswik, ces tumuli paraissent être

* À Grimritfk, entre Halle et Weltia.

* Ces ouvertures sont des trous ronds comme un œil de bœuf, taillés dans lu pierre.

' Le tumulus de NiedeUben,, près de Halle, contenait une salle avec une division de 1 pied de hauteur. Lonc^ue de 18 pieds, elle renfermait un sîé^e en bois, une table, deux squelettes accroupis aux angles, divers instruments en pierre, des objets percés et un petit marteau en ambre, des dents percées, des vases remarquables par leurs dessins, dont la description et les dessins complets sont dans Kruse, Deutseh. Alter.^ tom. II, cah. S, pag. lOi, pi. IV.

peo nombreux. Il n'en est pas de même plus au uord, entre autres dans les duchés de Mecklemburg, où l'on trouve des collines hautes de 60 pieds, surmontées d'un autel entouré de deux cercles de pierres. Â Tintérieur, sont des salles parfois voûtées, les squelettes, les vases et les objets propres à cette époque '. Même richesse dans les environs de Hamburg •. — Le Hanovre, très peuplé plus tard, conserve moins detumuli gigantesques de Tâge primitif, si l'on en excepte ceux de la juridiction de Lûneburg *. — Sur le stérile Sennerheide, dans la principauté de Lippe, sont de grandes collines tumulaires sur le contenu desquels on manque de renseignements.

A Rossleben, district de Merseburg, sur la Saale, était une colline sans cercle de pierres, qui renfermait une construction en dalles dans laquelle se trouvait un squelette couché sur le côté droit. Vers la tête étaient les fragments d'un vase orné de lignes et muni de deux anses. Un second squelette était accompagné d'une petite hache en pierre noire ; un autre squelette avait un coin en pierre. On trouva neuf squelettes, mais seulement deux vases entiers, et deux dents de sanglier, dont l'une était percée. D'autres tumuli contenaient, entre leurs dalles, des squelettes réployés avec un couteau en silex, sans aucune trace de métal. — Dans la même contrée entre BoUendorf et Nibra, sont plusieurs tumuli. peu grands, avec constructiODS en pierre et squelettes réployés. On y a trouvé des coiDS en pieire, un couteau en silex et une gouge en

* Près Kaulbogen, Proseeken, Laben%t Gomaw, Eiekelberg, Eickhof, etc.

* D'après Keferstein, pag. 99.

* Idem, pag. iS8. Voir en outre d'Ertorf.

* Idem, psf . 140.

pierre. Au milieu du caveau d'une colline étaient une grande tête de cerf encore munie de son bois, quelques tracés d'ossements humains, plus un coin en silex grossièremeni travaillé ^

Une colline élevée des environs de Trebenitz (district de Merseburg) renfermait un caveau en pierre avec squelette. Dans chaque tombe étaient plusieurs œufs de poule qui tombaient au contact de l'air, et auprès des instruments en silex. (Keferstein, pag. 10.) Chez les Juifs, le premier repas après l'inhumation n'est composé que de sel et d'œufs, qui sont regardés comme un symbole de l'éternité; le sel figure dans toutes les cérémonies religieuses des Juifs, d'après le Lbv. II, 12: « Dans toutes les oblations, tu offriras du sel. »

Non loin de Halle, près de Dœlau sur la Saaie, un grand tumulus recouvrait une salle de plaque de grès, longue de 13 pieds, large de 7, avec des vases et des instruments en pierre. (Keferstein, pag. 24.)

Dans la contrée de Mehldorf, un grand caveau funéraire d'environ 20 pieds de haut, contenait des ossements humains, plusieurs vases, un marteau de grès et un petit marteau en silex '.

A Niedkben, près de Halle, était une colline détruite en partie, mais ayant encore, en 1826, 53 pas de long, M de large et 10 pieds de haut. Elle avait été déprimée par la culture. A 1 7i pi^d du sommet était la cou-

* Kruse, Deutsch. AU.^ tom. I, cah. 2. pag. 20 et suiv. Voir aussi dans Kruse le tombeau de Nietleben, vers Querfurt. Salle de 18 pieds de longueur, avec siège de chêne, dents de chien , perles d'ambre, couteau de silex. Tom. U cah. 2, pi. IV.

■ Neut Mith. von Halle, vol. 11% premier cahier, pag. 140.

A6S DE LA PIBfIRB. 74

verte. Deux urnes, reposaient à rentrée. Dans la première partie de la tombe étaient des cendres, des fragments d'ossements, des dents de chiens et quelques petits couteaux en silex. La deuxième partie, plus vaste et renfermant des urnes, était séparée de la première par une plaque de 1 pied de haut. Elle contenait, outre les urnes, une table en plateau, un siège de chône, quelques couteaux en silex, un coin en pierre, des dents de chien percées, quelques fragments d'ambre, un morceau d'ambre percé, de la forme d'un marteau S peu de métal, et au coin de la salle deux squelettes affaissés sur eux-mêmes. Ici, malgré le siège, les deux squelettes ont la position de l'ambryon, tandis que plus tard, dans le tombeau de Ruchow, en Mecklemburg, le mort est assis sur un siège.

La Westphalie, pauvre en monuments, possède cependant, près de Beckum, une allée de pierres longue de 80 pieds, sur 12 de large, dans laquelle on trouve de nombreux squelettes avec des urnes, des dents d'animaux percées et divers objets. On ignore si cette allée, maintenant en plein air, était autrefois couverte de terre, comme les salles dégarnies de Kœthen.

Dans plusieurs parties de la Hollande, les tumuli sont très nombreux. Plusieurs contiennent des Vases et des instruments en pierre qui ne permettent pas de douter de leur antiquité ; mais on manque des renseignements sur leur construction '.

En Belgique, beaucoup de ces collines ont 30 pieds de haut et 3 à 600 pieds de tour '. On cite un tumulus du

« Wagener, pag. 578 , Krute, tome II, deuxième cahier, pag. lOi, pi. IV.

• Keferelein, pag. 159.

* Kefenlein, pag. 158. Us sont plus lOttveot placés aur les points élevés. Il

72 MONUMENTS DE L*ANTIQUITB.

Brabanl, rasé en 4507, dont la hauteur était de 55 pieds sur 380 de circouféreuce, et qui recouvrait une salle sépulcrale ^

Grande-Bretagne .

Les antiquaires anglais se sont beaucoup occupés des mouuments de la Grande-Bretagne, mais dans leur classiflcation, ils se sont généralement arrêtés aux formes extérieures qu'ils ont classées en forme de boule, épatée, elliptique, triangulaire, conique ou cloche. Assigner des âges divers d'après ces variétés extérieures est difficile. Heureusement que les descriptions qu'on possède sont assez exactes et nombreuses pour se diriger au milieu de ce labyrinthe. Dans toute la Grande-Bretagne, on trouve parsemés les cairns ou les tumuli avec salies et galeries de constructions diverses, contenant des vases et des instruments en pierre.

Les antiquaires de ce pays ont remarqué que lorsque le squelette est étendu de toute sa longueur, la colline est ordinairement moins élevée et renferme des objets en fer; tandis que dans les grandes salles, les jambes et les genoux du mort sont reployés sur le corps, auprès duquel on ne retrouve pas d'ustensiles ou d'ornements en métal.

Dans le comté de Sommerset, près de Wellow Stoney LitUton, est un cairn long de 107 pieds, large de 54, et

y en a 20 dans la contrée de Lûttick, S3 dans la contrée de la grande et petite Gtate, On ne les a pas remarqués sur la montagne des Ârdennee. * Jfémoéfes de Moodëmte de BruxeUtê, tom. IV, pag. 459.

A6B DE LA PIBRRB. 73

haut seulement de 13. L'entrée n'a que 14 pieds de haut et conduit à une galerie de 47 pieds de long sur 3 à 4 de large. Elle est divisée en trois parties par trois transeps oa espèces d'alcôves. On y a retrouvé beaucoup d'ossements, et entre autres deux crânes dont les fronts présentent fort peu de développement. Un fait rare dans un tombeau, c'est que quelques os carbonisés avaient dû passer par le feu. Ce cairn, à côté de l'inhumation qui y prédomine, témoigne donc de l'introduction du bûcher, nouveau mode de sépulture qui ne tardera pas à se répandre d'une manière générale. — Près de Bath (ville du comté de Sommerset) est aussi un cairn de forme ovale, long de 150 pieds et large de 75. Il recouvrait plusieurs caveaux séparés, avec des squelettes humains et des ossements de quadrupède. On trouve des tumuli pareils dans le pays de Gnlles, dans Ttle à'Anglesey, en Irlande, en Ecosse et dans les iles Oreades.

Sur la côte occidentale d'Irlande, près de la ville de lUgo, on voit encore autour d'un cairn 60 grands tumuli entourés de cercles de pierreà '.A4 milles de Droghedn * est an cairn de 320 pieds de diamètre, haut de 60 pieds. Sa base est entourée de piliers dressés. Une galerie longue d'environ 61 pieds ' conduit à un caveau, octogone îrrégulier de 9 pieds de diamètre. Son toit, haut de 20

< La plapart cootiennent des sqaelettes.

* Eo Irlande, comté de Meath, près New-Grange.

' L*ouvertare de la galerie est à 40 pieds de la base, elle a 4 pieds de large, 4 </• <l0 ^^^' £Ile est formée de dalles dressées et couverte de dalles. A 18 pieds de l'entrée, la galerie présente un étranglement n'ayant plas que S pieds d'ouverture au lieu de 4, puis elle s'élève progressivement jusqu'à 8 ou 9 pieds. L'une des alcéves a 4 pieds d'ouverture, 6 de largeur et 8 de profondeur.

7U MONUMENTS DE L'aNTIQUITÉ.

pieds, est un dôme conique grossièrement formé par la projection des pierres du mur. Trois niches ou alcôves sont attenantes au caveau» à l'intérieur duquel on remarque quelques sculptures. On n'y a trouvé que deux squelettes et un vase en pierres. — Dans le comté d'Armagb, près de Ki$tlevi\ un cairn recouvre une grande salle di* visée en plusieurs compartiments. — On trouve aussi en Irlande des cercueils formés de six pierres, ou de petits espaces carrés, grossièrement voûtés, au-dessous de la surface du sol, et recouverts d'une colline peu élevée. Près des squelettes sont des pointes de trait et des couteaux en silex, des colliers et autres ornements en coquillage, 4es vases d'argile contiennent parfois des os carbonisés.

Après ces descriptions de cairns, il n'est pas inutile d'insister sur ce fait : c'est que toute la Grande-Bretagne possède aussi les tumuli en terre, dont plusieurs ont 100 pieds de haut et recouvrent des salles toutes pareilles à celles de la Scandinavie. — En Ecosse, il est encore en usage de dire de nos jours : « Je veux jeter une pierre sur ton cairn ; > ce qui signifie : c Je veux encore t'bonorer dans la tombe. On rapporte que les Scythes jetaient tour à tour des pierres sur le mort dont ils voulaient honorer la sépulture. L*usage a passé en Europe. Il existe encore aujourd'hui. Parfois dans les ensevelissements militaires, les soldats jettent chacun une pelée de terre sur le cercueil. J'ai vu aussi en Allemagne des femmes prendre une poignée de sable et la répandre également sur le cercueil de celui qu'elles venaient de perdre *.

* Irlande, N.-E.

> G'éUit dans le Wurtemberg, à Winlerbach.

France.

La partie la plus ricbe de la France en moDuments des temps primitifs, est l'aDcienne Armorique ou Bretagne, Sor les côtes de TOcéan et un peu plus en avant dans les terres on retrouve les cairns et les grands tumuli entourés de cercles de piliers. A l'intérieur, ce sont encore les allées couvertes, les salles spacieuses *. L'inhumation prédomine, et la présence des instruments en pierre et en os révèle l'ignorance des métaux. — Non loin de Nantes, vers Procheville, on a fouillé, en 1835, une colline dont la salle renfermait 50 squelettes, avec des vases et des haches en pierre. — Dans le déparlement des Deux-Sèvres, un tumulus des environs de Bongon recouvrait une grande salle. La galerie qui y conduisait était formée de neuf pierres, couvertes d'une seule plaque de 26 pieds de long. L'intérieur de la salle était plein de squelettes. On prétend que les vases qui reposaient auprès étaient remplis de noisettes et de glands. On y a trouvé des haches, des couteaux et divers instruments tranchants en pierre, un collier en terre cuite, un autre de coquillages, des dents d'ours et les os d'un chien. — Sur le golfe de Morbihan, dans l'île de Gavreunez, s'élève un cairn sur une allée de 18 supports et 10 énormes couverts; l'allée, étroite à son entrée, va en s'élargissant, et présente sur ses parois des sculptures de lignes serpententes et entrelacées, dessins toul pareils à ceux qui ornent la poterie '. — Le grand

* On trouve aussi les salles de grandes plaques avec squelettes sous la surrace du sol, couvertes, non d'une colline, mais d'une grande pierre.

* Mémoire* de la Sociitè des antiquaires^ 1838, pi. I.

7ti MONUMKNTS DB l'aNTIQUITÉ.

tamulus de Fontenay^le-Marmion, près de Caen, est nn cairn, autrefois entouré d'un cercle de pierres. Depuis nombre d'années on le dépouille de ses matériaux pour des constructions diverses, en sorte qu'il n'a plus qu'une vingtaine de pieds de haut sur 450 de diamètre. Il renferme 12 caveaux grossièrement arrondis, formés de pierres plates et brutes superposées, qui s'élèvent en faisant saillie à l'intérieur, de manière que les voûtes, aujourd'hui plus ou moins tronquées, devaient être à peu prés coniques. Le plus grand caveau a i5 pieds à sa base et 14 Vf dans son état actuel ; le plus petit n'a que 3 pieds de moins. Ces caveaux, indépendants les uns des autres, ont chacun leur galerie tournée vers la circonférence du tumulus. Au centre, six d'entre eux sont rangés sur deux lignes parallèles, du nord au sud, avec un intervalle de \i pieds entre chacun d'eux. Les six autres caveaux forment deux lignes transversales aux extrémités des rangées précédentes. Au fond de ces salles circulaires, le sol consiste en une couche d'argile qui contient des ossements humains brisés, dont quelques-uns conservent des traces de l'action du feu. Les seuls objets qu'on ait trouvés, sont une petite hache en pierre verte et deux vases de terre noire, formés à la main, hauts de 4 à 5 pouces '.

En France, l'agriculteur est souvent détourné de la destruction de ces monuments par les superstitions qu'il y rattache. Dans la Bretagne, le paysan les appelle Ti- Choriguet, c'est-à-dire la demeure des nains ou des esprits follets. En Suède, des paysans racontent qu'après avoir

* Voir la description complète dans le 6« vol. des Annales de la SodéU den antiquaires de Normandie.

Voir les caveaux du tumuli de Kertche.

AGK DK LA PIEBHB. 77

placé daos lears maisons des blocs qui avaient servi à la construction d'anciens tombeaux, ils étaient agités toute la Duit par des bruits surnaturels ou l'apparition de spectres. Le bétail finissant par devenir malade, ils furent obligés de rendre ces blocs à leur destination primitive; aussitôt, tout rentra dans l'ordre.

Noos n'avons aucun doute que VEspagne ne prit une large place dans notre travail, si elle avait été tant soit peu explorée. Jusques à présent, la Société archéologique de Madrid ne s'est guère occupée que des monuments romains et arabes, en sorte qu'on possède fort peu de chose sar les temps celtibériens. Les seuls tumuli que je puisse indiquer ici, sont de grandes collines, entourées de cercles de pierres, sur l'tle de Minorca.

Partis de la Haute-Asie, nous sommes arrivés à l'extréoiité occidentale de l'Europe. En dehors des contrées parcourues, nous ne trouvons, ni dans l'Allemagne centrale, ni au sud de ce pays, pas plus qu'à l'orient de la France, des tumuli que nous puissions rattacher à l'époque qui nous occupe. Vers le midi, des monuments analogues nous apparaissent (à et là; nous allons les examiner et chercher, en en suivant les traces, à remonter vers leur point de départ.

Canton de Vaud.

A rentrée de cette nouvelle voie, nous nous trouvons transporté dans le canton de Vaud, qui se rattache par le Rhône aux côtes de la Méditerranée. — En Suisse, je ne connais jusqu'à présent qu'une seule localité dont les tom-

78 MONUMENTS I>B l'aNTIQUITÉ.

beaux puisse se rattacher avec certitude à ceux qui nous occupent: c'sst la hauteur de Pierra-Portay, près de Lausanne *. Il n'y a pas de tumulus et de grande salle, mais bien ce qui caractérise les sépultures les plus anciennes. Ces tombeaux, découverts en 1825, ont été décrits dans la Feuille du canton de Vaud, par M. le pasteur de Montet. Déposés à 3 pieds au-dessous de la surface du sol, ils étaient construits de dalles brutes, formant de petits espaces de 15 à 20 pouces de large, sur une longueur de 25 pouces à 4 pieds. La profondeur du vide était de 15 à 20 pouces. L'un, le plus petit, n'avait que 1 pied carré de vide. Cependant ces tombes, au nombre de 45, renfermaient chacune 1, 2 ou même 4 squelettes qui avaient été repliés ou accroupis dans cet espace étroit. On n'y a découvert aucun objet en métal, mais bien un couteau en silex et un fragment de stéalite aiguisé sur les bords. Ces tombes sont la reproduction de ces cercueils en pierre, à peu près carrés, qui remplissaient la salle du tumulus

* Je retrouve dans mes noies une communication de M. le colonel de Dompierre, qui dit qu'on a trouvé au ChâUlard, à Lavaux, des tombeaux qui contenaient deux fers de lance en agathe, longs de 4 pouces, et deux boules grenues ou pierres rondes, percées au milieu, ayant environ 4 pouces de diamètre, et du poids de deux à trois livres chacune.

Sur la campagne du Belvédère, près de Lausanne, ont été déposées deux couches de tombeaux. La couche supérieure, d'après les monnaies que M. le pasteur Gindroz y a découvertes, datait des derniers temps du catholicisme dans le pays. La couche inférieure, très profonde, rappelait par la construction les tombes de Pierra-Portay. On n'y a malheureusement découvert aucun objet qui puisse permettre de la classer avec quelque certitude. Sur les côtes de la Bordonette, on a aussi trouvé quelques cercueils en pierre de fort petites dimensions, mais sur lesquels je manque de détails suffisanU. Quoi qu'il en soit, la découverte de Pierra-Portay rend vraisemblable, dans le pays, tout autre découverte du même genre.

à*Arevalla, en Westrogoihie, et on en retrouve de tout pareils dans le pays de Galles ' et en divers lieux de I7rlande.

Savoie.

La Savoie est encore un de ces pays qui manquent d'explorateur *. Cependant, à en juger par la partie qui touche au canton de Genève, elle doit être riche en monuments de l'antiquité. — A un quart de lieue du village de Régny, non loin du Salève, on voit au milieu du bois, dans ane vaste clairière, une espèce de cellule dont Taspect est reproduit dans le 3« volume de V Album de la Suisse ro'mande, M. Blavignac, à qui j'emprunte ces détails, en a donné un plan géométrique dans sa Description de quelques monume^its celtiques. Cette cellule, formée par la réu- DiOD de grands blocs, a environ 9 pieds de long, sur 8 de large. Sa hauteur intérieure ne dépasse pas A 7s pieds. Le plafond est un seul bloc de 15 pieds de long, sur 12 de large. Les dalles sont attenantes les unes aux autres, au moyen de saillies et de rainures correspondantes. Un péribole, ou enceinte, est formé sur Tun des côtés par neuf pierres plantées en terre. Cet assemblage porte le nom de pierres des fées. — Sur le flanc occidental des Voirons, près du torrent de la Chandouze, est la maison ou Cave des

* Gambden décrit un kist-vean ou coffre en pierre Irouvé dans le Garding- Sbire, pays de Galles. • Il avait, dit-il, 4 pieds de long et 3 de large. Il était composé de 4 pierres, dont il y en avait une à chaque eitrémité et une à chaque côté, a

* £Ue en a trouvé depuis. (Note de l'éditeur,)

fées, qui a environ 10 pieds de long, 8 de large et 6 7t de haut dans le vide. Elle est construite de 8 dalles de granit de 2 pieds d'épaisseur*, et engagée en partie dans la terre. Les interstices sont garnis de menus cailloux. Suivant la tradition, cette salle a été construite par les fées, qui apportèrent chacune sur leur tête Tune des pierres qui la composent. Quant à la grotte de Régny, une fée apporta tous les blocs à la fois ; la couverte sur sa tôte, une pierre sous chaque bras, et la dernière dans son tablier. — M. Blavignac voit dans ces grottes des autels druidiques destinés aux sacrifices. Nous examinerons dans la suite ce genre de monuments, qui diffère sensiblement de ceux-ci. Mais si nous les rapprochons des salles sépulcrales du nord dépouillées de la terre qui les recouvrait, comme on en voit en divers lieux, leur identité ne permettra pa3 de douter que les cellules de Régny et des Voirons ne soient les caveaux de tumuli détruits en partie. Sans accorder trop de valeur aux traditions nombreuses qui se rattachent à ces débris divers, je puis ajouter que les pierres des fées de Régny portent aussi le nom de Pierre des morts * .

* Les deux dalles du couvert ont 3 pieds d'épaisseur et mesurent ensemble 17 pieds sur 10.

* Une observation qui a plus de valeur, c'est que dans ce genre de constructions je n'ai jamais observé ce soin à garnir les interstices, sinon lorsqu'il s'agissait d'éviter que la terre ne pénétrât à l'intérieur. Les autels, loin de présenter ce caractère, reposent la plupart du temps sur des supports plus ou moins espacés. — Les pierres levées autour du Caucase désignées par Dubois de Montpéreux, comme tombeaux kimmériens, ont cette construction.

Italie.

Avant d'examiner les collines artificielles qui se retron- Tent en Ilalie, il est bon de rappeler qu'on ne connaît de tamuli élevés par les Romains qu'après de grandes batailles, ainsi celui que Germanicus fit construire six ans après la défaite des trois légions de Varus '. Virgile \ il est vrai, parle d'un tertre élevé sur les cendres de Pallas; mais c'est une réminiscence des tombeaux décrits par Homère ' et la reproduction d'usages antérieurs à la fondation de Rome. Chez les Romains, les monuments tumulaires consistaient en plaques de marbre plus ou moins ornées et couvertes d'inscriptions ; en caveaux garnis de niches pour y déposer les urnes cinéraires, ou en constructions architecturales qui n'ont rien de commun avec Tige qui nous occupe.

En Etrurie et dans \eLatium, on voit encore plusieurs tumali et cairns tout pareils à ceux du nord, antérieurs aoi monuments étrusques et contemporains des murs cyclopéens. Ils renferment une salle de grandes dalles brutes avec des squelettes, des vases et divers objets *. A l'intérieur, ces tumuli sont parfois ornés à leur sommet d'un cercle de blocs, ou entourés à leur base d'un fossé garni de pierres. A 32 milles de Rome, sur la route de Civita- Vecchia, la contrée de l'ancien Alsium en possède de pa-

* TadU annal,, liv. I, c. 62.

* Enéide, XI, ▼. 307.

' Entr'autres, celui de Patrocle.

* Keferstein dit que ces objets sont de brome.

HÉM. ET DOCUM. XXY. 6

reils. Ud tumulus de 650 pieds de tour et 45 de haut, ayant une double couronne de pierres, a été ouvert il y a peu d'années. Il renfermait une salle construite de grandes dalles, dans laquelle on pénètre par une galerie de 35 pieds de long. — Près de San Marinella, un tumulus * de même construction contenait des squelettes d'hommes. Un autre tumulus, de 855 pieds de tour, des environs de Chimi, recouvrait plusieurs salles. On montre dans le Latium, non loin de Pralina, emplacement de l'ancien Lavinium, une grande colline qui porte le nom de tombeau d'Enée '. Plus tard, ces tombeaux deviennent les célèbres tombeaux étrusques, dans lesquels les anciennes formes prennent un caractère un peu différent. Le tumulus, construit en maçonnerie, renferme des salles ornées de colonnes et de peintures. Là, apparaissent les vases couverts de la représentation des dieux, les urnes d'albâtre élégamment travaillées, l'or, l'argent, le bronze, et tout cela avant la fondation de Rome. Vitulonia, capitale de TEtrurie, détruite avant les temps romains, eut des colonies près de Noia et Capoue, à peu prèç à l'époque de Troie. Et cependant, toute cette civilisation est fort postérieure à l'âge qui nous occupe. — Dans la basse Italie \ les vases campaniens, entièrement pareils aux vases étrusques, se trouvent à côté des squelettes dans des salles construites avec de grandes plaques, qui reposent dans une couche volcanique de pierre ponce. Au-dessus est une

* Nommé Poggia Gajella.

* On trouve d'autres renseignements dans l'ouvrage d'Abeken : MitUl-lta^ Uen vor derZeit derromischen Herrsehaft nach seinen Denkmalen dargesteUt^ pag. 242. La page 286 et la planche 4 décrivent des cairns.

' Surtout près de Naples.

excellente terre végétale ; plus haut, une couche de sable et de coquillage ; et enfin, par dessus ses différentes couches, la terre du sol actuel. On le voit, durant un certain temps, ces plaines furent inondées par les eaux de la mer. L'ancien temple de Puzzole, près de Baïes, attribué à Jupiter Sérapis, et les temples de Pœstum, témoignent par les térébratules dont ils sont chargés qu'ils demeurèrent partiellement sous les eaux. On ne peut dire au juste à quelle époque remontent ces tombes campaniennes, certainement postérieures aux tumuli de l'âge primitif, ainsi que les tombeaux étrusques que les Romains appelaient déjà sepulcra velustùsima.

Les tumuli ont été observés sur quelques îles de la Méditerranée; sur celles de Minorque, de Malle et de Gozza. On les retrouve en Grèce avec les cercles de pierres et les grandes salles qui contiennent des squelettes d'hommes et d'animaux '.

Dans y Asie-Mineure sont aussi des tumuli de ce genre.

Des constructions pareilles existent en Crimée, sur les bords de la mer Noire, mais je dois ajouter que leur contenu révèle déjà la connaissance des métaux, de même que dans l'Asie du nord.

Il n'est pas sans intérêt de retrouver dans Ylndonsian de nombreux tumuli, ayant souvent 100 pieds de diamètre et an sommet un cercle de grands piliers bruts, dont plusieurs ont jusqu'à 16 pieds de haut\ A Tinté-

* On dit qu'il s'y trouve déjà des casques en bronze, détail donné par H. de Bonstetten. La preuve de ce fait n'dlera du reste rien à l'analogie de construction avec le nord. — On a recueilli dans le tumulus de Marathon, construit tout en terre, des pointes de flèche en silex, qu'on attribue aux Ethiopiens qui étaient au service de Darius et combattaient avec les Perses.

* Dans les districts sud de la presqutle indienne, surtout dans la province de Coimbalator. Archtoloqia britannica, XXI, 1826.

rieur, une salle de grandes pierres est ordinairement divisée en quatre compartiments, qui renferment des corps, des vases, des épées et des pointes de lance en métal, du fer tout oxidé et des objets en argent. Les habitants, qui ont une grande vénération pour ces tombeaux, les attribuent aux Pygmées ; de même que les Bretons, ils en font la demeure des nains, tandis que les peuples du nord y voient l'œuvre des géants.

Enfin, dans le nord de V Amérique *, on trouve des tumuli avec des salles de grandes dalles contenant souvent des squelettes, des haches et des coins en pierre tout pareils à ceux du nord de l'Europe. Les Péruviens ont aussi élevé des collines de ce genre, de dimensions gigantesques, mais dont le contenu révèle un Age postérieur.

Conclusions sur la première période.

Nous avons maintenant à rechercher les résultats que l'histoire peut retirer de l'examen des faits présentés jusqu'à ce moment. La haute antiquité de cette période ne nous permet pas de donner des dates précises. Cependant, en restant dans des limites très modestes, nous pouvons dire que le nord et Toccident de l'Europe reçurent leurs premiers habitants, au moins 1600 ans avant l'ère chrétienne. Cette date n'est pas assez reculée pour le midi, si nous tenons compte de l'ancienne civilisation de l'Etrurie,

« Mémoiret de la Société de Copenhague, 1840-1844, pag. 120, pi. V, Hg. 10, où se voit une inBcription curieuse iadéchiffrable. — On trouve surtout les tumuli dans les Etats de MauachuseU^ Ohio, New-York, Pensylvanie, ainsi que des places retranchées.

AGB DB LA PIBHRE. 85

qui avait déjà ses colonies au temps de la guerre de Troie (eoYîroD 1200 ans avant Jésus-Christ). Les cbronologistes mentionnent une colonie de Pélasges établis en Italie euviroD 1650 ans avant notre ère, et font remonter la fondation de Sycione, la plus ancienne ville de la Grèce, à dix-neuf siècles avant Tère chrétienne. Enfin, Champollion attribue aux plus anciens monuments de l'Egypte au delà de 4000 ans d'antiquité *.

Nous croyons avoir déterminé suffisamment les monuments de l'Europe qui remontent à ces temps primitifs. Les gigantesques constructions tumulaires dont le contenu révèle l'ignorance des métaux indiquent assez nettement les contrées de l'occident qui furent peuplées les premières. Après avoir donné la statistique de ces tombeaux, il ne sera pas hors de propos de jeter un coup d'œil d'ensemble sur leur disposition géographique. A défaut des ruines de bourgs ou de cités, nous pouvons être assurés que les lieux de sépultures ne sont pas éloignés des lieux d'habitation. Si nous prenons une carte, et si nous indiquons par un signe les différentes localités où Dous nous sommes arrêtés, nous verrons en Europe tous les monuments primitifs se grouper sur les rives des mers ei des fleuves, et se diriger vers l'orient par deux voies différentes. L'orient devient donc le point de départ. Nous avons vu, dans les vastes plaines de la Daurie et sur toute

' H faudra encore tenir compte, en lisant ceci, des découvertes postérieures à l'époque où ce cours a été composé. L'Europe occidentale était habitée déjà, lorsque les Ariens de la branche celtique y ont pénétré pour la première fois. Les égyptologues actuels, BruggKh, Lepsius, Mariette, etc., accordent aux plus anciens monuments égyptiens connus tout prés de 4000 ani a?ant l'ère chrétiennne. {Note de Véditeur.)

TAsie du nord, les salles sépulcrales formées de dalles immenses, recouvertes de grandes collines de terre, et ornées à l'extérieur de cercles de piliers élevés. Ces tumuli, nombreux dans le nord de la Sibérie, passent au delà des monts Ourals, et se répandent dans les provinces russes, sur les bords du golfe de Finlande et de la mer Baltique, — En Siiède, ils ne se retrouvent que dans les provinces méridionales ; nombreux en Scanie, rares déjà dans le Bobusiân, ils ont à peu près pour limite le canal de Gôtba, qui va de Gottenbourg à Stockholm. Les îles du lac Mélar, riches en monuments d'âges postérieurs, n'en possèdent aucun, que je sache, de Tâge primitif. — Le Danemark fut habité dès les temps les plus reculés ; même sur des îles de peu d'étendue, les grands tumuli pénétrent peu à l'intérieur; déposés sur les rives de la mer, dans des contrées parfois sans culture, au milieu des forêts ou audessus des marécages, au fond des golfes ou sur des caps, on se trouve transporté dans un autre âge, et cet aspect étrange ne frappe pas moins que les ruines d'une ancienne cité. — Nous retrouvons les tumuli dans le nord de V Allemagne, répandus autour de Danzig, d'où ils pénètrent dans l'intérieur des terres, en suivant les bords de la Vistule, jusqu'à Culm et Bromberg. De Danzig, ils s'étendent le long de la Baltique, sur les côtes de Poméranie et sur l'île de Rûgen. De là ils remontent les rives de l'Oder jusqu'à Frankfort, et se dirigent vers la Warta, dans le grand-duché de Posen. — Les duchés de Mecklenburg, surtout celui de Schwerin, et les environs de Hamburg en possèdent plusieurs. Ici encore, ils remontent TElbe jusqu'au sud de la Prusse et se répandent dans les contrées baignées par la Saaie et ses ramifications, mais on les

chercherait en vain au sud d'Âltenburg et de Saxe-Weimar, à eo juger du moins d'après les faits connus. — Clairsemés dans le royaume du Hanovre, on les retrouve en Hollande, en Belgique et au nord de la France.

Bien que je n'aie pu obtenir encore une statistique cornplète des monuments de la Grande-Bretagne, les tumuli primitifs dont je possède la description pénètrent peu dans l'intérieur des terres, à moins qu'ils ne se rattachent à quelque grand cours d'eau. On les retrouve dans les Cor- Dooailles, dans l'tle d'Anglesey, en Ecosse, sur les îles Orcades et sur les côtes de l'Irlande.

Nous les avons vus au nord de la France, nombreux dans la Bretagne et sur les côtes occidentales, ou remontant le cours des fleuves.

C'est ainsi qu'en suivant ces monuments, on rencontre l'Océan pour limite. Leur continuité sur les bords des grandes eaux, et leur direction du golfe de Finlande au nord de la Sibérie et dans l'Asie du nord, nous permettent de retracer avec assez de certitude la première voie parcourue d'orient à occident, dans les régions septentrionales.

Le midi de l'Europe conserve encore assez de ces monuments, quoiqu'ils soient moins nombreux que dans le nord, pour reconstruire la voie parcourue par une autre invasion de peuples. Nous retrouvons ces tumuli sur les bords de la mer Noire, en Grèce, en Italie, entre autres dans le Latium et l'Etrurie, et sur les fies de Malte, de Gozza et de Minorque. — Enfin les tombeaux de Régny et des Voirons, en Savoie, ainsi que ceux de Pierra-Portay, dans le canton de Vaud, me paraissent se rattacher, par le Rhône et le Léman, aux rives de la Méditerranée et aux

premières populations qui pénétrèrent en Europe par le midi.

Il est un point facile à déterminer. D'où venaient ces premières populations du midi, dont nous suivons les sépultures jusques sur les bords de la mer Noire dans la direction du Caucase? Ici, deux nouvelles routes, dont les jalons sont toujours les tombeaux primitifs, s'ouvrent devant nous. L'une, par le nord de la mer Caspienne se dirige vers les monts Ourals et nous conduit de nouveau dans la Haute-Asie. L'autre, par l'Âsie-Mineure disparaît dans la Perse et se montre de nouveau dans les Indes, où elle rencontre la mer pour limite. Laquelle de ces deux voies fut suivie par les premiers émigrants 1 Je l'ignore. Je ne doute pas qu'une connaissance plus approfondie de l'orient n'indiquât de nouvelles voies. Peut-être les verrions-nous converger vers un point central, berceau de l'humanité. Bien d'autres questions encore nous reporteront vers cet Orient, vaste labyrinthe où l'on se perd faute d'un fil conducteur. Si ces immenses contrées ont un jour leurs explorateurs, elles permettront sans doute de voir nettement là où nous distinguons à peine au milieu de Tobscurité.

Je tiens à rappeler encore un fait. C'est que plusieurs Etats du nord de lÀmérique possèdent des tumuli tout pareils à ceux de la Scandinavie, avec salles et instruments en pierre, sans trace de métal.

Lorsque nous aurons vu, dans les périodes suivantes, combien les modes de sépultures diffèrent de celui que nous avons examiné jusqu'à présent, on pourra mieux apprécier la valeur des faits analogues sur lesquels nous insistons. Afin de bien préciser ces tumuli primitifs, nous

AGB DE LA PIBRRB. 89

rappellerons qa'en Orient, sur les bords du Jenissei et dans les Iodes, ils renferment des objets en métal ; tandis qu'en Europe et dans le nord de TAmérique, ils ne contiennent que des instruments en os et en pierre V Peut-être que des recherches moins superficielles en Asie montreraient qu'il fut aussi un âge où l'art des mines était inconnu; cependant, je ne sais rien jusqu'à présent qui puisse justifier celte supposition. Je crois, du reste, avoir expliqué suffisamment comment cette connaissance dut se perdre par la vie nomade des premiers émigrants dans des contrées inexplorées.

Il nous parait donc ressortir clairement, de tout ce qui précède, que les bords des grandes eaux furent les voies suivies par les premières populations qui pénétrèrent en Europe, les unes par le midi en suivant les côtes de la mer Noire et de la Méditerranée ; les autres par le nord, le long de la Baltique et de l'Océan. — D'autre part, le nord de rAmérique parait avoir également son point de départ dans le nord de l'Asie par le détroit de Behring.

Dans toutes les localités où l'on retrouve dans les tumuli les salles sépulcrales, on est frappé de la grandeur des matériaux employés. Il n'est pas rare de mesurer des dalles de 15 pieds de long sur 12 de large, et â à â d'épaisseur. La couverte d'une galerie souterraine, près de Bonyon, en France, n'avait pas moins de 26 pieds de long. L'élévation des collines, qui parfois dépasse 100 pieds, les dimensions des piliers disposés en cercle à la base, sur les flancs ou sur le sommet du tumulus, dominé par un autel gigantesque, rappellent un âge d'enfance, où la gran-

' Nou» verrons plus tard que les exceptions appartiennent à rft|:e de transition.

deur consiste dans ia force du bras. Nous avons vu que la construction intérieure du tumulus est assez variée. Les salles, plus ou moins spacieuses, sont carrées, ovales ou rondes, recouvertes de grandes plaques ou d'une espèce de dôme. Parfois un tumulus n'en renferme qu'une seule, d'autrefois il en contient jusqu'à douze. Ces variétés ne permettent cependant pas de distinguer des populations différentes, car elles se retrouvent dans chaque pays, souvent rapprochées les unes des autres. Peut être sontelles le résultat d'époques diverses durant le premier âge, tout comme elles peuvent répondre au rang différent qu'occupait le défunt ou sa famille au milieu de ces peuplades. On en peut dire autant des piliers plus ou moins nombreux autour de la colline. Nous en verrons plus tard la signification religieuse. Quant aux autels qui dominent parfois les tumuli, nous ne pouvons douter, d'après les usages rapportés par Hérodote, qu'ils n'aient servi à des sacrifices à la mémoire du défunt.

Une autre variété consiste dans la formation des collines au moyen de la terre ou des cailloux roulés. On ne peut l'attribuer à la nature du sol sur lequel on élevait ces monuments. Les cairns me paraissent avoir été destinés aux plus grands personnages. Souvent les collines en terre se groupent alentour. Ainsi en Irlande, près de lligo, 60 collines entourent un cairn qui a l'air de les dominer. Les pyramides d'Egypte, ainsi que les tombeaux étrusques construits en maçonnerie, sont les cairns des peuples civilisés.

Un fait commun à tous ces tombeaux, est celui des galeries dont l'issue à l'extérieur est toujours soigneusement dissimulée. Le but évident de ces galeries était de pouvoir

péDéirer de nouveau sans trop de difficultés dans les salles sépulcrales. On trouve en effet dans celles ci des squelettes d'hommes, de femmes et d'enfants. Ils ne sont cependant pas assez nombreux pour être ceux d'une tribu entière. Ils <]oivenl avoir appartenu à la même famille. Quelquefois, la salle étant pleine, les morts furent déposés jusque dans la galerie. Ces tombeaux étaient donc des tombeaux de famille, et ils nous révèlent ceci d'important, c'est que plusieurs de ces peuplades s'établirent dans des contrées de leur choix, et que plusieurs renoncèrent de bonne heure à la vie nomade, qui ne permet pas d'élever des tombeaux de familles.

Nous avons constaté, dans la plupart des tombeaux primitifs, l'attitude étrange donnée aux morts en les déposant dans la tombe. Le long des parois des salles sépulcrales, nous avons vu que les membres ont été reployés de telle sorte que les jambes sont retombées, les genoux en avant, par-dessus les avant-bras, tandis que la colonne vertébrale et les côtes se sont affaissées sur ellesmêmes. Les antiquaires anglais disent que les jambes sont reployées sur la poitrine. — Des cercueils cubiques en pierre, comme ceux de Pierra-Portay, dans le canton de Vaud ; d'Irlande, du pays de Galles et d'Âxevalla, en Suède, n'ayant environ que deux pieds carrés de vide, contenaient des squelettes d'hommes et de femmes, entiers mais reployés. En outre, Diodore de Sicile rapporte que les Troglodytes , peuple pasteur d'Ethiopie , passaient la tête de leurs morts entre les jambes, et les liaient dans cette posture avec des branches d'aubépine, qu'ensuite ils leur jetaient des pierres en riant jusqu'à ce qu'ils

92 MONUMENTS DE i/aNTIQUITÉ.

en fussent entièrement couverts '. (Nous devons expliquer en passant que ces rires dans la sépulture, communs à plusieurs peuples de l'antiquité» étaient l'expression de leur foi. Ils pleuraient à la naissance des enfants, en pensant aux maux qui les attendaient dans ce monde; ils se réjouissaient à leur mort, parce qu'ils envisageaient la tombe comme le terme de leurs souffrances et le commencement d'une vie meilleure.) Enfin, on rapporte que les Guanches, anciens habitants des îles Canaries, donnent la même position à leurs morts.

Cette attitude ne peut provenir d'un simple caprice. On a voulu y voir l'attitude du repos, la position assise; mais un vide de deux pieds carrés ne permet pas de répondre à ce but. On a dit aussi que c'était afin de pouvoir réunir un plus grand nombre de cercueils dans un espace resserré, mais comment expliquer cette position lorsque deux ou trois morts occupent seuls une salle spacieuse? — Un fait de même nature, propre à un autre pays et à un autre âge, nous permettra de donner une explication qui me parait plus satisfaisante. J'examinais un jour différents objets que notre compatriote, M. le D^ Tscbudi de Claris a rapportés du Pérou. De ce nombre, étaient quelques momies qu'il avait lui-même découvertes. Grande fut ma surprise de retrouver la même attitude, et beaucoup plus nettement dessinée. Les corps, dessé-

* Lib. IV, chap. 8, édition de Lyon, 1599.

Génie du chrisUanUme, liv. VI, chap. i. Idées sur une autre vie. « Les niéres, chez certains Indiens, sont assez insensées pour épancher leur lait sur un tombeau, et elles donnent à l'homine, dans la sépulture, la même attitude qu'il avait dans le sein maternel. »

Hérodote, liv. IV, chap. 190. D'entre les Libyens nomades, les Nasamons enterrent leurs morts assis.

chés daDs le sable, étaient encore recouverts de ta peau et d'une partie des vêtements. Les jambes étaient re* ployées sur la poitrine, et les mains ramenées entre les genoux et le menton , ou croisées sur les jambes. Sur quelques momies on voyait encore les cordes dont on avait fait usage pour maintenir les morts dans cette position. Ma surprise s'accrut encore quand j'aperçus la momie d*un perroquet^ provenant aussi de ces tombeaux péraviens. Au lieu d'être étendu comme les oiseaux dans les tombeaux égyptiens, il avait les pattes reployées sur le thorax, et la tête ramenée vers l'aile gauche. Cette position était évidemment celle du petit oiseau dans la coquille. D'autre part l'attitude donnée à ces momies, n'était antre que celle du fœtus dans le sein de sa mère. Le même fait reproduit en des lieux si divers devait avoir nne même signification. Maintenant, si nous consultons les mythologies des anciens peuples, nous voyons que la terre est généralement envisagée comme la mère univer-

* Le missionnaire La Croix se trouvant un jour au bord du fleuve sacré (Le Gan^e), son attention fut attirée par un homme qui, après avoir fait ses ablotions, s'occupa à plonger deux perroquets dans l'eau. — Quel but vous proposes-vous , lui demanda notre missionnaire, en forçant ces oiseaux à prendre un bain qui leur répugne si fort ? — Celui de leur faire du bien, répondit l'Hindou. — Et quel bien, je vous prie? — Si, en me plongeant dans cette rivière, je contribue à assurer le salut de mon ftme, comment cela ne ferait-il pas aussi du bien à ces pauvres bétes? Le corps de ces oiseaux est sans doute habité par une âme humaine, condamnée par les dieux à y vivre à cause des péchés qu'elle a commis dans une existence antérieure; o'ont-ils pas besoin dès lors d'être purifiés pour échapper le plus tôt possible à la servitude à laquelle ils ont été assujettis? Or, pourrait-il y avoir dans ce but quelque chose de plus avantageux que le bain que je leur fais prendre.

{Let MMon$ évangéliquei au XIX* siècle, — Neuchâlel, 1864, février, pag. 35.)

94 MONUMENTS DE L*ANTIQU1Ti.

selle du genre biimain. Ce que nous connaissons de la foi des plus anciens habitants de la Gaule, de la Germanie et de la Scandinavie, nous apprend qu'ils croyaient à une vie à venir. Après leur mort les Péruviens allaient rejoindre rinvisible Pachacamac, les Incas, leurs rois retournaient auprès du soleil leur père *. — L'homme, à sa mort, au moment de rentrer dans le sein de la mère du genre humain, recevait l'attitude de l'embryon, comme devant renaître pour une vie nouvelle. Cette attitude me parait donc être le symbole de la foi à une vie à venir, à une naissance nouvelle, je dirai même à une résurrection des corps. Cette dernière idée paraîtra peut-être moins hasardée, si l'on se rappelle que plusieurs peuples sauvages de l'Amérique, entièrement étrangers à la religion révélée, croient à la résurrection des corps. Il n'est pas sans intérêt de rapprocher de cette explication le passage d'un auteur ancien • d'après lequel, Cécrops, qui vivait environ 1500 ans avant l'ère chrétienne \ ordonna à ses sujets de

* Voir entr'autres d'Orbigny, Voyagç dans V Amérique méridionale Partie historique. Les Péruviens savaient marteler le métal. Dans les tombeaux, les vases contenaient des boissons, des sacs d'étoffe, du maïs. Les Incas allaient près de leur père le soleil ; leurs vassaux les y servaient. D'autres peuples retrouvaient la chasse dans un autre monde. Le ciel est la reproduction des goûts de chaque peuple. Les Quichas avaient Pachacamac, dieu inTisible, créateur de toutes choses, commandant au soleil, ayant la lune pour femme. Il était adoré sans forme, en plein air. Le soleil avait des temples spacieux et riches. Des vierges lui étaient consacrées. Les incas étaient ses prêtres. Ou lui sacrifiait des fruits et des lamas. — Le mort emporte dans la tombe ses meilleurs habits, ses armes et des vivres pour faire le voyage.

* Cicéron, lib. 8, chap. 25, tom. 3, pag. 156, de îegib. II.

' Le Manuel chronologique d'Humbert dit que Cécrops fonda Athènes Tan 1580 avant Jésus-Christ, et le dictionnaire des auteurs classiques dit qu'il conduisit une colonie dans l'Attique environ 1586 ans avant Jésus-Christ.

déposer leurs morts dans le sein de la mère universelle. Qaant à l'objection guon pourrait tirer de l'ignorance des peuples primitifs relativement à Tanatomie, elle ne noDS arrêtera pas longtemps si nous nous rappelons leurs sacrifices sanglants, et l'étude que les aruspices faisaient des entrailles de leurs victimes afin d'en tirer des présages ' .

On peut se faire une idée du genre de vie et du degré de culture de ces peuplades primitives par les instruments doDt nous avons examiné les formes. Les haches et les coins eurent des usages divers. Ils servirent également aux travaux domestiques, à la chasse, aux combats. Il n'en est pas de même du ciseau, de la gouge, de la scie et du percet, destinés à tailler le bois. Il est des couteaux qui ont été des instruments domestiques, tandis que d'autres sont de véritables poignards. Les pointes de flèche, de javelot, de lance, ne laissent pas de doute sur leur destination. C'étaient des armes offensives dirigées contre des hommes ' ou des bêtes féroces. Dans un âge où on ne portait pas d'armure, la fragilité de ces instruments n'empêchait pas de porter des coups mortels. L'ancre témoigne de la navigation. Les troncs d'arbres creusés et carbonisés à l'intérieur, trouvés dans des tourbières du Danemark, étaient les bateaux de ces anciens lacs; et rappellent la manière dont quelques peuples sauvages creusent leurs canots au moyen de la pierre et du feu. La dé-

' Voir tur Vart des Aruspices^ Creuzer, tom. I,II, liv. V, chap. IV, pag. 467, notes.

* Si l'on pouvait douter des combats entre les hommes, il sufllrait de rappeler les cr&nes de la Thuringe dans lesquels étaient enfoncés des coins ou bâches en pierre.

couverte de quelques hameçons ne permet pas de douter que la pèche n'ait été un moyen d'existence.

On comprendra par la suite les raisons qui nous font renvoyer à une autre partie de notre cours l'étude des monuments relatifs au culte. Cependant une question se présente naturellement ici, c'est de savoir quels étaient les instruments dont les prêtres frappaient les victimes. Tout ce qu'on a avancé à cet égard de conjectures sans fondement» m'oblige à user de la plus grande circonspection Aux yeux de quelques-uns, une pièce semble n'avoir de valeur qu'en tant qu'elle a été trempée dans le sang humain, ou tout au moins destinée au culte. Veut-on en connaître la raison ? on vous fait observer quelque particularité dans la forme, qui constitue une variété, mais rien de plus. On a retrouvé quelquefois sous les autels et dans les enceintes destinées au culte, des couteaux, des poignards et des haches en pierre; mais rien dans leur forme ne les distingue des mêmes pièces déposées dans les tombeaux. En conséquence, nous pensons que la destination seule était distincte, tandis que la forme était commune. Les âges suivants nous présenteront à cet égard des renseignements plus satisfaisants.

Lorsque les coins que nous avons examinés sont de grandes dimensions, quelques antiquaires du nord en font des pioches destinées à la culture des terres. La conclusion immédiate, qui ressortirait de cette destination, serait la connaissance de l'agriculture de la part des peuples primitifs. Pour conclure à un tel résultat, il faut un point de départ plus positif, aussi nous garderons-nous de rien affirmer à cet égard. D'entre les instruments arrivés jus qu'à nous, nous n'en trouvons pas qui répondent à ce but

d*UDe manière satisfaisante. Cependant l'absence de ces pièces ne nous permet pas de rejeter d'une manière absolue la possibilité de ce fait. Dans ces appréciations nous devons nous entourer de tout ce qui est propre à jeter quelque lumière, et bien que nous comprenions diflScilement la cnlture des terres, vu TinsufiSsance des ustensiles à nous connus, nous sommes cependant obligés de reconnaître qu'ils ont nécessairement possédé des instruments propres à cet usage. Cette affirmation deviendra évidente pour chacun, si nous reportons nos regards sur ces collines gigantesques élevées au-dessus des salles sépulcrales. L'absence d'excavation ou de creux sur le sol environnant montre que la terre a été apportée de loin ou que le sol a été nivelé. D'une part, les instruments nous permettent de conclure à ce qui a dû être fait avec leur secours, et Doos font aller du moyen au but. D'autre part, les constructions nombreuses que nous avons décrites reportent notre attention sur la nature des royens employés. Nous disons donc que l'érection de ces collines exigea l'emploi d'instruments propres à cet usage. La pioche et la pelle forent indispensables. La pioche put être armée d'un tranchant en silex. La pelle était sans doute en bois. On en voit encore de pareilles entre les mains des agriculteurs de la Suède. L'extrémité de la partie destinée à entrer dans le sol, est seulement garnie d'une bande en fer. La pioche et la pelle ne purent cependant suffire, à elles seules, pour entasser les terres jusqu'à 100 pieds au-dessus du sol. Il fallut, sinon des chariots, du moins des espèces de brancards. On le voit, les instruments indispensables aux premiers travaux de l'agriculture ne manquèrent point. — Dans le midi, Cécrops consacra une partie du moins de ses soins

Mil. ET DOCUH. XXY. 7

98 MONUMBNTS DB l'aNTIQUITÉ.

à la coUure de la terre * ; dans le nord, Tagricolture fatelle introduite aussi anciennement? Le fait n'est pas impossible, mais nous ne pouvons cependant TalQBrmer.

Ce qui nous reste des populations primitives de l'Earope ne nous permet pas de porter à leur égard un jugement complet. Elles ont eu des connaissances dont nous avons peine à nous rendre compte. La dynamique, réduite à l'état de science, n*a pas encore atteint les résultats obtenus dans les premiers âges. Nous verrons dans la suite combien les plus grands blocs soulevés de nos jours sont peu de chose à côté des roches énormes transportées en ces temps là à de grandes distances, et élevées à plusieurs pieds au-dessus du sol. Nous ne devrons pas oublier que malgré nos efforts pour reconstruire le passé, nous ne saisissons que des lambeaux, dignes d'étude sans doute, mais mutilés et incomplets ; nous avons une partie des instruments, mais non les œuvres exécutées ; nous avons les monuments de la sépulture, mais non ceux de la vie.

Un trait qui caractérise les populations à leur berceau c'est la préoccupation de l'utile. Lorsque le sentiment du beau se réveille et demande à être satisfait, les premières difficultés ont été vaincues, les conditions de l'existence 86 sont adoucies. L'inexpérience préside nécessairement i de premiers essais. Cependant ils n'en sont pas moins curieux à constater dans la période qui nous occupe. Dans ce nombre nous placerons d*abord les colliers d'ambre, d'os ou de coquillages qu'on retrouve dans quelques tombeaux. Les vases, confectionnés tout d'abord dans un but d'utilité, ne tardent pas à se recouvrir d'ornements en

« Gicéron, Imd. UI, pag . iSS, Uvra 11, chap. U.

creox» qui consistent surtout en pointiilages ou en lignes droites brisées, obliques ou parallèles. Les vases découverts dans les contrées de la Saaie présentent un perfectionnement. L*artiste a incrusté dans le creux de la gravure une matière blanchâtre qui ressort sur le fond noir do Tase. Nous avons mentionné les premiers essais de la gravure sur pierre en Suède ', dans le Jutland et le Seeland \ en Allemagne % en France ^ et en Irlande *. Ce sont des dessins pareils à ceux des vases, mais qui, à Merseburg, représentent aussi des armes. Je n'ai du reste observé nulle part la reproduction des figures humaines.

Si l'on eût apporté plus d'attention aux découvertes, et qu'on eût déterminé avec soin chaque ossement, nous pourrions sans doute donner une liste plus complète des animaux que l'homme avait réduits à la domesticité. De ce nombre nous pouvons indiquer la poule * , le cochon, le chien et le cheval. Je ne trouve dans ces découvertes aucune indication de la vache. Il me paraîtrait cependant étonnant qu'un animal de cette utilité fût resté inconnu.

Nous avons indiqué la présence, en divers lieux, d'ateliers ou anciennes fabriques d'instruments en pierre. Ce fait à loi seul constitue un état de la société qui permet à rindividu d'embrasser une profession. Dès que les vases ne furent plus formés à la main, mais au moyen du tour,

* Axevalla.

" GUerup et Herrstnip.

' Nersburg.

* ne de Gavreunaz dans le golfe de Morbihan.

* Drogheda.

* Voir pag. 88 a. Trebnitz et Keferstein, pag. 10.

La poule ne se comprend pas avec la vie nomade. Elle ne peut suivre la marche d'une tribu ; transportée, elle devient inutile.

cet instrument ne pouvant être la propriété de chacun, I*art du potier constitua de son côté une nouvelle profession. Ces faits témoignent, ainsi que les tombeaux de familles, de populations assises, condition nécessaire à l'exercice des professions. Et dès que les professions sont établies, il en résulte nécessairement l'échange, en d'autres termes : le commerce.

D'après ce qui précède, les premiers habitants de l'Europe s'avancent au nord et au sud, le long des grandes eaux, s'établissent sur les bords des mers et des fleuves, et s'adonnent à la pèche et à la chasse. Ils s'essaient dans la navigation ; travaillent le bois, l'or et la pierre. Ils savent détacher des bancs de rochers des blocs immenses, qu'ils transportent à des distances considérables. Le potier perfectionne son art à l'aide du tour. La fabrication des instruments devient une profession. L'échange s*établit et avec lui le commerce. L'art commence à s'exprimer par des rayures diverses, par l'incrustation et par la gravure sur pierre. Les autels nous font voir qu'il est des dieux dont il faut rechercher la faveur ou apaiser la colère par des offrandes ou des sacrifices. L'exercice de professions et les tombeaux de familles ne peuvent provenir que de populations qui ont renoncé à la vie nomade. L'élévation des monuments et les dimensions des matériaux employés sont d'un Age où la grandeur consiste dans la force du bras . Enfin la dépouille mortelle de l'homme, déposé dans le sein de la mère universelle du genre humain dans l'altitude de l'embryon, nous parait révéler la foi à une vie à venir et même à la résurrection des corps. Tels sont les résultats que l'étude des antiquités permet d'offrir à l'histoire sur un Age qui semblait n'ouvrir de champ qu'aux conjectures.

On a pa juger de Tanalogie frappante que présentent tons ces débris de l'âge primitif, soit en Europe, soit dans le nord de l'Amérique. Conclurons-nous qu'ils proviennent du même peuple ? Cette identité sera-t-elle suflQsante pour prouver que tous ont puisé au même point et à la même source? La reproduction de certains faits paratt révéler une origine commune, mais il en est d'autres dont la parité tient à une autre raison. Les habitants du nord de l'Europe et du nord de l'Amérique doivent avoir eu le même point de départ, l'Asie. Ceux du midi de l'Europe sont déjà moins faciles à déterminer et ne tardent pas à sabir l'influence de l'Asie mineure et de TEgypte. Si l'on connaissait mieux les temps primitifs de l'Egypte, je n'ai aucun doute qu'on ne trouvât des rapports surprenants avec le nord. Les pyramides ne sont qu'une modification des cairns. Parfois les momies sont recouvertes de feuilles en or, comme les squelettes des tombeaux de la Haute-Asie. Le papyrus, déposé dans le sarcophage, est encore repro* duit de nos jours, en Russie, par le passe-port des morts. Le prêtre égyptien, de même que le peuple juif dans certains usages du culte*, se servait de couteaux en silex de la forme de ceux du nord. S'il était possible de faire une étude complète des commencements des divers peuples qai se sont répandus sur la terre, on verrait que ce qu'on prend souvent pour les traits caractéristiques d'un seul

* ioftué, ch. V, V. 2, 3. Les traductions françaises disent : couteaux tranchants au lieu de couteaux de pierre. 11 y a D^^SS HIH^H (charevoth Uârim) charevolh, pluriel de 2111 f- giadius, et tturim, plur. de Tfjf lapis, silex ( au plur. riipet, rochers). Les Septante ont traduit itâxçnpotç Tcr/Kvoc. ( Note de M. Louis Monastier.)

peuple, ou pour une influence immédiate, est propre à toute l'humanité à son berceau. Nous avons dit qu'il est certains faits qui révèlent l'emprunt à une source commune. Dans ce nombre nous placerons plusieurs particularités relatives à la sépulture: l'attitude de l'embryon, la forme analogue des salles et les mêmes arrangements des piliers à l'extérieur du tumulus. Ces usages se répandent dans des directions diverses, et, selon les circonstances, survivent plus ou moins longtemps. Mais pour ce qui est de la forme des instruments, produits de la nécessité, l'analogie tient à une raison dont l'explication demande quelques développements.

Des antiquaires ont avancé que l'identité des formes désigne un même peuple ou l'emprunt à une source commune. Il nous sufiira de présenter quelques faits pour réfuter cette manière de voir. Les pointes de flèches en pierre de la forme d'un triangle ou d'un cœur allongé sont les mêmes, non-seulement dans les anciens tombeaux de l'Europe et du nord de l'Amérique, mais encore dans le Japon et chez les peuples modernes de la nouvelle Zélande. Les mêmes pièces munies d'une pointe destinée à entrer dans la hampe, se retrouvent en Europe, dans le Japon et dans le Mexique. Une forme plus compliquée, échancrée sur les bords pour donner à la ligature plus de solidité, est commune à la Suède, au Mexique et à la Californie. Les coins ou haches en pierre sont encore identiques en Europe, dans le Mexique, dans la terre de Feu et dans les îles de la mer du Sud.

Il serait facile de multiplier ces rapprochements, mais ceux-ci ^ffisent pour prouver que cette analogie de formes chez des peuples si éloignés les uns des autres, soit

par l'espace, soit par le temps, ne peut provenir ni d'une même population, ni d'un emprontà une source commune. Il n'est pas moins intéressant de rechercher les premiers essais de l'art chez les peuples de l'antiquité et de les rapprocher des productions des sauvages. L'idée du beau, chez les uns et chez les autres, s'exprime par des orne- DQieDts tout pareils. Au début, on retrouve constamment la ligne droite ou brisée, les hachures, le pointillage, sur toutes les matières qui se prêtent à ce genre de gravure. Peu après, la main plus flexible, s'essaie à reproduire des lignes ondulées et des disques. Les entrelace viennent plus tard, et il se passe un temps assez long avant que l'artiste tente de reproduire la nature animée. Le beau consiste d'abord dans l'ornementation de détail, et lorsqu*il s'élève à l'ensemble des formes, aux contours ondulés avec grâce ou noblesse, le peuple qui l'aura conçu de cette manière n'est plus un peuple barbare.

Après les faits que nous venons de présenter, nous ne pouvons expliquer ces rapports que par l'unité de l'esprit humain. C'est pour avoir négligé l'étude de l'ensemble qu'on établit trop souvent entre deux points isolés, détachés du tout, des rapports immédiats de parenté ou d'infloence. Les faits prennent une autre signification quand on généralise ces recherches et qu'on tend vers le point de départ. Dès que les peuples, dans leur état d*enfance, in« dépendamment des lieux et des temps, présentent la même manière de faire, nous devons reconnaître qu'il y a chez eux unité d'esprit, communauté d'origine, en un mot: un seul Adam, une seule espèce.

En jetant un dernier coup d'œil sur cette période, les différentes voies parcourues nous reportent toutes dans

l'intérieur de l'Asie. De là, des familles s'acheminent dans des directions opposées. Elles conservent do lieu de leur départ des pratiques religieuses, qui, introduites par l'homme, doivent être aussi modifiées par les hommes. Les besoins, à peu prés les mômes, sont satisfaits de la même manière. Arrivées en des lieux divers, ces familles deviennent peuples. Ces peuples s'isolent ou subissent des influences réciproques qui bâtent leur développement. Ils grandissent et s'individualisent. Le genre de vie et l'influence des climats réagissent sur eux. Les races se forment ; les unes dégénèrent ; mais toutes portent l'empreinte d'une origine commune.

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