‹ Monuments de L'Antiquite dans L'Europe BarbareChapitre 9 sur 58 · PLAN DO COURS · texte numérisé non relu

PLAN DO COURS

mot la contre-partie des antiquités de la Grèce et de l'Italie ; mais souvent nous aurons à revenir sur celles-ci comme points de rapprochement, à aller du connu à l'inconnu pour tâcher d'obtenir des résultats satisfaisants.

Nous ne nous dissimulons pas qu'un travail de cette nature présente de grandes difficultés. Nous savons combien il nous manque de connaissances qui seraient nécessaires à notre but. D'autre part, le défaut de recherches dans bien des contrées rend impossible d'accorder à chaque pays les mêmes développements.

Quoi qu'il en soit, après avoir recueilli depuis plusieurs années un grand nombre de faits, après avoir parcouru une partie des contrées les moins connues, nous essayerons de présenter un ensemble, qui, nous l'espérons, ne sera pas sans quelque intérêt.

Notre plan sera une simple classification des monuments analogues gui se retrouvent en Europe ; notre point de départ, l'arrivée des premiers habitants dans l'occident, dont nous suivrons la marche et le développement jusqu'à l'établissement général du christianisme. Enceintes sacrées, autels, habitations, retranchements, sépultures, armes, ornements, ustensiles, traditions, superstitions, nous occuperont tour à tour d'après leur importance. Nous espérons, en un mot, présenter les faits de manière à ce que chacun puisse aussi bien que nous être juge des conclusions que l'on doit en tirer.

Nous n'aurons pas sans doute à donner beaucoup de dates précises, de noms propres ou de descriptions de batailles, mais nous pourrons plus d'une fois nous rendre compte ^u genre de vie et de culture de peuples encore bien peu connus. Bien moins civilisés que les peuples du

midi, ils sont aussi moins corrompus. Hardis, entreprenants, pleins de force et d'énergie, il y a chez eux de la vitalité, de l'avenir. Les hommes du Nord, du moins pour autant que nous pouvons les apercevoir sous leur ciel brumeux, et à en juger par les sagas, présentent déjà une vie toute chevaleresque, mais de la chevalerie moins le christianisme. — Solitaires et silencieux, leurs monuments ne frappent pas tout à coup, comme ceux de la Grèce et de Rome, mais, dans leur genre, ils ne sont pas moins surprenants par leur masses imposantes; demeu res des fées, des nains et des esprits follets, l'agriculteoT vénère encore ces monuments pleins de mystère.

Le champ ouvert devant nous est V ancienne Europe barbare. L'espace à parcourir comprend bien au delà de deux mille ans. Ce fut environ 300 ans avant Tère chrétienne que Pythéas, se trouvant dans la Grande-Bretagne, entendit parler de Thulé, c'est-à-dire de la Scandinavie, comme de la plus reculée des contrées septentrionales, dont les habitants n'étaient pas tout à fait étrangers à la cifilisation et à l'agriculture. Les premières données bistoriques ne remplacent guère les traditions fabuleuses que 600 ans avant notre ère, et laissent ainsi dans l'obscurité plas d'un millier d'années à partir de l'époque où l'Occident aurait reçu ses premiers habitants*.

Les monuments de ces siècles nombreux ne portent ni date ni inscription. Ceux qui sont extérieurs au sol con-

* Us découvertes récenles modifient considérablement celte donnée. Voy. l'homme fouile, par Fréd. Troyon. Lausanne, 1867. (Note de PédiUur.)

sistenten des blocs de rochers plus ou moins considéra blés, dont la position seule indique qu'ils ont eu dans le passé une signification généralement méconnue de nos jours. Ou bien ce sont des collines qui recouvrent la cendre des morts et dont l'aspect rappelle parfois la grandeur des pyramides d'Egypte. Ce qui reste des habitations ne présente plus que quelques excavations dans le sol ou dans les rochers, et l'on y chercherait en vain les riches peintures des grottes de la Thébaïde ou des salles souterraines de TEtrurie et de la Grande-Grèce. Tout, au premier aspect, paraît un chaos ténébreux, d'où l'on n'entrevoit guère la possibilité de faire sortir un monde. Cependant, en examinant de plus près ces débris du passé, chacun d'eux devient l'expression d'une manière d'être ou de faire ; et pour être moins prompts à nous révéler leur secret, ils n'en piquent pas moins notre curiosité.

Pour que ces monuments reçoivent toute la valeur qu'ils sont susceptibles d'acquérir, on ne doit point s'arrêter aux frontières politiques d'un pays. Il faut les voir dans leur ensemble, répandus en Europe sur les rives des mers ou des fleuves, ou groupés dans l'intérieur des terres, tels qu'ils ont été déposés par les peuples dont ils sont les derniers vestiges.

Dans la même localité, ils appartiennent souvent à des âges très divers. Pour distinguer ceux-ci, il faut grouper les faits analogues, et les classer d'après leur ordre d'ancienneté.

Les monuments les plus propres à répandre quelque lumière sur cette classification ne sont point ceux qui ont été consacrés au culte ou à la vie civile, mais bien les sépultures enrichies dans la vue d'un monde à venir, et des-

tinées à révéler à d'autres générations Texistence de ces aDciens peuples. La solennité de l'entrée dans le Valhalla dépendait de la pompe des funérailles. Le guerrier devait être revêtu de ses plus belles armes, accompagné de ses serviteurs et de tout ce en quoi il faisait consister sa grandeur. Le pauvre emportait l'instrument de sa profession, la femme ses ornements et l'enfant ses joujoux. Hérodote* nous parle déjà de ces coutumes chez les Scythes. € Le roi, dit-il, après avoir été embaumé, était couché dans une grande fosse carrée, sur un lit de verdure. On formait autour de lui, avec des piques, une petite enceinte qu'on recouvrait ensuite de pièces de bois et de branches de saule. Dans l'espace vide étaient déposées des coupes en or et d'autres choses précieuses qui avaient été à son usage. On y plaçait une de ses femmes, son ministre, son écnyer, son échanson, son cuisinier et des chevaux. Cela fait, on remplissait la fosse de terre, et tous travaillaient à l'envi l'un de l'autre à élever un grand tertre sur le lieu de la sépulture. L'année suivante, on immolait encore sur cette colline cinquante serviteurs et autant de chevaux*. »

Nous ne nous arrêterons pas sur ces sacrifices sanglants, mais nous recueillerons avec soin les objets déposés dans la tombe, car tous nous indiquent le genre de développement propre à l'époque à laquelle ils appartiennent \

* Voir dans Hérodote IV, 71, 597, plus de détails. Il prétend que les Scythes ne connaissent ni l'argent ni le cuivre ; il dit ailleurs, IV, 62, quMls avaient des cimeterres en fer.

* Ce genre de sacrifice explique la présence d'autels sur les grands tumuli.

* C'est par l'étude et la classification de ces objets qu'on peut arriver à des distinctions d'âges et de peuples. Bien que les armes ou les ornements

Si l'on pénètre dans ces anciens tombeaux, on verra qu'il en est un certain nombre qui ne renferment que des poteries grossières avec divers instruments en pierre ou en os, tels que haches, poignards, pointes de traits. Aucune trace de métal ne peut faire supposer qu'il ait été connu à cette époque. — Un autre genre de collines contient des armes mieux travaillées. Le cuivre ou le bronze sont employés pour les ornements et pour tous les instruments tranchants. L'or et l'argent remplacent quelquefois le bronze pour les bracelets et les colliers, mais le fer ne s'y retrouve pas encore. — Enfin, dans une troisième classe de tombes, on retrouve tous les métaux que je viens d'indiquer ; seulement le fer est toujours employé à l'exclusion du bronze pour la fabrication des instruments tranchants, tels que haches, épées et fers de lance. Quelques faits rares, qui réunissent les caractères propres aux deux genres, trouveront plus tard leur place et leur explication. La suite justifiera aussi ce que nous nous bornons à affirmer pour le moment, c'est que ces divers genres appartiennent à des époques différentes et non simultanées, ainsi qu'à des constructions de tombeaux ou modes de sépultures particuliers\

doivent varier d'après la position que le défunt occupait dans la société, on parvient à distinguer avec assez de facilité la manière de faire propre à chaque époque. Des distinctions moins facilef> sont celles de peuples à peuples. Souvent on a cherché à classer ces monuments d'après leur forme extérieure, mais à part quelques caractères généraux, il est impossible d'obtenir des règles tant soit peu certaines ; il faut aller plus avant et ne rien négliger dans ce travail d'exploration.

< Après être arrivé à cette classification par le contenu des tombeaux, on pourrait, dans un travail plus complet, et afin de mieux relier le midi au nord, prendre ponr point de départ les constructions cyclopéennes. Au midi.

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Plusieurs archéologues se sont élevés contre l'ordre de classification que je viens de présenter. Ils sont bien d'accord sur ce fait que l'emploi général du fer est postérieur à celui du bronze. Mais il en est qui pensent que ce dernier métal a été employé avant la pierre, apportée par des invasions de barbares. Il faut dire qu'en général ils cherchent à prouver l'existence d'une race autochtone en Europe, et qu'ils font de ceux qui employaient la pierre une espèce humaine d'une intelligence peu développée, venue de l'Asie, vaincue en Europe et réduite à l'état d'esclavage '. — La question qui se présente ici est donc, relativement à l'espèce humaine, une question d'unité ou de pluralité. Dans ce dernier cas, l'occident devient aussi bien QD centre et un point de départ que l'orient. Telle est l'opinion de M. le D^ Schreiber, de Fribourg en Brisgau. Il regarde le Celte comme l'espèce autochtone. Il en fait un peuple artistique répandu sur la plus grande partie de l'Europe, tandis que le Germain et le Slave ont une infériorité bien marquée. Je dois cependant ajouter qu'à ses yeux il ne reste plus en Allemagne du Germain que le

elles répondent aux grands tombeaux du nord, mais les Pélasges ont dû connaître le bronze. Cette priorité de la connaissance du métal au midi est un fait naturel. Peut-être, pour une étude d'ensemble, ne faut-il pas caractériser la période primitive par les instruments tranchants en pierre qui paraissent avoir en peu de durée au midi. Le bronze répond déjà mieux aux monuments de la seconde période. Si les observations de DuBois de Montpéreux sont assez complète^, les tumuli en Grimée viendraient de colonies milesiennes et les Kimmériens n'en auraient pas élevé, mais auraient inhumé sous les pierres levées.

* 11 faut observer qu'on a pu prendre le change par ce fait que la race primitive fut asservie sur plusieurs points et put conserver, dans son abaissement à cdté du vainqueur, ses anciens instruments, mais alors ses tombeaux ne sont plus les constructions gigantesques du premier âge.

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nom. M. le D^ Klemme de Dresde, divise aussi rhumaniié en deux espèces principales, souvent rapprochées dans le même pays : l'une, active, c'est-à-dire conquérante, intelligente, appelée à dominer; l'autre, passive, sans énergie, incapable d'une haute culture et destinée à l'esclavage ou à la soumission. — Si je mentionne ces opinions, c'est qu'elles ont réuni un assez grand nombre d'adhérents.

Quant au point par lequel elles touchent à notre sujet, il est facile de montrer que l'emploi de la pierre pour les instruments tranchants a été antérieur à celui du métal. Et nous verrons en outre que les plus anciens monuments se retrouvent en Europe sur deux grandes voies qui se dirigent vers l'orient et nous indiquent le point de départ des premières populations.

Il suffit de citer quelques faits relativement à la priorité de la pierre. Dans quelques parties de l'Allemagne, près de Lubeck entr'autres, on a fouillé de grandes collines recouvrant des salles sépulcrales dans lesquelles ne se trouvaient que des ustensiles en pierre. Au-dessus de ces salles, dans la terre dont on les avait recouvertes, étaient d'autres tombeaux, d'une époque nécessairement postérieure> renfermant des objets en bronze. Dans les salles, le mort avait été inhumé sans être brûlé ; au-dessus , il avait été brûlé, et les cendres déposées dans une urne ' . Si Ton a égard au respect des anciens peuples pour leurs tombeaux, à leurs soins pour qu'ils fussent conservés intacts, il doit s'être écoulé un temps assez long avant que cette colline abandonnée ait été utilisée de nouveau pour

* Fait pareil sur les turouli de la Saale, Referstein. Keltische AlterthumeTf pag. 61 sqq.; id. HaWerstadt^ Kéferatein, pag. 109.

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no antre mode de sépulture. Ce fait, loin d'être isolé, se reproduit souvent dans le Jutland , le Seeland et la Scanie, tandis que je n'ai vu nulle part une tombe avec des insiroments en pierre déposée au-dessus d'objets en bronze. — En outre , les formes des instruments en pierre les mieux travaillés sont celles des instruments en bronze les pins imparfaits » ce qui montre encore la priorité de la pierre sur le bronze.

Bien que le fer ait été connu très anciennement par plusieurs peuples, il a cependant été travaillé postérieurement au bronze. Préférable à celui-ci pour le tranchant, quoi qu'on ait dit à cet égard *, on ne comprendrait pas pour quelle raison on lui aurait préféré un métal moins dur. Chacun sait que chez les Grecs et les Romains le bronze fat employé avant le fer. Il en a été de même dans la plupart des autres pays de l'Europe. Il devait en être ainsi d'après la nature même de C(?s métaui et la manière dont les anciens les travaillaient L'observation des antiquités en Europe fait voir, sans laisser aucun doute à cet égard, qu'on a moulé les métaux bien longtemps avant de savoir les marteler. Le moule ne pouvait être appliqué au fer, surtout quand il s'agit d'instruments tranchants. Il devait être martelé, ce qui exige un développement de l'art mé-

* On a su en eflet donner une assez grande dureté au bronze par l'alliage (non par la trempe eomme on dit souvent], mais ça n'empêche pas que dès qoe le travail du fer est connu dans un pays, celui-ci ne tarde pas à remplacer le bronze pour les instruments tranchants. Quant aux quelques instruments en fer qu'on trouve à la fln de la période de la pierre, il vaudrait la peine d'examiner si ces faits rares ne proviennent pas de nouvelles populations venues d'Orient, qui, gr&ce à des voies frayées, auraient apporté jusqu'aux extrémités de l'Occident des instruments fabriqués en Asie, mais qu'elles eussent été impuissantes à remplacer, au milieu de populations qui ignoraient l'exploitation et le travail de ce métal.

tallurgiqae qu*OD ne pouvait rencontrer à son origine. La grande intensité de chaleur qu'il exige pour entrer en fusion était aussi un obstacle. Pansanias nous dit la grande difficulté qu'avaient les Grecs à travailler le fer, bien qu'ils l'aient connu fort anciennement.

Nous nous croyons donc autorisés i maintenir notre première classification qui constitue ainsi trois grandes périodes d'après les différentes matières employées pour les instruments tranchants.

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