DK LA PREMIERE A LA SECONDE PÉRIODE
Il est des découvertes destinées à agir puissamment sur l'humanité. L'histoire moderne nous en offre plus d'un exemple. L'époque à laquelle nous sommes arrivés présente aussi une grande et importante découverte pour les anciens peuples de l'Europe, nous voulons parler de celle du métal. Au lieu de la pierre qui ne pouvait être travaillée que par la pierre, ils se virent enrichis d'une matière nouvelle, qui leur permit de se procurer de nouveaux instruments, à l'aide desquels ils purent faire plus et mieux, satisfaire à de nouveaux besoins, et se créer un
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nouveau genre de vie. Si I'od se rappelle le temps et la patience qu'exigeait la fabrication des instruments en pierre, et combien ils étaient défectueux pour tout travail UD peu considérable, on ne peul douter du prix du métal qui présenta un tranchant plus vif et moins fragile, dès qu'on parvint à connaître la trempe et Talliage.
Quant à la manière dont le métal fut introduit, nous devrons encore laisser parler les faits, seules données que nous possédions à cet égard. Leur observation nous sera surtout importante pour apprécier les jugements de la plupart des archéologues du nord de l'Allemagne. Ils affirment généralement que le bronze, introduit exclusivement par un nouveau flot de peuples, devint, pour ainsi dire, instantanément d'un usage général. La population primitive, détruite ou soumise à l'état d'esclavage, disparait ou reçoit le métal. Quelques-uns vont même jusqu'à nier la possibilité de trouver réunis dans la même tombe la pierre et le bronze, qui n'auraient ainsi jamais été employés en même temps, dans le même pays. En un mot, ils tracent une profonde ligne de démarcation ; ils arrivent à une véritable fin de chapitre, comme on en trouve souvent dans les livres, mais bien rarement dans l'histoire.
Au premier coup d'oeil, cette opinion n'est cependant pas sans quelque vraisemblance, car il est en effet un grand nombre de tombeaux dans lesquels on ne trouve que la pierre ou le bronze seulement, mais en examinant de plus près, on finit par trouver un âge de transition qui passe ordinairement inaperçu. Une grande révolution parait s'éire opérée à cette époque, surtout dans le nord de l'Europe. De nouveaux peuples ont fait invasion. Une lutte s'engage. Les vaincus sont repoussés dans l'intérieur des
terres. Plus la scène se remplit et s'agite, plus nous devons chercher à nous entourer de données certaines : dans ce but, nous allons recueillir des faits dont nous aurons plus tard à rechercher la signification.
Les mines de la Sibérie, si riches de nos jours, ont été explorées dès la plus haute antiquité. Les emplacements de plusieurs, abandonnés très anciennement, sont encore reconnaissables par les scories répandues sur le soi, et sont souvent exploités de nouveau. Il n'est pas rare d'y retrouver les instruments des anciens mineurs. Dans une de ces mines abandonnées, étaient des coins grossiers et une espèce de hache en roche serpentineuse, conservés dans la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. Employés à détacher le minerai, ces instruments appartiennent à un âge où le métal, encore rare, n'avait pas remplacé d'une manière générale la matière première. Ce fait nous apprend, en outre, que la Sibérie fut l'une des contrées d'où l'on tira d'abord le métal * .
M. Niisson a découvert en Scanie, dans le midi de la Suède, une trentaine de tombes, formées de cercueils en pierre, déposés dans la terre comme dans un cimetière. Je ne puis dire si les morts avaient été étendus ou accroupis, mais ce qu'il y a de certain, c'est que les armes étaient en silex et en os. Un crâne était traversé d'une pointe en os *, encore attenante, des bracelets en bronze ornaient les avant-bras de ces mêmes squelettes.
Dans la collection publique de Greifeswald est un coin
* On ne comprendrait pas la présence de ces instruments à une grande profondeur dans la terre, laissés ou perdus là lors de l'exploration des filons, sans une destination de cette nature.
* Cette pointe avait été formée d'une pointe d'un bois de cerf.
en pierre entouré en partie d'une spirale en bronze qui avait évidemment servi de ligature pour le fixer à la hampe. — En Poméranie, on a quelquefois recueitli dans les grandes salles de l'âge primitif des restes de fer à côté d'instruments en pierre '. Le même fait a été observé dans le dacbé de Mecklembourg-Schwerin, où M. le I> Lisch a aussi retrouvé, à côté de la pierre, quelques rares objets en cuivre, qui, soumis à l'analyse chimique, donnent le enivre pur sans aucun alliage.
Les environs de Halle et les bords de la Saaie possèdent plusieurs tombeaux de cet âge de transition. Près A'Osendùrf, à une lieue de Halle, est un terrain sablonneux, dans lequel on trouve beaucoup de squelettes, la plupart reployés, avec des vases d'argile, des instruments en pierre, des broches et des spirales en métal '. Sur le mont de BoUendorf (près de Qnerfurt, district de Mersburg) les plus grands tumuli ont reçu plusieurs morts dont les squelettes, étendus sur le dos, reposent dans des espèces de caveaux. Ils étaient accompagnés de vases noirs, rougeâtres ou bruns, plus ou moins ornés, de couteaux en silex, de deux haches en pierre percées, de quelques bagues en cuivre et d*un bracelet du même métal, entr'ouvert et orné de lignes gravées.
Dans un tombeau de Domsledi * (bailliage de Schraplau, district de Merseburg) était un grand squelette avec des
* Communication de M. le professeur L. Giesebrecht, à Stettin.
* Keferslein dit d'argent. Le fait est à constater, vu que l'argent n'a pu été remarqué, que je sache, à cette époque
* Ce tombeau était couvert de dalles longues de 6 pieds, larges de 3. et épaisses de 1 pied. Il était formé de plusieurs dalles hautes de 4 pieds et fortes de 4 pouces. Neue Mitlh. von Halle, %• vol., i«r cah., pag. 136.
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vases, un beau couteau en silex de 6 pouces de long, a ne hache» un coiu eu pierre verte, et ud bracetet eu brooze. Au fond de la tombe reposait la tête d'un petit chien, entre deux pierres plates.
Un tumulus de Weissenfels, près de Mersebourg, recouvrait une salle plus étroite à une extrémité qu*à l'autre. Vers la partie la moins large, était une espèce d'antichambre triangulaire. Ce tombeau contenait des vases d'argile, un couteau et une pointe de trait en silex, des os de souris et une épingle en cuivre '.
Sur le chemin de Halle à Dœlau on a ouvert un caveau long de 7 pieds, large de quatre, dans lequel se trouvaient des vases dout les lignes en creux étaient remplies de matière blanche, un couteau en silex et une bouteille en verre dont la forme était celle d'une petite citrouille *. — Dans une colline, près de Rossleben, un tombeau de 5 pieds de long sur 2 de large, contenait des ossements, des tubes brun-foncé en verre en décomposition, et une grande coquille : la conque de Vénus ou Margaritifera '. — Encore dans les environs de Halle, sur le versant méridional du mont de Petersberg, on voit plusieurs tumuli peu élevés. L'un recouvrait une caisse en dalles, longue de 3 pieds et demi, large et profonde d'un pied et trois quart seulement. Auprès du squelette reployé, étaient répandus au delà de 250 petits disques en nacre. La plupart n'avaient que 3 à 4 lignes de diamètre, et quelques-uns près d'un pouce. Trois étaient percés d*un trou au milieu, SO pièces de nacre, également percées, étaient taillées en forme de
* Dictionnaire de Wagener.
* Kefentein pag. S4.
' Kruse, Deutich-AU. tom. I, cah. S, pag. 87 et suiv.
AGE DE TRANSITIOCr. 109
deots, et accompagoées de 20 dents de cochon. Une petite pierre percée parait avoir servi d*amulette, ainsi que les pièces précédentes. Enfin, des grains de colliers étaient formés de lamelles de cuivre enroulées en spirale '.
D'après le rapport de de Caumont, des objets en cuivre se sont aussi trouvés plus d'une fois avec les instruments en pierre des anciens tumuli de la France,
Les tombeaux que nous venons d'examiner présentent l'introduction de quelques matières étrangères à la première période ; mais ces débris, en métal ou en verre, se montrent là comme une exception à la manière de faire générale. Nous allons voir qu'à mesure que le métal s'introduit, la pierre devient à son tour l'exception, et ne parait plus que comme la survivance d'anciens usages*.
Dans le midi de la Suède, surtout en Scanie, on trouve fréquemment avec les armes en bronze, des pointes en silex. Une découverte de ce genre faite à deux lieues de Copenhague *, il y a environ trois ans, mérite d'être mentionnée. La colline recouvrait un cercueil en dalles, long
* Kruse, Deuttch-AU. tom. Il, cah. 6, pag. 97, pi. 111. Bien qu*H n*y ait pas d'instruments en pierre, ni d'armes» dans ce tombeau, il ne se rattache pas moins aux temps priroitirs par la position des squelettes, qui est celle de l'embryon, dans ce cercueil de 3 pieds et demi de long, comme ceux de Pierre-i- Portay. Quant à la position donnée par les archéologues allemands à ces squelettes, elle est entièrement d'imagination, vu qu'il est impossible qu'ils aient retrouvé les squelettes dans l'attitude qu'ils leur donnent. Us ont retrouvé un amas d'ossements, ils les ont rajustés à plaisir.
— Voir la découverte de Meilen sur le lac de Zurich, en 1854.
' Voir la découverte â'Ebersberg de 1851, publiée en 1852 dans le tom. Vif des MUth. von Zurich. Deux petits coins en serpentine, une pointe en os, un croissant en pierre, avec un couteau et des épingles en bronse, de nombreuses poteries. Absence de fer.
' Dans un champ de Hvidegarden, près de Lyngby.
HO MONUMENTS DE l'aNTIQOITÈ.
de 6 pieds sar 9 de large. Dans Tinlérieur se trouvait une peaa de cerf, sur laquelle reposait un drap en laioe qui enveloppait les os du mort, calcinés par le feu, et les objets dont on l'avait accompagné. De ce nombre était une épée en bronze avec un fourreau de cuir, une broche et une espèce de trousse en cuir, qui contenait deux couteaux en bronze, des pincettes du même métal, une pointe en silex, une queue de lézard, une griffe de faucon et une tête de souris. On ne peut admettre que ces derniers ossements aient été déposés là sans qu'il s'y rattachât quelque idée superstitieuse*. De nos jours encore, dans le Jura neuchàtelois, on voit parfois des paysans courir dans les champs pour chercher une souris, qu'il faut saisir vivante. Après la capture, ils coupent avec les dents la tête de la souris, qu'ils placent dans un petit sac, et portent suspendue sur la poitrine, dans le but de se préserver du rhumatisme. L'antiquité et les temps modernes sont pleins de superstitions qui se reproduisent les mêmes, indépendamment des temps et des lieux.
Un pointe de lance en silex a été trouvée dans les environs de Steiiin, avec un collier en bronze dont le travail appartient à un âge qui possédait des connaissances métallurgiques.
Dans le cercle de Salzwedel, entre Thûritz et Zethlingen, sont plusieurs tumuli, dont l'un, haut de 10 pieds, repo-
' Cette découverte appartient évidemment en plein à la période du bronxe, mais je la mentionne ici comme une preuve de la survivance de la pierre â un âge où l'usage n'en est plus général. La pierre, et même les haches percées, dit Sortemp, ne sont pas rares en Danemark avec les armes en bronie, on les trouve même avec le fer, tandis que d'après Nilsson, cela n'a pas lieu en Scanie.
sait sar un caveaa long de 7, large de 4 et haut de i. Une dalle de granit divisait Tintérieuren deux parties inégales. Les compartiments contenaient 14 vases en argile, dont trois seulement étaient des urnes remplies de cendres bu* maines, au milieu desquelles se trouvaient 4 anneaux de cuivre, des plaques et fragments du même métal, une ai* guille en os longue de 4 pouces, et un marteau de grés feuilleté percé d'un trou^
On a découvert dans la contrée de Mehldorf* avec des vases, des épées, des pointes de lance et des traits en bronze, des marteaux de grés, des coins, des poignards, des couteaux et des pointes de lance en silex : quelques- QDS de ces objets sont polis.
Dans plusieurs retranchements en terre, que nous au« roDs à étudier dans la suite, on trouve réunis des instruments en pierre, en bronze et même en fer: Ainsi à Golssen ' en Lusace, et à Grimsleben * dans le duché de Côthen.
En Bohême, près de la ville de Schlan, est un cimetière de rage païen, d'une étendue considérable. Dans une de ses tombes on trouva plusieurs vases en argile, un coin et UD marteau en pierre, une pointe de trait en métal *, des os d'hommes et d'animaux, et un bois de cerf*.
Non loin de Sinsheim dans le Grand-duché de Baden, des instruments en pierre accompagnent aussi des armes en métal \
* Neue Mitth. von HaUe, 2« vol. 8« et 4« cah. pag. 544-584. ' Neue Mitth. von Halle, S* vol. l' cab. pag. 149.
" Ntue Mitth. von Halle, 8* vol. 2* cah. pag. 21-25.
* Kefentein, pag. 4.
* La notice ne dit pas quel métal.
*iVfffe Mitth. Ton Halle, tom. VI, cah. 8, pag. 150. ^ Communication de M. Wilhelmi.
412 MONUMENTS DE l'aNTIQGITÉ.
Ces faits suffisent pour constater dans le nord la fusion du i^i' âge dans la 2^ période. Dans le midi, le manque d'explorations ne permet pas de saisir tous ces degrés de développement, cependant il est curieux de retrouver chez les anciens Egyptiens des flèches et javelines en bois, armées de pointes en bronze, avec des traits armés en os ou en silex'. Le même fait se reproduit en Amérique, où les Péruviens, après avoir atteint un haut degré de culture, continuent à déposer dans leurs tombes des marteaux en pierre
au milieu d'objets en métal, d'étoffes et de quipos.
Nous voyons d'après ce qui précède qu'il est un moment où le métal, rare d'abord, parait à côté des instruments primitifs, puis ceux-ci deviennent l'exception au milieu d'objets en bronze.
Introduction du métal.
Une question se présente ici : c'est de savoir de quelle manière le métal fut introduit. Les anciens habitants de l'Europe peuvent avoir découvert les moyens de tirer parti des mines du nord, soit fortuitement, ce qui est le cas de plus d'une grande découverte, soit en cherchant à s'approprier pour leurs instruments une matière préférable à l'os et à la pierre. Cependant, à en juger par les faits, il est plus vraisemblable que l'art des mines leur fut communiqué par de nouvelles familles venues d'Orient. A répoque à laquelle nous sommes arrivés, le passage d'orient à occident ne présente plus les difficultés des pre-
< Egypte ancienne, par ChampoUion-Figeac (CoUect. de V Univers)^ pag. 167.
miers voyages d'exploration. Le long des fleuves el des mers, les voyageurs rencontrent des habitants dont Thospitalité ne peut être mise en doute, aussi longtemps que rétranger ne se présente pas en ennemi ou en conquérant. Les ornements et les armes apportés de Torient durent frapper ceux qui en ignoraient la matière. Ils s'enquirent des moyens de se les procurer et tentèrent l'exploitation des mines. Ce que nous avançons, loin d*ôlre une pure conjecture, ressort des découvertes que nous avons décrites. Les rares objets en fer trouvés dans les tombeaux primitifs ne peuvent être envisagés que comme une importation. S'ils étaient un produit de l'occident, nous ne tarderions pas à les retrouver plus nombreux ; mais loin de là,. ils disparaissent entièrement durant plusieurs siècles. La même observation doit être faite à propos des tubes et de la petite bouteille en verre dont nous avons parlé, et qu'on ne peut envisager comme un produit de l'art indigène. D'antre part, on ne peut mettre en doute que le verre n'ait été connu en orient à l'âge qui nous occupe, si l'on se rappelle qu'il se retrouve dans les plus anciens tombeaux égyptiens. Comme le fer, le verre reste longtemps avant de reparaître dans le nord de l'Europe, où il est apporté de nouveau par le commerce. Cette importation devient encore plus frappante par la découverte de la coquille Hargaritifera, à Rossleben, et des disques en nacre de Petersberg. Le coquillage dont on tire les perles se trouve, il est vrai, dans plusieurs mers; cependant les bancs les pins riches sont dans la mer des Indes et, dès la plus hante antiquité, les Orientaux s'en firent un objet de parure, tandis que nous ne connaissons rien de pareil dans Tancienne Europe. Quant à la nacre, elle se tire de mol-
MÉH. n DOCDM. XXV. 8
IIU MONUMENTS DE l' ANTIQUITÉ.
lusques, dont les espèces principales existent surtout sur les côtes de l'Amérique du Nord, dans la mer des Indes, dans le golfe Persique et dans la mer Rouge. S'il est difficile d'indiquer avec précision le point de départ, il n'en est pas moins évident que l'importation a eu lieu d'orient en occident. — Nous avons dit que les indigènes, à la vue des objets importés, tentèrent l'exploitation des mines. Sans nous arrêter à la découverte mentionnée d'instruments en pierre dans une ancienne mine de la Sibérie, nous ferons observer que les objets en cuivre déposés dans les tombeaux primitifs, dans les salles spacieuses ou dans les cercueils cubiques, présentent tous les caractères d'un premier essai de l'art métallurgique. Ce sont des épingles massives, des anneaux divers ou des spirales. Le cuivre n'est à peu près employé que pour les ornements. Soumis à l'analyse chimique, il ne présente aucun atome d'un alliage artificiel ^ Quant aux pièces en bronze qui purent être importées d'Asie, il est difficile de les distinguer de celles de l'âge suivant, mais on ne peut attribuer à l'Orient ces premiers essais, qui, du reste, ne tardent pas à se perfectionner. Le mineur parait ainsi être resté en Orient, tandis que l'aventurier apporte le métal en Europe. Il possède les instruments, mais il ignore les procédés employés à leur confection. On trouve le minerai du cuivre, mais il y a encore à découvrir la trempe et l'alliage, seuls capables de donner le tranchant.
On se demande comment il arrive que le bronze ait été préféré au fer, métal dont les anciens ont reconnu la supériorité pour les instruments tranchants. Cette préémi-
* Du moins d'après les relations que je possède à cet égard.
neDce du bronze est cependant un fait constaté dans la plupart des pays ^ On ne peut en révoquer l'autbenticîté, mais il faut en rechercher la raison. Un des premiers obstacles qui dut arrêter dans le travail du fer, est la difflculte d'obtenir une intensité de chaleur suffisante pour faire entrer le minerai en fusion '. La construction des hauts fourneaux exige des connaissances qui manquaient sans doute à cette époque. La fusion du cuivre ne présente pas les mêmes difficultés, ce métal dut être exploré le premier '. D'autre part, les anciens ayant commencé par mouler les métaux, bien longtemps avant de savoir les marteler, la préférence devait être donnée au cuivre, qui se prête parfaitement à ce procédé, même pour des instruments d'une très grande ténacité, tandis que le moulage ne peut être appliqué au fer que pour des objets d'un
' Il est curieux de trouver encore au pied du Caucase un peuple dans des eirconstances pareilles. Du Bots, dans son Voyage autour du Caucase, tom. III, pag. 16, dit, en parlant du Souaneth (au nord de la Mingrélie, à l'est de la mer Noire) : « Il paraît qu'il renferme des mines de plomb et de cuivre, que les Souanes savent fondre, tandis qu'ils ignorent, dit-on, l'art de traiter le fer. Quant à l'or, qui de tout temps a embelli les mythes de la Colchide, et que l'on recueillait alors chez les Souanes, il paraît que tout cela n'est que pure fiction. Gen. Il, 11, le Phison, c'est le Phase. »
' M. Pache, ingénieur des mines, me dit que la fusion du fer s'obtient aussi facilement que celle de cuivre dans les simples fourneaux placés en terre ; mais ce qui est difficile, c'est ]a (Vision pour séparer les alliages naturels, qui, aussi longtemps qu'ils restent unis au cuivre ou au fer, en rendent le martelage impossible. De li la priorité du moule sur le martelage et la priorité du cuivre sur le fer, parce que ce dernier ne se prête pas pour de petits instruments et qu'il reste toujours très cassant.
' On peut objecter que le bronze et le fer étaient connus en Orient, ce dernier devrait donc avoir été importé en même temps. Malgré l'objection, le fait de la priorité du bronze en occident n'en subsiste pas moins. Dans tous les cas, ce n'est pas des centres de civilisation que partent les migratiens, qu'il ne faut pas confondre avec les colonies.
certain, volume et nullement pour des lames tranchantes. Le fer exige le martelage, qui, comme nous le verrons, est un art plus avancé que celui du mouleur. Bien que le fer ait été connu très anciennement, il ne fut qu'assez tard d'un usage général en Europe. Pausanias parle de la grande difficulté qu'avaient les Grecs à employer ce métal S et Homère, qui décrit les armes en bronze des Grecs, mentionne déjà le fer comme une matière d'une très grande dureté.
Avant que l'usage du cuivre soit devenu général, il a dû servir à perfectionner la fabrication des instruments en pierre. Cette idée, repoussée par plusieurs archéologues, prend cependant le caractère de la certitude si l'on tient compte des faits. Dans le lieu de fabrique d'instruments en pierre, à Golssen se trouvaient déjà plusieurs instruments en métal. — A Prague, on voit dans les collections du musée national et de M. le baron de Neuberg des haches en basait et en serpentine qui ont été découvertes avec de petits cylindres de la même matière. En examinant ces pièces de plus près, il est facile de se convaincre que ces cylindres ont été enlevés des haches qui les accompagnaient. En les replaçant dans les trous destinés à la hampe, ils présentent la continuation des veines de la pierre; leur longueur, à moins qu'ils n'aient été cassés, donne la mesure exacte de l'épaisseur de la hache ; et leur diamètre est un peu moins grand que celui de
* Dans le liv. III, chap. Ift, sur la fin, Pausanias dit que Théodore de Samos, qui vivait 700 ans avant Jésus-Christ, trouva le premier Vart de fondre le fer et d'en faire des statues. Taunjv tqv IxtaSa^to»3w/»ou toO 2«pîou fxnit Kvocc fTOojfM, oç irpwvoç $cac;i^sett vthpont cv/9t xfld obyaXfurra dor* oevroG nkiffu.
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roQTerture. — Dans les collections de Berlin, de Schwerin, de Copenhague et de Stockholm, on conserve des haches en pierre inachevées, percées à moitié, de telle sorte que le noyau ou cylindre dont nous avons parlé n'est détaché de la hache que sur les côtés, par une ligne creuse ou rainure circulaire qui pénètre plus ou moins avant dans la pierre *. La taille de ces rainures, dont les parois sont d'un grand poli, n'a pu être faite qu'à l'aide du métal. L'ouverture, parfaitement circulaire, indique l'emploi d'un instrament qui permettait de donner à ce travail plus de précision qu'avec la main. La manière dont on confectionne de nos jours certains vases en pierre, m'a donné l'explication du point qui nous occupe. Non loin de Chiavennaz, on travaille encore aujourd'hui la pierre ollaire d'après un procédé dont la simplicité garantit l'antiquité. On fixe à Taxe d'un tour le bloc qui doit être creusé. Une fois mis en rotation, il tourne en présence d'une poinle fixe qui pratique insensiblement une rainure circulaire, l'action de la pointe est facilitée à l'aide de l'eau et d'un sable siliceux. De même que les lames de nos scieries de marbre, ces pointes doivent être, non en acier, mais d'un fer doux, qui peut sans inconvénient être remplacé par le cuivre. Après avoir obtenu le premier vase, on en fait un second avec le noyau qui vient d'être détaché, puis un troisième, et ainsi de suite, autant que la pierre le permet. La description que Scbeuchzer donnait de ce procédé en 1708 répond parfaitement à ce qu'il est encore aujourd'hui '. Nous aurons à
* Assez souvent le noyau est cassé à l'intérieur du trou. C'est probablement la raison qui a obligé d'abandonner la pièce, par la difficulté de la fixer aux axes destinés à lui donner le mouvement de rotation.
* Itintra Alpina, auetare Seheuehtero, 1'* édition. Londres, 1708. Tab. IX.
ajouter quelques mots sur ce sujet à propos des vases en pierre ollaire qu'on retrouve dans des tombeaux des premiers siècles de notre ère. Ce qui précède est suffisant pour montrer comment on a dû percer les haches en pierre, de manière à détacher du trou les petits cylindres découverts en Bohême. Deux choses étaient donc nécessaires à la taille des rainures circulaires : le métal et le tour. Le cuivre, une fois connu, a été employé pour la pointe, qui de nos jours est en fer doux. Quant au tour, nous ne devons pas oublier qu*étant déjà connu du potier, il a pu être facilement utilisé à l'usage que nous venons de lui assigner.
Un fait qui vient à l'appui de notre manière de voir, c'est qu'on n'a pas encore découvert, que je sache, de haches en pierre percées dans les tombeaux qui portent le caractère de la plus haute antiquité, tandis qu'elles se retrouvent dans l'âge de transition, non-seulement dans les contrées habitées le plus anciennement, mais encore dans celles où l'on n'a observé jusqu'à présent aucun tumulus de l'âge primitif. — Nous avons déjà vu que des instruments en pierre ont été découverts avec des objets en métal, en Bohême et dans le grand-duché de Baden. En parcourant les collections du centre et du midi de l'Allemagne, il en est peu qui ne possèdent quelqu'un de ces instruments, mais ces pièces sont essentiellement le coin ou la hache percée. L'absence des instruments tels que la scie, le ciseau et même le poignard, indique qu'une autre matière était employée à leur confection. L'absence* des plus anciens tumuli témoigne d'un autre âge. D'autre part, la présence de ces haches dans l'intérieur des terres, loin des grandes eaux, montre qu'à Tâge de transition les
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populations se sont accrues et qu'elles ont pénétré dans des contrées inexplorées jusqu'à ce moment. La suite nous dira si elles ont recherché d'elles-mêmes un nouveau sol, on si elles y furent repoussées à la suite d'une lutte.
Pour constater qu'une contrée a été habitée dés les temps primitifs, il ne suffit donc point d'y retrouver des instruments en pierre. Il faut tout d'abord s'assurer s'ils proviennent de tombeaux pareils à ceux que nous avons décrits. Ainsi, pour qu'une découverte ait toute sa valeur, il est indispensable de n'en négliger aucun détail. En vain aurait-on découvert dans notre canton des haches en pierre à Bex, à Yevey, à Chexbres, à la Côte, à Agiez, à Yverdon et à Payerne, on ne pourrait lui donner une place dans la carte géographique du premier âge, si les tombeaux de Pierra-Portay n'étaient venu confirmer la haute antiquité de ses premiers habitants.
En résumé, une fois que le cuivre fut introduit, il servit d'abord à quelques ornements et à perfectionner le travail de la matière première. Lorsque, à l'aide de la trempe et de l'alliage, il reçut plus de dureté, il fut employé pour les armes. Rare et précieux, il passa d'abord dans la main da riche et du puissant. Le pauvre garda longtemps la pierre. Dans quelques localités, loin d'avoir jamais été entièrement abandonnée durant l'ftge païen, elle a même été encore employée comme arme plusieurs siècles après notre ère. Au XI« siècle, à la bataille A'Hastings, elle se trouvait entre les mains de plusieurs Normands ; et Olaus Hagnus raconte que, de son temps, les Finnois se servaient encore de pierres sphériques, percées d'un trou et fixées à l'extrémité d'une corde, qu'ils lançaient contre les jambes de l'ennemi, de manière à l'envelopper et à déterminer sa
chute. — Il en fut de la découverte du métal comme de la plupart des grandes découvertes. La vapeur est coddub depuis plusieurs années» et la mer est encore couverte de vaisseaux voiliers.
Indépendamment de la survivance des anciens usages, le prêtre conserva longtemps dans sa main la hache et le couteau en silex. La matière employée dans le culte devient matière sacrée et change difficilement. S'il pouvait y avoir quelque doute à cet égard, il suffirait de rappeler le passage d'Hérodote', qui rapporte que de son temps les personnes chargées des embaumements chez les Egyptiens faisaient une incision sur le flanc du mort avec une pierre d'Ethiopie tranchante. M. Passalaqua a découvert en Egypte les instruments employés à l'embaumement. Déposés au musée de Berlin, on voit dans le nombre an couteau en silex blond, tout pareil pour la forme et la matière aux couteaux du nord. — Les Juifs eux-mêmes employaient aussi le couteau en pierre dans certaines cérémonies du culte. Il est mentionné dans les versets S et 3 du chapitre V de Josué. Les versions françaises traduisent ordinairement par couteau tranchant; mais l'expression hébraïque signifie en pierre, et la version des Septante traduit par couteau en pierre. De nos jours, les sectes les plus orthodoxes des Juifs se servent encore pour le même usage du couteau en silex.
Enfin, il se rattache à la matière première des idées superstitieuses; on la porte sous ses vêtements et on la dépose dans la tombe comme une amulette. J'ai trouvé plus d'une fois le silex à côté d'armes en fer dans des
* Liv. II, chap. 86.
AGE DU BnONZC. Hi
tombeaux postérieurs à Tintroduction du chrislianisme. Pline raconte dans soo histoire naturelle* qu'on regarde i'agathe d'une seule couleur comme rendant invincibles ceux qui la portent sur eux. Encore de nos jours i agriculteur du nord accorde une valeur médicale à ces débris des premiers temps.
Ce sont là les dernières traces que je retrouve des instruments qui nous ont occupés jusqu'à présent. Généralement abandonnés dès une haute antiquité, plusieurs traversèrent cependant les siècles, à l'aide du culte et des superjstitioos.