XXXVIII
* wnwçy croc, pique, lance, le conius des Romains.
* Sai. XIII. 79. Et Martis frameam, et cyrrhiei spicula vatis.
* Diodore de Sicile V. Les Celles ont une arme de quelque invention, une espèce de dard dont le fer est long d'une aune et la hampe encore plus, et qui se manie à deux mains. Ils sont comme des hallebardes munies de croc et entr'ouvrent de larges blessures en déchirant la chair du corps. —
Poignards.
Les poignards sont des lames droites à deux tranchants, de longueurs très diverses; terminées en pointe, elles s'élargissent vers la poignée, ouverte en demi-cercle, à laquelle elles sont fixées par des clous rivés. La poignée est entièrement en bronze, courte et terminée par un pommeau évasé. Ces poignards sont ordinairement recouverts de fines gravures, et parfois d'ornements qui montrent qu'on apportait un grand soin à leur fabrication. Plus d'une fois, on a retrouvé les lames sans la poignée S mais toujours elles portent les trous disposés en demi-cercles, destinés à recevoir les clous. Trois poignards ont été découverts dans le canton de Vaud, l'un à Ollon, derrière la Roche ', le second dans les tombeaux déposés sur le versant méridional de Charpigny, et le dernier, dont la conservation est parfaite, dans les environs de Bex ^ — Cinq poignards d'un beau travail, trouvés près de Thoune*, étaient accompagnés de celts '. — En Allemagne, il est bien des collections où l'on ne rencontre pas de ces pièces;
Plin. XXni, 5; XXVII, 11. Les Celtes donnent la même propriété à leurs pointes de traits avec de doubles ou triples crocs en fer.
* Dans ces cas, quand la lame est entière, la poignée doit avoir été en bois ou d'une matière qui a pu se décomposer. La découverte de lames d'épées séparées, du pommeau en bronze par la longueur de la poignée montre que celle-ci était de matière décomposable. PI. de Lyngby, en Seeland.
' Sans poignée, pointe cassée, musée de Lausanne. " Musée de Lausanne ; trouvée en 1843 avec un ceit et deux épingles. « Zeit$ehrift fur Antiq. GeseU. in Zurich. Zweites Heft^Taf. II. Un seul entier.
* Aussi à Zurich. MiUheilu$igen.
AGE DU BRONZE. i3K
cependaDt, celle da D^ Klemm, à Dresde, en possède 10 S et celle des antiquités nationales de Berlin, S5 *. Je mentionnerai encore le masée de Copenhague, où se trouvent réanis le plus grand nombre de poignards. Un à Moscou '. Uoe lame en bronze trouvée dans Tile à'Ithaque par M. le baron de Bosset, et conservée dans le cabinet ethnographique de Neuchâtel, me paraît, malgré sa longueur (13 pouces 2 lignes), avoir appartenu à l'arme qui nous occape \ Détachée de sa poignée, elle porte encore sur son élargissement les trous qui servaient i la fixer au moyen de clous rivés. L'analogie de cette pièce de l'ancienne Grèce avec celles du nord est un de ces faits qui, pris isolémeDt,excite la surprise; mais la suite nous donnera l'explication de ces rapports, qui ont provoqué de la part de plusieurs archéologues des théories, selon nous, peu fondées.
* Âssex pareils à celui de Bex, quelques-uns sans poignée. Handbuch von Klemm. Taf. XVIII.
* La plupart brisés. Ce sont des épées en raccourci.
J*ai encore vu de ces poignards à Bonn, lames sans poignée, et à Darm'rtodl. Munich, lames et poignards à clous rivés. -*- Halle, lame de 15 lignes. -^Hêlbentadi, i Hiuunre (viUe), fragments.— UeUen, lames. Voir d'Estorff. ^ Hambourg, fragments. — Sehwerin, Voir pi. Lisch. — Stettifi, un ^petit poignard.
> La poignée en bronse ressemble à la gueule entr*ouverte d'un lézard. La lame est droite, à deux tranchants, mais cassée à quelque distance de la poifoie.
* Des lames du même genre sont encore attenantes à des poignées en. bronze dans le musée de Copenhague. D'autre part, la lame du poignard de Halle est encore plus longue que celle-ci.
Le poignard se trouve aussi en Franpe. De Caumont.
J36 MONUMENTS DE L'aNTIQUITE.
Epées.
La description que nous avons donnée de la forme du poignard convient, à quelques différences près, à celle de répée. Un trait qui caractérise celle-ci, c'est que la lame à deux tranchants, longue en moyenne de 16-20 pouces et renforcée vers le centre, se rétrécit assez subitement, à partir de la poignée, et s'élargit de nouveau jusqu'aux deux tiers de sa longueur, d'où elle se termine en pointe ^ A son origine, Tépée parait avoir été fort courte et se confond presque avec le poignard^ dont elle ne diffère guères que par une lame plus étroite*. Quelquefois la lame est munie d'une pointe destinée à entrer dans une poignée en bois ou en os, ou bien la pointe est remplacée par un prolongement de la lame, aplati, relevé sur les bords des deux faces, et percé de trous pour y clouer des garnitures d'une autre matière. D'autres fois, on trouve la lame séparée du pommeau, auquel elle avait été réunie par une poignée en bois. Un petit nombre d'épées ont eu leur poignée coulée du même jet que la lame '. Enfin, le dernier genre, qui présente le plus grand fini, consiste en une poignée en bronze fixée à la lame par des clous à têtes bombées, au nombre de 2 à 6, et disposés en demicercle. Le bronze est ordinairement couvert de fines gra-
* Quelques-unes de ces lames ont été aiguisées à la meule ou battues sur le tranchant par le marteau, de la même manière qu'on bat les faux dans nos campagnes.
' Anacharsis, tom. Il, chap. X, pag. 189. La pique devint plus longue d'un tiers et l'épée de la moitié.
> Ainsi les deux épées de Turin.
Tares exécutées parfois avec beaucoup de goût, ou bien les ornements en creux» qu'on prendrait pour une ciselure profonde , ont été exécutés au moyen du moule. La croisière destinée à protéger la main se présente très rarement \ Le pommeau évasé, aplati à l'extérieur, bombé ou orné d'un bouton, prend parfois plus de développement, et se prolonge en forme de croix, ou se termine en deux volutes élégantes '. — En Danemark, quelques-unes de ces pièces sont ornées de fils et de lamelles en or. — Un trait commun à toutes ces poignées est leur peu de longueur. L'espace destiné à recevoir la main n'a guéres plus de 20 à 25 lignes de long. Les différentes explications données sur la manière de tenir cette arme sont toutes également insufiBsantes. Le plus simple est d'admettre que les populations primitives avaient la main plus petite que les peuples modernes. Souvent on ne trouve que les tronçons de ces armes, déposés dans les urnes cinéraires. Peut-être faut il voir dans ce fait une idée relative au défunt. Le guerrier mort, son arme est brisée, et les fragments sont mêlés à la cendre.
On a réuni dans Tantiquarium de Berlin quelques épées remarquables, provenant de pays divers. L'une, de la Hongrie est chargée de cercles concentriques, pointillages et de lignes ondulées. Une autre de la Macédoine est remarquable par sa parfaite conservation et par la largeur de sa lame '. Deux viennent de l'Italie, la première a été trou-
* Epées de Turin. — Epée du Luissel, musée de Lausanne.
* Epées du Luissel, de Cothen, Putbus, Copenhague. La partie extérieure du pommeau est parfois recouverte d'une lamelle en or, sur laquelle sont bouclées les spirales du nord. Une poignée est entourée d'un fil en or sur la partie où reposait la main.
' Hésiode parle d'épées d'airain. (Bouclier d'Hercule, v. 221.) Sa forme pa-
vée avec son fourreau en bronze. La seconde se distingue de celles du nord en ce que son pommeau représente une tôte d'homme, dont l'exécution appartient à un peuple avancé dans les arts. — Il est intéressant de retrouver sur les dessins des miroirs étrusques et des anciens vases grecs, des épées dont les lames ont le caractère distinctif de celles que nous avons décrites, c'est-à-dire le même renflement vers les deux tiers de leur longueur. On voit à Turin, dans la salle d'armes du roi, deux épées en bronze découvertes en Sardaigne, les seules de ce genre que je connaisse. La lame et la poignée coulées d'un même jet n'ont pas moins de 5 pieds de longueur. Elles sont munies d'une croisière longue de quatre pouces, la lame droite, et terminée en pointe, n'a qu'un pouce de large. — Les épées recueillies en France répondent à notre première description. On en a découvert dans le Poitou, Y Anjou, la Bretagne, la Picardie, la Normandie et le Département de la Manche V — On voit dans le musée de Genève une épée trouvée à peu de distance de cette ville ' — Deux épées en bronze ont été péchées dans le lac d'Yverdon près de Concise *. — Une découverte intéres-
ratt dans les premiers temps avoir été droite, s'élargissant depuis la garde jusqu'au dernier tiers de la longueur, où la pointe se formait assez brusquement. — Les Lacédémoniens se servaient d'une épée si courte, qu'un plaisant disait que les charlatans pouvaient l'avaler. (Plutarque, In Lycur^ et Açttilao,) Elle était courbée comme une faux c'est*à-dire comme les sabres et
s'appelait Çuiq^. ùict. Encyd, mot ép^.
* On en possède dans les musées de NatUei, Poitiers, Saumur , etc. De Gaumont ArU. nat, tom. 1, pi. YIK, 11-12.
■ Aux Bougeries sur le chemin de Genève au Salève.
' Le musée d'Avenches conserve les tronçons d'une épée en bronse trouvée à Palézieux.
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sanle est celle dn Luissel au sud de Bex. Entre la montagne et la route de Saint-Maurice, est un mont auquel on arrive depuis Bex à travers des forêts de châtaigniers. Après avoir atteint sur la hauteur une maison isolée, on découvre un vallon mystérieux, baigné autrefois par un petit lac, le lac du Luissel, dont il ne reste qu'un marécage. Un double cercle de chênes séculaires indique Tancienne élévation des eaux. A la fin du siècle passé, le gouvernement de Berne, voulant utiliser la tourbe de ce vallon, fit ouvrir du côté de Bex, un canal de dessèchement. Ce fut dans ce travail qu'on trouva an bord du lac, à 6 pieds de profondeur, trois pointes de lance, un couteau et trois épées en bronze longues de 2S à 25 pouces d'une parfaite conservation *. L'une est restée à Lausanne, les deux autres ont été déposées dans le musée de Berne. Ce qui ajoute au prix de ces pièces, c'est la forme de leur poignée dont le pommeau est remplacé par deux embranchements qui s'enroulent en spirales ou volutes. En 1844 une épée parfaitement pareille a été découverte à Boasdorf près de Côthen. Depuis j*ai retrouvé trois exemplaires identiques, l'un à Rûgen dans la collection du prince dePutbus et les deux autres dans le Musée de Copenhague. La tradition rapporte que le lac du Luissel, appelé autrefois le lac du désert, fut témoin d'une grande victoire remportée sur les Romains par les Helvétiens, mais je ne puis dire si la tradition est antérieure à la découverte ou si elle a été provoquée par celle-ci. Elle s'abstient
* Voir NouoeUiite Vaudoi$t notice du SI octobre 1808. La découverte eut lieu le 24 man 1791. Celui qui découvrit ces objet* doit être Jaq.-Sam. de la Rottai, père du propriétaire actuel de la maison isolée. La découverte eut lieu à l'entrée du canal du cété du lac, sous deux poutres.
cependant de citer les noms deCassius et de Divicon. Ce qui est certain, c'est que les travaux de dessèchement ont mis au jour des ossements d'hommes et de chevaux, et même, dit-on, des grains de froment, enfouis à une profondeur de 24 pieds. Il est fort douteux que les versants inclinés du vallon aient jamais permis à la cavalerie de livrer un combat sur les bords de ce lac ; dans tous les cas, les armes ne sont point celles que portaient les Romains dans les derniers temps de la république. Cette retraite élevée, ces vieux chênes et Taspect mystérieux de ce vallon me feraient plutôt supposer que ce lieu était consacré au culte ; hommes, chevaux et armes^ étaient parfois voués à la divinité dont on voulait apaiser la colère, et jetés dans les eaux qui lui étaient consacrées. Quoi qu'il en soit, qu'il y ait eu dans ce lieu sacrifice ou bataille, il serait intéressant de pouvoir y diriger de nouvelles recherches. — Des épées ont aussi été découvertes dans les cantons de Berne ^ et de Zurich *. — Ces armes, loin d'être communes, ont cependant été retrouvées sur tous les points principaux de V Allemagne^. La collection des antiquités nationales de Berlin renferme 10 épées en-
' Ver^ichniss der auf den Mut, in Bem, , aufbew, AntiquitœU. Tab. IV, 15.
• Mittheil. von Zurich. l«r Band.
' A Darmstadt, à Francfort^ à Munich^ épées à clous rivés.— Bamberg, collect. du Dr Heller, belles épées.— Fund von Ehinçen, pi. 11,6. — Prague, coll. du baron de Neuberg, Wocel pi. 111, flg. 8.— HalU, épées de la collecUoa de M. Bartels. — Cœtha, épée de Baasdorf.— Halberstadt. — Hanovre ville, épées comme dans le nord. — {/«/sen, lames d*épées. — Hambourg, fra^ ments comme dans le nord. — Kiel, — Brandebourg, dessins d'après Backmann. — Stettin, lames, et une épée avec poignée en spirale. Putbus, une épée comme la plus grande du Luissel, une autre comme celle de Bienne déposée au musée de Lausanne.
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tières et les fragments de 39*. Dans la collection de Schiverin* sont plusieurs épées d'un travail remarquable. — Stokholm ' possède aussi de belles pièces; mais Copenhague* l'emporte en richesse sur tous les autres cabi* nets *.
Les soins apportés à la fabrication des épées, et leur rareté, eu égard à Tensemble des découvertes, ne permettent pas de penser que celte arme ait été d'un usage général, et confirme ce que dit Tacite à ce sujet '. Cependant la description que les auteurs anciens donnent de répée des barbares, et particulièrement des Gaulois, ne répond pas à la forme que nous avons décrite. Tite- Lire ^ dit qu'elle était très longue et sans pointe
* Catalogue de Ledebur.
* Lisch. — Jahr, 1844, pi. V, épée de Peccatel.
' Wisby, fragments d'une épée en bronze. Calmar, belle épée avec profondes spirales sur une poignée clouée en croissant sur une lame renflée aux deax tiers de sa longueur. Lund université, plusieurs fragments d*épées avec poignée.
* Rev. Antiq, II, 24.
* Deux épées de Norvège.
* Germania, G. VI.
' XIII, 40. U passage XIXVIH, «4, parle des traits, Varro 1, IV, PoUux I, 33. Sur les armes défensives et offensives des Gaulois.
* Cependant, d'après Tite-Live VU, 10, et Val. Max. VI, 9, les Gaulois fuyant devant Torquatus avaient des armes dorées. — Tacite dit {Germ. ILIIl, fin) des peuples de la Germanie t brèves gladii. > — Ce que les Romains appelaient des armes dorées, n'était-ce point des armes en bronze, qu'ils auraient prises pour dorées, à cause de leur éclat ? Manlius Torquatus quitta ses armes de chevalier pour prendre celles de fantassin • il prit le bouclier d'un homme de pied, et une épée à Tespagnole, comme étant propre à combattre de près, » Les Gaulois avaient un hoquelon ou casaque de couleurs diverses et des armes dorées. Puisque ce n'est pas la cuirasse qui est dorée, n'est-il pas question des armes offensives? Le Gaulois décharge un coup de taille, c'est sans doute déjà Tépée sine mucrone. Le Romain frappe
142 MONUMENTS DE LANTIQUITÉ.
Polybe ' ajoute qu'elle se courbait souvent en frappant. Les deux épées de 5 pieds de long, découvertes en Sardaigne, répondent seules à cette description. Il en résulte donc que les courtes épées en bronze, surtout dans la Gaule, doivent être d'un âge antérieur à celui de ces écrivains, et cela d'autant plus qu'à l'époque où ils écrivaient la connaissance du fer commençait à pénétrer. chez les Barbares.
Un fait a souvent frappé les archéologues : c*est l'analogie «des formes dans le midi et dans le nord, c'est que les variétés que nous avons mentionnées sont propres à la plupart des pays et ne permettent pas en général d'établir des distinctions de peuple à peuple. Pour expliquer cette parenté on a émis une opinion très accréditée de nos jours. On prétend que ces épées sont romaines, qu'elles ont été fabriquées par les Romains et répandues par le commerce dans les autres pays de l'Europe. On refuse aux Barbares d'avoir possédé les connaissances nécessaires à leur fabrication. — Que dans les premiers temps de la République, et même plus tard, les Romains aient eu des épées pareilles, c'est possible et même probable. Toutefois cette forme ne leur appartient pas en propre, elle est de beaucoup antérieure ; nous avons constaté son existence chez les Etrusques et chez les anciens Grecs. L'âge auquel Rome répandit ses produits jusqu'au nord, n'est pas celui où elle avait encore tout à conquérir, mais celui
d'estoc, il se contente d'enlever le collier d'or. — Les Romains ne virent donc pas de près les autres armes. — Gela se passait l'an 862 avant Jésus-Christ. — Lecombat de Valérius Gorvinus contre un Gaulois présente moins de faits. Tite-Live, tom. Il, pag. 194,(trad.).