II
AOB DU BRONZB. 143
de sa grandeur; et» à cette époque» ses armes n'étaient plus en bronze» mais en fer. L'expression « mourir par le fer, > c détruire par le fer» > fréquemment employée par les auteurs latins montre que de leur temps ce métal était devenu d'un usage général pour les instruments traochants. L'historien Josèphe» dans sa description des légions romaines qui assiégeaient Jérusalem» dit que les épées étaient en fer. Il est difficile de préciser le moment de l'introduction du fer à Rome» vu le silence des auteurs à cet égard ; cependant un fait emprunté à la numismatique mérite l'attention. A peu près jusqu'au IV« siècle avant rère chrétienne les monnaies en bronze sont coulées tandis que celles en argent sont frappées ; mais à partir de cette date» les monnaies en bronze portent l'empreinte du coin. Nous voyons par là que l'argent pouvait être frappé, grâce à la possession d'un métal plus dur» tandis qu'il manquait une matière propre à frapper le bronze. Dès que celui-ci est frappé à son tour» il faut qu'on ait connu le fer ^ Nous pouvons encore ajouter que ce ne fut certainement pas dès le premier moment de l'introduction du fer qa'oQ arriva à confectionner des coins de ce métal» il fallait avoir acquis un certain degré d'habileté; ce qui nous permet de conclure que le fer fut probablement d'un usage général à Rome vers le commencement du IV<^ siècle avant notre ère. — Longtemps après le bronze fut encore employé dans le nord pour la fabrication des
* A dater de 750 avant J.-C. les Grecs ont des monnaies uniquement a argent et frappées, et leurs colonies apportent ce procédé en Italie (monnaies d'argent de Syracuse de 700). Mais les Romains, à dater de ServiusTulliiu, et, avant eux les Etrusques, avaient pour monnaie Vœ$ grave, d'un trop (TOft volume pour être frappé, quoiqu'ils connussent par les Grecs le procédé <lont il s*af it.
armes. A Tépoque où les Romains s'établirent sur les bords du Rhin, le Germain avait encore des armes en bronze qu'on retrouve parfois à côté des instruments en fer du vainqueur. Cette différence dans les matières employées à la même époque prouve suffisamment qu'il faut chercher ailleurs qu'à Rome, l'atelier des armes du nord. — Un dernier trait ajoutera encore quelque lumière à ce sujet. Depuis peu, on a soumis à l'analyse chimique les anciens bronzes de divers pays. Ceux du nord, avant l'introduction du fer, donnent constamment l'alliage du cuivre et de l'étain, tandis que les bronzes romains présentent l'alliage du cuivre et du zinc. Cette différence repose sur un fait dont nous donnerons la raison plus tard ; pour le moment, il suffit de la constater, ce simple résultat, à lui seul, ne permet pas d'envisager, comme un produit romain, l'épée en bronze qu'on découvre au nord des Alpes et des Pyrénées. — Quant à l'identité de formes que nous avons mentionnée, nous admettons qu'elle doit provenir d'une origine commune. Il est trop de particularités d'une analogie frappante pour que nous puissions les expliquer toutes comme un produit de Tunité de l'esprit humain. L'analogie des formes dans la Macédoine, la Grèce, l'Etrurie, avec celles des pays baignés par la Baltique, pourrait se rattacher à ces deux voies qui plongent dans l'orient et dont on a parlé plus haut. Je n'ai pu, pour ce genre d'épées, comme pour les celts, m'assurer de leur existence en Asie, mais il paraît que c'est encore là qu'il faut chercher l'idée commune qui pénètre en occident par des voies diverses, et survit plus ou moins longtemps dans un pays ou dans un autre, suivant la marche du développement des peuples. Du reste, si l'analogie des for-
àGB DU BRONZE. 445
mes est frappante, elle n'empêche pas que dans Tornementation, on ne puisse saisir des traits caractéristiques «t divers.
Armes et instruments en miniature.
Jusqu'à ce moment, je ne connais en Europe que trois pays dans lesquels on ait retrouvé des armes et instruments de dimensions si petites qu'on les prendrait pour des jouets d'enfants. Ce sont des épées ou des pointes de traits de 2 à 5 pouces de long, des lances en miniature avec leur hampe en bronze, de petits couteaux, de formes gracieuses, munis d*une poignée longue d'un pouce. Ces petites épées reproduisent dans leurs contours une partie des variétés que nous avons mentionnées. Quelques-uns de ces instruments ont été découverts sous les couches volcaniques A'Aliano, dans le Latium ; les autres sont du Mecklembourg-'Schwerin* et du Danemark. Dans ces trois contrées on les a trouvés dans des cornes, mêlées aux cendres humaines. Leur antiquité, constatée en Italie par la découverte d'Albano, permet de supposer qu*ils sont aussi fort anciens dans le nord. Rien n'indique que les tombeaux auxquels ils appartiennent aient été des sépulcres d'enfants, et pourtant ils ne sont jamais accompagnés de grandes armes. Ils doivent ainsi remonter à uue époque où le guerrier en descendant dans la tombe ne recevait que le simulacre de ses propres armes. On a supposé que ces épées en miniature avaient été des détonations, mais, dans ce cas, le défunt n'aurait pas été privé de sa lance ou de sa bonne épée.
* Liieh, pi. XVI, fig. 1, S, 7.
■te. ET DOGUH. XXT. 10
I4f6 MONUMENTS DE l'aNTIQUITÉ.
Armes défensives.
Les armes défensives ont été employées très anciennement dans le midi. Dans le nord, si l'on en excepte le bouclier, elles ont été beaucoup plus rares ^ La description de l'armure grecque et romaine ne rentre dans notre sujet qu'en tant qu'elle nous offre des points de rapprochement.
Le musée de Lausanne possède des plaques en bronze arquées et ornées de fines gravures qui proviennent des tombeaux de Verchiez, entre Aigle et Ollon. Ce sont de véritables brassards, les seuls de ce genre que je connaisse, ils rappellent un passage de Xénophon qui dit qae les Grecs se recouvraient le bras droit de brassards en cuivre*. Quand nous parlerons des bracelets nous verrons que plusieurs d'entr'eux, par leurs grandes dimen* sions, ont dû servir au même usage, tout en satisfaisant le goût de la parure.
Tacite rapporte que le casque était très rare chez les Germains ', et Diodore de Sicile raconte que, dans les combats , les Celtes rejetaient leurs cheveux en arrière
* Tacite dit, Germ. VI. Paocis Loric» : Vix uni alterive cassis ant Galea. Des Belges avaient des cuirasses de petites chaînes ou mailles. Poljbe, lib. U, cap. VI.
■ De re eqwstr, pag. 95S. On a trouvé ces brassards en Francht'Comtéf mais avec des objets qui doivent leur assigner un âge postérieur. — Les brassards d'Anetb découverts par M. de Bonstetten sont aussi d'un ftge moins ancien.
• Gemania, VI, VII.
AGB DU BBONZB. 147
comme une crinière de cheval'. Il n'est donc pas étonnaol de retroaver très rarement cette partie de l'armure. A Copenhague, est une seule pièce en bronze, ornée d'une lamelle en or, qui parait avoir été une mentonnière. Ed 1847, le Di* Klemm a découvert dans une tourbière de la Basse Lusace un casque en bronze avec des épées ei des bracelets '. En Grèce on les retrouve déjà dans les tamuli avec des ossements d'hommes et d'animaux '. Bien que le bouclier ait rarement été conservé jusqu'à DOS jours, il était cependant d'un usage très général dans TaDliquité. De forme carré long, ovale ou circulaire, la plupart du temps d'osier tressé ou d'ais en bois garnis de cuir \ on le recouvrait de couleurs vives et de signes magiques destinés à porter la terreur dans les rangs de reonemi *. Chez les Barbares comme chez les Grecs et les Romains le déshonneur était attaché à la perte du boaclier sur le champ de bataille et non à celle de l'épée
* Diod. Sicile, liv. V, cap. SO. On sait que le casque gaulois est surmonté de hauts panaches, de cornes d'animaux, de têtes d'oiseaux ou d'autres aniouiux. — L'usa^ du moyen âge, d'inhumer le dernier rejelon d'une famille noble avec ses armes et le casque en tête, serait-il plus ancien et Krait-ce l'une des raisons de l'extrême rareté de ces découvertes ?
* Lettre du Dr Klemm. Voir Leipi. Ulustrirlen Zeilung. Abbildung vnâ Betfihnibung.
* Communication de M. de Bonstetten.
* Pline, VI. 40.
* Tacite, Germ. VI. « Scuta tantum leetissîmis coloribus distinguunt
ScQtum reliquisse, prœcipuuro flagitium: nec aut sacris adesse, aut consi- Uom inire, ignominioso fas. » Diod. de Sicil. V. Silius Itaticus IV. — Le bouclier d*Ajax était fait de 7 cuirs de bœuf couverts d'une lame de bronse. Iliade, H. ttt. — Celui d'Achille formé de plusieurs cuirs était fortifié de deux lames d'airain, de deux lames d'étain , et d'une cinquième en or. «iedej. «70.
et des autres armes offensives ^ Plutarque* prétend qu'on voulait montrer par là que la guerre doit être plutôt un état de dérense que d*attaque. Parfois le milieu du bouclier était garni d'un umbo*, plaque relevée en bosse ou munie d*une pointe ^. Quelquefois, mais bien plus rarement^ le bouclier entier était en bronze. Ces dernières pièces, qui sont d'un grand prix, ont été retrouvées en Ecosse; dans le Mecklembourg et en Danemark ils sont ronds*, convexes, ornés de disques en relief ou de lignes serpentantes, et rappellent la description que Tacite donne de ces armes chez les peuples des bords de la Baltique. — Dans le muséum Eiruscum * on trouve la représentation de boucliers pareils. — On voit aussi à Copenhague des umbones en bronze, armés d'une pointent ornés de doubles spirales gravées \
* Pitiscus dit cependant que la perte de l'épôe est une honte.
* /n Pélop,^ tom, 1, pag. 378.
> L'umbo fut de bronze, de fer, d*argent ou d'or; /Enéide X, 371. « Vastes umbo vomit aureus ignés. >
* Les plus anciens boucliers, par exemple ceux des Etrusques, étaient suspeadus au cou par une courroie; plus tard ils eurent deux anses dans la concavité par où l'on passait le bras.
* Keferstein, pag. 834 et 199. Us répondent à la description de Tacite, cap. 48 fin.
* Voy. Tesquisse d'une de ces pièces dans Worsaœ Dàn. Voneit.
A Gopenhagen sont trois boucliers de bronze repoussé. Un parfaitement rond à 16 ' de diamètre. Les deux autres légèrement ovales, 33 Vt ' >ur 30 ' .
' Varro, I, IV. Pelias, I, 38, sur armes défensives et offensives des Gaulois.
Les boucliers gaulois étaient longs et plats; Tite-Live, décad. IV, liv. VIII et Strabon, liv. IV. Ils étaient ornés de figures d'animaux sculptés en relief et en bronze; la forme était ovale ou octangulaire, comme on le voit sur les bas-reliefs découverts dans la cathédrale de Paris. (Ifém. de FAcad. de$ intcr^, et Bell, Leti., tom. II, fol. 870.)
AOB DU BRONZfC. 149
Instruments de musique.
Il Doos reste peu de chose des instruments de musique des Barbares. Il est à présumer qu'ils étaient peu nombreux, et quant aux instruments à cordes, ils auront tous été détruits par l'action des siècles.
On a cependant retrouvé dans tes tombeaux de Charpigny, près d'Aigle, et à Darsekau, dans l'ancienne marche, des tubes en bronze d'un à 2 7t pouces de long, qui paraissent avoir appartenu à des chalumeaux. Cet instrument, très généralement connu dans l'antiquité, se trouve non-seulement chez les Romains et les Grecs, mais aussi chez les Egyptiens et chez les anciens Mexicains.
Dans le musée de Prague est un fort petit instrument en bronze formé de deux branches parallèles qui s'écartent en arc de cercle dont les extrémités se réunissent. A leur point de jonction est une languette brisée qui parcourait récartement des branches. Cet instrument se place entre les lèvres et d'un doigt on fait frémir la languette dont les vibrations imitent celles d'une corde. On chante un air, en même temps qu'on fait résonner cet instrument, bien connu des enfants, qui n'est autre que la guimbarde.
Les peuples du nord employèrent fort, anciennement les cornes pour s'animer au combat. La mythologie de l'Edda parle du cor d*Odin dont le son jetait la terreur et la consternation dans le cœur de ses ennemis. Le terrible cor d'Ossian n*était pas moins redouté. Un récit de la ?ie deCharlemagne dit que, dans un combat, les païens firent retentir mille cors. On peut juger du prix que les
450 MONUMENTS DE l'aNTIQUITÂ.
anciens peuples attachaient à ces instruments par la donleur qu'éprouvèrent les habitants du canton d'Uri après la perte de leurs cors, à la bataille de Wilmergen ^ — Deux cors en bronze ont été découverts dans le duché de Mecklembtirg Schwerin*; l'un entouré de gravures pareilles à celles que nous avons déjà fait observer; tous deux affectantia forme d'une cornede bœuf. — Une pièceda même genre, mais plus grande et plus recourbée, a été trouvée en Stiède*. — Les cors les plus remarquables, appelés hures par les Danois, sont conservés au nombre de sept^, dans le musée de Copenhague. Ils ne mesurent pas moins de 6 pieds, A pouces de long*. Ornés d'anneaux de distance en distance, et de pendants vers l'embouchure, ils sont munis à l'autre extrémité d'une plaque circulaire et bosselée. Ces cors sont recourbés de manière à donner le tour et reposer sur l'épaule droite de celui qui les embouche ; ils sont encore assez conservés pour pouvoir en tirer des sons qui ne ressemblent pas mal au beuglement du taureau.
Instruments domestiques.
D entre les instruments de la vie domestiqua, le couteau est un de ceux dont l'usage est le plus général. La lame à un tranchant présente une forme particulière qui, mal-
* Hiié. de la Confédération Sm$u par Vulliemin, tom. lUI, pag. 513. C0 sont deux cornes de bœuf, garnies d'argent, qu'ils disaient un don de Charlemagne.
* Lisch, pi. IX., S.
* Sjdborg, tom III, pi. M, fig. 88.
* Une de ces pièces a été donnée à Tempereur de Russie et déposée dans l'arsenal de Tzarskoé-Sélo.
■ Le diamètre est de 4' 8". Voir Dànem, Komeif, pag. S7.
A6B DU BROffZB. (SI
gré ses variétés, se rattache au même type dans le nord et dans le midi. A partir du maocbe la lame décrit un léger arc de cercle, concave sur le tranchant et convexe sur le dos ; dans le prolongement la courbure est en sens inverse, la pointe se relève et se termine à peu près comme celle du sabre. Le manche est aussi varié que la poignée de répée, dont il reproduit souvent la forme. Les dimen* sioDS du couteau sont généralement fort petites, quelquefois il est orné de jolies gravures ^ Il en est quelquesnos, ainsi deux trouvés en Sibérie*, dont la lame est légèrement arquée en faucille. — Les couteaux ont été découverts en Italie*, en France, en Angleterre, à Genève au pied de la pierre à Niton \ au Luissel près de Bex *, dans le canton de Berne*, sur divers points de VAlle^ magne'', en Danemark*, en Stiède *et en Russie **. On voit à Schwerin^*, à Bergen, dans l'île de Rûgen, et
* Ainsi celui de Baasdorf, près CÔthen et un de U Fouille ; ce dernier porte des doubles spirales pareilles à celles du nord, ses dimensions sont asses f randes.
* L'on Tient de Souioutk, l'autre d'vn tumulus de TehmgUk. 1]n autre maoche en bronxe se trouTO dans la collection Gagarin.
•Albano.
* Génère.
* Musée de Lausanne.
* Catalog. dumuiée, pi. IV, flg. 7.
^ FrUHmrg en Briigau. Coll. Schreiber.— DarmitaiL — Saae. Grossenhayn stHandb. Klemm, pi. I, 8. Uiptick, BerichtlSM, pi. IV, 7; 1898, pi. 1, 16. ~ Côlhea. — UeUen, un couteau arec l'image du vaisseau. — Meeklemlmrg, Uscb. XVI, 8, 1, 10, 19.— Brandenburg, Beckmann, pag. 410, pi. IX. BerHn, coUeet. d'anUquitès. SiUiie, Wihiau, Busching, pi. VII, flg IS.
* Dans le musée de Copenhague.
* ALimd, petits couteaux.
•• Bibliotb. impér. et collect. GagariD, à St. Pétertbourg. ** Liseh. Fred. Fran. XVII, 10.
182 MONUMENTS DB l'aNTIQUITÂ.
surtout à Copenhague des instruments dont la forme est celle du tranchei du bourrelier, et qui paraissent avoir servi à couper le cuir. Des pièces pareilles ont été découvertes en Italie dans les environs de Pœstum, pièces réellement romaines mais du plus ancien style grec.
Un autre instrument qui, jusqu'à présent, me parati propre au nord de V Allemagne^ et à la Scandinavie^ consiste en une lame, dont la forme n'est pas sans quelque rapport avec celle du rasoir, bien qu'il soit douteux que sa destination ait été la même. La plupart de ces lames portent des gravures qui représentent l'ancieiv vaisseau des mers du nord.
La faucille est une faux en raccourci dont l'arc de cercle est généralement assez prononcé*. Pline dit que les Druides se servaient de cet instrument pour couper le gui sacré du chêne et, bien qu'il ajoute que cette faucille était en or, on a longtemps envisagé comme destinées au culte celles de bronze, qui ont été découvertes en France. On sait cependant que les Romains s'en servaient dans l'agriculture et le grand nombre de celles qu'on a trouvées ces derniers temps ne permet plus de leur assigner un autre usage. Plusieurs, des environs de Thonon, sont conservées à Genève. Il y en a deux dans le musée de Lausanne, qui viennent des monts de Chardonne. On en a retrouvé dans les cantons de Neuchâlel et de Berne*, et dans la
« Hanovre ville, f/e/ien, d'EMUirt.-^Metklemburg^ Lisch. PI. XVIII, flg. 5,6. Berlin colleet. d'ant. nat., une vingtaÎDe, dont plosieurt viennent de Dêci" manen.
* Odynie XVUf, 868, faucille saltem eurvam.
' Vers RUttenberg près de Bienne, trouvée sous un bloc de granit avee un vase et les fragments d'une idole do bronse.
AGB DU BRONZE. 153
plupart des pays de VAllemcLgne\ La collection du duc de Catien en renferme 50, et celle des antiquités nationales Ae Berlin b\. En Danemark* et surtout en Suède*, elles sont moins nombreuses.
Dans le musée de Stuttgard est une belle serpe en bronze, trouvée dans les environs de Cronstadt, la seule pièce de ce genre que je connaisse.
Il est une forme particulière de ciseaux, employée encore chez nous pour tondre les moutons. Les branches tranchantes en dedans, tiennent à deux tiges parallèles dont l'extrémité se réunit en arc de cercle. Une paire de ciseaux de ce genre, conservée dans le musée de Copenhague, appartient déjà à Tâge qui. nous occupe^.
Nous avons vu ce qu'étaient les scies àzns Tâge des ins*troments en pierre. En Danemark et en Suède*, on en retrouve en bronze du même genre, arquées, longues de 4 à 6 pouces. D*abord trop épaisses pour pouvoir cheminer dans le bois, la scie lame s'amincit, mais reste encore en arc de cercle. Enfin, une scie, trouvée dans un tnmuins de la Sibérie^ ^ présente un perfectionnement; sa lame droite et longue est dentelée sur ses deux bords\
* Darmsladl 8 — Frankfort »ur le Mdn, Mayence, Berne, — Stuttgard 5, Augtbourg 1, — Bohême,, A belles avec marques du moule bien prononcées. Silène, — Dresde, Klemm. — Gronenhayn^ — Leiviiek, — Halle, — Hal" hentadi, plusieurs. — Cëthen, 50. — Sfagdebourg, de Werder, — Hanove^ 5.— Veiun, — Schwerin, — Brandenburg, — BerUn, 51. Aucune de la grandeur de celle de Prague, plusieurs très petites. — Stettin, petites.
* Copenhague, de grandeurs diverses.
' Calmar.
* Une paire de Nœs dure Romerike, district de Drontheim.
* CoUeet de Tuniv. de Lund. Scie courbe et épaisse.
* Collect du prince Gagarin.
^ Od^Moée y, tSO.
1K4 MONUMENTS DE l'aNTIQUITÉ.
Une pièce de l'antiquarium de Munich, rappelle toot à fait le ciseau da charpentier. On ne peut douter que le ceit n'ait souvent été employé au même usage. Deux ont été trouvés avec leur hampe, dans le Jutland ; l'une avait 8 .pouces de long S et l'autre seulement 2 pouces et demi.
Les poinçons paraissent avoir été fort en usage chez les Scandinaves. On en voit plus d'une centaine à CopenAo^u^*. Quelques-uns ont une petite poignée en os ou même en ambre ; tous sont en bronze, à l'exception d*un seul qui est en or. — Les aiguilks, moins nombreuses, sont percées d'un trou à l'une des extrémités ou sur le milieu de leur longueur. Elles ne permettent pas de penser qu'on ait pu exécuter à leur aide des travaux délicats.
Parfois on trouve dans les urnes cinéraires de la Bo^ hême, de la Silésie ', du Hanovre et des bords de la Baltique ^, de petites pincettes, longues d'environ 2 pouces, larges et ornées de gravures. Les paysans portent encore dans quelques provinces de la Suède un instrument du même genre, passé à un cordon qui donne le tour du cou, et qui sert à retenir sur la poitrine la partie supérieure du tablier. Le tailleur lie cette pincette vers le genou et y fixe la pièce d'étoffe qu'il veut coudre.'
On voit dans quelques collections de V Allemagne * des espèces de perles en argile de la grosseur d'une noix,
* WoruMt Dàn. Voneit, pag. Si.
* L'université de Lund a des poinçons en bronze. > Busching, pi. XI, 9, près de Pet$chkendorf.
* Mecklembourg, Lisch, XIX, 7. Brandenburg, Beckoiann, pi. XIX. — £«beeK BerUn, S8 pincettes. — Stettin. — Copenhague. Lund.
■ Ainsi à Grossenhayn, en Saxe, et à Uel%en.
AGE DU BRONZR. ISS
irooyées seules dans les lombeaux, c'est-à-dire sans trace de colliers. — Dans les contrées où Ton se sert encore da foseaa, le fil passe à travers une pièce pareille, qui a reça de là le nom de perle à filer. Longtemps cette explication m'a paru très insuffisante ; cependant, j'ai fini par m'y ranger après avoir fait une découverte qui me paraît justifier cette manière de voir. Un sarcophage en pierre contenant un squelette de femme assez bien conservé» auprès duquel était, pour tout ornement, une seule de ces perles qui reposait vers la main droite. En examinant cette pièce de près j'ai vu que son ouverture était usée de telle sorte que le fil seul peut avoir produit des raies, témoins de l'activité de la fileuse *.
M. le pasteur Augustin conserve à Halberstadt un hamçon en bronze suspendu à une petite chaîne du môme métal. — On trouve parfois sur les bords des eaux et dans des tourbières des poids en terre cuite percés d'un trou, qu'on prétend avoir été destinés à retenir les filets da pécheur au fond de l'eau. — Des objets assez pareils mêlés aux ruines romaines de notre pays, également en terre cuite, n'étaient que des poids à peser.
Ornements.
Le goût de la parure est inhérent à l'homme. Nous Tavons remarqué dès l'âge primitif; et quand le métal fut connu celui-ci fut employé à satisfaire les exigences du laxe aussi bien que celles de l'utilité.II est souvent difficile de distinguer les ornements des hommes de ceux des
* Tombes de Bel-Air.
1B6 MONUMENTS DE l'aNTIQUITÉ.
femmes ; anneaux , colliers , bracelets et broches lenr étaient pareillement propres. — On retrouve quelquefois sur la tête ou dans l'urne cinéraire un anneau simple ou à torsade, entr'ouvert ou fermé. Les tombeaux de Charpigny, près d'Aigle, en renfermaient quelques-uns du genre le plus simple. D'autrefois les extrémités de l'anneau s'élargissent en plaques ornées de gravures ou surmontées de voluies élégantes ; ou bien des feuilles métalliques, cannelées horizontalement, s'élèvent en s'évasant. On donne généralement à ces divers tours de tête le nom de diadème ; mais ce n'est pas à dire qu'ils doivent tous être envisagés comme des insignes de la royauté. Ces ornements sont surtout propres au royaume de Hanovre \ aux duchés de Mecklembourg, à la Poméranie *, au Danemark et à la Suède '. — Dans la collection de M. de Werder, à Magdebourg, sont six cercles concentriques et à torsade qui paraissent avoir eu le même usage. Dans le cabinet de M. de Preusker, à Grossenhayn, en Saxe, est une couronne en bronze de feuilles de laurier détachées les unes des autres et dont le travail délicat me parait accuser l'industrie d'un peuple étranger à la Germanie. On conserve à Copenhague une lamelle ou bandelette en or, et à Stettin un diadème semi circulaire, du même métal ^, dont l'exécution révèle un grand développement de l'art. En Russie, les torques ou anneaux tressés, en argent on en fils de bronze, se retrouvent souvent.
* Uel%en^ 6 à 7 diadèmes en bronze; d'Estorff.
* Un à Greifuwald.
" n y en a i Lund avec plaques et volutes.
* Voir Sechs GefSue, von Giesebrecht, pi. I, ng. 9. Ce diadème a été trouvé dans un de ces vases en bronse.
A6B DU BRONZB. I S7
des peignes en bronze d'un âge reculé affectent déjà nos formes les plus communes. L'un, des environs de Greifeswald, était séparé du crâne par une spirale en bronze en lire-bouchon, dans laquelle avaient passé les cheveux V Uq autre a été trouvé à Charpigny.
Les épingles^ destinées à la chevelure ou aux vêtements, mient beaucoup de forme et de longueur. Longues de 4 à 15 pouces, elles se terminent par une tête ronde ou aplatie, gravée ou incrustée d'une lamelle en or. La tête est quelquefois remplacée par un disque à jour en forme de roae, ou par une plaque très mince, circulaire, ovale, en losange ou découpée. D'autres fois la tige de l'épingle s'enroule de manière à former quatre spirales. — Des épingles de formes très originales ont été trouvées dans le canton de Vaud , à Yerchiez, à Bex et à Charpigny. Les épingles se trouvent partout', mais sont particuliè renient nombreuses et variées dans le musée de Copenhague *.
Le collier le plus usité durant cette période et porté essentiellement par les hommes de guerre, était un cercle de métal d'une seule pièce et parfois d'une assez grande pesanteur. Tite-Live nous apprend que Manlius reçut le surnom de Torquatus, pour avoir enlevé le collier d'un Gaulois géant, qu'il avait tué en combat singulier. Les
' On Yoii à Copenhague quelques peignes en bronse de la même forme.
' Darmstadt. — SiuUgardt, forme de roue. — Munich, — Bamberg. — Dresde.— Groisenhayn. — Leipsick, Bericht von 1828, pi. 1, flg. 19.— Halle, Oeulsch. Allerth.,tom. lU.cah. 3 et 4, pi. II.— Ue%eln, d'EstorfT.— GreifesvoM, spirale plate. — Berlin. Catalogue de Ledebur. — Silûie. Stabelwiti (Buscbing) pi. Vll, 5. — Polgren, VU, 1. — Genève. -^ Berne. Musée, calalog. Thotme,
' C€penhague. — Stoekholm.
458 MONUMBNTS DE l'aNTIQUITÂ.
colliers appelés torques, étalent chez les Romains la récompense et le signe de la valeur. Les exploits do triban militaire Sicinius Dentatus forent récompensés par 83 colliers d'or et 60 bracelets ^ — Si les usages des barbares avaient été mieux connus nous pourrions voir des diversités de destination là où nous ne voyons que des différences de forme. Ces colliers sont ordinairement ronds, entr'ouverts ou fermés, ornés de rayures ou de torsades. Une statue en marbre du musée Capitolin * représente un Gaulois expirant qui porte le collier à torsade qu'on retrouve souvent dans les tombeaux. Les collection de Hanovre, de Halle, de SieUin, de Copenhague, de Stockholm et de Norwège, renferment des colliers desquels il se détache sur lenr largeur quatre feuilles ou lamelles de bronze, contournées et ondulées de manière à reproduire à peu près les plis d'une fraise. Â Copenhague et à Lund, sont aussi des colliers en bronze à trois rangs qai retombaient sur la poitrine '. — On a retrouvé dans qoel-
* Il reçut en outre, durant ses 40 ans de service, 14 couronnes civiques, 3 murales, 8 couronnes d'or, 18 lances et 23 chevaux avec leurs harnais; il fut assassiné Tan 405 avant Jésus-Christ. Val. Max. III, 2. Silius Italiens dit:
Colla Tiri ftalvo radiabant lactaa orquo, Auto virgita vestes, maniccqae rigebaot.
Ex aaro, et limili vibriJ>at crista métallo.
Comparez Genèse XLI. 42. Alors Pharaon ôta son anneau de sa main et le mit à celle de Joseph, et le fit vêtir d'habits de fin lin, et lui mit un collier d'or au cou.
* Ottfr. Huiler, Denkm. der AU. Kunst, 1 Band, 2 Heft, pi. XLVHI, 217.
' Colliers en bronze à Sinsheim. — Darmstadt, 2 grands unis, torsade. — Bonn, torsades et ronds. — Mayence, ronds et unis. — Heste rhénane, gravés, torsades. — Stuttgardt. — Munich, — Prague^ 10 colliers minces ou tordus, de Hinetz. — Silâie, Busching. — Dresde, torsades, Klemm Handbueh. — Leip%ick. — Halle, colliers à torsades et à fraise. — Côihen, — MagdebourÇy de Werder. — Halbersiadt, — Hanovre ville, à fraise. ^ Uel-
AGB Dl) BROliZB. 1B9
qnes localités les colliers en or dont parlent les auteurs aociens *. L'un, de Saini'Gérandrde-Yaux^ dans le Bourbonnais, d'une valeur d'environ iOOO fr., est composé d*un cercle ouvert dont les extrémités se terminent par des boutons concaves *. — Les musées du nord possèdent dans ce genre de grandes richesses, mais la plupart de ces pièces me paraissent d'une époque un peu postérieure.
— Nous mentionnerons encore des plaques en or très minces, de la forme d'un croissant, qui ne sont pas sans quelques rapports avec les hausse-cols des officiers. Les gravures dont elles sont ornées sont tout à fait de l'âge da bronze. Trois ont été découvertes en France ' sur la presqu'île de Cotentin, et plusieurs autres en Irlande ^.
— Slrabon * dit que les Bretons portaient des colliers d'ivoire (sans doute d'os).
Des colliers plus portatifs, mais plus rares à cette époque, consistaient en perles ou grains d'ambre *, de verre de toutes couleurs^ d'émaux et de terre cuite, passés à un
Kn, rajés et torsades. — Hambourg^ fragments de torsades. — 5cAtcrenfi. — Sitttin^ à fraise. — Copenhague^ de tous genres. — Lundt idem. — Calmar, coUiere simples. — Stockholm. — Strabon III, dit que les EtpcjnoU portaient des coUiers de fer.
* Pline XXXIII, 8.
* Trouvés avec 150 médailles en or ayant sur l'avers la tète d'Apollon, et sur le revers un char attelé de deux chevaux que dirige un cocher. AnnaUi orek. de Didron, l«r vol., pag. 87.
' Cours de de Caumont, pi. X, fig. 4 ; X, 8.
* Quelques-uns sont tout unis ou peu ornés. Ils ne pèsent guère que deux oncei chacun. VEncyclopédie, tom. II, pag. 110-111, dit que quelques torques sont larges comme des hausse-cols. On a retrouvé quelques chaînes en bronse pour coUiers, ainsi à Gempnach, près Morat.